vignette|261x261px|L'extension de l'Empire romain et ses provinces vers 117 ap. J.-C. L'armée romaine, couramment désignée comme exercitus romanus dans les sources latines, est l'instrument guerrier de la cité du Latium et de son empire au cours de l'histoire. Les effectifs de l'armée romaine décrivent, à travers l'histoire de la Rome antique, l'organisation et la répartition numérique des armées levées et entretenues par Rome sur son territoire. Ces troupes, réparties en diverses unités plus ou moins grandes, connaissent de nombreuses évolutions structurelles et numériques au cours du temps (constitution censitaire servienne, réforme manipulaire, réforme marianique, réforme « dioclétiano-constantinienne », etc.). Cette évolution est documentée au cours de l'histoire par de nombreuses sources littéraires et épigraphiques attestant du volume de l'armée romaine, des lieux de stationnement de ses légions, ainsi que des créations et suppressions d'unités au cours du temps.
Ces effectifs sont listés, quantifiés, et répartis dans le territoire de Rome, selon les époques, selon plusieurs critères tels que le nombre des composantes de l'armée (légions, troupes auxiliaires, cohortes prétoriennes, cohortes urbaines, cohortes de vigiles, marine militaire, vexillations, scholae, etc.) ou taille de celles-ci, au cours de l'histoire de Rome, entre 753 av. J.-C. et 476 ap. J.-C.
Époque royale
Fondation légendaire de l'exercitus romanus par Romulus vignette|379x379px|La panoplie découverte dans la tombe du guerrier de Lanuvium, datée des années 480 av. J.-C. Appartenant probablement à un mercenaire étrusque / falisque ou latin, cet équipement prestigieux composé d'une cuirasse anatomique en bronze peut avoir ressemblé à l'équipement de la première classe des citoyens romains sur le champ de bataille. À la suite de la fondation de Rome, que la tradition historique situe en 753 av. J.-C., le premier roi, Romulus, dote la jeune cité du Latium d'une première force de guerre, et fonde une première légion composée de (des fantassins lourdement armés, formant une infanterie de ligne relativement statique) et de 300 cavaliersPlutarque, Vie de Romulus, 13, 1.. Cette première armée royale romaine fut probablement doublée dans ses effectifs lors de l'union de Rome avec les Sabins, portant ainsi les effectifs de la cité à et 600 cavaliers, levés chaque année au sein de la population civique de Rome.
L'armée n'est ainsi pas permanente ni professionnelle, elle est levée annuellement sous forme de milice civique autour du roi, elle se déplace en général d'un bloc vers le lieu du conflit, elle ne stationne que très rarement au-dehors de la cité et les expéditions sont cantonnées à des guerres contre des voisins immédiats de la cité.
Réforme de Servius Tullius
Une réforme civile et militaire À partir du règne de Servius Tullius, dont on situe le règne entre 578 et 535 av. J.-C., les effectifs connurent de sensibles évolutions et s'intégrèrent notamment dans un nouveau cadre de financement et de recrutement : celui de la « constitution servienne », organisant le populus romanus en centuries, classant les individus en fonction de leurs possessions foncières et attribuant à chaque classe censitaire le droit de porter un équipement, ou de participer à telle ou telle formation tactique au sein de la légion (equites, hastati, vélites, principes, juniores, seniores, etc.) ; l'armée romaine compte alors vraisemblablement et , répartis en 4 légions levées annuellementTite Live, Ab Urbe condita libri, I, 43..
La « réforme servienne », ou constitution censitaire, dont la chronologie est fortement débattue (pour certains, elle daterait effectivement de la fin du VIe s. av. J.-C., pour d'autres, comme Michel Humm, il faut en attribuer le mérite à Appius Claudius Caecus et en abaisser la datation au début des Guerres Samnites), introduit un service militaire obligatoire pour les citoyens romains qui ont les capacités financières de s'équiper.
Ces capacités financières sont évaluées en as, une unité de compte archaïque, permettant de répartir les citoyens dans cinq classes de richesse correspondant à des rangs dans l'armée. Ces centuries foncières définissent non seulement les droits politiques (ordre du droit de vote et poids électoral dans les comices centuriates) mais prescrit aussi la forme de l'ordre de bataille de l'armée romaine, qui était ainsi basé sur la classification civile établie par le recensement.
Selon Christol et Nony, l'armement de bronze qu'indique Tite-Live pour la « première classe » de cette nouvelle armée correspond toujours plus ou moins à celui des hoplites grecs et serait celui de l'armée archaïque de Servius Tullius. La longue guerre contre Véies à la fin du et au début du IV av. J.-C. aurait ensuite incité les dirigeants de Rome à créer la seconde et troisième classes, pour élargie la base de recrutement de l'armée et inclure les citoyens qui n'avaient pas les moyens de posséder l'armement complet de l'hoplite, notamment la grande cuirasse de bronze.
L'armée : une émanation de la structuration du corps civique Le census et le dilectus, permettaient de répartir des hommes dans les 193 centuries civiles (qui se réunissent lors des comices centuriates) et dans les centuries militaires qui composent les légions. Leur fonction et leur position sur le champ de bataille dépendait ainsi de l'âge du citoyen, de son expérience à la guerre et de l'équipement qu'il pouvait revêtir de manière réglementaire, à sa charge.
Les iuniores de la première classe (âgés de 17 à 45 ans) étaient ainsi armés à la manière d'hoplites, une infanterie lourde équipée d'un casque (galea), de jambières (ocrea), d'une cuirasse (lorica), d'un bouclier (clipeus) d'une lance (hasta) et de javelines. Les citoyens des deuxièmes et troisième classes sont autorisés à porter la même panoplie, mais sans cuirasse, puis, sans jambières. Les citoyens les moins lourdement équipés ne portent qu'une tunique, un ceinturon, des javelines, un petit bouclier et parfois un casque. Chaque ligne de combat dans la formation de la « légion censitaire » était composée d'une seule classe.
