Defensor était un moine bénédictin de la communauté monastique de Saint-Martin de Ligugé qui a vécu vers 700. Il serait l’auteur et compilateur du .
Cette œuvre, composée autour de 700, est un florilège de littérature patristique et scripturaire qui a connu un grand succès dans le monde monastique dès le et qui a été largement diffusé en Europe au cours du Moyen Âge.
Le démontre la rigueur et le grand souci de l’autorité chez Defensor, mais, à plus grande échelle, donne aussi une perspective sur plusieurs aspects de la vie ascétique, mais aussi sur les enseignements moraux et sur la doctrine chrétienne à l’époque du royaume franc mérovingien du et de la première moitié du . De plus, la popularité dans les cercles monastiques du tout au long du Moyen Âge, et même au-delà, jusqu’au , indique que, pendant de nombreux siècles suivant sa production, l’œuvre de Defensor avait toujours une pertinence et un intérêt.
Vie et contexte monastique Monastère de Saint-Martin vignette|Abbaye de Saint-Martin de Ligugé Defensor est un moine de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé en Aquitaine, fondée vers 361 par Martin de Tours. L’abbaye, la plus vieille établie en Gaule, aurait été considérée comme un lieu important de l’activité monastique dans les derniers siècles de l’Empire romain d'Occident. Au début du , le monastère aurait connu un essor dont témoignent les réfections majeures à son architecture en vue d’un agrandissement. L’abbaye, très prospère, aurait même frappé sa monnaie d’or à la fin du . Par conséquent, durant les dernières décennies du , Defensor aurait côtoyé un environnement monastique vraisemblablement vivant, et ce bien avant l’âge d’or du monachisme qui débuterait un siècle plus tard.
Identité Le peu qu’il est permis de savoir sur la vie de Defensor, provient d’un prologue du présent dans une proportion de 32 des 370 manuscrits aujourd’hui existants, où il se réclame l’auteur. Defensor y rapporte être un moine de l’abbaye de Saint-Martin de Ligugé depuis sa jeunesse livrant son œuvre « à la grâce de Dieu » pour le compte d’un dénommé « Ursin ». La datation concernant la production du , qui lui est aujourd’hui attribué, permet d’établir que Defensor aurait donc sans doute vécu vers 700 sans, toutefois, pouvoir établir l’âge qu’il avait à ce moment. Néanmoins, la recension littéraire de l’œuvre qui compile parmi 16 différents pères de l'ÉgliseRochais 1961, p. 14., démontre que Defensor devait avoir un certain âge quand il a produit le puisqu’il avait déjà lu et connaissait bien les Écritures.
Ursinus Defensor est souvent associé avec Ursinus, aussi appelé Ursin, qui aurait été originellement moine à Poitiers qui se trouvait près du monastère de Saint-Martin de Ligugé. Le nom d’Ursinus apparaît à plusieurs endroits : il est l’auteur de la Vie de saint LégerRochais 1961, p. 17; son nom – sous forme de monogramme « VRSINVS » – figure sur une pierre tumulaire datant du érigée à Ligugé là où il y aurait eu la construction d’une basilique et qui aurait reçu le transfert du corps de saint LégerRochais 1961, p. 20.; et il aurait été le nutritor de Defensor, « l’autorité spirituelle »Rochais 1961, p. 16. derrière la production du puisque son nom est mentionné par Defensor dans les versions contenant un prologue sous la forme du « précepteur Ursin »Defensor de Ligugé 1961, p. 49.. Par conséquent, au moment de la production du , Ursinus était l’abbé du monastère de Saint-Martin de Ligugé et donc le supérieur de Defensor à qui il avait fait la commande de l’œuvreRochais 1961, p. 20-21.. Toutefois, il est probable qu’Ursinus ne connut jamais le travail achevé par Defensor puisqu’il semble être décédé vers 700.
