L'affaire de Jeufosse, du nom du hameau où se situe le château du même nom où se sont commis les faits, est une affaire criminelle française qui a eu lieu le à Saint-Aubin-sur-Gaillon dans le département de l'Eure, dans laquelle Jean-Baptiste Crépel, garde-chasse de la famille Jeufosse, tue Émile Guillot.
Émile Guillot, poursuivant de ses assiduités la fille de la famille Jeufosse, s'introduisait régulièrement dans la demeure familiale. La nouvelle fait grand bruit dans la région, madame de Jeufosse, ses fils et le garde Crépel sont aussitôt conduits à la prison de Louviers.
Le procès lié à cette affaire est une des causes criminelles qui ont soulevé le plus de curiosité au Causes célèbres de tous les peuples consacre un fascicule à l'affaire en 1858 Cahier 7 en ligne..
Cette affaire sert de base au concours de plaidoirie de l'académie de Rouen , organisé par la délégation académique à l’action culturelle, en collaboration avec les archives départementales de l'Eure et la cour d'appel de Rouen.
Données factuelles Relations entre les familles Guillot et Jeufosse La famille Jeufosse et la famille Guillot sont voisines. Leurs rapports de voisinage commencent en 1855, par la visite d'un ami en commun. Ensuite, cela se transforme en dîners pour, par la suite, créer une véritable relation amicale. Émile Guillot devient un bon camarade des fils Jeufosse, qui l’invitent souvent pour des parties de chasse.
Dans le courant de l'année 1856, les deux familles se réunissent pas moins de 106 foisActe d'accusation du , disponible aux archives départementales de l'Eure à Évreux sous la cote 2 U 26, pièce 258..
Mais les rumeurs arrivent vite. Ainsi, on apprend que l'institutrice de Blanche, Laurence Thouzery, a quelques aventures avec Guillot. Malgré cela, madame de Jeufosse fait bonne figure et fait semblant de ne rien entendre, de ne rien croire.
Dans le milieu de l'année 1856, Guillot cesse de s'adresser à l'institutrice pour s'occuper de Blanche de Jeufosse, la jeune fille du château. Ils passent des heures ensemble, faisant de la musique. Guillot fait montre de propos galants envers la jeune femme. Celle-ci n'en fait ni confidence à sa mère, ni à quiconque. À partir de là, Blanche de Jeufosse devient rêveuse, distraite, agitée alors qu'elle était calme et réservée, jusqu'à être froide.
Laurence Thouzery alerte madame de Jeufosse au sujet de Blanche, de son changement d'attitude ou encore de ses relations avec Guillot. Certains soirs, Blanche quitte la table pour se rendre dans le parc. Cela irrite sa mère, ce qui cause, au mois de , la fin de l'amitié de la famille Jeufosse et de la famille Guillot.
Visites nocturnes au château vignette|Document consultable aux archives départementales de l'Eure à Évreux.
Émile Guillot, entre 21 et , s'introduit dans le parc pour tenter de séduire Blanche de Jeufosse. Il dépose chaque nuit, un billet douxLe billet doux du 12 juin 1857 est disponible aux archives départementales de l'Eure à Évreux sous la cote 2 U 26, pièce 122. destiné à Blanche de Jeufosse, entre deux briques placées au pied d'un arbre de la propriété. Émile Guillot est loin de se faire discret lors de ses visites nocturnes. Partout il en parle et se fait presque toujours accompagner par son domestique.
Madame de Jeufosse donne alors des ordres à son garde pour que les visites nocturnes cessent : Michel de Decker, , .
Un soir, Jean-Baptiste Crépel, garde particulier de madame de Jeufosse, posté près d'un sapin garni de branches allongées et d'un feuillage épais qui permettait de voir sans être vu, aperçoit Émile Guillot dans le parc. Le , vers , un coup de feu retentit dans le parc du château de Jeufosse.
Soirée du 12 juin 1857 vignette|Schéma de distribution des blessures consultable aux archives départementales de l'Eure.
Dans la soirée du , un meurtre se produit dans la demeure de la famille Jeufosse à Saint-Aubin-sur-Gaillon. L'assassinat a été commis par Jean-Baptiste Crépel le garde chasse à l'encontre d'Émile Guillot. C'est un acte commis avec préméditation dans la cour de la propriété familiale.
