Lurbanisme participatif est la participation effective des habitants et des usagers à la programmation et à la conception d'un projet urbain (réaménagement de quartier, réhabilitation, construction d'un nouveau quartier...) ou d'un équipement public dans le cadre d'une nouvelle gouvernance de projet et d'un urbanisme durable ou écologique. Cette participation dépasse le simple cadre légal de l'information et de la concertation.
Pour comprendre l’intérêt et l’enjeu de l’urbanisme participatif, il faut d’abord préciser ce qu’il convient d’entendre par « urbanisme » au-delà des définitions approximatives qui fleurissent çà et là et surtout sur le Net. Il peut être défini comme l’organisation dans l’espace et le temps des hommes et de leurs activités en fonction d’un projet préalablement déterminé. La ville est à la urbs, civis et polis, un contexte (physique, climatique, économique, historique, social, culturel…), des hommes et des femmes en qualité de citoyens, c’est-à-dire membre d’une même communauté et une institutionnalisation des liens entre eux qui permet l’émergence d’un projet comme qui dépasse les intérêts individuels.
La ville comme projet Pour comprendre l’intérêt et l’enjeu de l’urbanisme participatif, il faut d’abord préciser ce qu’il convient d’entendre par « urbanisme » au-delà des interprétations souvent partielles voire approximatives car pour certains l'urbanisme est avant tout un droit, pour d'autres une science ou une technique, pour d'autres encore une théorie et/ou une pratique. L'urbanisme peut être défini, génériquement, comme l’organisation dans l’espace et le temps des hommes et de leurs activités en fonction d’un projet préalablement déterminé.
La ville est à la urbs, civis et polis, un contexte (physique, climatique, économique, historique, social, culturel…), des hommes et des femmes en qualité de citoyens, c’est-à-dire membre d’une même communauté et une institutionnalisation des liens entre eux qui permet l’émergence d’un projet comme qui dépasse les intérêts individuels, projet qui se traduit par une intervention volontaire de la conception et de l'aménagement de l'espace et de son fonctionnement et que l'on appelle urbanisme.
La ville produit de l’économie Pour les marxistes notamment la ville serait le résultat du développement d’un surplus de production agricole qui génère des échanges qui sont monétarisés. Ces flux permettent d’amasser un capital suffisant pour alimenter un système où les détenteurs de masses financières ainsi capitalisées auront de plus en plus de pouvoirs engendrant alors une césure entre ceux qui produisent et sont exploités et ceux qui récupèrent par le biais des échanges, le bénéfice financier de ce travail. Marx aborde la question du logement après le constat, de visu, du développement industriel des villes de Grande-Bretagne qu’il visite avec Engels et aussi des conditions de vie et sanitaires déplorables pour les ouvriers et leurs familles. Les premiers bénéficiaires de ce développement anarchique des faubourgs et banlieues (suburbs) des villes industrielles sont les spéculateurs fonciers. Henri Lefebvre précise dans Engels et l’utopie, pour ce dernier « la question du logement n’est qu’un aspect subordonné d’un problème central, celui des rapports entre la ville et la campagne, ou plutôt celui du dépassement de leur opposition ».
Le même constat est fait par les écrivains comme Émile Zola (1840-1902) et Charles Dickens (1812-1870). La sociologie naissante permet de mieux observer la classe ouvrière et l’évolution de ses conditions de vie comme de ses revenus avec par exemple les travaux de Frédéric Le Play (1806-1882) qui va suivre pendant vingt ans le même panel de familles ouvrières à travers toute l’Europe.
La situation générée par l’industrialisation va préoccuper une partie du patronat qui va chercher à améliorer le sort de leurs ouvriers afin de préserver le capital qu’ils représentent. Ce mouvement dit paternaliste va générer un certain nombre d’expériences comme des cités ouvrières, de l’habitat sain à bon marché, des systèmes d’approvisionnement… Parmi les exemples les plus connus celui de la Cité réalisée par DMC à Mulhouse ou celle de la Verrerie à Reims avec Georges Charbonneaux. Ces expériences sont rassemblées et diffusées dans le cadre des Sections d’Économie Sociale des expositions universelles durant la seconde moitié du sous l’impulsion de Frédéric Le Play et de son secrétaire Émile Cheysson (1830-1910). Ce travail va donner naissance au Musée Social qui sera à l’origine de l’urbanisme en France et aussi du mouvement des HBM, ancêtres des HLM. C’est tout ce travail de réflexions qui va faire émerger les premières lois d’urbanisme de 1919 et 1924 dites loi Cornudet.
La ville expression d’une volonté de vivre ensemble Il faut retourner aux origines même de la ville pour en comprendre la dimension politique.
Nous passons du village agricole primitif qui est une accumulation d’habitations et de greniers, parfois fortifié, regroupant les membres d’une même famille, d’un même clan ou d’une même tribu à un espace qui est celui d’une cité. Ce n’est pas la taille de l’établissement qui a changé mais sa structure spatiale et politique. Les travaux de l’archéologue et historien Jean Louis Huot en relèvent les premières traces en Mésopotamie. En effet, en analysant la superposition des strates archéologique d’un même établissement on voit apparaître trois choses : une dilatation de l’un des bâtiments et notamment sa pièce principale (temple, maison du chef, maison commune ?) puis la création à l’extérieur d’un espace public de plus en plus vaste. Le troisième élément est l’apparition de quartiers avec un regroupement plus spécifiques d’artisans extérieurs au clan primitif. La représentation iconographique de la ville Mésopotamienne vient illustrer ce qu’est la ville si l’on en croit les apports de la sémiologie de l’espace et notamment ceux de François-Xavier Tassel.
