François Ignace Carpentier, comte de Changy, né en 1753Acte de baptême sur le site des Archives départementales de la Nièvre - Vue 202/402. et mort en 1812Acte de décès, n° 185 de 1812, sur le site des Archives départementales de la Nièvre - Vue 634/1.351., est un officier français.

Marquée par la Révolution, sa vie est typique des nobles loyalistes.. Il émigre dès 1791, s'engage dans l'armée des Princes, prend part à la campagne de 1792, connaît les vicissitudes de l'émigration puis rentre en France pour tenter de restaurer son patrimoine.

Il est le beau-frère du général et écrivain Antoine François Philippe Dubois-Descours de la Maisonfort et l'oncle du général de division Maximilien Dubois-Descours de la Maisonfort.

Biographie vignette|François Ignace Carpentier de Changy, enfant. vignette|Rose Esther Dubois-Descours de la Maisonfort, adolescente.

Les archives privées de la famille de Changy permettent de retracer la vie de François Ignace ainsi que les Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France. et le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle.. En outre, une généalogie familiale a été imprimée en 1841..

Enfance - Éducation - Mariage François Ignace Carpentier de Changy naît le à Nevers. Il est baptisé le même jour en l'église Saint-Étienne. Son éducation commence sous la férule de son grand-oncle paternel et parrain François Ignace Carpentier de Changy, seigneur de Vanzé, officier, ingénieur du roiNé à Nevers le 14 septembre 1681, y baptisé en l'église Saint-Étienne, mort sans postérité au château de Vanzé le 28 septembre 1764 et inhumé dans l'église de Champvert.. Après de premiers exercices militaires à l'école de la maison du roi, il est admis à la compagnie des chevaux légers de la garde ordinaire du roi.

Le , à l'âge de 37 ans, il épouse à Paris, en la paroisse Saint-Côme-Saint-DamienActe sur le site des Archives de Paris, vues 40 à 43., Rose Esther Dubois-Descours de la Maisonfort, âgée de 19 ans. L'année précédente, à l'assemblée de la noblesse du Nivernais, Louis Dubois-Descours, marquis de la Maisonfort, lui a présentée sa sœur comme « dame de Séiez ». Lors de son mariage, l'époux est capitaine au Régiment Mestre de Camp Général dragons. Il a produit les preuves de noblesse requises pour ce grade, dont il se démettra peu après pour ne pas servir la Révolution.

Révolution - Émigration - Campagne de 1792 Retiré en son château de Vanzé sur la paroisse de Champvert, il répond à l'appel que les Princes, frères du roi, ont adressé à la noblesse. Il obéit sur-le-champ à l'ordre que lui a donné son père de partir sans perdre de temps en adieux« Mon fils, Je ne connais que l'honneur : il appelle à la défense de notre Roi et de nos Princes. Partez, allez rejoindre ceux auxquels nos cœurs sont dévoués. Si mon âge m'empêche de les servir moi-même, que mon fils remplisse pour nous deux ce devoir avec zèle et fidélité. Adieu, recevez toutes mes bénédictions ». Lettre de François Carpentier de Changy à son fils François-Ignace, écrite au château des Pavillons le 3 octobre 1791..

