Le marais audomarois s'étend sur du Pas-de-Calais et du Nord et couvre une surface de (), ce qui en fait la plus vaste zone humide de la région. Son altitude est de . En 2008, il était composé d'environ appartenant à environ . Il abritait alors de prairies humides, de terres maraîchères et de roselières.

Désigné site Ramsar le au titre de la convention de Ramsar, il a été déclaré par l'UNESCO à Paris, le , après plus de trois années de procédureL. Barbier (2013) "Le marais audomarois, 12ème Réserve de biosphère française", in Zone Humide info, N° 80-81, 3e-4e trimestres 2013, pages 20/24.. Le , l'UNESCO renouvelle la labellisation « Man and Biosphere » et officialise l'agrandissement de la réserve qui passe de de l’Audomarois, du Calaisis, du Montreuillois et des Flandres..

Particularités C'est une ancienne zone humide tourbeuse, inondée par la mer durant plusieurs siècles à l'époque carolingienne, puis exondée, puis exploitée pour la tourbe et par drainage par les moines de la proche abbaye de Clairmarais notamment.

Le marais a été transformé au en région maraîchère et d’élevage et il reste aujourd'hui le seul marais de cette importance encore cultivé pour le maraîchage en France (le marais poitevin ayant été en grande partie drainé et utilisé pour la culture de céréales). Près de cinquante légumes différents y sont cultivés, dont le chou-fleur l'été (introduit vers 1751) et l'endive d'hiver (localement : chicon) (introduite vers 1920 dans la région).

En 2007, une soixantaine de familles y exploitaient encore en maraîchage, en 2009 une quarantaine y exercent encore leur activité légumière de manière professionnelle.

Le morta est le nom d'un bois noir trouvé dans les tourbières. C'est un bois en cours de fossilisation qui a l'aspect de l'ébène quand il est poli. Il a été utilisé pour faire des lambris ou des meubles dans le marais audomarois, pour produire des manches de couteaux dans le marais de Brière, ou pour faire des pipes car il est facile à travailler et a une bonne résistance à la chaleur.

Le moyen de transport utilisé partout (même par le facteur) jusque dans les années 1970 était le bacôve (grande barque de bois à fond plat, qui pouvait transporter le bétail et les cageots de légumes). Depuis des routes et ponts donnent accès à presque toutes les parties du marais qui a alors subi une occupation touristique parfois anarchique (caravanes et cabanons).

Les canaux qui sillonnent le marais sont appelés watringues (ou watergang). Les canaux et les chemins sont propices à une activité de tourisme et de loisirs. Une dizaine de sentiers pédestres sillonnent le marais, ainsi que le sentier de grande randonnée GR 128. Il est aussi possible de parcourir le marais à vélo ou à cheval. Le meilleur moyen pour découvrir le marais reste la navigation sur l'eau.

Communes vignette|Héron cendré

thumb|Réserve naturelle du Romelaere

Saint-Omer (Pas-de-Calais) Clairmarais (Pas-de-Calais) Serques (Pas-de-Calais) Éperlecques (Pas-de-Calais) Noordpeene (Nord) Nieurlet (Nord) Houlle (Pas-de-Calais) Salperwick (Pas-de-Calais) Tilques (Pas-de-Calais) Arques (Pas-de-Calais) Saint-Momelin (Nord) Saint-Martin-au-Laërt (Pas-de-Calais) Moulle (Pas-de-Calais) Longuenesse (Pas-de-Calais) Watten (Nord)

Histoire

À l'origine, la dépression de Clairmarais, près de Saint-Omer, serait une ébauche de boutonnière excavée dans l'argile yprésienne, due à la tectonique de blocs. La rivière de l'Aa, qui envahissait le marais du sud au nord, permettait aux premiers habitants du marais de vivre de la pêche. Du , le marais était une cuvette inondée entre Saint-Omer et le goulet de Watten-Éperlecques. L'Aa se jetait alors dans un golfe, appelé Sinus Itius, correspondant à la plaine maritime flamande, inondée sous l'effet de la transgression marine Dunkerquienne II.

