Le casque de Sutton Hoo est un casque anglo-saxon de la fin du ou du début du découvert en 1939 lors des fouilles menées sur le site archéologique de Sutton Hoo, dans le Sud-Est de l'Angleterre.

Il est constitué d'une coiffe en fer à laquelle sont accrochés des protège-joues, un protège-nuque et un masque facial, également en fer. Ce dernier est dominé par une image de dragon formée par les sourcils, le nez et la moustache. Le reste du casque est décoré de plaques en bronze qui portent des motifs guerriers attestés sur d'autres objets du haut Moyen Âge germanique. Découvert dans la chambre funéraire du tertre de Sutton Hoo avec d'autres artéfacts de grande qualité, le casque appartenait vraisemblablement à une personne de haut rang du royaume d'Est-Anglie, peut-être le roi Rædwald (mort vers 624).

Au moment de sa découverte, le casque de Sutton Hoo est réduit en plus de . Une première reconstitution est effectuée par Herbert Maryon en 1945-1946 pour le British Museum. En 1970-1971, Nigel Williams en réalise une seconde qui bénéficie des critiques adressées à celle de Maryon et de nouvelles fouilles menées à Sutton Hoo entre 1965 et 1970. Cette deuxième reconstitution est devenue un objet emblématique de l'histoire de l'Angleterre médiévale.

Description

Structure générale

vignette|gauche|Quatre des cinq motifs décoratifs sont visibles sur cette photo d'une réplique moderne du casque.|alt=Photo d'un casque couvrant visage et oreilles aux motifs ciselés représentant des scènes de guerre

Le casque de Sutton Hoo pèse environ . Il mesure de haut sur de large et de profondeur, pour une circonférence de au niveau des sourcils.. C'est un objet en fer recouvert de plaques décoratives en bronze et en étain. Sa surface extérieure est divisée en plusieurs panneaux par des bandes moulées, chacun de ces panneaux présentant un décor. Ces décors sont au nombre de cinq : deux sont des scènes figuratives, deux sont des motifs d'entrelacs zoomorphes et le dernier, qui n'est connu qu'à travers sept petits fragments, est impossible à reconstituer. Dans la mesure où il n'apparaît qu'à une seule reprise sur le casque, alors que la disposition des autres est symétrique, il pourrait s'agir d'un panneau de remplacement venu se substituer à un autre endommagé ou perdu.

La structure du casque se compose d'une coiffe en fer à laquelle sont suspendus un masque facial, des protège-joues et un protège-nuque, eux aussi en fer. La coiffe est formée d'un seul morceau de métal. Les protège-joues sont suffisamment longs pour protéger intégralement les côtés du visage et présentent une courbure vers l'intérieur aussi bien verticale qu'horizontale. Ils sont suspendus à la coiffe par deux charnières qui étaient peut-être en cuir. À l'arrière, le protège-nuque, lui aussi accroché à la coiffe par des charnières de cuir, est composé de deux morceaux de métal superposés qui lui confèrent une liberté de mouvement supplémentaire. Le masque facial est quant à lui suspendu à la coiffe en trois points : à gauche, à droite et au centre, au-dessus du nez du porteur. Ce dernier peut voir grâce à deux ouvertures ménagées entre le masque facial et la coiffe, et sa respiration est facilitée par la présence de trous à la base du nez du masque.

Les dragons

vignette|La silhouette de dragon qui occupe l'avant du casque.|alt=Dessin en noir et blanc représentant un objet à trois branches en forme de dragon stylisé ayant à chaque extrémité une tête d'animal

Outre les panneaux de bronze, la décoration du casque comprend également une crête, des éléments figurant des parties du visage (les sourcils, le nez et la moustache), ainsi que trois têtes de dragon. La crête est constituée d'un tube en fer qui court le long du sommet de la coiffe. Deux têtes de dragon en plaqué or sont rivetées aux extrémités de cette crête, l'une à l'avant et l'autre à l'arrière. La première est en bronze, la seconde était dans un autre alliage qui s'est dégradé en oxyde d'étain. Des grenats convexes sont sertis dans les têtes des dragons pour représenter leurs yeux rouges.