Il quitte Vanzé le , accompagné de son fils encore nourrisson, de sa femme et de quelques parents et amis. Ce petite groupe donne à la noblesse du Nivernais le signal de l'émigration. Il passe la frontière non sans danger et arrive à Tournai le « Je ne puis vous exprimer ce que nous éprouvâmes de joie en arrivant sur la place de Tournay, couverte de milliers d'émigrés en cocardes et panaches blancs ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 34. ; la ville est déjà peuplée d'émigrés. Le même jour, il s'enrôle comme cadre de l'armée royaliste naissante. Équipé à ses frais, il est incorporé le dans la compagnie des officiers nobles des mousquetaires de la Maison du Roi, en même temps que son ami le Marquis de Falaiseau« Notre bonheur fut complet quand nous retrouvâmes nos bons amis de Falaiseau qui devinrent nos frères d'armes et d'exil. Dès ce moment, nos deux ménages n'en firent plus qu'un ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 34.« Dans cette existence remplie à la fois de privations matérielles et de jouissances morales, nous retrouvons Mme de Changy, l'amie des bons et des mauvais jours ». Dix ans de la vie d'une femme pendant l'émigration, Adélaïde de Kerjean, marquise de Falaiseau, page 319.. Cette armée est licenciée après la campagne de 1792 quand les Princes, réduits à l'inaction par la temporisation des souverains alliés, doivent renoncer à la lutte« Ainsi finit cette funeste campagne de 1792, commencée avec de si belles espérances. Il me serait difficile d'exprimer le désespoir qui s'empara de tous les cœurs. Chacun se débanda pour aller pleurer auprès des siens ; mais ceux qui étaient sans ressources couraient les chemins, à pied, mourant de faim. Celui qui possédait encore quelque chose partageait avec son camarade ; mais chargé du poids du peu qu'ils avaient pu conserver, ils n'avaient plus d'autre perspective que la misère dans toute son horreur pour ceux qui ont vécu dans l'opulence ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 46.. Abandonnés à eux-mêmes, ses membres se dispersent dans l'exil.« À la nouvelle de la retraite des armées, la crainte des Français qui devaient avancer fit renvoyer tous les émigrés qui étaient sur la frontière, et alors nous vîmes la débâcle affreuse de quantité de malheureuses familles, qui avec armes et bagages, descendaient le Rhin sur des bateaux qu'on leur faisait payer des prix fous. Tous s'encombraient dans notre ville de Bonn et devenaient pour nous pareil signal de fuite ». Mémoires de Rose-Esther de la Maisonfort, page 47..

Exil Les Changy gagnent la Hollande puis l'Angleterre où ils arrivent début 1793, une semaine après l'exécution de Louis XVI. Profitant de la retraite des armées républicaines, ils séjournent quelques mois à Londres puis reviennent en Belgique pour se rapprocher de la France. Ils s'établissent à Liège« Les arbres arrachés, les maisons criblées, les fossés des routes comblés de corps morts, tout portait l'empreinte du fléau destructeur. Je vis, devant une maison, une femme qui balayait et poussait vers un fossé une jambe ou un bras qu'elle y jeta... Ce déchirant tableau, fidèle image des suites de la guerre, me pétrifia le cœur et m'attrista jusqu'à Liège qui était le but de notre voyage ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 73.. Il y restent un an mais doivent fuir en devant Pichegru qui, quelques mois plus tard, les chassera de Düsseldorf où ils se sont réfugiés« Mais cette heureuse nouvelle fut bientôt suivie de grands revers pour les émigrés ; il fallut encore fuir devant les succès multipliés de Pichegru qui vinrent nous atteindre jusqu'au bord du Rhin et nous chasser de notre joli asile de Düsseldorf. Quel fut notre désespoir de voir encore une fois déçues nos espérances de revoir la France et nos familles ! Las d'être ainsi pourchassés, la désolation et le découragement s'emparèrent de tous ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 83..

Ils partent pour Brunswick, où le prince accueille avec bonté les royalistes français. Ils y arrivent en 1794 avec la mère de Rose Esther, ses frère et belle-sœur et y séjournent jusqu'en . La bienveillance du duc de Brunswick adoucit sensiblement le sort du marquis de la Maisonfort et des siens« Mon frère, par son esprit heureux et sa rare amabilité, trouvait aisément des ressources partout, et il commença bientôt à intéresser très vivement l'excellent duc de Brunswick qui, depuis, l'a comblé de bontés ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 91..

Retour en France - Fin de vie vignette|Pierre tombale de François Ignace et Rose Esther Carpentier de Changy, à Nevers.

