La collapsologie est un courant de pensée transdisciplinaire, apparu dans les années 2010, qui envisage les risques, causes et conséquences d'un effondrement de la civilisation industrielle..

En France, l'étude d'un possible effondrement de la civilisation « thermo-industrielle » est initiée par l'Institut Momentum, cofondé par Yves Cochet et Agnès Sinaï. Ces derniers définissent l'effondrement comme . La collapsologie est nommée et portée à la connaissance du grand public par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, dans leur essai Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, publié en 2015.

La collapsologie s'inscrit dans l'idée que l'humain altère son environnement durablement, et propage le concept d'urgence écologique, lié notamment au changement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. Les collapsologues estiment cependant que l'effondrement de la civilisation industrielle pourrait provenir de la conjonction de différentes crises : crise environnementale mais aussi crise énergétique, économique, géopolitique, démocratique, etc. La collapsologie se présente comme un exercice transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, l'écosophie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéobiologie, l'histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art.

Bien que certaines critiques réfutent son caractère scientifique, l'étude des risques d'effondrement civilisationnel est qualifiée de « champ de recherche [scientifique] intégré » par un collectif de chercheurs rassemblé autour d'une équipe de l'Université de Cambridge vouée à l'étude et l'atténuation des risques d’extinction de l'humanité et d'effondrement civilisationnel. De nombreux centres de recherche universitaires consacrent des recherches à ce sujet.

Étymologie Le mot « collapsologie » est un néologisme inventé Servigne et Stevens, Comment tout peut s'effondrer..., éd. Seuil, 2015, , alinéa 5 par Pablo Servigne, ingénieur agronome et Raphaël Stevens, expert en résilience des systèmes socio-écologiques. Il apparaît dans leur ouvrage publié en 2015, Comment tout peut s'effondrer.

C'est un mot-valise issu du latin collapsus, participe passé de collabi, « tomber d'un bloc, s'écrouler, s'affaisser »  (qui a donné en anglais) et du suffixe « -logie  », logos, mis pour « étude », lequel est destiné à nommer une démarche à caractère scientifique.

Depuis, d'autres néologismes ont été proposés pour distinguer la diversité d'approches et de postures sur le sujet. Ainsi, la collapsosophie désigne l'approche philosophique de l'effondrement, la collapso-praxis ou l'effondrisme se réfère à l'approche politique et idéologique de la question, ou encore le terme collapsonautes pour désigner les personnes qui vivent avec l'idée d'effondrement ou celui de collapsophobie qui désigne les individus qui rejettent cette idée d'effondrement.

En , le mot « collapsologie » fait son entrée dans le dictionnaire Le Petit Robert..

Fondements scientifiques

Sources En 1972, le rapport Meadows, intitulé The Limits of Growth et réalisé par des chercheurs du MIT, alerte des risques d'une croissance démographique et économique exponentielle sur une planète aux ressources limitées.

Approche systémique, la collapsologie s’appuie sur des études de prospective telles que , mais également sur l'état des tendances mondiales et régionales dans le domaine environnemental, social et économique (comme les rapports du GIEC, de l'IPBES ou du Global Environment Outlook (GE) périodiquement publiés par la division de l'alerte rapide et de l’évaluation du PNUE de l'ONU…). Elle s'appuie également sur de nombreux travaux scientifiques ainsi que sur diverses études, telles que « A safe operating space for humanity » et « Approaching a state shift in Earth’s biosphere », publiées dans Nature en 2009 et 2012, « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration » publiée en 2015 dans The Anthropocene Review, ou encore « Trajectories of the Earth System in the Anthropocene » publiée en 2018 dans les Comptes-rendus de l'Académie nationale des sciences des États-Unis d'Amérique.

Certains scientifiques estiment qu'un effondrement systémique global est probable si rien n'est mis place pour l'éviter.

Antécédents historiques

La collapsologie s'intéresse principalement aux causes anthropiques, c'est-à-dire des causes liées aux activités humaines, pouvant provoquer un ou des effondrements. Différentes disciplines scientifiques sont en mesure d'établir que pour certaines populations et certains écosystèmes, des effondrements sont en cours ou se sont déjà produits.

Temporalité de l'effondrement L'effondrement de la civilisation thermo-industrielle peut être considéré soit comme un processus qui s'étalerait sur plusieurs années ou plusieurs décennies, soit comme le résultat final de ce processus.

D'un point de vue général, toute prévision scientifique bute sur une impossibilité théorique due aux « cygnes noirs », qui sont des événements rares impossibles à prévoir. Selon le mathématicien et ancien opérateur boursier Nassim Nicholas Taleb, les méthodes classiques d'évaluation des risques s'appliquent très mal à ces « cygnes noirs » ainsi que pour les systèmes complexes. Bertrand Russell, repris par Taleb, illustre cet aspect des choses avec ce qu'il a appelé le « problème de la dinde inductiviste » selon lequel dans un élevage de dindes, où la température est constante et idéale, et l'apport en nourriture régulier, s'il existait une dinde statisticienne spécialiste de la gestion des risques, elle dirait le qu'il n'y a pas de souci à avoir pour l'avenir !.