Postérité et reconnaissance Le nom de Defensor s’était évanoui après sa mort et c'est seulement autour de 1675 quand le Bénédictin Jean Mabillon fait la découverte à la librairie de Monte Casino d’une version du contenant un prologue. En effet, dans cette version contenant un prologue l’auteur se nomme : « […] »Defensor de Ligugé 1961, p. 50.. Cette version contenant un prologue est présente dans seulement Bremmer 2008, p. 82.; ainsi, le nom de Defensor a beaucoup moins circulé que son œuvre. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’œuvre a été attribuée, à tort, à des auteurs plus célèbresBremmer 2008, p. 78., comme dans le cas du attribué à l'érudit anglo-saxon Bède tel que mentionné à la page 184 de la « Chronique novembre- » paru dans la Bibliothèque de l'École des chartes.
Le , aussi appelé « Livre d’Étincelles », est un florilège composé d’extraits de la Bible et des écritures des pères de l’ÉgliseRochais 1961, p. 10-11. qui a été composé autour de l’année 700. Le terme en latin « Scintillarum », ou « Étincelles », pour désigner l’œuvre provient d’une métaphore présente dans le prologueRochais 1961, p. 11.: « Des dicts du Seigneur et de ses saints a été extraite cette Étincelle, et cela n’est pas dû à mon habileté, mais uniquement à la grâce de Dieu et à mon précepteur Ursin, qui m’a enjoint ce travail et enseigné à le faire. [...] Comme du feu jaillissent les étincelles, de même ici voit-on briller de menues sentences tirées de nombreux livres des Écritures dans ce volume d’Étincelles ».L’étude des pères de l’Église est un point de départ dans l’étude de la Bible : par leurs exégèses, leurs commentaires, ils font ressortir le sens des Écritures. Par exemple, saint Augustin dans son œuvre De Doctrina Christiana, offre ne guide de lecture de la Bible pour que celui qui l’apprend soit aussi capable de l’enseigner et de la prêcherCallus 1941, p. 667.. Defensor fait une compilation de ce qui le frappe le plus de sa des Pères dans le but d’en rassembler et d’en extraire le sens spirituel, mais aussi comme il l’explique dans son prologue : « Qui veut le lire s’épargne de la peine ; qu’il ne se fatigue pas à parcourir d’autres pages : il a ici ce qu’il désire trouver ». Defensor cherche à offrir à son lecteur une œuvre de recueillement qui se base sur une compilation définitive des Écritures qu’il juge essentielles. De plus, les moines sont restreints par la discipline monastique et dédiés à la contemplationLittle 1999, p. 741-757.; ils ont rarement la chance de pouvoir discuter librement entre eux. C’est pourquoi, il semblerait que Defensor aurait trouvé moyen, par son œuvre, de s’adresser à son entourage monastique dans le but de leur enseigner la tradition chrétienneRochais 1961, p. 27..
Contenu vignette|300x300px|Décoration sur retable, église de Notre-Dame de l'Assomption à Valdavia en Espagne. Représentation de Pères de l'Église de gauche à droite : saint Augustin, saint Grégoire, saint Ambroise, saint Jérôme. La compilation des œuvres incluse dans le de Defensor recense contenues dans sous forme de thèmes concernant divers aspects de la vie courante principalement, les vice et les vertusBremmer 2008, p. 79., mais aussi; les réalités spirituelles; activité psychologique; les traits et tempéraments; les états de la vie ainsi que les rapports sociaux.
Parmi les sources utilisées par Defensor, la Bible tient une place prépondérante. Le Nouveau Testament est particulièrement représenté avec les Évangiles synoptiques, les écrits de saint PaulRochais 1961, p. 13.. Pour ce qui est de l’Ancien Testament, Defensor utilise les livres sapientiaux pour ce qui est tiré des Proverbes et l’Ecclésiastique et, donc, ne prend pas tous ses textes latins de la Vulgate.
Autre que la Bible, Defensor compile les Écrits des pères de l’Église, surtout des Latins, mais inclut quelques Grecs. Le contient les écrits patristiques d’Ambroise, d’Anastase, d’Augustin, de Basile, de Cassien, de Césaire, de Clément, de Cyprien, d’Éphrem, d’Eusèbe, de Grégoire, d’Hilaire, d’Isidore, de Jérôme, de Josèphe, d’Origène, ainsi que la Vita Patronum. De ceux-ci, le plus cité, au sein de la compilation de Defensor, est Isidore de Séville, soit dans le tiers des textes patristiques, duquel est suivi par Grégoire, Jérôme et Augustin. Il est à noter que peu de Grecs se retrouvent dans la liste des auteurs sourcés – Origène, Basile, Josèphe et Eusèbe – et que leurs écrits représentent une proportion marginale au sein des écrits patristiques.
