La vente de la Louisiane (en « l'achat de la Louisiane ») est la cession en 1803 par la France – alors dirigée par Napoléon Bonaparte, Premier Consul – de plus de de territoire aux États-Unis au prix de l'acre, soit plus de de dollars.. ou de francs français au total..

Talleyrand, le marquis de Barbé-Marbois, Alexander Baring (Barings Bank) et Pierre César Labouchère (Hope & Co) sont les principaux acteurs impliqués dans la vente de la Louisiane aux États-Unis.

Ce territoire représente 22,3 % de la superficie actuelle des États-Unis (et 27,2 % des États-Unis contigus). En effet, la Louisiane coloniale comprend beaucoup plus de territoires que l'État actuel de Louisiane. Les territoires vendus incluent des parties situées à l'ouest du fleuve Mississippi dans l'Arkansas, le Missouri, l'Iowa, et le Minnesota actuels, des parties du Dakota du Nord, le Dakota du Sud, le Nebraska, des parties du Nouveau-Mexique, du Nord du Texas, l'Oklahoma, le Kansas, des portions du Montana, du Wyoming, et la partie du Colorado située à l'est des montagnes Rocheuses, des portions au sud des provinces canadiennes actuelles du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta situées dans le bassin fluvial de la rivière Missouri, et la Louisiane actuelle de part et d'autre du Mississippi, incluant la ville de La Nouvelle-Orléans. C'est un événement important de l'histoire des États-Unis puisqu'il marque le début de la conquête de l'Ouest.

Sa population totale, hors Amérindiens, est alors d'environ , dont la moitié de Noirs..

Préalable : l'achat secret de Bonaparte à l'Espagne en 1800 vignette| La Nouvelle-France (en bleu) vers 1750. vignette| Absorption des possessions françaises après le traité de Paris (1763) : en jaune, la Louisiane revient à l'Espagne. En cinq ans, la France révolutionnaire a obtenu deux concessions majeures de l'Espagne : la partie orientale de Saint-Domingue, par le traité de Bâle en , et la Louisiane espagnole en , par le traité secret de San Ildefonso.. L'Espagne a aussi signé le traité de Madrid () avec les États-Unis : pour la première puissance, il s'agit de maximiser le produit fiscal d'une région où la culture du coton est en pleine explosion, pour l'autre puissance, il s'agit de garantir les droits de navigation sur toute la longueur du Mississipi.

Ces traités ne seront pas appliqués dans les faits.

Le , la Quasi-guerre est déclenchée entre la marine française et américaine ; elle a pour origine la révolte des esclaves de Saint-Domingue et le trafic maritime désorganisé dans les Caraïbes, notamment les actes de piraterie. Saint-Domingue est conçue comme une base d'approvisionnement en bois et produits alimentaires cette île produisait en 1789 la moitié du coton et du café mondial et plus du tiers du sucre. La guerre de Tripoli déclenchée en , voit la Marine américaine affronter les États barbaresques uniquement dans le but d'en finir avec la piraterie et le rançonnage des marchandises et navires américains.

En cédant la Louisiane à Bonaparte en 1800, l'Espagne espérait reprendre les choses en main sur leurs anciennes possessions historiques de Hispaniola (Saint-Domingue), mais c'est Toussaint Louverture, en pleine révolution haïtienne, qui agit le premier en s'emparant de la partie orientale de l'île en , obligeant les planteurs espagnols à fuir vers Cuba.

En , Bonaparte déclenche l'expédition de Saint-Domingue, dont l'échec entraînera le renoncement à la Louisiane, est un quitte ou double.

De plus, le contenu du traité secret de San Ildefonso a transpiré, et le retour en force potentiel de la France dans le golfe du Mexique inquiète les Américains. Au point que le pourtant francophile Thomas Jefferson déclare que si la France prenait possession à nouveau de la Louisiane, il n'aurait pas d'autre choix que de faire appel à la Royal Navy britannique..

