Bernard Lugan, né le à Meknès, alors protectorat français du Maroc, est un historien français africaniste d'extrême droite.

Il enseigne de 1982 à 2009 à l'université de Lyon III, où il est l'objet, à plusieurs reprises, de polémiques. Il a enseigné à l'École de guerre et aux Écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan avant d'en être écarté.

Très isolé dans la communauté scientifique, Bernard Lugan est notamment controversé pour ses positions concernant le génocide des Tutsis en 1994, qu'il affirme ne pas avoir été programmé, à contre-courant du consensus sur le sujet.

Biographie Né le à Meknès au Maroc., pendant la période du protectorat français, Bernard Lugan effectue sa scolarité chez les oratoriens à Meknès. et de s'orienter vers des études d'histoire à l'université de Paris X-Nanterre..

Parcours universitaire Après avoir étudié l'histoire à Paris-X Nanterre, il travaille comme coopérant de 1972 à 1982, étant assistant d'histoire et de géographie à l'université de Butare.. Durant ce séjour, il soutient une thèse de cycle sur l'économie rwandaise au (1976).

En 1982, il quitte le Rwanda dans des conditions assez obscures et est recruté à l'université Jean-Moulin-Lyon-III, via une procédure dérogatoire ouverte aux anciens coopérants.

En 1991, Bernard Lugan quitte le Conseil national des universités. qu'il avait intégré trois ans plus tôt..

En 1993, le jour du Mardi Gras, il fait l'objet d'une polémique pour avoir fait cours sur une chanson paillarde raciste et sexiste. Son cours est perturbé par un groupe antifasciste, et Bernard Lugan fait, les semaines suivantes, surveiller son cours par des militants d'extrême droite...

En , Bernard Lugan est promu « maître de conférences hors classe » sur le contingent de l'Université. Selon le rapport Rousso :

Ils affirment dans la pétition : .

Ces universitaires dénoncent une « vision racialiste » de l'histoire (sont notamment visés ses travaux sur le Rwanda, le Maroc et l'Afrique du Sud)..

Sensibilité politique et influence En 1968, il est membre de l'Action française (Restauration nationale), chargé des « commissaires d'AF », service d'ordre qui mène des opérations de commando contre les groupes d'extrême gauche et poursuit cette activité après 1968 : Le rapport cite également à ce sujet l'interview de Bernard Lugan à National-Hebdo en 1995. mentionne qu'à la Restauration nationale, il dirigeait un .. Il reste proche de l'Action française et est régulièrement présent à son camp d'été, notamment en 2022..

En 1988, il intègre le Conseil scientifique du Front national..

En 1991, il participe à la rédaction d'un agenda nationaliste célébrant Hitler et Mussolini, puis organise un pèlerinage d'extrême droite à Martel., qui est finalement interdit. mais rassemble néanmoins une centaine de personnes..

En 2018, il intègre le « Conseil national de la résistance européenne », collectif qui regroupe des partisans de la théorie du grand remplacement soutenue par Renaud Camus.

Lors de l'élection présidentielle française de 2022, il conseille le candidat d'extrême droite Éric Zemmour sur l'Afrique...

Il est vice-consul autoproclamé de Patagonie... Dans Minute, il regrette la Révolution française et fait l'éloge de Charles Maurras.

Malgré son isolement dans la communauté des historiens, il a la sympathie des cercles militaires, notamment des officiers, ayant enseigné à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et donné des conférences à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) avant d'y être déclaré persona non grata en 2015... Selon le journaliste Rémi Carayol, Bernard Lugan, qui cherche à promouvoir une approche essentialiste et paternaliste des peuples d'Afrique, exerce notamment une influence non négligeable sur les officiers qui dirigent l'opération Barkhane..

Le Monde le présente comme l'une des figures de l'extrême droite française entretenant des liens durables avec le royaume chérifien.