Le soir du meurtre, Guillot s'introduit dans la demeure de la famille Jeufosse sans autorisation. Le garde-chasse Jean-Baptiste Crépel a promis aux membres de la famille de les protéger en cas de besoin. Ce soir-là, les femmes étaient seules dans la demeure. Pour cette raison, le garde-chasse devait à tout prix assurer la sécurité de la famille.
C'est à ce moment-là qu'Émile Guillot intervient dans la cour de la demeure, en sautant le mur de la propriété. Jean-Baptiste Crépel aperçoit alors Émile Guillot qui avançait vers la demeure dans la nuit. Avec peu de visibilité, Jean-Baptiste Crépel fait des sommations pour tenter de l'arrêter, mais Émile Guillot ne l'écoute pas et continue d'avancer. Jean-Baptiste Crépel vise et tire sur Émile Guillot avec son fusil de chasseProcès-verbal de l’interrogatoire de Jean-Baptiste Crépel du 16 juin 1857, disponible aux archives départementales de l'Eure sous la cote 2 U 26, pièces 11 et 12.. Émile Guillot reçoit huit balles de chevrotineDistribution des blessures pour l'intelligence du rapport établi en juin 1857, consultable aux archives départementales de l'Eure sous la référence 2U26, pièce 113. dont une qui lui fut fatale.
Le soir du meurtre, Jean-Baptiste Crépel dira avoir tiré sur Émile Guillot pour protéger la famille Jeufosse à la demande de madame de Jeufosse. Elle avait donné des ordres pour effrayer le visiteur nocturne sans vouloir sa mort. Crépel a exécuté les ordres sans savoir quelle serait la victime et surtout sans prévoir l'issue fatale du drame.
Protagonistes Émile Guillot Émile Guillot est assassiné le par Jean-Baptiste Crépel, le garde-chasse de la famille Jeufosse. Il est père de famille et habite à Aubevoye avec ses deux enfants et sa femme. Il fut un temps un ami proche de la famille Jeufosse mais les relations se dégradèrent par la suite.
Il est issu d'un milieu aisé, partageant sa fortune avec bonté et bienveillance et était apprécié des autres, même s'il manquait de discrétion, et avait de nombreuses aventures extra-conjugales qui nuisaient à sa réputation.
Jean-Baptiste Crépel Jean-Baptiste Crépel a 43 ans au moment des faits. Il est le garde particulier des propriétés de madame de Jeufosse à Saint-Aubin-sur-Gaillon, arrondissement de Louviers.
Dans cette affaire, Jean-Baptiste Crépel a suivi les ordres de madame de Jeufosse et a tué Émile Guillot à l'aide de huit balles de chevrotine tirées avec un fusil de chasse. Il est accusé d'avoir assassiné Émile Guillot.
Élisabeth de Jeufosse Élisabeth de Jeufosse (née Élisabeth Augustine de Beauvais) est la veuve du comte Amédée Joseph Alexandre de Laniepce de Jeufosse ( - )Base Léonore Notice LH/1471/62 du comte de Laniepce de Jeufosse.. Elle est née le à Sainte-Croix-sur-Buchy, arrondissement de Rouen. Elle est la propriétaire du château de Jeufosse à Saint-Aubin-sur-Gaillon dans l'Eure. En 1847, après la mort de son mari, elle habite le château avec ses deux fils et sa filleLéon Treich, , .. Cette dernière est une des actrices principales de l'affaire, car madame de Jeufosse a remarqué qu'Émile Guillot, la victime, rôdait autour de sa fille et cachait des billets doux sous un rocherProcès-verbal de l'interrogatoire d'Élisabeth de Jeufosse du 13 juin 1857, disponible aux archives départementales de l'Eure sous la cote 2 U 26, pièce 15..
Elle décide en premier lieu de dire à Guillot qu'il n’est plus le bienvenu et alla même prévenir sa femme qu'il y avait des rumeurs à propos de son mari. C'est pour cela qu'elle enjoignit au garde-chasse Jean-Baptiste Crépel de tout faire pour qu'Émile Guillot ne s'approche plus de la propriété et de sa progéniture.
