L'histoire des Juifs à Toulon, comme dans de nombreuses autres villes du sud de la France, remonte au début du Moyen Âge. L’événement le plus notable est le massacre de la communauté le , le premier massacre de ce type en Europe suite à la Peste noire. Ces massacres s’étendront ensuite de Barcelone à l'Allemagne. La Communauté a pratiquement complètement disparue de la ville. Elle connaît un renouveau avec l'arrivée des rapatriés d'Algérie dans les années 1960.

Moyen Âge

Selon Juda Rabin, dans son Historia Hébraïca : Tibère, le premier empereur de Rome qui expulsa les juifs, Histoire de la principale noblesse de Provence, Par B. de Maynier, 1729, Page 254 Le quartier juif est dénommé « carriera judeorum ». Il se trouve au centre du vieux Toulon, dans le carré formé par les actuelles rues d’Astour, rue des Tombades, rue Émile-Zola , rue Augustin-DaumasTopographie des quartiers juifs en Provence, Danièle Iancu, 1970, page 125.

1140 ou 1111 . Selon Emmanuel Eydoux en 1140 "Sept litanies", Auteur :Emmanuel Eydoux, 1968 . Selon Juda Rabin, dans son Historia Hébraïca, . 1285 : une assemblée générale de citoyens toulonnais propose le renforcement des fortifications, Il y a onze juifs sur 150 citoyens soit une estimation de 7 % de la populationTopographie des quartiers juifs en Provence, Danièle Iancu, 1970. 1345 : un acte parle de juifs essayant de se soustraire au paiement de divers impôts Topographie des quartiers juifs en Provence, Danièle Iancu, 1970. 1346 : dans un procès, des chrétiens demandent que Dayon Barbe, juif de Toulon, qui a tué Salomonet de Saint-Ibert, juif d’Hyères, soit jugé à Toulon et non à Hyères. Remarquons l'évolution du prénom biblique David en langue française : David devient Daviot vers 1200 puis Dayon vers 1300.

Massacre de 1348

Selon les sources de l'époque

Un jour de la semaine sainte de Pâques 1348, un juif se serait glissé dans l’église, et aurait crié Archives communales, répertoire Rey et Baudon, II. 25, cité dans Toulon ancien et ses rues, tome 1, 1901, page 158, Laurent Mongin

Cela fut le déclencheur d'un massacre d'une quarantaine de juifs de la « carriera judeorum ».

Une enquête fut faite quelque jour après ce massacre. Elle considère que le motif invoqué ne fut qu'un prétexte et elle établit d’une façon certaine que le mobile des meurtriers fut le volOctave Teissier, Histoire de Toulon au Moyen Âge, .

Voici la description intégrale du massacre selon cette enquête Octave Teissier, Histoire de Toulon au Moyen Âge,

Selon les historiens contemporains vignette Ce massacre se déroule lors de la plus importante épidémie de peste noire au Moyen Âge. On estime que la peste noire a tué entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans (1347-1352). les historiens voient surtout dans ce massacre, une façon par la majorité de faire porter les raisons de ses malheurs à un groupe minoritaire : Topographie des quartiers juifs en Provence, Danièle Agou-Iancu, 1970, page 195. Autre explication : La majorité, des médecins de Provence, étaient juifs à cette époque. Les malades de la Peste ont donc reproché à ces docteurs l'échec de leur « médecine juive ».

Nous avons la preuve qu'après l'enquête de l'époque, les coupables de ce massacre ont été emprisonnés car nous disposons d'un document d'amnistie de 1351 autorisant leur libération à la suite de la grave crise de manque de main d'œuvre due à la pesteThe Jews of Europe After the Black Death, Anna Foa, 2000.

