vignette|Michel Rocard en . est une petite phrase du Premier ministre français Michel Rocard prononcée à plusieurs reprises à partir de , peu après la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République. Elle est devenue proverbiale et a été utilisée régulièrement depuis pour justifier le contrôle et la maîtrise des flux migratoires.

Michel Rocard a prononcé plusieurs versions de cette phrase entre et . La version initiale, prononcée peu après l'affaire des « foulards islamiques » au collège de Creil, visait à justifier une politique anti-immigration. À partir de , après que la droite a repris le pouvoir, Michel Rocard ajoute l'idée que la France doit , qu', ou qu'.

Contexte Victorieux à l'élection de , François Mitterrand devient président de la République. Plusieurs membres fondateurs du Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI) sont appelés dans les cabinets ministériels. Le gouvernement de Pierre Mauroy, essentiellement socialiste, procède à une régularisation massive d'environ étrangers en situation irrégulière, assouplit les conditions de séjour des immigrés en annulant la loi Bonnet et supprime la prime d'aide au retour. La marche pour l'égalité et contre le racisme est massivement soutenue par les associations et la classe politique. En , la loi instaure un titre de séjour unique d'une durée de dix ans, dissocié du titre de travail.. Dans le même temps, le gouvernement propose à nouveau une aide à la réinsertion des travailleurs étrangers dans leur pays d'origine.

À la suite des élections législatives de et durant la cohabitation de , le ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua (RPR), fait adopter par le Parlement la loi du , dite lois Pasqua-Debré, relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, qui restreint l'accès à la carte de résident et facilite les expulsions d'étrangers en situation illégale. Le , l'expulsion de déclenche une vague de protestations. En , l'Office national d'immigration devient l'Office des migrations internationales, dont les attributions seront reprises en par l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).

À la suite de la réélection en de François Mitterrand et de la dissolution de l'Assemblée nationale, la loi Pasqua est en partie adoucie. Le gouvernement crée le Haut Conseil à l'intégration, organisme consultatif. À la rentrée scolaire , l'affaire des « foulards islamiques » au collège de Creil tourne à la vindicte des étrangers, et la droite et l'extrême droite profitent de la confusion entourant la polémique. Le à l'émission 7 sur 7, le Premier ministre Michel Rocard (PS) déclare que . Le fragment de phrase omis par Deltombe peut être écouté dans cette archive : ..

Une semaine plus tard, François Mitterrand ajoute que le des Français à l'égard des étrangers ..

Variantes par Michel Rocard

Versions initiales

Michel Rocard prononce pour la première fois publiquement la formule qui restera dans les mémoires le . Il est l'invité d'Anne Sinclair dans l'émission 7 sur 7 sur TF1. Il précise la nouvelle position de la France en matière d'immigration, et déclare :

Cette formule devient un élément de langage qu'il reprendra de nombreuses fois, avec des variantes plus ou moins significatives, dans de nombreuses interventions publiques ou lors d'entretiens, dans un énoncé visant clairement à justifier une politique anti-immigration.., comme le à l'Assemblée nationale. :

et le à l'occasion d'un colloque devant des élus socialistes originaires du MaghrebExtrait diffusé dans , sur FR3, le , selon . Notons qu'il est possible que l'extrait ait été tronqué avant l'ajout d'une nuance significative dans la suite du discours :

Versions complétées Le , à une nouvelle émission de 7 sur 7, en cherchant à se distancier de la droite revenue au pouvoir et en réaction à la politique anti-immigration de Charles Pasqua, Anne Sinclair lui rappelle cette phrase devenue célèbre ; Michel Rocard donne alors à sa position une forme plus nuancée.. Dans cette nouvelle version, il ne dit pas que la France doive accueillir une part (supplémentaire) de la misère du monde, mais seulement traiter le mieux possible la part qu'elle a déjà :

À partir de , Michel Rocard se plaint de ce que les médias et les personnalités politiques foncièrement hostiles à l'immigration ont tronqué systématiquement cette phrase en la citant sous la forme courte (), alors que, selon lui, la forme complète était. :

Dans L'Express du apparaît cette variation : .

Dans Le Monde, le , il déclare. :

Et le , il écrit dans Libération :

À la mort de Michel Rocard, elle était l'une de ses citations les plus célèbres..

Exégèses a dénoncé ..

Plus récemment dans l'ouvrage 50 questions de sociologie, Mathieu Ichou a cherché à démonter les trois présupposés qui semblent fonder cette formule, selon lesquels l'ampleur de l'immigration serait telle que la France ne serait pas en mesure de faire face; que ces migrants représenteraient la « misère du monde » ; et enfin que les migrants ne repartiraient jamais..

Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens ont analysé la phrase en en discutant chaque mot pour en extraire le sens., en commençant par le sujet (ou dans une variante, ), qui dilue la responsabilité, crée un consensus artificiel, et sépare dans un réflexe xénophobe la collectivité nationale de la masse des étrangers. L'utilisation du verbe est aussi qualifiée de dans la mesure où le choix politique est ainsi caché derrière une prétendue nécessité, grâce à l'invocation d'une impuissance de nature économique. Le mot (ou dans la version initiale de la phrase, ) est une métaphore domestique qui détourne de l'objectif de mener une réelle politique publique. Le mot exagère la menace d'une invasion et justifie une politique de tri, illustrée par le contraste entre le volontarisme en faveur des réfugiés ukrainiens en et l'indifférence aux Afghans fuyant le retour des talibans un an plus tôt. Le terme est abstrait ; ce choix de mot efface l'humanité des personnes qui s'exilent, tout en les assignant au malheur.

Réactions et réutilisations politiques Depuis sa première apparition, la formule est régulièrement citée et on n'en peut dénombrer les occurrences. Le plus souvent, c'est la version d'origine qui est citée au service d'une opinion hostile à l'immigration voulant trouver une référence consensuelle (puisque émanant d'un Premier ministre socialiste) susceptible de légitimer une politique restrictive quant à l'accueil en France des étrangers dans le besoin. Cette phrase a entre autres été reprise par Manuel Valls en et Emmanuel Macron en , , et ..

Exemples de réutilisation , Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, en , en réponse à une question sur les Roms.. , Michel Sapin, ministre des Finances, sur France Info.. , Bernard Kouchner, ex-ministre des Affaires étrangères, sur LCI - Radio Classique.. , Emmanuel Macron le lors de l'inauguration de la hivernale des Restaurants du Cœur.. , Emmanuel Macron en , en réponse à l'interpellation du pape François qui appelle l'Europe à ne pas rester indifférente au sort des migrants traversant la Méditerranée. , Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en réaction à l'adoption de la loi immigration en .. , Jean-François Roberge, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration du Québec, en ..

Bibliographie .

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Le bruit et l'odeur (discours de Jacques Chirac) Séjour irrégulier en France Immigration en France Droit d'asile en France Politiques d'intégration en France

Lien externe .

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