François Ignace décide de rentrer en France, où son père est mort trois ans plus tôt en laissant une veuve ruinée par la révolution de Saint-Domingue. Il n'est protégé des lois de proscription que par un passeport suédois délivré sous le nom de « Smith ». Il arrive à Paris le . Contraint de s'y cacher par un redoublement de sévérité envers les émigrés, il rentre en Nivernais en 1801, à Nevers puis à Vanzé où le château, pillé, n'offre plus qu'un toit effondré et des murailles nues. Il emploie ses dernières années à restaurer son patrimoine. Il partage sa vie entre Vanzé et Nevers où, durant l'hiver, il retrouve sa mère et ses sœurs. Le , il tient sur les fonts baptismaux de la cathédrale de Nevers Adrien Rossignol de Pron, fils de sa nièce par alliance Louise Dubois-Descours de la MaisonfortArchives départementales de la Nièvre. Paroisse Saint-Cyr de Nevers. Acte de baptême du 2 avril 1812.. Ayant pris froid durant la cérémonie, il doit s'aliter dès son retour à domicile« Sarah (Louise Dubois-Descours de la Maisonfort) pria son oncle d'être avec Madame de Prisye, le parrain de son fils Adrien. Mon mari ne voulut pas le lui refuser, d'autant plus qu'il avait désapprouvé son mariage. Cependant se trouvant toujours mal portant, il prévit qu'il en serait malade. En effet, après avoir éprouvé un refroidissement dans la cathédrale, pendant le baptême, il rentra et se mit au lit en disant qu'il n'en relèverait pas. Une fièvre catarrhale que je ne croyais d'abord qu'un gros rhume se déclara et en peu de jours, le mal empira et le danger devint si grand qu'il demanda les secours spirituels et les reçut avec piété et résignation... ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, page 156.. Il décède, probablement d'une pneumonie, le Archives départementales de la Nièvre. Registres d'état civil de Nevers. N° 185. « L'an mil huit cent douze, le dix-sept avril, par devant nous adjoint du maire de la Ville de Nevers, département de la Nièvre, faisant les fonctions d'officier de l'état civil de la dite Ville sont comparus M.M. louis philippe duverne marancy, agé de soixante huit ans, ancien capitaine d'infanterie et pierre courvol agé de soixante cinq ans, aussi ancien capitaine d'infanterie beau frère et cousin germain du défunt, l'un et l'autre demeurant à Nevers Rue Saint Etienne, section de la Barre, lesquels nous ont déclarés que ignace carpentier de changy, âgé de cinquante neuf ans, né à Nevers département de la Nièvre, ancien capitaine de dragons, demeurant à Nevers fils de feu françois et de marie jeanne astier et époux de Rose esther dubois descours de la maison fort est décédé le jour d'hier à dix heures du soir, en sa maison sise à Nevers, Rue des trois carreaux, section de la Barre et ont les déclarans signé avec nous le présent acte après qu'il leur en à été fait lecture. Signé P de Courvol. Duverne Marancy »., à l'âge de 59 ans. Il est inhumé au cimetière Jean Gautherin, où sa tombe existe toujours. Sa veuve refusera de se remarier par fidélité à sa mémoire« Je regrettai profondément celui que je considérais comme le soutien de nos jours et que j'aimais comme l'homme d'honneur le plus estimable que j'aie connu. Si une grande disproportion d'âge et un caractère triste et sévère apportèrent quelques différences dans nos goûts, il n'y en eut jamais dans nos opinions et nos sentiments, et ce lien si fort et si précieux, en nous rendant nécessaires l'un à l'autre, adoucit constamment les contrariétés de la vie de douleurs que nous avons parcourue ensemble. Qu'il fut cruel, le moment qui rompit de si consolantes habitudes et m'enleva le compagnon et le soutien de tant de tribulations ! Aussi délicat que généreux, aussi probe que bienfaisant, noble en tout, il caractérisait le parfait homme de bien, et, en écrivant ici, après tant d'années d'un triste veuvage, l'expression de mes regrets douloureux, je ne fais que rendre hommage aux vertus qui ont fait le bonheur de tous ceux qui dépendaient de lui et lui ont attiré le respect et l'estime de tous ceux qui le connaissaient ». Mémoires de Rose Esther de la Maisonfort, pages 156 et 157..

Titres et décoration