Pierre Taupin, né le à Omméel, et mort le à Tréglamus, est un chef chouan des Côtes-du-Nord, ayant majoritairement opéré dans l'Est du pays de Tréguier. C'est une figure de la troisième chouannerie (1799-1800)..

Biographie Condamnation d'Ursule Taupin En 1792, Pierre Taupin est valet de chambre de l’évêque de Tréguier, Monseigneur Le Mintier. Ils se sont tous deux exilés à Jersey pour fuir les troubles de la Révolution..

Ursule Taupin, son épouse, est restée à Tréguier avec ses cinq enfants. Elle tient un commerce de liqueurs et de confiseries mais a été dépossédée de ses biens, vendus comme « biens d'émigrés ». Malgré cette situation d'extrême pauvreté, elle donne asile à deux prêtres réfractaires, Lageat et Le Gall, qui ont préféré rester en France en se cachant..

Le , une dénonciation parvient au tribunal du district de Lannion : vignette|287x287px|Plaque commémorative à Tréguier Rapidement, une vingtaine d'hommes armés du Bataillon d’Étampes débarquent chez Ursule Taupin, qui habite alors Place du Martray. Les deux prêtres sont immédiatement arrêtés, la coupable également. Les enfants seront dispersés et placés en hospice. Au cours de son procès, Ursule Taupin ne renie rien de ses convictions, elle répond avec fierté et autorité au président du tribunal criminel, Charles Le Roux-Chef du Bois. Ainsi, elle reconnait parfaitement avoir caché les deux prêtres réfractaires, déclarant : « Oui, monsieur. Je les recelais pour le bien ». Interrogée sur la constance de ses convictions, elle répondit : « Toujours, monsieur », puis ajouta : « Ma religion est la première et la seule cause de mon opinion ». Des récits postérieurs lui attribuent également cette réponse au tribunal : « Dieu, mon maître et le vôtre, nous a ordonné d’avoir pitié des pauvres gens qui sont sans abri et de leur donner un lit pour dormir », formule qui contribua à fixer l’image d’une femme à la fois ferme dans sa foi, sereine devant la condamnation et frondeuse face à ses juges.

Le , la femme de Pierre Taupin est donc guillotinée sur la grande place de Tréguier, sous les yeux de ses enfants et au pied de la cathédrale.. Son courage face à la mort a beaucoup marqué les Trécorrois, on dit que jusqu'aux tous derniers instants elle a proclamé son amour pour ses enfants et pour sa religion.

Assassinat de Le Roux-Chef du Bois et condamnation au bagne Le , Charles Le Roux-Chef du Bois est retrouvé assassiné dans son lit de trois coups de feu. La rumeur publique désigne Pierre Taupin, revenu de Jersey pour venger sa femme. C'est le début de la légende. Chacun murmure, s'interroge, tous ont peur de cet homme revenu d'exil pour se venger du terrible malheur qui a frappé sa famille. En , il sera arrêté à Tréguier, puis emprisonné à Rennes. Son sort est tranché le ; il sera condamné au bagne guyanais. Ainsi, le , il est entassé à fond de cale de la frégate La Charente, avec 193 autres prisonniers (dont seulement 38 laïcs); direction Cayenne.

La traversée est difficile, La Charente essuie une attaque anglaise en abordant l'estuaire de la Gironde. Les prisonniers sont transférés dans un autre navire, La Décade. S'ensuivent 47 jours de navigation lamentables, beaucoup de déportés n'y survivront pas.

Évasion du bagne et retour dans le Trégor Le , La Décade entre dans Cayenne. Taupin et ses malheureux comparses sont rapidement expédiés à Sinnamary, une des colonies les plus difficiles de Guyane.

