L'attaque chimique de Douma du a lieu pendant la guerre civile syrienne. L'attaque, qui tue plusieurs dizaines de civils dans un quartier résidentiel, se déroule lors d'un combat mené par l'armée arabe syrienne à la fin de la bataille de la Ghouta orientale, alors que les forces rebelles de Jaych al-Islam sont acculées et encerclées à l'intérieur de la ville de Douma. L'échec des négociations provoque une reprise des frappes aériennes le , suivie d'une attaque chimique le lendemain. Jaych al-Islam capitule le et ses combattants sont évacués vers le nord de la Syrie, accompagnés de plusieurs milliers de civils.

L'opposition syrienne, plusieurs pays dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, et plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, accusent aussitôt l'armée syrienne d'être responsable de l'attaque. À cette période du conflit, la culpabilité du régime de Bachar el-Assad dans l'utilisation de sarin et de chlore a déjà été démontrée à plusieurs reprises par les enquêtes conjointes de l'ONU et de l'OIAC, ainsi que par la commission d'enquête indépendante des Nations unies sur la situation des droits de l'Homme en Syrie.

Le régime syrien, soutenu par ses alliés, la Russie et l'Iran, nie que des armes chimiques aient été utilisées puis conteste les accusations à son encontre, se contredisant. Une vaste opération de désinformation, avec effacement des preuves, enlèvement des corps, arrestations et menaces des témoins, et faux témoignages, est mise en œuvre par les régimes syrien et russe. Mais le , après une enquête de plusieurs mois, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) confirme l'utilisation de chlore comme arme chimique à Douma le . En 2023, après enquête, l'OIAC confirme la responsabilité du régime syrien.

L'attaque chimique provoque une riposte militaire limitée des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, qui bombardent dans la nuit du 13 au plusieurs sites liés au programme d'armement chimique syrien.

Contexte et prélude vignette|alt=Femmes, enfants, hommes, bagages, cars, entassés pêle-mêle.|Civils et rebelles de la Ghouta orientale arrivant à Idleb le 2 avril 2018.

Au cours de la guerre civile syrienne, le régime syrien de Bachar el-Assad fait usage d'armes chimiques à de très nombreuses reprisesRené Backmann, Comment Bachar al-Assad a gazé son peuple: les plans secrets et les preuves, Mediapart, juin 2017.Stephanie Nebehay et Jean-Philippe Lefief, L'Onu impute 27 bombardements chimiques aux forces syriennes, Reuters, 6 septembre 2017.. Le , la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, fait partie des villes touchées par l'attaque au sarin la plus meurtrière du conflitHélène Sallon, En Syrie, une attaque chimique sans précédent, Le Monde, 22 août 2013..

En , l'armée syrienne intensifie ses frappes aériennes contre l'enclave assiégée de la Ghouta orientale et lance une offensive au sol le 25, malgré le vote la veille d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies réclamant l'instauration d'un cessez-le-feuBenjamin Barthe, En Syrie, l’offensive terrestre contre la Ghouta orientale a commencé, Le Monde, 2 mars 2018.Ellen Francis et Firouz Sedarat, Syrie et Iran poursuivent l'offensive sur la Ghouta orientale, Reuters, 25 février 2018.Hala Kodmani, Ghouta orientale : une trêve sitôt actée, sitôt rompue, Libération, 25 février 2018.. Pendant les combats, en un mois et demi, plus de civils sont tués par les bombardements du régime et de la Russie selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Entre janvier et mars, plusieurs attaques chimiques au chlore de faible intensité sont signalées à DoumaSyrie: le régime accusé d'une nouvelle attaque chimique près de Damas, Le Point avec AFP, 22 janvier 2018.Syrie : du "chlore a été utilisé" contre la population de la Ghouta orientale, Franceinfo, 26 février 2018.Syrie : des symptômes évoquant une utilisation de chlore dans la Ghouta orientale, Europe 1 avec agences, 26 février 2018.Syrie: soupçons d'attaque chimique lors des raids sur la Ghouta orientale, L'Express avec AFP, 26 février 2018.Syrie : la Ghouta orientale victime d'une nouvelle "attaque à l'arme chimique" lundi, affirme une ONG, Franceinfo, 6 mars 2018.... Début mars, l'OSDH évoque 60 cas de suffocations dans la Ghouta. Le , le secrétaire d'État américain Rex Tillerson déclare que la Russie Armes chimiques en Syrie: les Etats-Unis «embrouillent» les enquêtes, selon le Kremlin, AFP, 24 janvier 2018.. Le lendemain, Moscou répond en accusant les États-Unis d'« embrouiller » les enquêtes concernant l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Le , le ministère russe de la Défense publie alors un communiqué accusant les insurgés de « préparer une provocation, prévoyant un recours à des substances toxiques afin d'accuser les forces gouvernementales d'utiliser des armes chimiques contre la population civile ».

