Jacques Rançon, dit le , né le à Hailles, est un violeur et tueur en série français.

Il est l’auteur d’au moins trois meurtres, commis en 1986, 1997 et 1998, d’une tentative de meurtre commise en 1998, de deux viols commis en 1992 et 1997, de deux agressions sexuelles commises en 1976 et 1999, d’une tentative d’agression en 1998, d’un enlèvement commis en 1987 ainsi que d’une menace de mort commise en 2012. Rançon est également suspecté d’avoir commis deux autres meurtres en 1982 et 1985.

Ses deux derniers meurtres, en 1997 et 1998, avaient été au centre des débats dans les meurtres de la gare de Perpignan, dont l’affaire avait défrayé la chronique.

Rançon a effectué plusieurs séjours en prison. Il a brièvement été incarcéré entre et pour viol, puis entre et pour tentative d’agression sexuelle, ainsi qu’entre et pour une nouvelle agression sexuelle.

Libéré en , Rançon n’a commis aucun forfait pendant plusieurs années, jusqu’à ce que sa nouvelle compagne le quitte en 2012. Incarcéré entre et , son ADN est enregistré au FNAEG puis a été reconnu avec le profil ADN du « tueur de la gare de Perpignan ».

Placé en détention provisoire en pour meurtre aggravé suivi de viol, Rançon est par la suite inculpé de tentative de meurtre ainsi qu’un autre meurtre suivi de viol. Il a été condamné en , à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de pour ces faits.

Rançon a également été mis en examen, en , d’un troisième meurtre, commis en 1986, puis condamné en à de prison assortis d’une période de sûreté de 20 ans. Ayant interjeté appel, il a été rejugé en puis condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de .

Il est l'un des rares criminels à avoir été condamné plus d'une fois à une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Biographie Enfance et jeunesse Jacques Rançon naît le à Hailles (Somme), d’un père maçon et d’une mère sans emploi. Il a un frère jumeau qui décède en , à l’âge d’un mois. Rançon naît dans une fratrie de 13 enfants qui, à son exception, sont placés à la DDASS. Lui et son défunt frère sont les benjamins de la fratrie. Le jeune Jacques grandit dans un milieu de pauvreté, qui lui vaut des moqueries de ses camarades de classe. Il est battu par sa mère et son père reste passif devant les coups qu’il subit.

En 1970, Rançon est âgé de 10 ans lorsqu’il découvre l’existence de l’une de ses sœurs, Denise Rançon, née le d’une première union de son père (elle mourra en 2022).

En 1975, à l’âge de , Rançon assiste à une tentative d’agression par son père sur son épouse : il s'interpose et son père arrête. L’adolescent acquiert alors un tempérament violent et commence à boire de l’alcool en quantité.

En 1976, à l’âge de , Rançon commet sa première agression sexuelle sur une adolescente, Marie-Line, et tente de l’étrangler. La jeune fille demande à déposer plainte contre lui, mais son entourage l'en dissuade, car Rançon a la réputation d’un « pauvre malheureux ». Il n’est donc pas poursuivi pour ce méfait. Il avoue néanmoins que les préjugés des femmes à son encontre lui font perdre tout contrôle et le rendent violent afin que sa victime se soumette. Rançon trouve du travail à l’usine de chaussettes Kindy.

En , à , Rançon passe son permis de conduire. Il obtient sa première voiture cette même année et y trouve là son « unique plaisir ». II tombe par la suite dans des petits vols de voiture avec l’un de ses rares amis. Sans être le moins du monde inquiétés, les deux jeunes hommes volent jusqu’à 48 voitures.

Le père de Jacques Rançon meurt en , à l’âge de . Lorsqu’il assiste à ses funérailles, il découvre avec stupéfaction qu'il a 15 autres frères et sœurs, nés d'une première union de son père, ainsi qu’un frère jumeau mort à l’âge d’un mois.

En 1981, à , Rançon vole de l’argent dans un distributeur de boissons de l’usine où il travaille. Il est licencié après avoir cambriolé le bureau du comptable de l'entreprise.