Durant son temps au bagne, Pierre Taupin n'a de cesse que de chercher un moyen d'évasion. La vie est extrêmement difficile et violente, mais il s'accroche à l'idée de revenir dans le Trégor. Une occasion va finalement s'offrir à lui. Ayant repéré une barque au pied de la colonie, Taupin trompe la vigilance des garde-chiourmes, et avec 12 autres déportés va s'embarquer sur ce frêle esquif dans le but de rejoindre une colonie anglaise au nord de leur position. Malheureusement, la météo est désastreuse et leur barque se disloque sur des récifs. Rejetés sur la côte, ils errent dans une jungle épaisse et hostile pendant six jours, mourant de faim et de soif. Miraculeusement recueillis par une tribu amérindienne, qui va les soigner, ils parviennent à rejoindre les Anglais pour s'embarquer aussitôt pour l'Europe. Évadés du bagne au nombre de treize, ils ne sont plus que six lorsque le bateau accoste la côte anglaise. Beaucoup sont morts de fatigue, de maladie ou dévorés par des bêtes sauvages dans la mangrove guyanaise. Pierre Taupin, lui, reste animé d'une fureur vengeresse.

Lorsqu'il revient à Tréguier, la troisième chouannerie bat son plein, et son retour fait grand bruit dans le Trégor.. Tous le pensaient mort dans les marais de Guyane, mais il revenait, encore une fois! Son évasion de Cayenne lui vaut un très grand prestige, et rapidement les paysans vont le trouver pour qu'il prenne la tête de la révolte, il accepte et prend le commandement d'une troupe de chouans du secteur de Guingamp-Tréguier, sous les ordres de Guillaume Jean Joseph de Keranflech (dit « Jupiter »).

Taupin chef chouan Il rançonne désormais au nom de Louis XVIII. Sa bande est insaisissable, elle est partout et nulle part. Morlaix, Lannion et Guingamp se protègent de cette fantasmagorique « bande à Taupin » en dressant des barricades et en multipliant les sentinelles, mais Taupin reste inarrêtable.

Au début de l'année 1799, Pierre Taupin tend par exemple une embuscade au père Le Béchec, curé constitutionnel de Plougonver, dans un chemin encaissé nommé Poull Fank. Prêtre ayant prêté serment à la Constitution civile du clergé, marié et père de famille, Le Béchec incarnait pour les contre-révolutionnaires locaux la rupture avec l’Église réfractaire et les traditions catholiques. L’attaque, menée dans un contexte de fortes tensions religieuses et politiques, marque durablement les habitants du secteur et contribue à renforcer la réputation redoutée de la « bande à Taupin » dans le Trégor.

Quelques mois plus tard, à proximité de Pommerit-le-Vicomte, Pierre Taupin mène ses chouans à la victoire lors du Combat de Restmeur.

Le , sur la colline du Menez-Bré, non loin de Guingamp et du village de Tréglamus, une troupe de soixante conscrits républicains est prise à partie par une trentaine de chouans. Taupin dirige l'attaque. Le combat est acharné, et dure plusieurs heures. Les bleus sont finalement repoussés jusqu'à proximité de Louargat. C'est au cours de ce combat de Tréglamus que Pierre Taupin est frappé en pleine poitrine par une balle républicaine. Ses hommes l'emmènent jusqu'au cimetière. Mortellement touché, il décèdera quelques heures après. C'est la fin de la légende de Pierre Taupin.

Quelques semaines plus tard, tous les autres chefs chouans de la région poseront les armes. La troisième chouannerie prenait fin.

vignette|Chapelle Saint-Hervé du Menez-Bré|280x280px|centréSon fils, Yves Louis Taupin, perpétue quelques années plus tard l’engagement contre-révolutionnaire familial. Durant les Cent-Jours, il rejoint les rassemblements royalistes organisés dans le Trégor autour des Durumain et se trouve mêlé aux troubles chouans de 1815, dans un climat de guerre civile encore vif en Bretagne. Impliqué dans l’affaire de l’assassinat du maire de Pommerit-Jaudy, Jean-Marie Le Caër, il sera finalement acquitté sous la Seconde Restauration.

Bibliographie Nicolas de Beauregard et Sareph, Danevell-Destins trégorrois, Coop Breizh, 2018

Notes et références

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