Cependant, pour sonder l’avenir, il est possible de faire appel à des modèles mathématiques et informatiques à l'instar de ceux utilisés pour l'étude du changement climatique. Ceux-ci ne permettent pas de prédire l’avenir avec certitude mais donnent des indications sur le comportement et l’évolution des systèmes et des sociétés. Ainsi les projections établies par le modèle World3 du Club de Rome évoquaient le début d'un possible effondrement vers 2030 dans l'hypothèse d'un « Business as usual ».

En plus des projections établies par des modèles mathématiques, la collapsologie sonde le futur à l'aide de scénarios à l'instar de ceux formulés par les spécialistes de la prospective. Dans ce contexte, de nombreux collapsologues considèrent que l'effondrement de la civilisation industrielle est inévitable, notamment en raison de l'épuisement des ressources naturelles, mais qu'il subsisterait une inconnue : les délais qui nous séparent des crises à venir.. Pour Yves Cochet, l'effondrement est « possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030 ». Il estime qu'il « n’y aura plus de voiture en 2040. Il y aura quelques calèches, avec des chevaux, oui. Il n’y aura plus de voiture, il n’y aura plus d’avions. Le mode de transport du futur, c’est le cheval ! »... Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle estiment quant à eux que « l'effondrement de la civilisation thermo-industrielle [est] une évolution géographiquement hétérogène qui a déjà commencé, mais n'a pas encore atteint sa phase la plus critique, et qui se prolongera pendant une durée indéterminée. C'est à la fois lointain et proche, lent et rapide, graduel et brutal. Cela ne concerne pas seulement les événements naturels, mais aussi (et surtout) des chocs politiques, économiques et sociaux, ainsi que des événements d'ordre psychologique (comme des basculements de conscience collective) ».

Comme l'écrit Dmitry Orlov : « L'effondrement peut se produire à différents moments pour différentes personnes. Vous ne saurez peut-être jamais tout à fait que l'effondrement s'est produit, mais vous saurez que c'est arrivé à vous personnellement, ou à votre famille, ou à votre ville. Grâce aux efforts des historiens, il se peut que le tableau d'ensemble ne se dessine que beaucoup plus tard. Individuellement, il se peut que nous ne sachions jamais ce qui nous frappe et, en tant que groupe, que nous ne soyons jamais d'accord sur une seule réponse. Regardez l'effondrement de l'URSS : certaines personnes se disputent encore pour savoir pourquoi c'est arrivé ».

Typologie de causes potentielles d'effondrement

Prise de conscience de l'effondrement

Précurseurs

Parmi les travaux sur ce thème (au sens large) on peut citer par exemple ceux de l'historien et penseur maghrébin Ibn Khaldoun (1332-1406) qui décrivit dans son livre Muqaddima (1375) des cycles de dégénérescence et de regénérence de la civilisation urbaine., du penseur politique Montesquieu (1689-1755) qui s'interrogea sur les causes de la chute de l'Empire romain dans son livre Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734), de l'économiste Thomas Robert Malthus (1766 – 1834) qui prédisait le caractère inévitable de catastrophes démographiques en raison de rendements agricoles décroissants et qui donna lieu à une doctrine politique pronant la restriction démographique, le malthusianisme, de l'historien et homme politique britannique Edward Gibbon (1737-1794) connu pour son ouvrage Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain (1776), de l'anatomiste français Georges Cuvier (1769-1832), précurseur du catastrophisme, théorie scientifique qui tente de construire rationnellement les croyances sur l'origine du monde et sur l'évolution des espèces en mettant en avant l'impact qu'auraient eu des catastrophes de courte durée, violentes et inhabituelleshttps://www.pourlascience.fr/p/fondamental/le-catastrophisme-dans-lhistoire-de-la-geologie-1412.php, du philosophe allemand Oswald Spengler (1880-1936) dans son livre Le Déclin de l'Occident (1918), du philosophe allemand Günther Anders qui pensait la situation de l’humanité après Auschwitz et Hiroshima et la possibilité de sa destruction totalehttps://classiques-garnier.com/gunther-anders-et-la-fin-des-mondes.html dans son livre L'Obsolescence de l'homme (1956), de l'économiste et philosophe autrichien Leopold Kohr (1909-1994) dans son ouvrage The Breakdown of Nations (L'effondrement des puissances) (1957), du biologiste américain Paul Ehrlich qui prédisait, dans son livre La Bombe P (1968), un effondrement démographique à la suite de l'avènement d'une famine mondiale massive au cours des années 1970 et 1980, notamment à cause de la croissance incontrolée de la population mondiale, de l'agronome français René Dumont (1904-2001) dans son livre L'Utopie ou la Mort ! (1973)., de l'historien britannique Paul Kennedy (1945-) qui étudia la politique et l'économie des grandes puissances depuis 1500 à environ 1980, puis les raisons de leurs déclin, dans son livre Naissance et déclin des grandes puissances (titre original : The Rise and Fall of the Great Powers) (1987).

Arnold Toynbee (1889-1975)