Les bombardements de Barzé et de Him Shinshar sont une attaque aérienne lancée, dans les premières heures du , par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, contre des installations du régime syrien, à Damas, capitale de la Syrie, et près de Homs, lors de la guerre civile syrienne. Menées en représailles à l'attaque chimique de Douma, les frappes visent trois sites : le Centre d'étude de recherche scientifique (CERS), lieu de développement des armes chimiques syriennes, situé à , un quartier au nord de Damas, et deux entrepôts d'armes chimiques à Him Shinshar, près de Homs.
Contexte
Le , après le massacre de la Ghouta, un accord signé, à l'initiative de Vladimir Poutine, par la Russie et les États-Unis., obligeait le gouvernement syrien à se débarrasser de ses munitions chimiques et de ses capacités de productions d'armes chimiques, conformément à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques.. Malgré les avertissements, le régime syrien reconduisait ses actions militaires prohibées selon des experts de l'ONU.. En conséquence, dans la nuit du 6 au , les Américains répliquaient à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun. par le bombardement de la base aérienne d'Al-Chaayrate..
Après l'attaque chimique de Douma, qui fait 48 à le Gilles Paris, Marc Semo et Benjamin Barthe, « Carnage chimique dans la Ghouta orientale », Le Monde, ., les États-Unis, la France et le Royaume-Uni se concertent pendant une semaine sur la réponse à effectuer. Selon Le Monde, la décision française de frapper des installations chimiques en Syrie est prise rapidement, dès le Nathalie Guibert, Comment l’armée française a participé au raid en Syrie, Le Monde, 25 avril 2018.. Le président français Emmanuel Macron tente alors de convaincre le président américain Donald Trump de ne pas retirer ses troupes, déployées aux côtés des Forces démocratiques syriennes, et de limiter les frappes aux installations liées au développement des armes chimiques syriennes. Le Monde indique que selon ses sources : .
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni déclarent agir sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies.. La Première ministre britannique, Theresa May, admet également que le Royaume-Uni envoie aussi un message à la Russie lié à la crise diplomatique provoquée par l'empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal..
Déroulement vignette|gauche|Un B-1B du 34th Expeditionary Bomb Squadron du 28th Bomb Wing se prépare pour la mission sur la base d'Al Oudeid. vignette|Lancement d'un Tomahawk depuis le en mer Rouge.
Dans la nuit du 13 au , les États-Unis, la France et le Royaume-Uni lancent l'attaque aérienne sur trois sites liés au programme d'armement chimique syrien« Le point sur les frappes occidentales en Syrie », La Tribune, 14 avril 2018.. Les bombardements commencent à 01 h 00 UTC (04 h 00 locales en Syrie) et s'achèvent une heure plus tard.. La France a assuré la direction tactique des opérations aériennes depuis un E-3F..
Le secrétaire à la Défense des États-Unis James Mattis la décrit comme étant une « frappe ponctuelle afin d'envoyer un message clair au président syrien Bachar el-Assad et ses lieutenants meurtriers », sans notification préalable à la partie russe, tout en évitant « au maximum » les positions russes et civiles afin de « ne pas accroître les tensions dans la région »...
Du côté des forces armées des États-Unis, trois navires participent à l'opération. Sur la mer Rouge, le croiseur tire 30 missiles Tomahawks, tandis que le destroyer de classe Arleigh Burke en lance 7. Depuis le golfe Persique, le destroyer tire 23 autres Tomahawks. En mer Méditerranée, le sous-marin nucléaire d'attaque de tire également six Tomahawks. Enfin, deux bombardiers B-1 Lancer du 28th Bomb Wing décollent de la base d'Al Oudeid au Qatar et lancent 19 missiles JASSM-ER, dont c'est la première utilisation au combat... Huit F-15C et sept F-16 des United States Air Forces in Europe décollent également de Aviano Air Base en Italie pour escorter les raids en Méditerranée.. Un EA-6 Prowler de guerre électronique de l’USMC escorte aussi les deux bombardiers B-1B Lancer. et un drone RQ-4 Global Hawk surveille la zone.
L'opération menée par les forces armées françaises est baptisée HamiltonAva Djamshidi, « Opération Hamilton : le nom de code des frappes françaises en Syrie », Le Parisien, .. La France engage 17 avions — 5 chasseurs-bombardiers Rafale, 4 chasseurs d'escorte Mirage 2000-5 de l'escadron de chasse 1/2 Cigognes, 2 AWACS E-3F de la EC2A et 6 ravitailleurs C-135FR du groupe de ravitaillement en vol « Bretagne » — et 5 frégates de premier rang — les frégates multi-missions , et , la frégate anti sous-marine et la frégate antiaérienne — accompagnées d'un pétrolier ravitailleur, le « Frappes réussies et objectifs atteints en Syrie », Ministère de la Défense, 14 avril 2018..« Video: First Operational Use of MdCN Naval Cruise Missile by French Navy FREMM Frigate », Navy Recognition, 14 avril 2018.. Trois missiles de croisière navals (MdCN) sont tirés par le Languedoc depuis la mer Méditerranée. ; il s'agit alors de la première utilisation opérationnelle de ce type de missiles par l'armée françaiseNathalie Guibert, « Le missile de croisière naval, nouvelle arme stratégique pour le chef de l’État français », Le Monde, 14 avril 2018.Frappes en Syrie: la France a tiré pour la première fois des missiles de croisière navals à d'euros pièce, Le Huffington Post avec AFP, 14 avril 2018.. Après dix heures de vol depuis la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson ponctués de cinq ravitaillement en vol, les Rafale tirent quant à eux neuf SCALP, une demi-heure après les tirs des frégates françaisesPierre Alonso, « Frappes en Syrie : participation limitée de la France, malgré d'importants moyens », Libération, 14 avril 2018.. Cependant, à cause de problèmes techniques, les tirs d'un dixième missile SCALP et de trois autres missiles de croisière navals disposés sur l'Aquitaine ne peuvent être effectuésGuerric Poncet, « Frappes en Syrie : l'un des missiles Scalp “n'est pas parti” du Rafale », Le Point, 18 avril 2018.« Ratés présumés pendant les frappes en Syrie : “informations classifiées”, répond Parly », AFP, 20 avril 2018..