Contexte : la nouvelle vocation du Mississippi La Nouvelle-Orléans contrôle le delta du fleuve Mississippi, qui joue déjà un rôle important dans le transport des produits agricoles entre les régions de l'Ouest des Appalaches et la côte est. Elle représente aussi un débouché potentiel sur le golfe du Mexique, ce dont manque cruellement la jeune république américaine. Grâce au traité de Madrid conclu en 1795 avec l'Espagne, les marchands américains disposent déjà d'un « droit de dépôt » de leurs marchandises, faisant de la Nouvelle-Orléans une zone franche.

Après l'armistice du 30 mars 1798, durant la révolution haïtienne, les réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique commencent à affluer dans le Natchez District et à La Nouvelle-Orléans. L'histoire de la culture du coton vient d'être bouleversée par l'invention d'Eli Whitney, le cotton gin. Le négociant Daniel Clark en fait la promotion auprès des planteurs du Natchez District, dont la production quadruple en deux ans..

Pour tenter d'attirer les colons français, Daniel Clark et les Espagnols activent en 1798 la zone franche de la Nouvelle-Orléans. Mais la majorité des colons, anglophones, arrivés dans les années 1788 à 1790, aspirent à une situation politique stable, sur fond de spéculations sur le traité de San Ildefonso, resté secret : la Louisiane reste entre les mains espagnoles jusqu'à une prise de possession par les Français qui reste à organiser. Le président Thomas Jefferson estime que la meilleure façon d'assurer l'accès au Mississippi est d'acheter La Nouvelle-Orléans : il envoie Robert R. Livingston et James Monroe à Paris pour en négocier l'achat.

Première mission pour Livingston, pris par une autre affaire : acheter seulement La Nouvelle-Orléans vignette|redresse|La Louisiane française vue par les États-Unis.

La première mission des deux envoyés est d'acheter seulement La Nouvelle-Orléans. Mais ils essuient un refus français.

Robert R. Livingston est par ailleurs associé, à titre privé, à un contrat d'approvisionnement des français de l'expédition de Saint-Domingue. par une entreprise basée à Wilmington, dans le Delaware, qui vient d'être fondée par Éleuthère Irénée du Pont de Nemours et son père Pierre Samuel du Pont de Nemours, qui deviendra la multinationale DuPont. Le principal financier est Pierre de Bauduy de Bellevue, dont le frère, Louis Alexandre Amélie Bauduy, est capitaine dans l'expédition de Saint-Domingue.

Le consul de France à Washington, Louis-André Pichon, y voit un conflit d'intérêts manifeste : en cas de réussite de l'expédition de Saint-Domingue, le premier consul Bonaparte sera moins enclin à la vente de la Louisiane. Les actifs de la société sont transférés à sa branche parisienne et une nouvelle société créée par l'autre fils, Victor Marie du Pont de Nemours, pour exécuter le contrat. Le père, Pierre Samuel du Pont de Nemours, se concentre sur ses talents de diplomate.

Nouvelle idée, proposée par Samuel du Pont de Nemours : acheter tout le territoire à l'ouest Résidant aux États-Unis, Pierre Samuel du Pont de Nemours est en étroites relations avec le président américain Thomas Jefferson, qui l'autorise à se lancer dans une diplomatie parallèle avec Bonaparte, que Nemours rencontre lors de son voyage en France en 1802. C'est lui qui propose à Bonaparte une transaction beaucoup plus importante : céder aux États-Unis toute la Louisiane, y compris les immenses territoires de l'Ouest.

Le est rédigée une lettre de Thomas Jefferson à Pierre Samuel du Pont de Nemours au sujet de leur négociation sur une vente de la Louisiane dans sa totalitéArchives gouvernementales ..

Jefferson affiche une certaine méfiance pour cette idée : acheter toute la Louisiane implique de reconnaître à la France des droits sur l'ouest du continent. Il précise que les présidents ne sont pas compétents pour une telle négociation, car ce n'est pas spécifié dans la constitution des États-Unis. Côté français, Talleyrand est aussi très hostile à ce projet qui, selon lui, réduirait à néant les plans français de colonisation de l'Amérique du Nord.