Les premiers aménagements du marais par l'homme, en particulier par les moines des abbayes remontent au , avec la création des canaux de la Basse Meldyck, puis de la Haute Meldyck. Après la création du Grand Large vers l'an 1100, des travaux de canalisation de la Grande Rivière ont lieu vers 1165 grâce au comte de Flandre Philippe d'Alsace après que Baudouin V eut relié le bassin de la Lys à celui de l'Aa par un large fossé défensif et fortifié, long de plusieurs dizaines de kilomètres (qui est devenu l'actuel canal de Neufossé).

Un tableaujavascript:popup('/Wave/image/archim/0008/dafanch99_7657801_2.jpg', 'Ministère de la culture - base Archim') Voir le tableau "les Casselois, dans les marais de Saint-Omer, se rendent à merci au duc Philippe le Bon (4 janvier 1430)", d'après "Chronique" de Jean Le Fèvre. de Francis Tattegrain, présenté au salon de 1887 (salon annuel organisé par la Société des artistes français, au Palais des Champs-Élysées à Paris) représente "les Casselois, dans les marais de Saint-Omer, se rendent à merci au duc Philippe le Bon ()", d'après Chronique de Jean Le Fèvre.

Les Brouckaillers, habitants du marais, rehaussent les terres en creusant des fossés (ou watergang), les étangs sont creusés pour y extraire de la tourbe, seul combustible peu coûteux disponible alors (le bois étant réservé à d'autres usages). Les habitants vivaient de la culture de légumes, du chanvre (utilisé pour la fabrication de cordes pour les bateaux), et de la pêche. À la Renaissance, les terres basses du marais sont mises en culture, grâce aux techniques hollandaises. De nombreux moulins à vent, aujourd'hui disparus, servaient à pomper l'eau des marais.

Le marais reste relativement peu anthropisé jusqu'au , jusqu'à son drainage et aménagement par les moines, qui dérivent les eaux du principal affluent : L’Aa et entreprennent d'assécher un nombre croissant de parcelles, qui conduira à la « mise en casier » du bas-marais entreprise en 1786 qui sera achevée en 1866. Depuis cette époque, un maillage dense de fossés encadre de longues bandes de terres dites « lègres » (de Nicolas Delelis ; Mémoire de fin d’étude Le Blongios nain ( Ixobrychus minutus L .) dans le Marais Audomarois, voir chapitre Historique du marais) essentiellement utilisées pour le maraichage. L’extraction de tourbe valorisée comme combustible laisse divers étangs, dont la réserve naturelle nationale des étangs du Romelaëre.

De nos jours la gestion hydraulique du marais est assurée par la « septième section des wateringues », via environ de watergangs ( fossés compris).

Climatologie Le climat est de type océanique, mais le fait que le marais occupe le fond de la « cuvette Audomaroise » fait qu'il est plutôt protégé des vents d’ouest et de sud-ouest par le début des collines de l'Artois.

Une pluviométrie moyenne de et l'omniprésence de l'eau ont créé un microclimat à hygrométrie élevée et températures moyennes mensuelles variant de (moyenne annuelle : ).

Géomorphologie et formation À la fois drainée et alimentée par l’Aa, la cuvette, encadrée à l’est par les collines marquant les limites de la Flandre intérieure et à l’ouest par la retombée crayeuse de l’Artois, est elle-même constituée d'alluvions fluviatiles et de tourbes reposant sur de la craie que recouvre une couche d’argile. Les étangs du Romelaëre () et de la Canarderie, résultant de l'extraction de la tourbe, sont situés à la jonction de la dépression du Shoubrouck et de l’Aa.

Hydrographie Elle est aujourd’hui très artificialisée (polderisation). L'eau piégée dans la cuvette qui constitue un bassin versant d'environ y est retenue par le sous-sol imperméable et ne peut gagner la mer que via l'Aa canalisée par le goulet de Watten. Le marais est sous le niveau de la marée haute, mais en est protégé par un système d'écluses qui contrôlent l'Aa et les wateringues et fossés (400 km de fossés et canaux et 160 km de rivières wateringues).

