Le conflit entre les factions Niu et Li () est une lutte pour le pouvoir qui a lieu à la Cour des Tang, durant la seconde moitié de la dynastie. Si les chroniques historiques chinoises datent le début du conflit de 821, pendant le règne de l'empereur Tang Muzong, il puise ses origines dans des événements datant du règne de son père, l'empereur Tang Xianzong. Si, sur le moment, ces deux factions de la Cour n'ont pas véritablement de nom, par la suite, les historiens chinois les désignent sous les noms de faction Niu (牛黨) et faction Li (李黨). La première a été nommée ainsi d'après Niu Sengru, et elle est considérée comme étant une faction composée de fonctionnaires d'origine humble et qui ont passé les examens impériaux pour entrer dans le gouvernement. La seconde a été nommée d'après Li Deyu, et elle est considérée comme étant une faction de fonctionnaires d'origine aristocratique. Ces deux factions ont lutté pendant des décennies à la Cour, non seulement pendant le règne de l'empereur Muzong, mais aussi pendant ceux de ses fils, les empereurs Tang Jingzong, Tang Wenzong et Tang Wuzong. Les historiens chinois considèrent que ces luttes ont pris fin en 846, au début du règne de l'empereur Tang Xuānzong, qui est à la fois le successeur de l'empereur Wuzong et le frère de l'empereur Muzong. Son aversion claire pour Li Deyu, et la rétrogradation systématique des fonctionnaires plus ou moins proches de ce dernier, ont conduit à la défaite totale de la faction Li.
Situation avant le début du conflit Traditionnellement, les chroniques historiques chinoises considèrent que le conflit entre les factions Niu et Li trouve ses origines dans une décision prise en 808, par l'empereur Tang Xianzong. Cette année-là, il a organisé des examens impériaux spéciaux où les candidats devaient livrer une critique honnête du gouvernement. Wei Guanzhi et Yang Yuling (楊於陵), les responsables de cet examen, ont donné les meilleures notes à trois candidats, Niu Sengru, Huangfu Shi (皇甫湜) et Li Zongmin , qui ont formulé des critiques brutales contre le gouvernement. Cependant, le chancelier Li Jifu est tellement abasourdi par la violence des critiques qu'ils ont formulées, qu'il les prend comme une attaque personnelle envers lui. En larmes, Li Jifu part se plaindre directement auprès de l'empereur Xianzong, en lui disant que Pei Ji et Wang Ya, les deux personnes chargées de surveiller la manière dont Wei Guanzhi et Yang Yuling ont noté les examens, sont au cœur d'un conflit d'intérêts, car Huangfu Shi est le neveu de Wang Ya. À la suite de ses accusations, Pei, Wang, Yang et Wei sont tous rétrogradés; Wei subissant même une double peine, car après avoir été rétrogradé responsable du Zhou de Guo (果州)Ce qui correspond actuellement à la ville de Nanchong, SichuanLa nomination à un poste officiel aussi éloigné correspond, de fait, à une peine d'exil, il est ensuite muté et devient le responsable du Zhou de Ba (巴州)Ce qui correspond actuellement à Bazhong, Sichuan, qui est encore moins important que le précédent. Si Niu, Huangfu et Li Zongmin ne sont pas exilés, le Zizhi Tongjian rapporte que leur carrière est stoppée net et qu'ils doivent chercher des postes dans les administrations des gouverneurs régionauxZizhi Tongjian, vol. 237.. Malgré cela, Li Deyu, le fils de Li Jifu, ne supporte pas ce qu'il considère comme une grave insulte envers son père et développe une rancune tenace envers ceux qu'il juge responsables de ladite insulteBo Yang, The Outlines of the History of the Chinese (中國人史綱), vol. 2, ..
Pendant le règne de l'Empereur Muzong Après la mort de Xianzong en 820, c'est son fils, Tang Muzong, qui devient le nouvel empereur. Selon l'historien Sima Guang, de la dynastie Song, ce sont les examens impériaux de 821 qui servent d'événement déclencheur au conflit entre les factions Niu et LiZizhi Tongjian, vol. 241..