Mais l'idée de doubler la taille du pays séduit quand même Thomas Jefferson, qui est aussi une figure de ce qu'on appelle le parti français à Washington, et dont la nouvelle clientèle électorale est au sud et à l'ouest. Coloniser l'ouest des États-Unis, y développer la culture du coton, est susceptible de donner une majorité durable au Parti républicain-démocrate, plus favorable à l'esclavage et à la conquête de l'Ouest, alors que les fédéralistes tablent plutôt sur l'industrialisation de la Nouvelle-Angleterre, leur bastion électoral.

Napoléon Bonaparte va présenter la vente de toute la Louisiane comme un geste de bonne volonté à l'égard des Américains, dans une stratégie d'encerclement du Royaume-Uni. Les historiens jugent probable qu'il ait ainsi tenté de les encourager à participer au Blocus continental. Bonaparte craint que la Grande-Bretagne, maîtresse des mers, ne profite d'un conflit en Europe pour s'emparer de la Louisiane et accroître ainsi sa puissance. Vendre la Louisiane aux États-Unis est le moyen de couper l'herbe sous le pied aux Anglais. Bonaparte fait aussi valoir aux Américains que l'accord leur permet d'éviter de s'impliquer dans le conflit franco-britannique.

Le parti français à Washington de Thomas Jefferson est sensible à ces arguments, dans la ligne défendue dans les années 1790 pour prendre ses distances avec l'Angleterre, préoccupation politique qui est à la racine de la théorie de la destinée manifeste et de la conquête de l'Ouest, même s'il est encore trop tôt pour en faire un thème officiel de campagne électorale.

Durant toute cette période, les services secrets américains tiennent Jefferson au courant des activités militaires de Bonaparte. Le président américain axe sa stratégie sur la ruse : donner à Pierre Samuel du Pont de Nemours des informations que Robert R. Livingston ignore. Intentionnellement, il leur donne deux instructions contradictoires. L'un de ses coups les plus habiles est d'envoyer à nouveau James Monroe à Paris en 1803. Monroe avait été déclaré officiellement lors de sa précédente mission à Paris, mais Jefferson le choisit à nouveau, pour signifier qu'il veut être pris au sérieux.

Opposition des fédéralistes, dans les régions industrielles du Nord-Est Battus lors de l'élection présidentielle américaine de 1800, les fédéralistes s'opposent à l'achat de la Louisiane, marquant leur préférence pour un rapprochement avec le Royaume-Uni, même s'ils veulent lui imposer des droits de douane. Par la convention commerciale tripartite de 1799, soutenant Toussaint Louverture, ils s'étaient fâchés avec le puissant groupe d'intérêt colonial français, qui entoure Bonaparte et l'aide dans son ascension.

L'opposition des fédéralistes américains relève de la crainte de voir les États-Unis changer de nature, moins de vingt ans après leur création, en développant à l'ouest et au sud une économie de plantation, basée sur des cultures de rente, dépendantes de l'exportation et du maintien de l'esclavagisme. La Nouvelle-Angleterre, bastion des sociétés abolitionnistes et des fédéralistes table plutôt sur une industrialisation, protégée par des barrières douanières, et susceptible de diminuer la dépendance aux importations. Étendre le territoire à l'ouest serait faire basculer la majorité du pays au profit des grands planteurs du sud. Les racines de tous les conflits qui suivront et amèneront la guerre de Sécession sont déjà là.

Pour les fédéralistes, l'achat est par ailleurs anticonstitutionnel, et cette énorme dépense n'éviterait pas un conflit avec l'Espagne. Un groupe de fédéralistes mené par le sénateur Timothy Pickering avance même l'idée d'une confédération du Nord et en propose la présidence au vice-président Aaron Burr, pourvu que New York se joigne à la sécession. Alexander Hamilton s'oppose aussi à l'achat. L'hostilité entre Burr et lui, qui s'accroît encore lors des élections de 1801, aboutit au duel au cours duquel il perd la vie.

Bonaparte confronté à une nouvelle donne dans la Caraïbe