Retour de Juifs à Toulon

1354 : Quelques années après ce massacre, des juifs commencent à revenir à Toulon. Cependant, par mesure de prudence, certains se sont convertis au catholicisme. Ainsi, cents notables sont appelés à procéder aux élections municipales de 1354. Jean Gantelmy et Guillaume St-Pierre, sont parmi les cents. Ce sont deux juifs convertis, qualifiés dans les archives de « néophytes »Archives communales, BB. 1 cité par Laurent Mongin dans Toulon ancien et ses rues, tome 1, 1901, page 159. 1440 : Archives communales, BB. 40 cité par Laurent Mongin dans Toulon ancien et ses rues, tome 1, 1901, page 160. Un tiers ou même la moitié des médecins provençaux connus du xiie siècle au xve siècle étaient juifs.

Expulsion des juifs de Provence

En 1482, à la mort du roi René d'Anjou, le roi de France Louis XI devient comte de Provence. Ce dernier, qui avait vainement essayé de rappeler les Juifs du Dauphiné évite de taxer les Juifs et, au contraire, renouvelle leur droit de séjour, politique continuée, au début de son règne, par Charles VIII. Toutefois, des émeutes anti-juives ont lieu comme à Arles où des heurts font 16 morts dont 9 catholiques qui avaient secouru des Juifs. Comme souvent, les Juifs sont accusés d'être fauteurs de troubles et les édiles demandent leur expulsion, d'autant plus qu'en 1492, les Juifs sont expulsés d'Espagne. Charles VIII prononce l'édit d'expulsion en 1498 et Louis XII le réitère le . Les Juifs, ici encore, ont le choix entre le baptême ou l'exil. De nombreux Juifs préfèrent le baptême à l'exil mais une nouvelle taxe de livres touche en 1512 122 chefs de famille dans 16 localités.

1512 : Les caisses du royaume sont vides... Louis XII impose les "douze des plus signalés de la susdite race judaïque" donc 12 juifs ou convertis de Toulon : Laurent Mongin dans Toulon ancien et ses rues, tome 1, 1901, page 161.

On a ensuite peu d'informations concernant l'état des juifs à Toulon : Revue critique d'histoire et de littérature, Volume 4, page 89, P Meyer, Ch Morel, 1869.

1625 : en 1927 un maçon trouve une dalle funéraire avec des inscriptions en hébreu, dans sa ferme de La Martelle, chemin du Kiosquehttp://www.acjp.fr/uploads/articles/42df20509aa43172965740a68a8bef22.pdf, commune d'Ollioules, à du centre de Toulon. Il la pose sur la margelle d’un bassin pour servir de pierre à laver. En 1951, l'abbé Raymond Boyer la traduit. L'épitaphe en hébreu traite de la mort d'un rabbin, Jonah Duran, le . Il est d'après l'épitaphe " Ici, Caché et Enfoui.... " mais il fut "Chef de son peuple et guide de sa nation".. Le Cecil Roth, professeur à l'Université d'Oxford, pense cependant que l'existence d'une communauté juive dirigée par Jonah Duran, est impossible à Toulon, même un siècle après les décrets d'expulsion. Pour le Docteur Roth : . Jonah Duran fait partie de la grande Famille Duran originaire de Provence dont les membres se sont dispersés, par émigrations successives, dans les îles Baléares puis en Algérie.

Métiers des juifs de Toulon au Moyen Âge

Les juifs sont cantonnés à un nombre restreint de métiers. Ils sont le plus souvent commerçants préteurs, médecins. La ville de Trets comptait ainsi au 7 médecins dont 6 juifs. Le choix de ces métiers s'explique par les spoliations régulières et expulsions dont ils ont été victimes. Ils privilégient les métiers sans actifs intransportables. Ils ne sont donc ni propriétaires d'immobilier ou de terrains, ni paysans, ni artisans. A contrario, ces métiers les exposent à encore plus de spoliations. Leurs débiteurs les expulsent, évitant ainsi de rembourser leurs dettes. Les malades des épidémies reprochent aux docteurs l'échec de la « médecine juive ». Dans la région de Toulon, le commerce principal était celui de l'huile d'olive d'Ollioules et de Solliès-Pont. Ainsi les frères médecins juifs, de saint Maximin, Astrug et Mosse Abraham, en écoulaient une grande quantité. En , leurs veuves respectives, Tholsane et Clarette, veulent récupérer auprès de 12 débiteurs varois, de La Valette-du-Var notamment, 800 florins et 53 métrètes d'huile avancés de 1457 à 1463Être juif en Provence au temps du roi René, Danièle Iancu, 1998.