Au mois de , les relations qui avaient commencé entre les deux familles en 1855 cessèrent. Émile Guillot continua de venir en cachette. Madame de Jeufosse, soucieuse et angoissée du mal qui pourrait être fait à sa famille, est même allée jusqu'à mentir à Jean-Baptiste Crépel en lui disant que, selon les dires du Procureur Impérial, s'il tirait, il ne lui arriverait rien. Elle n’arrêta pas d'activer le zèle du garde-chasse, jusqu'à la nuit fatidique.
Elle est accusée d'avoir, le , incité Crépel à commettre volontairement un homicide sur la personne d'Émile Guillot.
Ernest de Jeufosse Ernest de Jeufosse est né le , à Saint-Aubin-sur-Gaillon. Il est le premier fils de madame de Jeufosse. Le , il écrit à Émile Guillot une lettre qui est interceptée par madame Guillot, dans laquelle on trouve ce passage : . En effet, Ernest de Jeufosse avait adressé au garde Crépel une lettre, qui n'a pas été conservée, . .
Enfin, le , une entrevue est convenue entre Émile Guillot et Ernest de Jeufosse. Elle est fixée chez monsieur Léonard Odoard du Hazey, parent de ce dernier, et elle devait avoir lieu en présence de monsieur Joseph Hyacinthe Tripet (ancien consul, résident de Sainte-Barbe-sur-Gaillon), ami commun des deux familles. Ernest de Jeufosse, avant de s'y rendre, déjeuna chez Armand Huet qui sera maire de Gaillon en 1874., ancien notaire à Gaillon, et en était sorti dans un état voisin de l'ivresse ; plusieurs fois sur la route, il était tombé de cheval et arriva les vêtements en désordre.
Ernest de Jeufosse est accusé d'avoir, le , incité Crépel à commettre volontairement un homicide sur la personne d'Émile Guillot.
Albert de Jeufosse Albert de Jeufosse est né le , à Saint-Aubin-sur-Gaillon. Il est le second fils de madame de Jeufosse. Il ne resta pas de son côté inactif. Ayant passé quelques jours au château dans le courant du mois d'avril, il avait fait lui-même le guet pendant plusieurs nuits, puis en partant il dit à Jean-Baptiste Crépel : . Au moment où Jean-Baptiste Crépel se fait arrêter, Albert, ne pouvant se contenir, dit avec une grande animation : .
Albert de Jeufosse est accusé d'avoir, le , incité Crépel à commettre volontairement un homicide sur la personne d'Émile Guillot.
Blanche de Jeufosse Blanche de Jeufosse est née le Acte de décès du - mairie d'Aubevoye.. Dans les années 1857, elle se faisait harceler par monsieur Émile Guillot, qui était son voisin. Celui-ci se fait tuer par le garde-chasse Crépel, pour avoir pénétré à plusieurs reprises dans la demeure de la famille Jeufosse.
Blanche de Jeufosse était une musicienne travaillant des heures pour améliorer son niveau. C'était une personne assez calme, discrète, réservée, se rapprochant ainsi de la froideur.
Laurence Thouzery Mademoiselle Laurence Thouzery, âgée de 20 ans, est l'institutrice de Blanche de Jeufosse depuis 1856. Elle a eu une relation amoureuse avec Émile Guillot, qui était un des voisins de la famille Jeufosse. Il lui laissait des mots doux dans le parc du château. Elle a subi des harcèlements par Émile pendant près d'un an. Au milieu de l'année de 1856, Émile Guillot arrête ses harcèlements envers Laurence et se met à faire des avances à Blanche de Jeufosse.
Désiré Gros Désiré Gros est le domestique d’Émile Guillot. Le jour du meurtre, il accompagne son maître dans la propriété de la famille Jeufosse. Là, il entend ces mots : Procès-verbal de l’interrogatoire de Désiré Gros du 13 juin 1857 à quatre heures du matin, disponible aux archives départementales de l'Eure sous la cote 2 U 26, pièce 3., puis une détonation d'arme à feu.
Il découvre son maître à terre, et entend ses derniers mots, lui annonçant que le tueur est le garde-chasse Jean-Baptiste Crépel.
Procès La cour est présidée par M. le conseiller à la cour impériale de Rouen Élie Alexandre Vanier.. Le procureur général est Joseph Massot-Reynier (1804-1883)..