À partir de 821, Li Deyu et son ami Yuan Zhen occupent chacun un poste d'érudit impérial (翰林學士, Hanlin Xueshi). Tous deux en veulent à Li Zongmin qui, dans le même laps de temps, s'était hissé au rang de fonctionnaire de niveau intermédiaire (中書舍人 Zhongshu Sheren) au Bureau législatif du gouvernement (中書省, Zhongshu Sheng). À cette époque, Yang Rushi (楊汝士), un jeune collègue de Zongmin au Bureau législatif, et Qian Hui (錢徽), le sous-ministre des rites (禮部侍郎, Libu Shilang) , sont chargés de superviser les examens impériaux. Le gouverneur militaire (Jiedushi) Duan WenchangEn plus d'être un gouverneur militaire, il est également un ancien chancelier et le lettré impérial Li Shen demandent tous deux en secret à Qian de favoriser certains candidats. Mais, lorsque les résultats sont annoncés, les candidats que Duan et Li ont recommandés n'ont pas obtenu leurs concours, tandis que parmi ceux qui l'ont réussi se trouvent Zheng lang, le frère de Zheng Tan, qui est un membre du Bureau des Examens (門下省, Menxia Sheng); Pei Zhuan (裴譔) le fils du gouverneur militaire Pei DuCe dernier est également un ancien chancelier, Su Chao (蘇巢), Le gendre de Li Zongmin, et Yang Yinshi (楊殷士), le frère de Yang Rushi. Ces résultats causent un tollé très important et Duan présente à la Cour Impériale un rapport accusant Yang Rushi et Qian d'être injustes. Lorsque l'empereur Muzong demande leur avis à Li Deyu, Yuan et Li Shen, trois des lettrés de la Cour, tous sont d'accord avec le rapport de Duan. L'empereur Muzong donne alors l'ordre à Wang Qi (王起), un collègue de Li Zongmin, de procéder à un réexamen des résultats, tandis que Qian Hui, Li Zongmin et Yang Rushi sont tous les trois rétrogradés au rang de responsables de Zhou et 10 des candidats sélectionnés par Qian Hui et Yang Rushi voient leurs résultats annulés.
À la même époque, Niu Sengru a réussi à faire avancer sa carrière et occupe le poste de sous-ministre du recensement (戶部侍郎, Hubu Shilang), et il est très respecté par l'empereur Muzong. Après la mort d'Han Hong, un gouverneur militaire devenu chancelier, Muzong découvre que presque tous les fonctionnaires de l'administration impériale ont reçu des pots-de-vin du défunt, qui cherchait à obtenir différentes faveurs. Entre tous, Niu est le seul à avoir refusé les pots-de-vin. Impressionné par l'intégrité de Niu Sengru, l'empereur Muzong le nomme chancelier en 823. À cette date, Li Deyu, est le gouverneur (觀察使, Guanchashi) du circuit de Zhexi (浙西)Le siège de ce circuit correspond actuellement à Zhenjiang, Jiangsu, et lorsque meurt, il est vu comme un candidat potentiel au poste de chancelier. Mais à la suite de la nomination de Niu, il reste à son poste et n'a droit à aucune promotion pendant une période de huit ans. Cet échec suivi d'une stagnation de sa carrière font qu'il pense que c'est le chancelier Li FengjiPar la suite, Fengji fut considéré comme étant un des leaders de la faction Niu. Pour plus de détails, voir "Bo Yang, The Outlines of the History of the Chinese (中國人史綱), vol. 2, " qui est le responsable de la situation et que c'est lui qui a recommandé Niu pour ce poste à sa place. Son ressentiment envers Niu et Li ne fait qu'augmenter à partir de cette dateZizhi Tongjian, vol. 243..
Pendant ce temps, Li Shen, qui n'est encore qu'un simple lettré impérial, mais est également respecté par l'empereur Muzong, critique souvent à la fois Li Fengji et le puissant eunuque Wang Shoucheng, un ami de ce dernier. Afin de se débarrasser de ce gêneur, Li Fengji recommande intentionnellement Li Shen pour le poste de chef adjoint de la censure impériale (御史中丞, Yushi Zhongcheng). Cela peut sembler être une promotion inespérée pour Shen, mais Fengji espère surtout créer un conflit entre le nouveau chef adjoint et Han Yu, le maire de la municipalité de Jingzhao (京兆), c'est-à-dire la région de Chang'an. En effet, Han, en tant que maire, doit, suivant la tradition, faire preuve de respect envers les membres de la censure impériale. Or, comme il porte également le titre honorifique de chef de la censure impériale (御史大夫, Yushi Daifu), Li Fengji a statué qu'il n’avait pas besoin de le faire. Fengji espère bien que Li Shen exigera de Han ces fameuses preuves de respect et que le tout dégénérera en un conflit apte à discréditer le nouveau chef adjoint aux yeux de l'empereur. Comme prévu par Fengji, un conflit éclate entre les deux hommes sur cette question, avec un échange de lettres et autres communiqués virulents entre Shen et Han. Lorsque leur conflit arrive sur la place publique, Li Fengji recommande immédiatement à l'empereur de les rétrograder tous les deux. C'est ainsi que Han est nommé au poste de vice-ministre de la défense (兵部侍郎, Bingbu Shilang) tandis que Li Shen devient le gouverneur du circuit de Jiangxi (江西)Le siège de ce circuit correspond actuellement à Nanchang , Jiangxi. Par la suite, l'empereur Muzong réalise que ce conflit a été provoqué par Li Fengji, et fait revenir Li Shen à la capitale où il devient sous-ministre du recensement.