Le , le groupe salafiste Ahrar al-Cham capitule, suivi par le groupe Faylaq al-Rahmane le : leurs combattants sont alors évacués avec des civils vers le gouvernorat d'Idleb ou le nord du gouvernorat d'AlepSyrie: le régime contrôle la quasi-totalité de la Ghouta orientale, AFP, 24 mars 2018.Syrie: l'ultime enclave rebelle dans la Ghouta dans le viseur du régime, AFP, 31 mars 2018.. Début , (dont un quart de combattants, selon le régime) ont été déplacées., et 95 % de la poche de la Ghouta orientale a été reconquise par le régime. C'est une défaite significative des rebelles en Syrie.. Seule la ville de Douma, tenue par environ de Jaych al-Islam, reste aux mains des rebelles. Jaych al-Islam négocie alors avec la Russie sur les conditions d'une capitulation ou d'un désarmement, mais le groupe annonce qu'il refuse de quitter DoumaGeorges Malbrunot, Ghouta: Moscou intransigeant sur le sort des derniers rebelles, Le Figaro, 28 mars 2018.. Un accord est cependant conclu le et l'évacuation de combattants et de civils débute le lendemainSyrie : un accord pour évacuer les rebelles de leur dernière enclave dans la Ghouta, Le Monde avec AFP, 2 avril 2018.Hala Kodmani, Syrie : fin de partie pour la rébellion dans la Ghouta orientale, Libération, 2 avril 2018.. Elle s’interrompt le , alors que combattants et civils ont quitté Douma, en raison de divergences au sein de Jaych al-IslamSyrie: des divisions entre rebelles bloquent les évacuations dans la Ghouta, AFP, 5 avril 2018.. Une tendance menée par Issam al-Boueidani, le commandant en chef du groupe, refuse toujours d'abandonner Douma, tandis qu'une autre, rassemblée autour de Samir Kaaké, accepte l'accord d'évacuationPaul Khalifeh, Syrie: l’accord d’évacuation de Douma semble compromis, RFI, 5 avril 2018.. Le régime décide alors de faire pression sur les rebelles pour obtenir leur capitulation et le , les forces aériennes loyalistes reprennent leurs frappes sur Douma et tuent au moins 40 civilsFrappes aériennes meurtrières sur la dernière poche rebelle près de Damas, AFP, 7 avril 2018.Death toll of Douma massacre rises to 40 as a result of the hysterical bombardment by regime and Russian warplanes on the city, OSDH, 6 avril 2018..

Déroulement Le , l'armée syrienne reprend l'offensive au sol et attaque Douma à l'ouest, à l'est et au sudFrappes aériennes sur le fief rebelle de Douma, près de Damas, AFP, 7 avril 2018.Paul Khalifeh, Syrie: les combats reprennent à Douma après l'échec des évacuations, RFI, 7 avril 2018.. Les frappes aériennes se poursuivent au cours de la journée : selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 30 civils sont encore tués par les bombardements et à , une première attaque chimique au chlore est signalée par l'OSDH, les Casques blancs et la Syrian American Medical Society (SAMS) qui affirment que onze personnes souffrent de suffocationSyrie : soupçons d'une attaque chimique à Douma, des cas de suffocations, Europe 1 avec AFP, 7 avril 2018..

