Aristide Briand, né le à Nantes (Loire-Inférieure) et mort le à Paris (Seine), est un avocat et homme politique français..
Député de Saint-Étienne jusqu'en 1919 et de Loire-Inférieure jusqu'à sa mort, initiateur et rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 codifiant la laïcité en France, il est onze fois président du Conseil. et vingt-six fois ministre sous la Troisième République.
Il joue un rôle essentiel dans les relations internationales après la Première Guerre mondiale. En 1926, il reçoit le prix Nobel de la paix, conjointement avec Gustav Stresemann., pour son action comme ministre des Affaires étrangères en faveur de la réconciliation entre la France et l'Allemagne (accords de Locarno, 1925). En 1928, poursuivant son rêve de paix par la sécurité collective, dont l'axe serait la Société des Nations, il signe avec l'Américain Frank Billings Kellogg le pacte Briand-Kellogg visant à mettre la guerre hors-la-loi. Cependant, son œuvre diplomatique s'écroule dès le début des années 1930, qui sont marquées par la crise économique de 1929, la montée du nazisme et du nationalisme japonaisLa mention antérieure du « communisme » ne paraît pas appropriée : le communisme (URSS) est antérieur au briandisme, et durant les années 1930, il s'oriente dans une voie plutôt favorable à la sécurité collective, celle des . préfigurant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie Débuts vignette|redresse|gauche|Aristide Briand vers 1906. Aristide Pierre Henri Briand. est issu d'une famille modeste. Il naît à Nantes au 12 de la rue du Marchix, donc dans un quartier très populaire et miséreux, au domicile et lieu de travail de ses parents, Pierre-Guillaume Briand et Madeleine Bouchaud, aubergistesLe café sera ensuite transformé en épicerie ; les bâtiments ont été détruits pendant la guerre. Plaque commémorative sur le mur de la Poste de la place Bretagne.. Avant son mariage, Madeleine avait été lingère au château de Blain, chez le baron Clément de Lareinty.
Deux ans après la naissance d'Aristide, ils s'installent à Saint-Nazaire où ils gèrent plusieurs établissements, notamment « Le Grand Café ». Ils reviennent à Nantes en 1894.
Après avoir été élève du collège de Saint-Nazaire, Aristide Briand entre comme élève boursier au lycée de Nantes (actuellement lycée Georges-Clemenceau).. Il fait une très bonne année scolaire, avec les premiers prix de version latine et de version grecque et les deuxièmes prix d'histoire et d'anglais, et le premier prix de version grecque au concours général. Aussi, il passe directement en rhétorique en 1878-1879 (il y obtient seulement ). Durant ces années, il semble qu'il ait fait la connaissance de Jules Verne.
Après le baccalauréat, il entreprend des études de droit et devient clerc de notaire en revenant à Saint-Nazaire. En 1886, il s’inscrit comme avocat stagiaire au barreau de cette ville portuaire, il rencontre Fernand Pelloutier, figure de l’anarcho-syndicalisme et secrétaire de la Fédération des Bourses du travail. Il décide alors de s’engager en politique. et se lie d'amitié avec Eugène Couronné, ancien ouvrier typographe, fondateur et directeur du journal La Démocratie de l'Ouest qui lui a demandé son premier véritable article, daté du . Devenu directeur politique de l'Ouest Républicain, il s'engage aux côtés des radicaux-socialistes. Il est élu conseiller municipal de Saint-Nazaire le et démissionne le . Il fait ensuite élire des « candidats-ouvriers » au sein du premier municipe socialiste de la villeAristide Briand, par Georges Suarez ; relevé chez Fernand Guériff, Historique de Saint-Nazaire tome II..