Activité universitaire Bernard Lugan a traité notamment, dans ses travaux, de l'Afrique, et particulièrement du Rwanda, pays dans lequel il a mené des recherches archéologiques et auquel il a consacré ses deux thèses. En 2005, il est commissionné comme expert par l'ONU lors du procès de Théoneste Bagosora au Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Opposé à toute forme de repentance historique, mais également critique à l'égard de l'impérialisme, Bernard Lugan considère que la colonisation n'a été qu'une parenthèse dans l'histoire du continent africain bien qu'elle eût bouleversé la vie de ses habitants. Par conséquent, il refuse d'en faire l'origine de tous les malheurs de ce continent. Dans son argumentation, il distingue notamment les colonisations du Maroc et de l'Algérie. Selon Bernard Lugan, le protectorat mis en place par Lyautey au Maroc fut le modèle d'une relation réussie entre Européens et colonisés, parce qu'il aurait été respectueux des traditions de ce pays. La colonisation de l'Algérie représente pour lui un antimodèle pour avoir été fondée sur le mépris de la population, et l'idée absurde de vouloir que l'Afrique ressemble au monde occidental au nom d'un universalisme. Dénonçant la colonisation pour avoir voulu modifier le socle social et familial de ce continent, il explique ainsi sa fascination pour l'Afrique du fait qu'elle est « autre »..

Certains de ses collègues de Lyon-III ont mentionné son « charisme d'enseignant, son goût de la provocation » et « ses propos critiquables sans être pour autant condamnablesTémoignages sur l'enseignement de Bernard Lugan recueillis auprès de collègues par la Commission sur le négationnisme et le racisme à l'université Lyon 3 : . ».

Activités médiatiques Il dirige la revue par internet L'Afrique réelle..

En 1999, il signe pour s'opposer à l'intervention de l'OTAN dans la guerre du Kosovo la pétition , initiée par le collectif pro-serbe d'extrême droite « Non à la guerre »...

Il a animé une émission mensuelle sur Radio Courtoisie. Il est en outre un contributeur de Boulevard Voltaire.. En 2013, il participe au projet « Notre antenne », qui donnera naissance à TV Libertés l'année suivante..

En 2021, son audition en mars par la commission parlementaire sur l'opération Barkhane suscite une polémique... En octobre de la même année, il publie sur son blog un article niant le massacre du 17 octobre 1961..

Il tient depuis 2021 une chronique hebdomadaire sur le site marocain Le360, consacrée notamment à la question du Sahara occidental, dont il défend la « marocanité ». Il publie également un ouvrage dans lequel il soutient la thèse « d'un dépeçage du Sahara occidental orchestré par la France et l'Espagne ». En 2024, il se rend trois ou quatre fois au Maroc pour y donner des cours ; fin janvier, il co-anime avec Aymeric Chauprade un séminaire sur « le Sahara marocain » au Collège royal de l'enseignement militaire supérieur (CREMS) de Kénitra, devant un parterre d'officiers marocains.

Critiques des écrits de Bernard Lugan Les travaux de Bernard Lugan ont fait l'objet de critiques de la part de plusieurs universitaires, notamment dans la revue Afrique & histoire.. Ces critiques sont de plusieurs ordres.

Erreurs Ces critiques affirment que de nombreuses et importantes erreurs factuelles seraient présentes dans ses travaux. Ainsi dans son compte rendu de l'ouvrage Le safari du Kaiser (écrit en collaboration avec Arnaud de Lagrange), René Pélissier parle de plusieurs dates fausses, d'une et décrit un livre au marqué par la R. Pélissier, compte rendu dans Politique étrangère, 1988, 53, 3, ..