La troisième tête de dragon, également en bronze avec des yeux en grenat, se trouve à l'avant du casque, à cheval sur la coiffe et le masque. Le cou est posé sur le masque et la tête proprement dite est fixée à la coiffe par un rivet. Les sourcils sont situés de part et d'autre du cou de ce dragon. Ils sont en bronze creux avec des fils d'argent incrustés et des grenats sertis sur leur face inférieure. Le nez et la moustache se situent dans le prolongement de la tête du dragon et l'ensemble représente également un dragon en plein vol, avec les sourcils en guise d'ailes, le nez en guise de corps et la moustache en guise de queue. L'extrémité extérieure de chaque sourcil est occupée par une tête de sanglier dorée, et il est possible qu'ils soient également censés figurer le corps de ces animaux.

Bien qu'ils apparaissent identiques à première vue, les sourcils présentent de légères discordances qui semblent refléter des méthodes de fabrication différentes. Le sourcil dextre mesure environ de moins que le senestre et ne contient que 43 fils d'argent incrustés, contre 46 pour l'autre, et un ou deux grenats de moins. La dorure du sourcil dextre est plutôt rougeâtre, alors que celle du senestre est plutôt jaunâtre, cette dernière présentant par ailleurs des traces de mercure et d'un produit de corrosion de l'étain absentes du dextre. La méthode d'insertion des grenats diffère également : pour le sourcil dextre, ainsi que pour trois des quatre yeux de dragon qui subsistent, les trous dans le bronze sont recouverts de feuille d'or hachurée, mais ce n'est pas le cas sur le sourcil dextre, ni pour l'œil senestre de la tête de dragon du haut. Cette feuille d'or réfléchit la lumière à travers les grenats, ce qui les rend plus brillants et d'une couleur plus intense. En l'absence de cette feuille, le placement direct des grenats sur le bronze les rend vraisemblablement moins éclatants.

Des deux côtés du nez se trouvent de petites plaques rondes reliées par des bandes cannelées et matricées qui dissimulent des rivets. Le long de la crête nasale, un fil de métal est serti dans le fer, qui est enfoncé et rempli de nielle ou d'un autre matériau de remplissage métallique pour former des motifs en triangle recouverts d'argent dans un second temps. De part et d'autre de cette crête, un ciseau grossier est utilisé pour dessiner une bordure rainurée. Trois petits cercles alignés horizontalement sont poinçonnés, puis incrustés d'argent et peut-être entourés de nielle, de chaque côté du sommet du nez. Ce motif à base de petits cercles figure également sur la courbe représentant la lèvre inférieure.

Les deux côtés du nez sont formés par une série de bandes, tour à tour cannelées et billettées par embossage, qui relient de manière oblique la bande centrale à une base constituée d'une bande elle aussi billettée. La moustache est formée de la même manière, mais les bandes y sont verticales. La couche d'or, abondante sur le nez et la bouche, semble avoir été appliquée par dorure au mercure, à en juger par les traces de mercure retrouvées sur ces pièces.

Les cinq motifs

Motif 1 : les guerriers dansants

vignette|redresse|Le motif 1, avec les éléments attestés en argent et les éléments reconstitués en or.|alt=Dessin montrant deux hommes dans des postures symétriques, tenant une épée dans une main et deux lances dans l'autre

Le motif 1 représente deux hommes armés, vêtus d'habits civils ou cérémoniels, qui semblent en train de danser. Ils tiennent dans une main une épée courte, et leurs poignets se croisent. Dans l'autre main, ils tiennent deux lances croisées, pointe vers le bas. La position de leurs jambes et de leurs hanches suggèrent qu'ils sont en train de se rapprocher, peut-être au moment final de leur numéro de danse. Des scènes de danse similaire sont attestées dans l'art scandinave et nordique de cette période, et l'historien romain du Tacite mentionne un rituel de danse avec épées et lances dans sa Germanie.