D' à , il est inscrit au Barreau de Pontoise. Son cabinet est installé près du lac d'Enghien, où il aime pêcher à la ligne avec ses amis, le dimanche. Il se fait connaître comme journaliste, notamment dans le journal anticlérical La Lanterne., et également en assurant la défense dans des procès emblématiques pour le monde ouvrier, comme celui des employés de l'horlogerie Crettiez de ClusesCe procès fit l'objet d'un épisode des Procès témoins de leur temps diffusé en 1978 par Antenne 2.. Célibataire, il multiplie les conquêtes ; il a eu un temps pour compagne la princesse Marie Bonaparte., future disciple de Freud. Par amour pour lui, celle-ci acheta le château des Lareinty à Blain.
Selon Christian Morinière, président de l'association Aristide-Briand, dont l'objet est d'œuvrer à la mémoire du Nantais et de gérer son fonds d'archives personnel, Aristide Briand . Il était ancré à Nantes, à Saint-Nazaire et dans le Trégor, sur l'île Milliau, au large de Trébeurden, où il séjournait souvent. Morinière indique : .. Et c'est en tant que tel que le quotidien L'Ouest-Éclair parle de lui...
Néanmoins, par opportunisme, il se fait élire en 1902, comme député de Saint-Étienne dans le Massif central.
Années 1902-1905 D’abord proche du syndicalisme révolutionnaire et grand défenseur de l'idée de la grève générale, il devient député socialiste de Saint-Étienne en 1902, à la suite de Benoît Oriol.. Il est alors très proche de Jean Jaurès. En 1904, il quitte son poste de secrétaire général du Parti socialiste français. Il joue un rôle important dans le processus de sécularisation et de laïcisation en tant que rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l'État.. Son pragmatisme et son talent de négociateur ont finalement permis une application mesurée et un accord de fait entre la République laïque et une partie du clergé français, malgré l'opposition virulente du Vatican..
Évolution vers le centre (1906-1914) vignette|gauche|redresse|Aristide Briand. En ., il se voit confier le ministère de l'Instruction publique dans le gouvernement du radical Sarrien contre l'avis de Jean Jaurès qui redoute que Briand suive la même évolution que Millerand au contact du pouvoir. Plus encore que celle d'Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau en 1899, la nomination de Briand est très mal perçue dans les rangs de la SFIO, où l'on parle de trahison. Il fréquente à cette époque le salon de madame Arman de Caillavet, égérie d'Anatole France. C'est Briand qui exige la venue du radical Clemenceau dans le cabinet, préférant l'avoir avec lui que contre lui. Clemenceau, autre habitué de de Caillavet, est nommé ministre de l'Intérieur, et devient très impopulaire chez les socialistes en tant que « briseur de grèves ». H.-P. Gassier signe alors une affiche désignant Briand comme .
De 1906 à 1913, Briand est constamment au gouvernement : de l'Instruction publique, il passe à la Justice en , dans le gouvernement Clemenceau (il tente alors d'obtenir l'abolition de la peine de mort), puis devient président du Conseil avec le portefeuille de l'Intérieur en ; il conserve cette fonction jusqu'en , à l'exception de l'année 1912, où il est de nouveau ministre de la Justice de Raymond Poincaré.
Durant cette période, il se montre hostile au droit de grève des fonctionnaires ; en , alors qu'il est chef du gouvernement, il dénonce une grève dans les chemins de fer de l'Ouest, récemment nationalisés, parlant d’.. Il réquisitionne les agents de la compagnie qui continuent quelques jours la grève en portant un brassard indiquant qu'ils sont mobilisés contre leur gré. Il se déclare prêt à contre les .. Cette action antisyndicale suscite des critiques, dont celle de Jean Jaurès qui l'apostrophe : ajoutant que Briand, par son . De son côté, Maurice Barrès le qualifie de . Mais la grève, par ailleurs impopulaire auprès d'une frange de la population, est ainsi arrêtée au bout d'une semaineHistoire de la locomotion terrestre, t. I, « Les chemins de fer », L'Illustration, Paris, 1935, ..
Le , alors qu'il inaugure un monument en l'honneur de Jules Ferry, il est giflé par un artisan royaliste, Camelot du roi, membre actif de l'Action française, Lucien Lecour, qui a voulu exprimer son désaccord sur la politique anti-patriotique et anti-catholique du ministre.
