Adoma (anciennement Sonacotra) est une société d'économie mixte, filiale du groupe CDC Habitat (Caisse des dépôts et consignations) qui a été créée en 1956 par l'État français pour accueillir les travailleurs immigrés.

En 2010, Adoma a lancé un plan de rénovation de son patrimoine pour transformer peu à peu des chambres en studios disposant du confort nécessaire. Adoma développe également son parc immobilier (construction neuves, prises en gestion, acquisitions-améliorations, etc.). L'accompagnement social de ses clients est au cœur des missions d'intérêt général d'Adoma.

Présente sur l'ensemble du territoire national, elle loge ou héberge plus de 88 000 personnes qui ont des difficultés à accéder à un logement de droit commun : jeunes en insertion, travailleurs en situation de précarité, bénéficiaires de minima sociaux, travailleurs migrants, familles monoparentales, etc.

Adoma est également aujourd'hui le premier opérateur sur le plan national en matière d'hébergement et d'accompagnement des demandeurs d'asile.

Places d’hébergement Adoma compte places d’hébergement généraliste réparties au sein de différents dispositifs : HUAS : dispositif Hébergement d'urgence et d'accompagnement social (HUAS) créé en 2016 par le ministère du Logement qui vise à l’hébergement et à l’accompagnement social de personnes en situation de grande précarité et sans-abri ou mal logées ; CHS : centres d’hébergement et de stabilisation (CHS) destinés à l’accueil d’un public très éloigné de l’insertion et en rupture avec les structures classiques. Ces centres proposent un accompagnement social leur permettant de se stabiliser et de favoriser leur orientation ultérieure vers des structures adaptées à leur situation ; CHRS : centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) qui offrent aux personnes connaissant de graves difficultés d’ordre économique et social, un hébergement ainsi qu’un projet de prise en charge socio-éducatif individualisé et global (logement, travail, formation, santé…) ; CHU : centres d’hébergement d’urgence (CHU) destinés à apporter des solutions immédiates et de courte durée à des demandes urgentes en offrant des prestations de première nécessité (abri de nuit, couvert, hygiène…) à des personnes sans-abri ou brutalement confrontées à une absence de logement ; L’hébergement asile : à leur arrivée une grande majorité des demandeurs d’asile sont sans ressources, ni logement et sont admis sur le territoire français au titre de l’asile dans le cadre du Dispositif national d'accueil (DNA). L’équipe Adoma organise l’accueil et l’hébergement des demandeurs d’asile, ainsi que le suivi socio-administratif pendant toute la durée de la procédure. Derrière des acronymes nombreux (CADA, HUDA, CPH…) se cache une vocation unique : mettre à l’abri les personnes et les accompagner dans leur demande de protection.

Chiffres-clé

Plus de 83 000 logements dont :

423 résidences sociales 70 pensions de famille 30 résidences Kamino 101 foyers

Plus de 3 000 salariés.

Histoire Loger les travailleurs La Sonacotral (Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens) est créée en 1956 pour régler le problème de l'habitat insalubre des travailleurs originaires d'Algérie (environ — actifs ou non — vivant dans des bidonvilles, en particulier autour de Paris, ou dans d'autres logements précaires). Pour faire face à la pénurie de logements, elle construit son premier foyer en 1959 à Argenteuil.

Son premier président, de 1956 à 1977, a été une personnalité importante de la politique de l'après-guerre ; ancien ouvrier venu à la politique par la résistance, Eugène Claudius-Petit, théoricien et militant de l'aménagement du territoire, fut le principal ministre de la reconstruction sous la République, avant que son opposition à de Gaulle ne l'éloignât des fonctions gouvernementales. Par la suite, le PDG est toujours désigné par le gouvernement français et a le statut de préfet.

Devenue Sonacotra à l'indépendance de l'Algérie, l'entreprise se développe particulièrement à partir du milieu des années 1960, du fait de la demande en main-d'œuvre de l'industrie d'une part et, d'autre part, de la politique de l'État après le vote de la loi Debré en 1964 pour la résorption des bidonvilles. Si la Sonacotra loge aussi des familles, elle se spécialise dans l'accueil des travailleurs « isolés » (mais le plus souvent mariés avec une femme restée au pays) qui représentent 96 % de sa clientèle en 1973.

Jusqu'à la fin des années 1960, la situation faite aux travailleurs immigrés dans les foyers qui accueillent aussi maintenant de nouvelles populations originaires pour beaucoup d'Afrique sub-saharienne attire peu l'attention. Mais, dès le début des années 1970, les conflits se multiplient du fait du délabrement précoce des bâtiments, de l'autoritarisme de la direction, d'un statut administratif qui prive les résidents du statut de locataire et des droits afférents.

Un long affrontement La longue grève des loyers qui a opposé de 1975 à 1980 les résidents à la direction pour protester contre l'augmentation des loyers, obtenir un assouplissement des contraintes imposées dans les foyers, dénoncer la surveillance dont ils faisaient l'objet et obtenir la reconnaissance de comités de résidents élus a été une des luttes sociales les plus longues et les plus importantes de l'époque. Expérience fondatrice, elle a initié les mouvements de revendication des immigrés en France, notamment celui des « sans-papiers ». Si les « grèves des loyers » étaient récurrentes dans les foyers de travailleurs migrants depuis la fin de mai 68, celle portée par les résidents de la Sonacotra, rejoints par ceux d'autres associations, fut de loin la plus importante et la plus médiatisée. Le Gisti et la Cimade ont alors appuyé ces luttes, notamment en portant plainte.

