Rossia () est un quotidien d'orientation libérale publié à Saint-Pétersbourg de 1889 à 1902. L'écrivain , le journaliste , le reporter Vladimir Guiliarovski, le critique de théâtre Iouri Beliaïev et le professeur P. I. Kovalevski y ont collaboré. L'éditeur en était Matveï Ossipovitch Albert.

Rossia fut fermée après la publication du feuilleton Messieurs Obmanov, satire de la famille impériale écrite par Amfiteatrov.

Lancement et financement vignette|upright=1.1|Portrait de Savva Mamontov (étude), par Ilia Répine, 1879.

D'anciens collaborateurs de Novoïé Vrémia, rêvant de créer un journal « de type européen », capable de concurrencer leur précédent employeur, furent à l'origine de Rossia. Les fonds nécessaires pour le nouvel organe de presse, environ , ont été rassemblés par des marchands et industriels russes ; la somme la plus importante fut fournie par Savva Mamontov et son gendre Matveï Albert, qui dirigent la Société des constructions navales de la Neva.

Selon les chercheurs, Mamontov, après avoir été à l'origine de la levée de fonds pour Rossia, espérait que le journal deviendrait . Il n'épargna pas son soutien : ainsi, en 1902 plus de furent dépensés pour les salaires de la rédaction et les honoraires des acteurs de la nouvelle publication.

Le rédacteur en chef du journal était formellement , cependant c'est Aleksandr Amfiteatrov qui s'occupe de la parution de chaque numéro, du choix des articles et des relations avec les auteurs. Dans l'organigramme, il apparait comme le chef du service littéraire et politique; ses relations difficiles avec le ministre de l'intérieur, Ivan Goremykine, l'empêchent de diriger officiellement la rédaction.

Ligne éditoriale vignette|upright=1.1|Premier numéro, page 3 consacrée à Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine.

Dans le premier numéro du journal, sorti le , la rédaction exposait la ligne du journal. Sa principale orientation était de promouvoir . Les auteurs promettaient de faire tout leur possible pour devenir, . La parution coïncida avec le dixième anniversaire de la mort de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine ; elle faisait des citations provocatrices de ses œuvres.

Les feuilletons pleins de causticité de Dorochevitch, les reportages de Guiliarovski, les contes satiriques d'Amfiteatrov publiés dans Rossia attirèrent un lectorat diversifié. Le journal avait en 1900 déjà abonnés, et au nombre de ses lecteurs figuraient Maxime Gorki, Anton Tchekhov, Rosa Luxemburg ou Mikhaïl Nesterov.

Dans un rapport de la adressé au ministre de l'intérieur, les facteurs ayant contribué à l'augmentation de la popularité de Rossia furent ainsi décrits par les censeurs :

Par la suite le critique témoigna que Rossia était un titre plus « caustique » et « sans-gêne » que Novoïe Vremia, sans cesser pour autant d'être un « journal libéral ».

Impact de Rossia Beaucoup d'écrits publiés dans le journal ont eu un certain retentissement. Ainsi, après avoir rencontré Vera Aleksandrovna Nachtchokina, épouse de et proche d'Alexandre Pouchkine dans ses dernières années, vivant alors à près de Moscou, Vladimir Guiliarovski fit paraitre un article commençant par ces mots : . Le récit consacré à cette dame d'un grand âge, habitant dans un pavillon vétuste, produisit une grande impression sur les membres de la commission Pouchkine. Ils firent une visite à Nachtchokina et lui allouèrent une pension. upright|gauche|vignette|Vladimir Guiliarovski, Le roi des reporters, par Sergueï Malioutine.

Un autre article de Guiliarovski fut consacré à une compagnie de thé, qui recourait pour le conditionnement de ses produits à des travailleurs non rémunérés déplacés de la Zavoljia ; il y avait parmi eux des familles entières atteintes de typhus. L'article fit sensation, et il y eut plusieurs réimpressions dans l'édition régionale. Les représentants de la compagnie de thé menacèrent l'auteur et Amfiteatrov. Ils assortirent leur demande de publication d'un démenti d'un pot-de-vin. In fine, les conditionneurs, après avoir été payés, purent retourner chez eux.

Dans les manuels contemporains des écoles de journalisme, on cite comme exemple une enquête conduite par Vlas Dorochevitch dans l'« affaire des Skitskikh ». Les circonstances du meurtre de Kamorov, secrétaire du consistoire de Poltava étaient alors débattues. Les meurtriers présumés, Stepan et Piotr Skitskikh, avaient été envoyés au bagne. À Poltava, Doborevitch mena sa propre enquête, trouva de nouveaux témoins, et étudia scrupuleusement les lieux de crime. Dans le premier rapport «d'instruction », qu'il publia dans Rossia, le journaliste s'attacha seulement aux faits. Ils obligèrent à rouvrir l'affaire, et les frères Skitskikh furent finalement innocentés. Amfiteatrov apprécia ainsi le travail de son collège :

En 1901, relata le premier dans les pages de Rossia que le manuscrit du collectionneur et faussaire relatant le vol en ballon de Kriakutnoï à Riazan en 1731 était falsifié.

Arrêt de la publication upright=1|vignette|Aleksandr Amfiteatrov.|droite

Le journal, , fut fermé après la publication du feuilleton Messieurs Obmanov (), écrit par Aleksandr Amfiteatrov. Les autorités virent dans le nom et le texte du roman une de Nicolas II et de sa famille.

D'après l'auteur, le numéro contenant Messieurs Obmanov connut une rupture de vente. Quand le tirage de Rossia arriva de Saint-Pétersbourg à Moscou, un kiosquier accapara tous les exemplaires. Après avoir attendu la frénésie des acheteurs, il commença à vendre à un prix exhortant et gagna plus de roubles.

Ce numéro sorti le . Amfiteatrov fut arrêté le lendemain et envoyé à Minoussinsk. La rédaction réussit à publier encore un numéro de Rossia, puis suivit .

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Liens externes

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