Méthodologie Hormis le travail colossal de compilation au sein du en rassemblant les citations scripturaires et patristiques sous des thèmes qu’il dispose en chapitres, Defensor ne semble pas avoir organisé, systématisé ou hiérarchisé l’ordre de ses chapitres au sein de son œuvre de quelque façonBremmer 2008, p. 78-79.. Comme le relève H.-M. Rochais, il semblerait que Defensor ne devait pas avoir d'assemblage de sujets choisis à l’avance; il précisait ses sujets en cours d’opération et au gré de ses lectures et c’est ce qui explique que certains thèmes se dédoublent au sein de son œuvre tandis que d’autres partagent le même sensRochais 1961, p. 49.. De plus, la longueur des chapitres d'un à l'autre est très disparate : ils peuvent varier de 5 pages jusqu’à 100 pages. Toutefois, c’est au sein de ses chapitres que Defensor utilise une hiérarchie et une organisation qui laisse croire à une certaine volonté méthodologique et de rigueur. En effet, lorsqu’il procède au sein d’un thème il applique cette hiérarchie impliquant qu’il débute toujours par citer la Bible et, ensuite, il cite un Père. De plus, il utilise la même hiérarchie quand il cite la Bible : il débute par une citation d’un Évangile et ensuite cite un des apôtres. Cette attention pour la hiérarchie trahit les traits de la vie monastique que Defensor pouvait lui-même vivre au sein de sa communauté en tant que moine assujetti à des règles comme la discipline et à l’obéissanceLittle 1999, p. 745..
L’originalité chez Defensor dans le , en comparaison à ses prédécesseurs, tel Isidore de Séville avec son œuvre , concerne l’utilisation d’une variété de sources provenant à la fois de la Bible et à la fois des Pères, dont il note à chaque fois l’auteur. Comme le rapporte H.-M. Rochais, cet effort de la part de Defensor indique qu’il exerçait un « esprit positif et critique », mais aussi, peut-être, jusque dans la tâche littéraire, un grand respect de la notion d’autorité, un concept important dans la vie monastique, ainsi qu'attribuable aux traditions des institutions religieuses de l’époque mérovingienne. Toutefois, la technique de Defensor, relève des difficultés selon les historiens contemporains qui ont essayé d’établir la provenance exacte des citations d’auteurs cités jusqu’à leurs œuvres. À cet effet, Defensor, pour établir à qui appartenait l’écrit, il utilisait à l’ouverture de la citation une forme imprécise, en mentionnant l’auteur sans en mentionner l’œuvre qui ressemblait à la suivante : « Ambrosius dixit »(Ambroise a dit), « Gregorius dixit »(Grégoire a dit)Defensor de Ligugé 1961, p. 200-201.. Malgré cette difficulté, il est à noter qu'en 2002, grâce à la numérisation des corpus, l’historienne Leslie MacCoull a pu faire diminuer le nombre de citations dont l’œuvre de provenance est inconnue au sein du de 116 à 54.
Henri-Marie Rochais, moine de Ligugé, qui a complété la traduction du basé sur la version du Corpus Christianorum, t, CXVII, composé de six manuscritsRochais 1961, p. 32., et a publié en 1961 une édition française en deux volumes intitulés le Livre d’Étincelles, a rapporté quelques difficultés au sein de l’ouvrage de Defensor. D’abord, il souligne que Defensor dans son ouvrage a « transcrit des sentences qui ont quelque peu souffert d’être arrachées à leur contexte primitif »Rochais 1961, p. 36. ce qui l’a donc obligé à recourir, quand il était possible aux citations originales dans le but d’en discerner le sens. Rochais rapporte aussi un problème en regard avec les techniques de l’époque de production s'expliquant par la façon dont les textes étaient copiés en les lisant à haute voix ce qui crée des erreurs de prononciation ou de lecture se répercutant sur le texte une fois copié.
Popularité et manuscrits