Du côté britannique, la Royal Air Force engage quatre chasseurs Tornado GR4 stationnés sur la base aérienne britannique Akrotiri à Chypre escorté par quatre Typhoon. et disposant d'un ravitailleur. Les Tornado tirent huit missiles Storm Shadow contre un complexe militaire à à l'ouest de Homs« L'armée britannique frappe en Syrie “un complexe militaire” près de Homs », AFP, 14 avril 2018..
La défense aérienne syrienne dispose de systèmes S-125, de S-200, de S-75 Dvina, de Bouk, de Kvadrat et Ossa. Les systèmes de défense antiaérienne russes ne sont pas utilisés« Frappes en Syrie : “un nombre significatif” de missiles interceptés, selon la Russie », Le Figaro avec AFP, 14 avril 2018.. Le régime syrien déclare avoir abattu plus de 100 missiles, tandis que la Russie affirme que 71 missiles tirés sur 103 ont été interceptés par les forces syriennesAntoine Izambard, « Ce que cache l'intox de la Russie en Syrie », Challenges, 15 avril 2018.. Cependant les États-Unis et la France affirment que tous leurs missiles ont atteint leurs cibles« Syrie : Tous les missiles français ont atteint leur cible, affirme la ministre française des Armées », AFP, 14 avril 2018.. Selon l'état-major américain, 40 missiles sol-air ont été tirés par les forces syriennes mais aucun n'a engagé ses cibles avec succès. Pour le général François Lecointre, chef d’État-Major des armées françaises : .
Au total, 105 projectiles ont été tirés par les forces de la coalition : 76 missiles — dont 57 Tomahawks et 17 JASSM américains — se sont abattus sur le Centre d'étude de recherche scientifique (CERS) à , au nord de Damas ; 22 missiles — dont 9 Tomahawks américains, 8 Storm Shadow britanniques, 3 missiles de croisière navals et 2 missiles air-sol SCALP français — ont visé le dépôt d'armes chimiques de Him Shinshar, à l'ouest de Homs, et sept autres projectiles — des missiles air-sol SCALP français — ont frappé un autre centre de stockage et de commandement dans la même zone.Nicolas Gros-Verheyde, « La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (V4) », Bruxelles2, 14 avril 2018..
Kenneth McKenzie, le directeur des opérations à l'état-major américain, affirme cependant que : . Il ajoute que les substances contenues sur les cibles n'avaient pu être évacuées car elles n'étaient .
Bilan Les États-Unis, Royaume-Uni et la France annoncent « le succès de l'intervention militaire ciblée » visant les « capacités chimiques du régime de Bachar el-Assad », en atteignant les 3 sites ciblés : le CERS à Barzé, et deux sites de stockage d'armes de Him Shinshar, près de Homs.. Les photos satellites montrent la totalité des bâtiments du site de Barzé sont rasés, ou très fortement endommagésimg https://francais.radio.cz/sites/default/files/styles/rcz_lightbox_v2/public/images/syrie_4.jpg.
Selon l'armée russe, les frappes aériennes ne font .. Sana, l'agence de presse officielle du régime syrien, fait pour sa part état de trois civils blessés près de Homs.
Des employés du CERS à Barzé, interrogés par l'AFP lors d'une visite de presse organisée par le ministère syrien de l'Information, affirment que le bâtiment ne développait pas d'armes chimiques mais « des travaux de recherche et de développement dans la production pharmaceutique et l'industrie chimique civile » pour « des produits chimiques utilisés dans les produits alimentaires, les médicaments et les jouets pour enfants », et qu'ils ont pu se rendre sur les lieux de l'attaque sans symptôme d'intoxication, et déclarant que l'OIAC s'était déjà rendue sur place et « confirmé qu'il ne produisait aucune arme chimique ».. Le CERS a été inspecté par l'OIAC deux fois par an depuis le Décision du comité exécutif de l'OIAC du 11 novembre 2016Rapport du directeur général de l'OIAC du 2 juin 2017Note du directeur général de l'OIAC du 24 novembre 2017Note du directeur général de l'OIAC du 23 février 2018Note du directeur général de l'OIAC du 23 mars 2018. Selon Mediapart, le Centre d'étude de recherche scientifique (CERS) est un complexe scientifique et militaire divisé en cinq départements, rattaché directement à la présidence et étroitement surveillé par l'armée et les Moukhabarat. Le département chimie (aussi appelé le département 3000, puis le département 5000) s'occupe du développement des armes chimiques, il est dirigé en 2017 par Zouhair Fadhloun et dépend des services de Renseignement de l'Armée de l'Air..
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