Aussi on peut considérer qu’il y a ville dès qu’il y a volonté et capacité à vivre ensemble égaux et différents dans un même espace pour reprendre le sociologue Alain Touraine avec le titre de son ouvrage Pouvons-nous vivre ensemble ? Égaux et différents. Il y a alors Cité. Cela n’exclura pas l’émergence de contingences économiques et politiques visant à l’appropriation du pouvoir pour l’un ou l’autre des groupes composant la cité. Mais l’histoire va être aussi émaillée de révoltent, notamment dans les villes, contre le poids de ces féodalités.
La ville comme projet politique La ville devient donc un enjeu politique au-delà même de l’espace qu’elle représente. L’homme pour les philosophes grecs et notamment Pythagore, Platon et Socrate est un animal politique (zoon politikon). Il ne peut acquérir son humanité que dans sa capacité à vivre avec ses congénères et notamment en gérant collectivement la Cité qui est le fondement même l’invention de la démocratie. Cette pensée se retrouve aussi chez les tenants d’une théologie de la ville, d’un dire sur la ville au travers la Bible avec l’homme promis non pas à un Paradis mais à une Jérusalem céleste qui descend du ciel à la fin des temps pour parachever la création, mettant à fin à la dichotomie des temps présent qu’évoque Augustin d'Hippone avec les deux Jérusalem dans La Cité de Dieu.
C’est bien la pensée philosophique grecque qui sert de fondement à la constitution d’un modèle de ville dont le premier exemplaire semble être celui de la ville de Millet formalisé par Hippodamos. L’opportunité des colonisations grecques puis romaines seront l'occasion de développer ce modèle dont on peut retrouver la trace sous-jacente dans certaines villes d'Europe comme nous le montre l'histoire des villes. Il en sera de même bien plus tard avec les Empires coloniaux des pays d'Europe et la création de nouvelles nations pour n'évoquer que le plan de Washington dû à Pierre Charles Lenfant.
La ville comme pratique La revendication de la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques de leurs cités n’est pas récente et est bien évidemment lié aux différents contextes. Depuis l’Antiquité les gouvernements des tyrans ont divisé la Cité qu’il faut ensuite recoudre et rassemblée comme le montre Nicole Loraux. C’est dans la seconde moitié du Moyen Âge qu’apparaît notamment en France la revendication d’autonomie communale qui fait suite à un système féodal qui concentrait tous les pouvoirs dans les mains des Seigneurs comme de l’Église, régulière (abbayes et monastères) que séculière (évêchés et chanoines). Ainsi les villes ont alors bénéficier de chartes de franchise allégeant la tutelle du pouvoir et aussi son poids fiscal. Quand cette autonomie n’est pas le fruit de revendications parfois violentes, elle est octroyée par les pouvoirs locaux comme ce fut le cas pour les bastides du Sud-ouest en France.
Le mouvement communal retrouve force et vigueur lors de la commune de Paris et dans la foulée des réflexions politiques sur les alternatives politiques d’une société qui ne serait plus dominée par les seuls rapports financiers. Cette société à visée plus solidaire émerge à travers les mouvements de la fin du que le mutualisme et le mouvement coopératif.
Dans le cadre de la Reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, apparaît dans le domaine de l’urbanisme et du logement le mouvement original des Castors qui permet à des futurs habitants de concevoir et construire ensemble leur quartier et leurs habitations sur la base des « cottages sociaux » de l’entre deux guerres.
Apparaît au début des années 1960 à la suite des réflexions critiques sur l'évolution de la ville, la notion de droit à la ville que développe Henri Lefebvre invitant à la pratique c'est-à-dire à la prise en main de leur destin urbain les habitants eux-mêmes. D'une façon plus radicale le mouvement de contestation italien Lotta Continua. L'analyse d'Henri Lefebvre fait l'objet d'une réactualisation au regard des interrogations qui apparaissent dans un contexte de dessaisissement des communes avec la nouvelle loi NOTRe de 2015. Cette dernière transfère aux organismes inter ou supra communaux de parfois plus de 100 communes comme la nouvelle communauté urbaine de Reims, la compétence d'élaboration des plans d'urbanisme (PLU) au motif d'une nécessaire coordination qu'aurait pu renforcer les SCOT dont c'est la vocation première. Michel Ragon évoque aussi l'alliance entre le pouvoir et les spécialistes avec son ouvrage L'architecte, le prince et la démocratie. La participation va jusqu'à l'auto-construction comme mode de contestation du poids du pouvoir, de l'économie et des techniciens.
L'urbanisme participatif en France
L’après Mai 68 L’après Mai 68 est marqué par deux mouvements dont on va retrouver parfois conjointement l’influence au travers l’urbanisme participatif.
L’impact autogestionnaire Se développe à partir de Mai 68 la « mouvance » autogestionnaire portée par la CFDT et Edmond Maire et Fredo Krumnow après la déconfessionnalisation du syndicat en 1964 sur la base de l’analyse du modèle que représentait alors la Yougoslavie. Ce modèle n’est pas novateur et on le trouve déjà avec la Commune de Paris et aussi la Colonie libertaire d'Aiglemont dans les Ardennes, avec la révolution espagnole de 1936 à 38 et aussi les kibboutz lors de l’implantation des colonies en Palestine par le peuple juif dès 1910. Le PSU va porter aussi politiquement cette tendance autogestionnaire.
Le mouvement autogestionnaire être théorisé notamment par Pierre Rosanvallon et Yvon Bourdet. Il se développe au travers les radios libres, les luttes urbaines et aussi la gestion communale et l’économie sociale. Le développement de l’autogestion va être aussi l’une des revendications fortes du PSU notamment sous la direction de Michel Rocard de 1967 à 1973. Ce mouvement participera aussi au renouveau de l’économie sociale qui aura même une délégation à l’économie sociale sous les gouvernements Rocard.