Il rencontre sa compagne en 1986, en fréquentant les discothèques. La jeune femme s’appelle Carole. Ils tombent amoureux l’un de l’autre et se mettent aussitôt en ménage près d’Amiens.

Premiers crimes et première condamnation pour viol

Meurtre d’Isabelle Mesnage et enlèvement de Françoise Le , Isabelle Mesnage, étudiante en informatique de 20 ans, se promène dans Corbie. Vers 14h, Rançon l'aperçoit et l’entraîne de force dans sa voiture. Il roule plusieurs kilomètres, retenant Isabelle en otage, avant de s’arrêter dans un chemin isolé situé à Cachy. Il lui fait alors des avances sexuelles, mais elle se refuse à lui. Il la frappe de plusieurs coups et la tue en l’étranglant. Il la viole et dépèce son corps en lui retirant ses organes génitaux. Il abandonne le cadavre sur le chemin. La température étant caniculaire (plus de ), le corps se décompose très rapidement.

Rançon est âgé de . Il s’agit de son premier meurtre connu.

Le corps est découvert le , après cinq jours de recherches. L'autopsie réalisée montre que la victime a subi des violences sexuelles. Une enquête est ouverte pour assassinat suivi de viol, mais ne débouche sur aucune piste. L’enquête s'intéresse d'abord aux proches de la victime ainsi que ses voisins et les personnes suspectes dans son entourage.

La compagne de Rançon met au monde son fils, David, en 1987.

En , Rançon roule dans sa voiture lorsqu’il croise Françoise, , dans les rues d’Amiens. Il lui propose de la prendre en stop et de la ramener chez ses parents. Elle monte, mais il ne s'arrête pas. Il accélère, mais elle parvient à sauter du véhicule en marche. Indemne, Françoise croise de nouveau Rançon le soir même à un bal. Elle pense à déposer plainte, mais s’abstient. Elle ne dit rien à ses parents, honteuse d'être montée dans la voiture de son agresseur.

En 1988, Rançon est embauché comme surveillant des entrepôts Gedis, à la coop de Moreuil. Son couple se déchire rapidement, au point que les pompiers interviennent souvent dans son logement, la place Victor-Hugo. Décrit comme impulsif, Jacques a l’habitude de rouer de coups sa compagne.

En 1991, la compagne de Rançon tombe enceinte de lui. Mais, Jacques étant violent, elle refuse de le laisser reconnaître leur deuxième enfant et décide de le quitter.

Pendant ce temps, l’enquête sur l’assassinat d’Isabelle Mesnage, qui dure depuis plusieurs années, ne parvient toujours pas à identifier de suspect. Le juge d’instruction rend une ordonnance de non-lieu le .

Affaire de viol à Amiens Dans la nuit du 19 au , Rançon aborde Nathalie, secrétaire de 20 ans, qui regagne son domicile au volant de sa voiture, après une soirée passée chez des amis puis en boîte de nuit à Amiens. Rançon lui fait une queue de poisson, et la bloque sur la nationale 25. Armé d’un couteau à cran d’arrêt, il la force à monter dans son véhicule, l’emmène sur un chemin de terre, à l’entrée d’un bois, puis la viole avant de s’emparer du peu d’argent qu’elle a. Nathalie n’ayant pas résisté ni tenté de s’enfuir, Rançon la laisse partir. Elle dépose plainte pour viol sous la menace d’une arme en désignant une Renault Fuego comme la voiture de son agresseur. Rançon parvient à trouver l’adresse de Nathalie et lui envoie des lettres. Il est toutefois pris sur le fait.

Il est arrêté le pour le viol de Nathalie et placé en détention provisoire à la maison d'arrêt d'Amiens après de garde à vue. Il s’agit de son premier séjour en prison. Il est reconnu par sa victime comme son violeur, poursuivi pour viol commis sous la menace d’une arme et renvoyé devant la Cour d’assises de la Somme. Les experts psychiatres le jugent responsable de ses actes en le décrivant comme : « curable et ré-adaptable » ainsi que « non dangereux ».

Rançon comparaît du 25 au devant la Cour d’assises d’Amiens. Il est reconnu coupable des faits de viol sous le menace d’une arme et condamné à 8 ans de réclusion criminelle.

