Les Demoiselles de Rochefort est un film musical français écrit et réalisé par Jacques Demy, sorti en 1967, mettant en vedette Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans une comédie musicale composée par Michel Legrand.
Synopsis vignette|left|Le pont transbordeur de Rochefort, présent au début et à la fin du film, vu depuis la berge côté Rochefort. Le film commence par l'arrivée un beau matin d'été sur la route d'Échillais d'une caravane de forains composée de cinq motos, de deux cavaliers montés sur des chevaux blancs, et de quatre camions bleus transportant des bateaux et du matériel pour la kermesse, dirigés par Étienne au volant et par son mécanicien Bill. left|vignette|Catherine Deneuve en 1966, coiffée comme pour ce film. vignette|Françoise Dorléac en 1963, quatre ans avant sa mort.
La caravane se présente pour traverser la Charente grâce à la nacelle du pont transbordeur de Martrou.
Quelques pas de danse sont effectués sur le plancher de la nacelle entre les véhicules et la caravane poursuit son chemin pour entrer ensuite en ville et les forains viennent s'installer sur la place Colbert de Rochefort pour monter une foire commerciale qui va créer une animation inhabituelle.
Delphine et Solange sont des d'une vingtaine d'années qui enseignent respectivement la danse et la musique à Rochefort. Élevées par leur mère, Yvonne Garnier, qui tient un bar sur la place, accompagnées de leur grand-père et d'une serveuse prénommée Josette, elles n'ont jamais connu leur père et recherchent le grand amour auprès d'un beau jeune homme. Maxence est un jeune marin blond effectuant son service militaire dans une caserne en ville. Peintre et poète à ses heures, il est lui aussi à la recherche de son idéal féminin, comme il le chante dans le café d'Yvonne, y venant régulièrement ; il y raconte son parcours et ses voyages sur les océans à travers le monde, à la recherche de l'amour et de son « idéal féminin ».
vignette|left|La fontaine et le petit bassin de la place, au cœur de l'intrigue.
Delphine se rend à la galerie de peinture de son amoureux, Guillaume Lancien, pour mettre fin à leur relation, l'accusant de ne pas l'aimer vraiment et de la considérer comme une simple « poupée ». Elle y découvre accroché au mur un portrait féminin peint par Maxence, qui lui ressemble étrangement. Pendant ce temps, Solange se rend chez Simon Dame, gérant d'un magasin d'instruments de musique. Elle ignore qu'il fut autrefois l'amant de sa mère Yvonne avant que celle-ci ne le quitte, jugeant indécent de s'appeler « madame Dame ». Simon ne connaît pas l'existence de son fils Boubou qu'il a eu avec Yvonne et qui est donc le demi-frère des jumelles. En allant le chercher au retour de l'école, Delphine croise les forains Étienne et Bill qui ramènent Boubou chez sa mère, en lui offrant des bonbons sur le chemin.
Yvonne raconte de son côté sa relation avec Simon, puis rencontre Subtil Dutrouz, un ami de son père qui vient régulièrement au bar, les deux forains, Étienne et Bill, qui , sont présents. C'est au tour de Solange d'aller chercher Boubou l'après-midi. Elle croise une nouvelle fois les deux forains devant la sortie de l'école, mais refuse que Boubou parte avec eux. Le garçonnet insolent jette son cartable de colère sur la chaussée et Solange, accroupie, ramassant ses affaires, croise le regard d'Andrew « Andy » Miller, un pianiste américain de passage qui s'est accroupi et approché d'elle pour l'aider à ramasser les cahiers et crayons de couleurs du jeune garçon. Ils se regardent longuement, se sourient et c'est le coup de foudre. Bouleversée, elle en oublie de ramasser la partition de son concerto, Andy prend donc la feuille de papier et, en la lisant, est tout de suite charmé par la mélodie en la fredonnant. C'est à lui maintenant de partir aussi à la recherche de son idéal féminin.
