La liste des vainqueurs du stadion aux Jeux olympiques antiques recense les , au cours de , de cette course d'une longueur d'un stade (environ ) depuis Corèbe d'Élis en 776 av. J.-C jusqu'à Dionysios d'Alexandrie en 269 ap. J.-C.

Le stadion était la course la plus ancienne et la plus importante des Jeux olympiques antiques. À partir de la fin du , en plus des archives sur le sanctuaire d'Olympie, des listes de vainqueurs olympiques furent rédigées, la première par Hippias d'Élis. Un demi-siècle plus tard, Aristote, pour sa propre liste, mit en place la numérotation des olympiades tandis que celle de Timée de Tauroménion établissait des correspondances entre la liste de vainqueurs du stadion et les listes de magistrats dans les cités.

Dès lors, le vainqueur du stadion, en donnant son nom à l'olympiade, joua à l'échelle panhellénique le même rôle dans l'organisation des calendriers que celui que jouait, à l'échelle de la cité, le magistrat éponyme. La victoire de Corèbe en 776 av. J.-C. est ainsi devenue la date de début du calendrier grec. Par la suite, historiens et chronographes multiplièrent les listes afin de faciliter la datation des événements. La liste la mieux conservée et la plus complète est celle établie par Eusèbe de Césarée au début du En effet, sur les trente-cinq listes connues, bien peu sont complètes. Certaines ne sont qu'évoquées dans la littérature, d'autres encore sont très fragmentaires.

À partir de ces listes antiques, ainsi que de l'épigraphie, les historiens contemporains, comme Luigi Moretti, ont à leur tour cherché à établir des listes de vainqueurs olympiques antiques, et en premier lieu, de vainqueurs du stadion.

Le stadion

vignette|Coureurs de stadion.Amphore panathénaïque à figures noires, vers 500 av. J.-C.Peintre de Cléophradès (Louvre G65). |alt=Vase noir et rouge, avec des hommes nus courant Le stadion () fut, de 776 à 724 , la seule épreuve aux Jeux olympiques antiques. Le vainqueur avait l'honneur d'allumer le bûcher pour l'hécatombe, point d'orgue de la fête religieuse. Le stadion correspondait à un sprint d'une longueur d'un « stade », soit . À Olympie, avec un pied de , la course était, à l'époque classique, longue de . Une vingtaine d'athlètes pouvait se mesurer sur ce stade. Avec le succès croissant des jeux au fil du temps, il devint nécessaire de mettre en place des séries éliminatoires avant une « finale ».

Les coureurs de stadion ne semblent pas avoir été que des spécialistes de sprint. Régulièrement, un athlète réalisait le doublé stadion (un stade) et diaulos (, double stade). Certains remportaient aussi le pentathlon (disque, javelot, longueur, stadion et pancrace). L'hoplitodromos (, course en armes sur deux stades), ajouté à la fin du , nécessitait une technique spécifique. Rares étaient les athlètes capables de remporter stadion et hoplitodromos, mais alors souvent dans le cadre d'un triplé avec le diaulos. De même, le triplé stadion-diaulos-dolichos (, course de fond) était exceptionnel : seul Politès de Céramos le réalisa en 69 .

Les athlètes ne participaient pas qu'aux Jeux olympiques, même si parfois on ne connaît de leur carrière que la victoire à Olympie. Un sportif était dit « periodonikès » () quand il avait emporté une victoire à chacun des jeux pentétériques au cours de la « période » (), les quatre années séparant deux jeux olympiquesLa « période », les quatre ans entre deux jeux olympiques, correspondait donc aussi d'un point de vue temporel à une olympiade.. Longtemps, la « période » comprenait en plus des Jeux olympiques les Jeux isthmiques, néméens et pythiques. À l'époque hellénistique, les jeux isolympiques se multiplièrent, élargissant la « période ».

Listes de vainqueurs Le concept d'enregistrement d'une performance en termes de mesure de temps ou de distance est lié aux sociétés modernes, industrielles, qui disposent des moyens matériels de ces mesures. Il n'y a donc pas de au sens contemporain du terme dans le sport antiqueAvec l'exception des sauts en longueur de Chionis de Sparte, mais cette performance est discutée, et de Phaÿllus de Crotone ( et ).. De plus, même lorsqu'il aurait été possible de mesurer, d'enregistrer et de conserver une performance (lancer de disque par exemple), les Grecs ne le faisaient pas. Ce qui cependant était pour eux notable, retenu et enregistré, sous forme de liste, était le fait qu'un sportif ait été le « premier » : le premier lors d'une course mais aussi le premier à réaliser quelque chose : le premier d'une cité à remporter une victoire, le premier à remporter deux victoires de suite (conserver son titre), le premier avec le plus de victoires, etc..

Au total, trente-cinq listes de vainqueurs olympiques sont avérées historiquement, depuis celle d'Hippias d'Élis, à la fin du jusqu'à celle de Panodore d'Alexandrie et Anniane d'Alexandrie au début du Les auteurs les plus célèbres incluent Aristote, Timée, Ératosthène, Philochore, Scopas, Thallus ou Dexippe. La principale liste connue est celle d'Eusèbe de Césarée dans sa Chronique (premier quart du ) pour laquelle il s'appuyait sur la liste proposée par Julius Africanus dans son Olympiade (début du ). Ces listes étaient de deux types : les listes « complètes » de vainqueurs, dans toutes les disciplines (par exemple celles d'Hippias d'Élis, Aristote ou Ératosthène) et les listes « à but chronologique » avec le seul vainqueur du stadion (comme celles de Timée, Denys d'Halicarnasse, Julius Africanus ou Eusèbe de Césarée).