Les crimes de Perpignan et incarcération pour agression

Rançon est libéré de prison le , après cinq ans et deux mois de détention. Âgé de 37 ans, il s’installe à Perpignan dans un hôtel à de la gare.

Dans la nuit du 9 au , vers minuit, Rançon aborde Nadjet Ouatiki, 18 ans, sur un pont de Perpignan. Il la saisit par le cou et la bascule de l’autre côté de la rampe, sur la pelouse. Nadjet crie et tente de s’enfuir, mais Rançon lui arrache ses vêtements. Lorsqu’il tente de violer Nadjet, un véhicule s’arrête à proximité et Rançon prend la fuite en courant. Nadjet, saine et sauve, quitte les lieux. Elle porte plainte pour viol, mais l’enquête ne débouche sur rien.

Dans la nuit du 20 au , il aperçoit une étudiante de 19 ans, Mokhtaria Chaïb, qui se rend près de la Cité universitaire. Il se jette sur elle avec un couteau et l’emmène dans un terrain vague, vers la gare de Perpignan, l’obligeant à se déshabiller. Mokhtaria refuse et se débat. Il tente de la violer, puis la mutile à coups de couteau. Elle décède de ses blessures et Rançon dépèce ses organes génitaux; puis il lui enlève ses chaussures afin d’effacer toute trace de son ADN. Rançon jette dans un sac en plastique les morceaux coupés et emporte aussi les chaussures, laissant le reste du corps sur place. Il jette le sac dans les égouts voisins, puis les chaussures dans le jardin d’une propriété.

Le corps mutilé est découvert à 8h45 du matin. Une enquête pour assassinat et actes de torture est ouverte par la Police Judiciaire. Selon l’autopsie, il a fallu au moins une heure pour dépecer Mokhtaria : le tueur doit exercer couramment la chirurgie. Rançon n’est pas inquiété car il n’a pas de lien avec ce métier. L’enquête se tourne vers un chirurgien péruvien de 49 ans, Andres Palomino-Barrios, condamné pour de multiples escroqueries.

Palomino-Barrios est arrêté le et placé en garde à vue. Bien qu’il déclare être allé en Espagne au moment du crime, ses voisins prétendent l’avoir vu à Perpignan, à ce moment, et déclarent qu’il a nettoyé son fourgon le matin où a été découvert le corps. Au terme de son interrogatoire, Palomino-Barrios est inculpé d’assassinat et d’actes de barbarie et placé en détention provisoire.

Dans la nuit du , à un km de la gare de Perpignan, Rançon se rend Rue de Belfort, à la suite de sa fête d’anniversaire. Alcoolisé, il titube quand il croise Sabrina, 19 ans ; il trébuche et Sabrina l’aide à se relever. Il sort un couteau et lui en assène un coup dans le ventre en remontant jusqu’au sternum. Les cris de la jeune fille interpellent une voisine, Marie-Line Sandret, qui sort de chez elle. Rançon s’enfuit et regagne son hôtel, à moins d’un km. Marie-Line Sandret appelle les secours. Sabrina est sauvée in extremis et dépose plainte au commissariat pour tentative de meurtre, en décrivant son agresseur : « environ », « yeux bleus », « environ », « les dents cariées ».

Cette agression n’est toutefois pas reliée au meurtre de Mokhtaria Chaïb, car le suspect principal de ce meurtre, Palomino-Barrios, est alors en prison. L'affaire est rapidement classée.

Le , Rançon boit un verre au bar le Terminus sur l'avenue de la gare de Perpignan, puis quitte la brasserie lorsqu’il aperçoit Marie-Hélène Gonzalez, étudiante de 22 ans, faisant du stop à la sortie de la gare. Il est alors 21h. Il l'emmène dans sa voiture. Elle lui indique l'adresse de ses parents, mais comme avec Isabelle Mesnage, Rançon roule jusqu’à une décharge près de la gare. Sous la menace d'un couteau, il demande à Marie-Hélène de se déshabiller. Elle refuse, il la viole et la poignarde à mort avant de dépecer ses organes génitaux et de lui couper la tête qu'il place dans un sac en plastique. Il abandonne sur place les restes dépecés et regagne son hôtel.