Les légions levées chaque année lors du dilectus (cérémonie de levée sur le Campus Martius) sont au nombre de 4, pour un total d'environ 20 000 hommes. Les troupes dédiées aux expéditions militaires hors de Rome sont constituées de juniores, entre 17 et 45 ans, tandis que la réserve est composée des seniores, au-delà de 45 ans.
Époque républicaine
Transformation de l'armée royale en armée consulaire Les débuts de la République ne changent pas profondément la structure militaire de recrutement de l'armée romaine, seulement l'organisation du commandement, qui n'est plus dévolue aux rois mais aux magistrats à imperium militaire, les consuls (puis les préteurs).
Selon Tite-Live, à l'époque de la Guerre Latine (340 - 338 av. J.-C.), le dilectus annuel permettait de recruter deux armées consulaires composées chacune de deux légions composées de et de 300 cavaliers, pour un total donc d'environ et en armes chaque annéeTite Live, Ab Urbe condita libri, VIII, 8, 14., auxquels il faut ajouter un nombre plus ou moins égal d'alliés de Rome fournissant un contingent d'auxiliaires sous la forme de troupes d'infanterie ou de cavalerie, pour un total de troupes alliées (les socii) estimé entre et Tite-Live, Ab Urbe condita libri, VIII, 8, 15.. L'effectif total de la force de guerre de Rome s'élève donc à environ 50 000 combattants entre le IVe et le début du IIIe s. av. J.-C.
Gestion stratégique et tactique renouvelée L'extension du domaine géographique des expéditions militaire change par ailleurs la forme de l'organisation tactique. Rome affronte progressivement des ennemis dont les armées sont sensiblement différentes et sur des théâtres d'opération nouveaux. En 390 av. J.-C., à l'occasion du sac de Rome par les Gaulois, la faiblesse de l'organisation de l'armée en lignes continues de phalanges selon le modèle grec fut mise en évidence. Les Étrusques et les Latins combattaient alors vraisemblablement en utilisant eux-aussi des hoplites disposées en phalanges, structure dont les Romains avaient hérité. Cependant, cette organisation était peu adaptée aux terrains accidentés, comme les montagnes du Samnium qui devinrent le principal théâtre opérationnel, à partir de 343, dans le cadre des guerres samnites. Les Romains abandonnèrent ainsi l'armée de ligne continue pour un modèle plus souple : une légion composée de 3 rangs de 10 manipules (réunion de 2 centuries) permettant de composer un ordre de bataille plus articulé, au commandement décentralisé.
Il devient de plus en plus fréquent, à l'époque médio-républicaine, à partir des Guerres Samnites, que l'armée romaine se divise en plusieurs corps d'armée, chacun dirigé par un consul, composé de 2 légions, envoyé sur des théâtres d'opération multiples.
Époque des « condottieri » et de la conquête de l'Italie À l'époque des guerres contre Pyrrhus, au début du IIIe s. av. J.-C. l'armée romaine mobilisée chaque année en campagne est composée de 4 armées consulaires ou prétoriennesTite Live, Periochae degli Ab Urbe condita libri , libro IX, 30., chacune formée de 2 légions de citoyens romains et de 2 unités (alae, formant les flancs de la légion) de Socii (les troupes auxiliaires de l'armée romaine, levées dans les peuples alliés de Rome, souvent d'anciens vaincus, qui fournissent annuellement des contingents en vertu des traités passés avec Rome au moment de leur défaite).
Chaque légion est composée, à l'époque médio-républicaine, de Polybe, Histoires, VI, 20, 8-9., et de 300 cavaliers, tandis que les unités alliées étaient composées d'un nombre à peu près égal de soldats, avec cependant un effectif monté plus important (environ 600 à 900 cavaliers par unité).
Le total de cette force mobilisable s'élève à environ et .
L'importance grandissante des socii au IIIe s. av. J.-C. À partir du milieu du et de la première guerre punique, l'armée romaine est composée d'un corps d'occupation de la Sicile et de Tarente, formé de 2 légions de et de 300 cavaliers chacune, de 2 armées consulaires (formées de 2 légions aux effectifs renforcés de et 300 cavaliers par légion), et d'un nombre égal de soldats alliés, portant ces armées consulaires à et en service actif quasi-permanent, tandis que restent mobilisables sous forme de réserve, prête à intervenir, subdivisée en plusieurs corps : et Sabins (dont ), , et Cénomans. L'ensemble ce dispositif formait donc un total de , dont répartis dans 6 légions.
Les peuples et cités alliés, en vertu de traités signés lors de la conquête de l'Italie par Rome, ainsi que les colonies latines, doivent fournir des contingents dont le nombre est fixé par les magistrats romains chaque année. Il semblerait que les alliés italiens de Rome soient regroupés au cours du en sept circonscriptions., pour faciliter le recrutement et permettre une rotation des effectifs alliés, qui doivent au total être prêt à mobiliser chaque année de la taille de 3 manipules, soit . Ces troupes alliées, qui forment l'aile de l'armée sur le champ de bataille, sont commandées par des officiers de la même origine que les soldats.
Exceptionnellement, dans des cas critiques, tous les contingents mobilisables alliés peuvent être appelés, comme en 225 , pour faire face à la menace gauloise. Cette même année, la population libre alliée est estimée à , soit le double de la population citoyenne romaineP. A. Brunt, Italian Manpower 225 B.C. - A.D. 14, 1987, 54.. Environ 10 % de la population mâle italienne fut mobilisée chaque année.