Le soir du , une nouvelle attaque chimique de plus grande ampleur a lieu. Elle est signalée à par les Casques blancsEn Syrie, les rebelles dénoncent une attaque au chlore à Douma, Le Monde avec AFP et Reuters, 7 avril 2018.Syrie: une attaque chimique présumée du régime suscite l'indignation, Le Vif avec AFP, 8 avril 2018.. De multiples témoignages, dont ceux des observateurs aériens de Sentry Syria.., rapportent qu'un hélicoptère du régime syrien a décollé de l'aéroport militaire de Dumeir et lâché une bonbonne chimique"Open Source Survey of Alleged Chemical Attacks in Douma on April 2018", Bellingcat, bellingcat.com, 11 avril 2018..... L'enquête de l'OIAC confirmera qu'au moins un hélicoptère Mi-8/17, opérant sous le commandement direct de Souheil al-Hassan, des Forces du Tigre, décolle de Dumeir, où la brigade est postée, au côté de forces russes. Les habitants, qui se trouvaient dans des sous-sols ou dans des pièces faiblement ventilées, sont atteints mortellement.. Des dizaines de personnes sont tuées dans un seul immeuble, sur le toit duquel est retrouvé un baril de chlore. Selon des témoins s'étant exprimé après que Douma soit retombée aux mains du régime syrien, des morts sont retrouvés aussi dans les sous-sols de bâtiments voisins et dans les rues adjacentes à cet immeuble. Ces témoins entendent la chute de deux barils vers 19h, qui n'explosent pas lors de l'impact, contrairement aux roquettes. Ils sentent une odeur de chlore dans plusieurs sous-sols et ressentent immédiatement des effets du type nausées, vomissements, etc. Seuls ceux qui sortent des sous-sols survivent. Ils avertissent les Casques blancs entre 19h30 et 20 h, mais ces derniers ne peuvent intervenir que vers 21 h en raison des bombardements intensifs. Les Casques blancs sauvent 25 personnes dans des bâtiments voisins, qu'ils emmènent à l'hôpital tout proche.

Les Casques blancs recueillent aussi les morts et publient des vidéos montrant des corps sans vie, avec de la mousse blanche s'échappant de leur bouche. Ils déclarent que Douma: des cas de suffocations après des raids du régime, AFP, 8 avril 2018.. Les Casques blancs et la Syrian American Medical Society indiquent que les blessés souffrent de , de et dégagent Benjamin Barthe, Syrie : ce que l’on sait sur la nature des bombardements sur Douma, Le Monde, 8 avril 2018.. Dans un premier temps, les médecins pensent que du sarin pourrait également avoir été employéHala Kodmani, La Ghouta à l’agonie, l’Occident de nouveau au pied du mur, Libération, 9 avril 2018.. Pour le médecin humanitaire spécialiste de la médecine de guerre et de la Syrie, Raphaël Pitti : ..Damien Mascret, Guerre en Syrie : chlore, sarin, des agents suffocants ou neurotoxiques, Le Figaro, 10 avril 2018.. L'enquête se dirige par la suite vers une concentration létale en chlore.

Le lendemain de l'attaque chimique, Jaych al-Islam capitule et un nouvel accord d'évacuation est conclu avec le régime syrienPremier départ de rebelles de Douma en vertu d'un accord avec les Russes, Reuters, 8 avril 2018.Samia Medawar, De l’intérêt d’Assad à utiliser les armes chimiques, OLJ, 11 avril 2018.. Selon les déclarations à l'AFP du chef du bureau politique de Jaych al-Islam, Yasser Delwane, l'attaque chimique a poussé le groupe à accepter l'accord d'évacuationHala Kodmani, Syrie: les Russes reprennent la ville de Douma, Libération, 12 avril 2018.. L'évacuation des combattants de Jaych al-Islam et de plusieurs milliers de civils débute le jour même et s'achève le Syrie : l'armée annonce la reprise totale de la Ghouta, Le Point avec AFP, 15 avril 2018.. La poche de la Ghouta orientale est alors totalement reconquise par le régime.

Bilan humain Quelques jours après l'attaque, selon les sources, le nombre de morts oscille entre une cinquantaine et plus de 100Gilles Paris, Marc Semo et Benjamin Barthe, Carnage chimique dans la Ghouta orientale, Le Monde, 9 avril 2018..