La « grève des loyers » débute en avec les résidents du foyer Romain Rolland de Saint-Denis, en majorité originaires d'Algérie avec une forte minorité issue du Mali et du Sénégal. À la suite de l'annonce de l'augmentation générale des loyers de 30 %, la plateforme de revendications du comité des résidents est reprise en septembre par un comité de coordination des foyers en lutte qui ne sera jamais reconnu par la Sonacotra et le gouvernement. En l'absence de négociation le conflit se durcit (expulsions de résidents des foyers et même du territoire en ) et se politise.

Le meeting organisé par le Comité de coordination le à la Mutualité marque la politisation publique du mouvement, et l'expulsion de France d'une quinzaine de grévistes délégués, les 8 et , l'implication directe dans le conflit de l'État propriétaire et commanditaire de la Sonacotra.

Quand la grève a été arrêtée, la Sonacotra avait satisfait un certain nombre d'exigences des comités de résidents, en particulier la reconnaissance de comités de résidents élus et l'assouplissement de certaines règles. En revanche, les résidents n'obtiendront pas le statut de locataire, qui constituait un des enjeux essentiels de la lutte, pas plus que la reconnaissance du Comité de coordination.

Le la direction de la Sonacotra a aussi subi le deuxième attentat revendiqué par Action directe.

Mise en cause dans des rapports parlementaires et critiques

Attentats En 1988, deux attentats à l'explosif sont perpétrés contre des foyers proches de Nice ; le deuxième fait un mort et douze blessés en décembre à Cagnes-sur-Mer. Le Parti nationaliste français et européen (PNFE), un temps mis en cause, ne sera pas poursuivi après la prononciation d'un non-lieu en 1991.

Du travailleur aux exclus Cependant la population de la Sonacotra évolue. Si des foyers demeurent des établissements regroupant une population active et homogène, d'autres souffrent de la cessation des activités économiques qui avait justifié leur construction et une partie de la population d'origine vieillit sur place. Elle est de manière générale touchée par la précarisation et la Sonacotra est aussi appelée à répondre aux besoins d'une nouvelle population, composée à partir de 1992 aussi de Français.

Une difficile reconversion Appelée à jouer un rôle d'intégration, la Sonacotra connaît en même temps une restructuration difficile. Elle s'oriente vers le marché libre du logement et en , plusieurs syndicats (CFDT, CFTC, CGC et FO) et le MRAP, relayés par plusieurs élus communistes, dénoncent la dégradation des conditions de sécurité et de vie dans les foyers du fait notamment d'importants licenciements de personnel ( en deux ans).

Un rapport de la Cour des comptes mettant en cause la gestion de la Sonacotra, son PDG Michel Gagneux démissionne et la Sonacotra porte plainte contre lui, le , pour « abus de confiance, abus de biens sociaux et abus de pouvoirs ». C'est donc dans des conditions difficiles que la Sonacotra doit faire face à ses nouvelles missions et à une situation sociale délicate.

Au fur et à mesure, la société loge des publics qui se diversifient. En 1993, à la demande des pouvoirs publics, Adoma élargit son objet social à tous ceux qui, salariés ou sans emploi, ne trouvent pas à se loger dans le parc traditionnel. En 1993, le premier hôtel social est conçu par la Sonacotra à Evry (91) en banlieue parisienne, précurseur des résidences sociales qui vont être associées à un accompagnement social. La première résidence sociale est inaugurée l’année suivante à Evry (91) et obtient le prix de l'Équerre d'argent décerné par Le Moniteur (architecte : Catherine Dormoy).

La nouveauté du programme de création de ces résidences tient à l’association des municipalités et des services déconcentrés de l’État concernés par le projet social qui a pour but d’anticiper le peuplement des logements et de préciser les modalités d’accompagnement du public accueilli.

La résidence sociale sera l’occasion de modifier les discours sur la population logée dans les foyers. Pour la Sonacotra, l’argumentaire se focalise surtout sur la possibilité de réorienter l’activité vers les familles monoparentales et les jeunes.

En 1995 une étude révèle qu'un tiers des résidents Sonacotra est au chômage, pour une population encore aux trois quarts ouvrière qui bénéficie de revenus parmi les plus faibles. Si les loyers sont de plus en plus pris en charge par des allocations publiques (APL), la Sonacotra reste depuis ses débuts subventionnée par des fonds publics, en particulier par le Fonds d'aide et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD), établissement public issu du Fonds d'action sociale pour les travailleurs musulmans d'Algérie en métropole et pour leur famille (FAS).

Le vieillissement des résidents retraités inquiète les pouvoirs publics et gestionnaires et fait l'objet de plusieurs rapports et d'une étude de l'Unesco. En 2004, Michel Pélissier, le PDG, reconnaît les problèmes d'intégration que pose l'habitat en foyer :

Cependant les foyers connaissent une évolution diverse et certains restent des lieux très actifs d'accueil d'immigrants, en particulier originaires d'Afrique subsaharienne.

En 2006, la Sonacotra est rebaptisée Adoma pour un coût de . En 2007, en optant pour un nouveau nom, Adoma (“vers la maison” en latin), l’entreprise acte l’évolution de sa clientèle qui entraîne également celle de ses métiers. Elle accompagne alors personnes logées et personnes hébergées.

En 2009, selon le magazine Capital, la Mission interministérielle d'inspection du logement social (Miilos) rend un « rapport accablant » sur la gestion de la société.

Après une première augmentation du capital en 2006 de 88 millions d’euros, un pacte d’actionnaires a été signé en 2010 entre l’État et CDC Habitat, confiant la gestion de la société au groupe CDC Habitat. En sus d’un apport de capital complémentaire de 50 millions d’euros et de la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (entraînant le départ de 307 salariés), le groupe CDC Habitat est progressivement devenu l’actionnaire majoritaire aux côtés de l’État.