Ce motif est répété à quatre reprises sur le casque : sur les deux panneaux au-dessus des sourcils et au centre des deux protège-joues. Il n'en subsiste que six fragments, dont celui qui montre les poignets croisés, permettant de déduire la présence de deux individus. Sa reconstitution a été permise par l'existence de représentations très similaires de guerriers sur trois objets retrouvés en Suède : le casque du site de Valsgärde, les fragments d'une feuille de métal découverte dans le tertre oriental de Gamla Uppsala, et l'une des plaques de Torslunda. Sur cette dernière, le guerrier apparaît borgne, ce qui suggère un lien avec le culte d'Odin.

Motif 2 : le cavalier et son adversaire

vignette|redresse|Le motif 2, avec les éléments attestés en argent et les éléments reconstitués en or.|alt=Dessin montrant un cavalier armé d'une lance, au-dessus de lui un homme plus petit armé d'une lance et, sous le cheval, un homme en côte de mailles plantant une épée dans le poitrail du cheval

Le motif 2 représente un guerrier à cheval qui brandit une lance au-dessus de sa tête, tandis que sa monture piétine un ennemi tombé au sol. Ce dernier se redresse pour saisir d'une main les rênes du cheval et, de l'autre, lui plonger son épée dans le poitrail. Sur la croupe de l'animal se tient agenouillé un humanoïde de petite taille. Il est représenté de manière très similaire au cavalier, ses bras et ses jambes sont dans la même position que les siennes et sa main droite tient également la lance du cavalier.

Le motif 2 est attesté par huit fragments. Si l'on considère que le motif 3, qui n'apparaît qu'une seule fois, a été inséré pour remplacer un panneau endommagé, ce motif 2 apparaissait à l'origine à douze reprises sur le casque : huit fois dans la rangée inférieure de la coiffe (donc sur tout le pourtour, à l'exception des panneaux arborant le motif 1) et deux fois au milieu de chaque côté, l'une au-dessus de l'autre. Le cavalier est orienté vers la gauche et semble donc se déplacer autour du casque dans le sens des aiguilles d'une montre.

Du fait de la perte d'une proportion considérable du motif 2, sa reconstitution repose en grande partie sur les versions continentales de la même scène. Elle apparaît notamment sur les casques de Valsgärde, sur le casque de Vendel et surtout sur la bractéate de Pliezhausen. Sur cette dernière, la scène figure de manière intégrale et sa représentation est très similaire à celle du casque de Sutton Hoo, bien qu'elle apparaisse en miroir, le cavalier regardant vers la droite. Certains détails du casque ne figurent pas sur la bractéate, comme l'épée du cavalier ou le fourreau de son adversaire, mais elle permet d'inférer la présence de détails à des endroits non attestés par les fragments du casque, comme le bouclier que tient le personnage agenouillé.

Les sources iconographiques du motif 2 sont inconnues, mais il pourrait être issu de modèles romains où la représentation du cavalier qui piétine son adversaire vaincu est courante. Le fait qu'on en retrouve des exemples en Angleterre, en Suède et en Allemagne donne à penser que ce motif avait une signification partagée dans toute l'aire germanique. Néanmoins, si les exemples romains montrent toujours le guerrier dans un moment de triomphe absolu, les versions germaniques de cette scène apparaissent plus ambigües en mêlant des symboles de victoire et de défaite. La lance du cavalier n'est pas pointée sur son adversaire au sol, mais sur un ennemi invisible qui lui fait face ; l'adversaire vaincu parvient à infliger une blessure mortelle à la monture du cavalier ; le petit personnage semble guider la lance du cavalier. Le thème général du motif pourrait être celui du destin. Le petit personnage pourrait être une divinité, peut-être Odin, qui peut guider la main du guerrier mais pas l'affranchir de toutes les vicissitudes du destin, car même les dieux lui sont soumis.

Motif 3 : scène figurative non identifiée