Briand va également présenter durant l'année 1913 un projet de loi afin de rallonger le service militaire à trois ans. À la suite de l'augmentation drastique du budget militaire allemand, Briand organise une réunion en présence du ministre de la Guerre Eugène Étienne et des principaux chefs de l'armée française, dont le général Joffre, afin de préparer la France à faire face à son ennemi germanique de plus en plus menaçant. Ceux-ci présentent l'idée des trois ans comme un des seuls moyens alors pour préparer efficacement la défense de la France. Réticent du fait de l'impopularité de cette mesure, Briand finit tout de même par accepter. Comme prévu, la Chambre des Députés réagit très mal à ce projet de loi que ce soit à droite où l'on va entendre des ou à gauche où l'on entendra des injures dont des . Après le rejet du projet, le gouvernement Briand démissionne.
En 1914, Briand confirme son rapprochement avec le centre en créant, aux côtés de plusieurs chefs de file du Parti républicain démocratique, une éphémère Fédération des gauches, dont il prend la présidence. Il ne rejoint pourtant pas son groupe parlementaire après les élections législatives de 1914.
Première Guerre mondiale vignette|gauche|En présence d'Eugène Beyens, ministre belge des Affaires étrangères, le président du Conseil Aristide Briand remet à l'ambassadeur William Graves Sharp la réponse des Alliés à la note du président Woodrow Wilson. Une de L'Illustration, . Briand revient au gouvernement fin , d'abord comme ministre de la Justice de René Viviani, puis d' à , comme président du Conseil, détenant le portefeuille des Affaires étrangères. Il joue donc un rôle actif dans la première phase de la guerre. Briand va d'ailleurs en 1914 être un des organisateurs de la bataille de la Marne, en effet alors que Joffre et Millerand considèrent Paris comme peu important lors de la grande retraite qui fait suite à la Bataille des Frontières, Briand s'insurge et prône ardemment l'organisation d'une défense de la capitale, car selon lui, la perte de Paris serait effroyable pour le moral des Français et pourrait également servir de moyen de pression des Allemands pour imposer leurs conditions à la France en menaçant par exemple de détruire des bâtiments emblématiques de la ville tels que la tour Eiffel.
Durant la bataille de Verdun, il est un efficace. président du Conseil, montrant ses capacités à faire face dans les moments les plus difficiles. Le , au début de son sixième gouvernement, il va intriguer pour éviter d'être renversé par la Chambre. : il va manipuler Joffre pour démettre Foch au poste de commandant de la CAN, va remplacer Joffre comme commandant en chef par Nivelle, favorable à la reprise de la stratégie offensive et qui va préparer une grande opération pour le printemps 1917. Il va aussi nommer le général Lyautey au poste de ministre de la Guerre. Ses intrigues lui permettent d emporter la confiance de la chambre de 340 à 160 voix dans la nuit du 3 au .
En , Briand est confronté aux débuts de la révolution en Russie. Le départ de Lyautey en mars entraîne la chute du ministère, avant que Nivelle ait lancé l'offensive du Chemin des Dames, qui va d'ailleurs être un échec.
Désireux de redorer son blason terni, il a été accusé de trahison par Clemenceau pour avoir mis en place des pourparlers de paix avec le représentant allemand, le baron Oscar von der Lancken, sans consulter la Chambre. Son action va provoquer une grave crise à Paris et va mettre à mal les accords interalliés avec les Anglais. Combattu depuis des mois avec acharnement par Clemenceau, meneur des jusqu'au-boutistes, il cesse d'être ministre en .
Dès , sa situation face au gouvernement Clemenceau est loin d'être excellente, alors que le chef du gouvernement s'attaque aux « défaitistes », que Malvy et Caillaux sont déférés à la justice et que plusieurs espions ou supposés tels sont condamnés à mort (Bolo Pacha, Mata Hari). Il est clair que Clemenceau et Briand sont devenus des adversaires durant la Première Guerre mondiale. Clemenceau a dit de lui qu'il était un .