L'eau qui circule dans la cuvette de Clairmarais a plusieurs sources : eaux pluviales et de ruissellement ; eaux de drainage ; apports d’eau de la conserverie Bonduelle, via le Schoubrouck ; résurgences de la nappe de la craie ou des sables situées sous la forêt domaniale de Rihoult-Clairmarais.

Patrimoine naturel et culturel thumb|400px|Carte du zonage de la réserve de biosphère du marais audomarois Le marais est une des deux zones humides d'importance nationale ou internationale retenues par la France dans la région Nord-Pas-de-Calais (l'autre étant la zone Scarpe-Escaut. Il est classé au titre de la Convention de Ramsar (), et fait partie de la trame verte régionale et de la trame verte et bleue française. Il est aussi inclus dans le réseau Natura 2000 (ZPS, ZSC) et c'est un des éléments majeurs du parc naturel régional. Sa gestion est cependant rendue complexe à cause d'un parcellaire très éclaté : propriété privée à 90 %, avec quelques parcelles appartenant aux conseils généraux du Nord et du Pas-de-Calais, aux communes ou à la communauté d'agglomération de Saint-Omer, au PNR et peut-être bientôt au Conservatoire du littoral. Il inclut une zone classée en réserve naturelle.

Sa richesse écologique est élevée, avec notamment une centaine de plantes peu communes à exceptionnelles pour le Nord-Pas-de-Calais dont plus de protégées et plus d’une soixantaine de communautés végétales, dont certaines très rares et menacées. Elle est liée à l'eau, à la variété des contextes géologiques et géomorphologiques, ainsi qu'à la diversité des habitats dont une grande partie ont été entretenus par des pratiques agricoles traditionnelles ; De nombreuses phytocoenoses dont des bois tourbeux (Alnion et Salicion), des mégaphorbiaies (Valériano-Filipendutelum), des roselières et des cariçaies (Phragmiti-Caricetea elatae) et des fossés à stratoïtes abritent une riche faune.

En 2013, le marais obtient la reconnaissance réserve de biosphère du Programme sur l'homme et la biosphère (MAB) de l'UNESCO, en complément de la réserve naturelle nationale et du classement en site Ramsar, sous l'impulsion du parc naturel régional des Caps et Marais d'Opale qui abrite le marais.. Depuis 2015, la réserve organise les trophées de la réserve valorisant les actions d'entreprises, écoles, collectivités, associations, et de particuliers en faveur du développement durable.

Biodiversité

Faune En 2005, il a été inventorié dans le marais : d'oiseaux ; de chiroptères vivent dans le marais ou viennent s'y nourrir et on y observe l'espèce la plus rare de France (Vespertilion des marais), ; de poissons ont été inventoriés dans le marais ; d'araignées et d’opilions (M. Emerit, JC.Ledoux) ; d'odonates en 2000 (V. Cohez, E. Fernandez) (pour un total de dans la cuvette), soit 99 % des espèces françaises ; de coléoptères (D. Menet, 1996 et F. Soldati, 2000) ; d'orthoptères inventoriées (C. Le Morel, 1898, K. Desfrenne , 1999) ; de lépidoptères (K. Saul, 1991, H. Desremeaux, 1996, Demerges, 2000) ; d'homoptères (D. Giustina, 1996) ;

Flore thumb|Le Potamot perfolié (Potamot perfolié), l'une des espèces en forte régression du marais audomarois, jugée au bord de l'extinction dans ce marais fin 2018 par le CBNBL Près de de plantes, dont de plantes supérieures ont été identifiées rien que dans la réserve naturelle régionale devenue réserve nationale. 33 % sont d'intérêt patrimonial ( protégées, une est exceptionnelle, 2 sont très rares, sont rares, assez rares et peu communes dans la région). Et d'autres espèces remarquables et patrimoniales sont présentes dans le reste du marais (surtout dans les prairies humides extensivement pâturées). 10 % des plantes sont d’intérêt patrimonial majeur (espèces protégées, exceptionnelles à rares en région) cependant, comme dans la plupart des zones humides, ce patrimoine se dégrade rapidement :