Listes et calendriers antiques Il semblerait que ce ne fût pas avant la fin du que les Grecs aient cherché un moyen aisé de calculer les distances temporelles. À la fin du , l'habitude avait été prise dans les cités de donner le nom d'un magistrat (comme les archontes éponymes à Athènes, les éphores et les rois à Sparte ou les prêtresses d'Héra à Argos) à l'année où il officiait. Des listes de magistrats furent établies pour calculer les distances chronologiques entre deux événements. Il y avait donc des listes spécifiques à chaque cité. Dans ce contexte Hippias d'Élis établit sa liste de vainqueurs olympiques, autour d'une liste de vainqueurs du stadion qui semblaient déjà jouer à Élis un rôle d'éponymes. Le caractère panhellénique des Jeux olympiques pourrait alors avoir facilité une adoption de plus en plus large de la liste des vainqueurs du stadion comme base des calendriersAinsi, dans un des fragments connus de lHistoire de la Sicile de Philistos de Syracuse, celui-ci utilise la victoire d'Oebotas de Dymes au stadion comme repère chronologique pour dater un événement sicilien, alors même qu'il n'y a aucun lien entre Dymes, petite cité du Péloponnèse, et l'île de Grande-Grèce .. Lorsqu'Aristote introduisit la numérotation des olympiades, cela simplifia encore le calcul des dates. Surtout, cela établit la tradition mnémotechnique d'associer le vainqueur éponyme du stadion et le numéro de l'olympiade. Timée () fit le lien entre la liste des vainqueurs du stadion et les listes des magistrats (ou prêtresses) éponymes des diverses cités. Malgré tout, les cités conservèrent leur calendrier avec leur magistrat éponyme tandis que les olympiades et les vainqueurs du stadion furent surtout utilisés par les historiens et chronographes.

Ératosthène () organisa sa chronologie autour du système des olympiades, qu'il divisa par année : première, deuxième, troisième et quatrième année de l'olympiade. Il fixa aussi définitivement le passage entre la période « obscure » ou « mythologique » et la période réellement « historique » des Jeux olympiques à ceux où Corèbe avait remporté le stadion (776 ), faisant ainsi de cette date le point de départ des calendriers grecsDans sa Chronographie (), il fixe un autre point de départ. Il voulait dans cette œuvre perdue mais connue par Harpocration, mettre en place un système de datation universel qui avait pour but d'harmoniser les calendriers au delà des créneaux définis par des magistratures locales et particulières. Il souhaitait le faire commencer en 1184-1183, en référence à la guerre de Troie étant considérée comme un événement fédérateur et inter-politique ().. En effet, la date à laquelle les Jeux olympiques auraient débuté est depuis l'Antiquité, très discutée, entre leur création mythologique et leur recréation historique. La date la plus ancienne proposée pour la création est le début du , tandis que la recréation est attribuée soit à Iphitos d'Élis en 884 soit au Spartiate Lycurgue (fin du - début du ). Ces diverses dates ne correspondent pas à celle de 776 Ainsi, selon Ératosthène ou Apollodore d'Athènes un peu plus tard, Corèbe est le premier vainqueur enregistré lors de ce qui devint donc l'olympiade numéro un, mais pas lors des premiers Jeux qui remonteraient à Iphitos en 884 av. J.-C. Le premier vainqueur des Jeux « historiques » était pour tous Corèbe. La première olympiade du calendrier était donc celle dont Corèbe avait été le vainqueur. Elle devint la convention sur laquelle les Grecs fondèrent leur calendrier. Les chronographes et historiens dataient ensuite les événements en fonction des olympiades : Diodore de Sicile (20, 5, 5). évoque ainsi une éclipse lors de la troisième année de la 117 olympiade (310 av. J.-C.). Ératosthène propose des intervalles entre les événements connus de son temps et les Jeux durant lesquels Corèbe remporta le stadion. Ce sont donc bien les listes qui firent les calendriers, avec la victoire de Corèbe comme point de départ. Plus tard, avec le changement de paradigme calendaire, les historiens ont calculé la date de cette victoire à 776 .

La domination romaine, à partir du , nécessita la coordination entre calendriers grec et romain. Le système des olympiades se révéla une solution, comme le montre l'organisation des ouvrages de Diodore de Sicile et Denys d'Halicarnasse qui mettent en parallèle l'archonte éponyme d'Athènes, les consuls romains et le vainqueur du stadion pour désigner les années.

Les chronographes chrétiens, principalement Julius Africanus puis Eusèbe de Césarée, utilisèrent aussi le système des olympiades et des vainqueurs du stadion dans leurs efforts pour organiser leurs chronologies de l'histoire du monde, de la création à l'Apocalypse en passant par les événements relatés dans la Bible. Ainsi, dans sa liste, Eusèbe précise, en parallèle, le vainqueur du stadion et les accessions au trône par exemple de Cyrus ou des empereurs romains afin de faire le lien entre les calendriers grec, perse, romain et la chronologie biblique. Ensuite, le développement dans tout l'Empire romain de nouveaux calendriers, à partir de la naissance de Jésus Christ, puis la disparition des Jeux, mirent fin à l'utilisation des listes de vainqueurs olympiques et avant tout celle de vainqueurs du stadion pour les calculs chronologiques. Le pillage du site par les Hérules en 267 suivi d'un tremblement de terre à la fin du firent perdre aux Jeux olympiques une partie de leur importance. Il y eut encore des Jeux au : les derniers vainqueurs connus sont deux lutteurs (Philuménos de Philadelphie de Lydie et Varazdat) couronnés lors des 287 Jeux en 369. Traditionnellement, l'édit de Thessalonique de Théodose interdisant les fêtes païennes est considéré comme ayant mis fin aux Jeux olympiques qui se seraient tenus une dernière fois en 393.

Listes antiques de vainqueurs