Étienne et Bill, les deux danseurs, sont tombés sous le charme et la beauté des jumelles, après avoir été abandonnés par leurs partenaires danseuses parties avec deux beaux marins aux yeux bleus. Ils leur proposent alors de les remplacer pour le spectacle de la kermesse. Elles acceptent, mais à condition qu'elles puissent partir pour Paris avec eux le lundi suivant.
Maxence, le marin dans le bar, explique qu'il doit partir en permission à Nantes (d'où son jeu de mots ) et apprend au même moment par Yvonne le meurtre d'une certaine Pélagie Rosier dite Lola-Lola, une ancienne danseuse. Sur les lieux du crime, les pompiers et la police sont là. Maxence rencontre Solange sur son chemin puis Andy qui croise à son tour Delphine. Celle-ci lui indique le chemin de la boutique de son vieil ami Simon Dame, qu'il a connu au Conservatoire. Andy arrive en voiture blanche décapotable, entre dans le magasin et retrouve Simon qui ne le reconnaît pas tout de suite mais, dans la conversation, celui-ci lui montre la voie vers son idéal féminin.
Le jour de la kermesse, les jumelles chantent, dansent sur scène et assurent le spectacle pour la clientèle de la fête foraine. À la fin, les deux danseurs font des avances aux sœurs jumelles, mais Solange et Delphine les ignorent, préférant l'amour à des relations sans lendemain.
Le lendemain, on apprend dans le journal que l'assassin de Pélagie Rosier était Subtil Dutrouz, celui-ci voulant en finir avec elle car elle l'avait souvent éconduit et repoussé ses avances depuis 40 ans.
Le film se conclut par une fin très heureuse pour tous : alors que Delphine et Josette partent avec la caravane des forains vers Paris, Solange retrouve Andy au magasin de Simon. Yvonne, avertie par Delphine que cette dernière a envoyé Simon chercher Boubou à l'école part le retrouver : ils retombent amoureux après dix ans de séparation. Maxence démobilisé, le baluchon sur le dos sur le bord de la route, marche en faisant du stop au moment où le convoi des forains quitte Rochefort. La caravane s'arrête à sa hauteur et il monte dans la cabine du camion de Delphine, les camions se suivent et la caravane s'éloigne lentement pour traverser une nouvelle fois la Charente sur le pont transbordeur.
Fiche technique
Distribution Il s'agit de l'avant-dernier film de Françoise Dorléac, le deuxième où elle partage l'affiche avec Catherine Deneuve. Françoise Dorléac meurt dans un accident de voiture le à Villeneuve-Loubet, un peu plus de trois mois après la sortie du film : elle était en retard pour prendre à Nice l'avion vers Londres, où elle allait assister à la première de la version anglaise du film.
Interprètes des personnages
Interprètes vocaux des parties chantées
Bande originale du film Il existe deux versions de la bande originale du film, toutes deux publiées par Philips. Une version courte incomplète en un seul disque et une édition en deux disques comprenant toutes les chansons du film.
Production vignette|Catherine Deneuve dans le film Lorsque Jacques Demy écrit les premiers jets d'un scénario des Demoiselles de Rochefort, le film s'appelle Boubou, nom du petit frère des jumelles (Catherine Deneuve et Françoise Dorléac) dans le film.
Dialogues, chansons et danses Le film a été tourné simultanément en français et en anglais.
Danielle Darrieux est la seule comédienne à ne pas être doublée pour les parties chantées.
Jacques Demy a écrit les paroles de certaines chansons en alexandrins, ce qui a posé des problèmes à Michel Legrand pour introduire de la diversité dans la mise en musique des images.. C'est aussi en alexandrins qu'il écrit la scène du dîner d'anniversaire, qui constitue à ce titre une scène d'anthologie.
Catherine Deneuve et Françoise Dorléac prennent pendant quelques mois des cours de danse à Londres, avant de rejoindre le chorégraphe Norman Maen et le corps de ballet du film, formés de Britanniques. Jacques Demy tient à ce que ce soit Catherine Deneuve qui interprète la professeure de danse, alors qu'elle a moins d'expérience que sa sœur dans ce domaine, tandis qu'il veut voir Françoise Dorléac en professeure de chant, . Elles s'entraînent également à synchroniser leurs lèvres sur les chansons déjà enregistrées, qu'elles interpréteront en playback.