D'après la sociologue Sophie Pontzeele, Bernard Lugan ne choisirait que les sources favorables à sa conception des choses, utilisant essentiellement les sources coloniales pour décrire les sociétés africaines, et en particulier rwandaiseSophie Pontzeele, Burundi1972/Rwanda1994 : l'efficacité dramatique d'une reconstruction idéologique du passé par la presse, thèse Lille juin 2004, : « Dans l'ensemble de son ouvrage, il [B. Lugan] fonde la plupart de ses affirmations sur des citations et des références à des auteurs sans évoquer la nature des enquêtes, des recherches ou des observations qui ont permis à ces derniers de construire leurs analyses. Les observateurs du Rwanda qu'il cite le plus souvent à l'appui de ses thèses ont écrit durant la période coloniale ». Selon elle, il n'est pas et ses thèses sont disqualifiées « Quant à Bernard Lugan, il défend la thèse d’une origine raciale différente pour les deux principales composantes de la population rwandaise. Cet universitaire français, connu pour ses liens avec l’extrême droite et sa nostalgie du colonialisme, ne peut guère être considéré comme un spécialiste du Rwanda reconnu par ses pairs. Toutefois, la disqualification de ses thèses auprès des chercheurs spécialistes de la région des Grands lacs africains ne l’empêche pas de jouir d’autres sources de légitimité. Sur le plan éditorial, la diffusion de ses ouvrages sur le génocide au Rwanda lui assure une certaine notoriété. Sa nomination en qualité d’expert auprès du Tribunal pénal international sur le Rwanda lui confère également une reconnaissance institutionnelle. Enfin, nous le mentionnons parce qu’il fut le seul universitaire à signer une tribune dans les colonnes du Figaro, pendant le génocide, en tant qu’« expert » de l’Afrique. Ceci illustre bien le fait que la légitimation médiatique de l’« expert » et sa consécration dans le champ académique sont loin d’aller de pair. en l’occurrence, il semble que l’autorité reconnue par Le Figaro au discours de Bernard Lugan doive beaucoup à sa proximité idéologique avec les analyses « historiques » du journal. » Sophie Pontzeele, « Le schème de la « guerre ethnique » dans la médiatisation des crises africaines : Burundi 1972 et Rwanda 1994 », Les Cahiers du journalisme, 18, 2008, ..

En , le journaliste Rémi Carayol le présente comme ..

Défense du colonialisme Selon Catherine Coquery-Vidrovitch, professeure à l'université Paris-VII, Bernard Lugan et Catherine Coquery-Vidrovitch, « Études africaines en France : une histoire à revisiter » dans Pensée sociale critique pour le . Mélanges en l'honneur de Samir Amin, L'Harmattan, 2003, ..

L'historien Francis Arzalier établit à partir des écrits de Bernard Lugan, et aussi de ses activités de militant du parti d'extrême droite le Mouvement national républicain, qu'il est l'un des représentants de ce actif à l'université de Lyon-III..

Refus de l'historisation Pour Jean-Pierre Chrétien, le travail de Bernard Lugan est . Il s'oppose à l'idée, qu'il prête à Bernard Lugan, d'une Afrique anhistorique marquée par caractérisé par , par , par qui cite ici ..

Selon Jean Terrier, Bernard Lugan ..

Racialisme et racisme Les critiques portent sur l'usage du concept de « race » pour distinguer certaines populations africaines, tout particulièrement les Hutu et Tutsis. Ainsi Marcel Kabanda, chercheur en histoire africaine, affirme que l'interprétation de Bernard Lugan sur le conflit Hutu-Tutsi se fonde sur le postulat d'une Il renvoie notamment au texte « Une domination raciale » dans B. Lugan, Histoire du Rwanda, Paris, Bartillat, 1997, . reposant sur et ne répondant pas aux connaissances de la Marcel Kabanda, in Afrique et Histoire, 3, 2005, ..

Selon Nicolas Bancel, maître de conférences à l'université Paris XI et vice-président de l'ACHAC (Association pour la connaissance de l'histoire de l'Afrique contemporaine) : .

En , l'historien Alain Ruscio critique les travaux de Bernard Lugan et estime qu'il aurait pour thèse et . Pour Ruscio, Lugan n'a comme seule critique de la colonisation que celle lui reprochant un .

Philippe Lavodrama évoque ..

Publications Ouvrages historiques (avec Alain Auger et Pierre Sirven). .

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. . ; rééd. La Nouvelle Librairie, coll. La Peau sur la Table, Paris, 184 p., 2022

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Essais

Romans historiques . ; rééd. Balland, 365 p., 2020