Époques moderne et contemporaine Une synagogue est établie dans un appartement en l'an V de la République (1796-1797). Lors de la publication du décret de 1808 quant à l'obligation pour les Juifs de prendre un état-civil, cinq noms sont enregistrés et en 1809, un état de la population juive de la ville recense 14 personnes. Au début du , la population juive de Toulon compte environ 30 familles. Au début de la Seconde Guerre mondiale, des familles juives alsaciennes se réfugient à Toulon, montant la population juive à 50 familles.

Arrivée des Juifs d'Algérie

En 1962, les Juifs d'Algérie arrivent en métropole avec l'ensemble des autres Pieds-noirs. Cette migration concerne un million de personnes parmi lesquelles environ juifs. L'analyse séparée entre les deux populations juive et non juive n'a pas fait l'objet d'étude spécifique sur Toulon. Les rapatriés ont privilégié les grands villes du sud de la métropole. Ils étaient moins dépaysés par le climat et par le fait qu'ils étaient déjà largement urbains en Algérie. Ainsi, Toulon a compté rapidement 10 % de Pieds Noirs, à comparer avec 11 % à Montpellier, 8 % à Nice, 6 % à Cannes. De 1962 à 1968, Ils ont représenté 60 % de la croissance démographique de Toulon contre 50 % à Marseille et 70 % à Nice. C'est une population plus jeune que la moyenne de la métropole : 50 % des ménages ont entre 25 et 40 ans contre 33 % chez les métropolitains. Leur niveau culturel est aussi plus élevé : Sur 100 actifs 13 Pieds Noirs ont le BEPC, 12 le BAC et 6 un niveau supérieur contre respectivement 6 %, 7 %, 4 % pour les métropolitainsL'intégration des rapatriés d'Algérie en France, Pierre Baillet, Population Année 1975 30-2 . Quant aux juifs, ils préféraient les villes disposant déjà d'une communauté juive bien organisée, propre à permettre leur pratique de la religion, d'où leur choix majoritaire, dans le sud de la France, des grandes villes de Marseille, Nice ou Toulouse.

Depuis 1971, la population juive est estimée à personnes.

Actes antisémites au tournant du

: Profanation du cimetière juif de Toulon par un réseau néo nazi. : Tentative d'incendie de la synagogueTentative d'incendie contre la synagogue de Toulon

Personnalités juives de Toulon

Maison de Sève

Seule famille juive à échapper au massacre de 1111, cette famille « appartenant à la tribu de Lévi » se convertit au catholicisme au . Elle fournit de nombreuses personnalités établies dans toute la Provence, mais son Jacob de Sève : a la garde de Toulon sous la Reine Jeanne Pierre de Sève : fils de Jacob, fut pourvu de la charge de ClavaireClavaire : Officier municipal chargé de la garde et de la gestion de la caisse publique ; collecteur des deniers publics par le Roi René. François de Sève : fils de Pierre ne fut taxé que de 50 florins lors de 'la taxe juive" de 1512 par le Roi Louis XII. Jean de Sève : Fils de François Pierre II de Sève; fils de Jean, fut marié à Anne, fille de Nostradamus Louis de Sève : petit-fils de Pierre II, fut marié à Louise de Cuers, tante germaine de Jacques de Cuers, seigneur de Cogolin. Il a commandé plusieurs batailles navales. Il est mort chef d'escadre des armées navales du Roy. ? de Sève : fils de Louis, Capitaine de Vaisseaux du Roi, a eu la jambe emportée d'une volée de canon en combattant avec son père. Jean de Sève : descendant de cette lignée ayant reçu une grave blessure à la jambe dans l'armée navale du roi, a été obligé de se retirer et de s'appliquer à l'étude du droit. Il a été marié sans avoir d'enfant. Ainsi s'achève cette lignée.

Famille Bokanowski