Des centaines d'auditions ont été nécessaires pour trouver des voix chantées semblables aux voix parlées des comédiens. Alors que c'était Danielle Licari qui prêtait sa voix à Catherine Deneuve dans Les Parapluies de Cherbourg, Demy et Legrand lui préfèrent ici Anne Germain, membre des Swingle Singers aux côtés de Christiane Legrand, sœur du compositeur. Elle doublera à nouveau Catherine Deneuve dans Peau d'Âne (1970), tout comme Jacques Revaux pour Jacques Perrin. Georges Blaness doublera de nouveau Michel Piccoli dans Une chambre en ville (1981).
Gene Kelly, parlant assez bien le français, mais ayant un emploi du temps trop chargé, n'est pas en mesure d'apprendre les chansons en français. Ne pouvant rester que trois semaines à RochefortAgnès Varda : suppléments du blu-ray Arté éditions 2010 et possédant une trop petite tessiture, il est donc doublé par un chanteur canadien anglophone, Donald Burke, dont l'accent donne convenablement l'illusion que c'est Kelly qui parle et chante.
Costumes et maquillage Les deux robes portées par Catherine Deneuve et Françoise Dorléac lors de la scène de "La chanson des jumelles", également présente sur l'affiche du film, ont été créées par le couturier français Jean-Marie Armand.
Les capelines portées par les deux actrices sont confectionnées par le modiste français Jean Barthet, créateur de chapeaux pour le tournage de nombreux films..
La prestation des jumelles, lors de la kermesse, ainsi que les robes que portent Catherine Deneuve et Françoise Dorléac est un hommage au film Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks. En effet dans ce film, Marilyn Monroe et Jane Russell portent toutes les deux, une robe rouge fendue à paillettes à l'instar des sœurs jumelles de l’œuvre de Demy et leur chorégraphie est pratiquement similaire.
La coupe de cheveux de Jacques Perrin est elle, née d'un petit accident. Les coiffeuses du film étant trop occupées journellement avec les comédiennes, on emmena le jeune acteur chez un coiffeur en ville. Après une coupe de cheveux faite très courte, ce dernier lui plongea alors la tête dans une bassine d'eau oxygénée. Il en ressortit blond peroxydé, ce qui plut grandement à Jacques Demy.
Tournage Le tournage se déroule du au , avec quelques jours de relâche pour permettre aux comédiens et au personnel technique de se reposer.
Dans les scènes chantées et dansées, des haut-parleurs diffusent le playback des chansons pour que les acteurs qui chantent se règlent dessus.
Les scènes sont tournées en fonction de la météo, les scènes intérieures occupant les quelques jours de pluie. L'été 1966 est beau, lumineux et chaud, ce qui permet d'excellentes prises de vues en extérieur.
La population de Rochefort est mise à contribution pour la figuration dans beaucoup de scènes en costumes, notamment dans les rues et devant la sortie de l'école.
Décor Le choix de Rochefort La ville de Rochefort est choisie par Jacques Demy en raison de son , se souvient Agnès Varda, après des repérages dans plusieurs villes françaises répondant à cette exigence, notamment Saumur ou La Roche-sur-Yon. Il envisage un moment Hyères, appréciant la sonorité du titre potentiel Les Demoiselles d'Hyères.
Jacques Demy ayant finalement choisi Rochefort, est particulièrement satisfait de ce que permet la place Colbert, un endroit , digne de la comédie musicale à la française dont il rêve. C'est une très grande place carrée avec de beaux carrelages et un petit bassin, des arbres et surtout bordée d'immeubles anciens.
Décors urbains Le chef décorateur Bernard Evein fait repeindre plusieurs centaines de volets sur la place ColbertDocumentaire Les demoiselles ont eu 25 ans d'Agnès Varda, 1993, Ciné Tamaris., ainsi que quarante mille mètres carrés de façades sur la place Colbert et dans des rues où des prises de vues ont lieu, notamment les rues Bazeille et Chanzy (sortie de l'école).