Pendant le règne de l'Empereur Jingzong En 824, l'empereur Muzong meurt et c'est son fils Tang Jingzong, qui devient le nouvel empereur. À peine est-il monté sur le trône, que Li Fengji lui fait dire, par l'intermédiaire de Wang Shoucheng, que c'est grâce à son soutien qu'il a été nommé prince héritier par le défunt empereur Tang Muzong. Fengji lui fait également dire que Li Shen et l'ancien chancelier Du Yuanying ont tous deux soutenu Li Cong (李悰), le Prince de Shen et frère cadet de Muzong. Croyant tout ce que dit Wang, l'empereur Jingzong exile Li Shen en le nommant conseiller militaire du responsable du Zhou de Chao (潮州)Ce qui correspond actuellement à Chaozhou, Guangdong, et rétrograde deux lettrés que Li Shen avait recommandés, Pang Yan (龐嚴) et Jiang Fang (蔣防), qui se retrouvent responsables de deux autres Zhou lointains. Par la suite, les proches de Li Fengji demandent régulièrement que Li Shen soit mis à mort, ce que l'empereur Jingzong accepte dans un premier temps. Mais lorsque Wei Chuhou lui présente une pétition prenant la défense de Li Shen en 825, Jingzong prend le temps de passer en revue les Archives du palais et constate Que Du Yuanying, Li Shen et Pei Du l'avaient bel et bien soutenu au moment du choix du Prince héritier. Il fait alors détruire tous les rapports accusant Li Shen de divers crimes, sans pour autant le faire revenir à Chang'an.
À cette date, Niu Sengru est encore chancelier, mais il se sent impuissant à arrêter la frivolité et l'incompétence de l'empereur Jingzong. En conséquence, il demande à partir de la capitale, ce que l'empereur Jingzong lui accorde en faisant de lui le nouveau gouverneur militaire du circuit de Wuchang (武昌)Le siège de ce circuit correspond actuellement à Ezhou, Hubei. C'est la même année que l'empereur Jingzong publie un édit ordonnant une amnistie générale, qui relance le conflit entre les deux factions. Au début, Li Fengji soumet un texte pour cet édit qui permettrait aux fonctionnaires exilés qui avaient précédemment occupé un poste à Chang'an d'en recevoir un autre, mais sans rien dire au sujet des fonctionnaires en exil qui n'avaient jamais occupé un poste à Chang'an. Wei Chuhou fait alors remarquer que Li Fengji a choisi cette formulation pour empêcher la venue de Li Shen à Chang'an. Sur la suggestion de Wei, l'édit est révisé, ce qui permet à Li Shen d'être muté au Zhou de Jiang (江州)Ce qui correspond actuellement à la ville de Jiujiang, Jiangxi pour y occuper le poste de Secrétaire général.
En 826, l'empereur Jingzong convoque Pei DuCertains historiens chinois des dynasties ayant succédé aux Tang voient en Pei le chef de la faction LiVoir Li Shutong, Alternative Expressions of Sui and Tang History (隋唐史別裁) (Taipei 1983), disponible sur Google Books, . à la capitale pour lui redonner le poste de chancelier. Pour essayer d'empêcher Pei de gagner la confiance de l'empereur Jingzong, les proches de Li Fengji répandent des rumeurs selon lesquelles une prophétie annonce que le nouveau chancelier deviendra un empereur, mais Jingzong n'en tient pas compte.
Pendant le règne de l'Empereur Wenzong