L'élection présidentielle turque de 2018 a lieu le , en même temps que les élections législatives. Convoquées de manière anticipée par le président sortant, Recep Tayyip Erdoğan, ces élections marquent le passage de la Turquie à un régime présidentiel.

Le président Erdoğan (AKP, mouvement national-conservateur et islamique) fait face à cinq candidats. Il est longtemps donné favori du scrutin, malgré un léger recul dans les sondages au cours de l’année 2018 en raison d’un renforcement des candidats Muharrem İnce (CHP, formation sociale-démocrate, laïque et pro-européenne) et Meral Akşener (İYİ, parti nationaliste et laïc).

Erdoğan est finalement réélu au premier tour, avec 52,6 % des voix, face notamment à Muharrem İnce (30,6 %). Mais à l’issue des élections législatives, son parti, l'AKP, perd la majorité absolue des sièges qu'il détenait à lui seul à la Grande Assemblée nationale de Turquie ; toutefois, il conserve la majorité absolue grâce à son alliance avec le Parti d'action nationaliste (extrême droite).

Contexte Le , le président Recep Tayyip Erdoğan, annonce des élections anticipées pour le ., après l'avoir pourtant démenti un mois auparavant.. La veille, évoquant le fait que , Devlet Bahçeli, son allié au sein de l'Alliance populaire et président général du Parti d'action nationaliste (MHP), avait appelé à des élections anticipées pour le .. Celui-ci avait affirmé en que son parti ne présenterait pas de candidat, et qu'il soutiendrait une candidature éventuelle du président sortant.. Deux jours plus tard, le , la Grande Assemblée nationale de Turquie approuve la tenue et la date du scrutin.. Celle-ci sera renouvelée en même temps que le président de la République, et le nombre de ses membres est porté de . Par ailleurs, le Parlement a voté un amendement de la loi électorale autorisant les partis à former de telles alliances..

Le scrutin, qui se tient en plein état d'urgence, prolongé pour la troisième fois, a lieu quatre jours avant que Le Bon Parti, récemment créé, soit autorisé à participer à une élection., ce qui peut empêcher la formation de participer au scrutin.. Pour cette raison, dans le but de permettre au parti de participer malgré tout au scrutin, le , du CHP décident de rejoindre le parti, qui peut ainsi former un groupe parlementaire..

En , les journaux, agence de presse et chaînes de télévision et de radio de Doğan Holding à l'instar de Hürriyet, Milliyet, Agence Demirören ou encore Kanal D et CNN Türk, sont rachetés par Demirören Holding, une entité proche d'Erdoğan. Cette acquisition est vue comme un renforcement du contrôle des médias par le gouvernement turc à l'approche des élections. Selon certains observateurs, environ 90 % des médias turcs sont ainsi sous contrôle gouvernemental...

Analyses Pour Didier Billion, membre de l'IRIS, . Il ajoute que le président sortant cherche à . Il estime également qu'. Néanmoins, il estime que . En effet, selon lui, , mais que ceci est . Il conclut qu'Erdoğan .

Anthony Skinner, membre du think-tank Verisk Maplecroft, grâce à du parti, .

Pour Berk Esen, de l'université Bilkent, à Ankara, il s'agit d', ajoutant que .

Pour Sabah, .. Pour Yeni Safak, .

L'intellectuel Hassan Cemal s'interroge : .

Pour Cumhuriyet, .

Pour le journaliste Mehmet Koksal, . Il ajoute que et que ..

Pour le politologue Ahmet İnsel, .. Celui-ci ajoute que .

Pour Seyfettin Gürsel, directeur du Centre de recherches économiques et sociales de l'université Bahçesehir, ..

Système électoral vignette|Bulletins de vote utilisés Le président de la république de Turquie est élu pour un mandat de cinq ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Pour la première fois à l'issue de ces élections, celui-ci est à la fois chef de l'État et chef de gouvernement, les fonctions de Premier ministre ayant été supprimées à la suite de la révision constitutionnelle adoptée lors du référendum constitutionnel turc de 2017.

Pour être élu, un candidat doit recueillir une majorité absolue de plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour. À défaut, les deux candidats arrivés en tête s'affrontent lors d'un second tour organisé deux semaines plus tard, et celui qui recueille le plus de suffrages est déclaré vainqueur.

Candidatures

Validées +Liste des candidats retenus par ordre d'affichage sur les bulletins de vote 1 2 3 4 5 6 150x150px 150x150px centré|150x150px 150x150px centré|150x150px Muharrem İnce Meral Akşener Recep Tayyip Erdoğan Selahattin Demirtaş Temel Karamollaoğlu Doğu Perinçek CHP İYİ AKP HDP SP VATAN

Meral Akşener, présidente du Bon Parti est candidate à l'élection..

Le Parti républicain du peuple ne devait initialement pas présenter de candidat.. Finalement, il choisit le député Muharrem İnce...

Le , Temel Karamollaoğlu, président du Parti de la félicité, annonce sa candidature..

Le , le HDP choisit son ancien co-président, Selahattin Demirtaş, actuellement incarcéré, comme candidat..

Le est annoncée la candidature du président sortant Recep Tayyip Erdoğan.

Doğu Perinçek a également annoncé sa candidature.

Le , le Conseil électoral supérieur (YSK) publie la liste officielle des six candidats pour l'élection présidentielle de 2018..

Retirées En , Ekmeleddin İhsanoğlu, candidat lors de l'élection présidentielle turque de 2014, apporte son soutien à la décision de son parti, le MHP, de soutenir la candidature du président sortant, Recep Tayyip Erdoğan...

Le , l'ancien président de la république de Turquie, Abdullah Gül, renonce à se présenter, invoquant le fait que l'opposition ne soit pas unie..

Tuna Bekleviç., Levent Gültekin. et Vecdet Öz., ont annoncé leurs candidatures mais n'ont pas eu assez de parrainage pour que leurs candidatures soient validées.

Necdet Can, Selami Karagöz et Bülent Gürkut ont vu leurs dépôts de candidatures rejetés sans qu'ils puissent recueillir des parrainages..

Enfin, Sinan Oğan a envisagé de se présenter mais sa candidature est restée sans suite..

Campagne électorale

Muharrem İnce

vignette|Manifestation en faveur de Muharrem İnce le 21 juin à Izmir. Le candidat du CHP, Muharrem İnce, promet, s'il était élu, de vendre le palais présidentiel, construit sous Recep Tayyip Erdoğan, ou de le transformer en .. Le , celui-ci propose aux candidats de débattre lors d'une émission télévisée, ce que rejette Erdoğan..

Muharrem İnce fait un don de 500 livres turques à chacun des autres candidats. Le , il déclare sur Twitter : ...

Le , Kemal Kılıçdaroğlu, président général du CHP, présente le programme du parti pour ces élections, promettant notamment de lever l'état d'urgence en place depuis ..

Le , Ince réunit environ de personnes dans le bastion laïque historique d'Izmir.. Il y promet la fin de l'état d'urgence ainsi que l'indépendance de la banque centrale dans les 100 premiers jours de sa présidence. Il assure qu'il contre les groupes terroristes, et mettra fin au système de carte d'identité Passolig spécifiques aux supporters de football. En politique extérieure, il promet de rétablir les relations diplomatiques avec le gouvernement syrien, afin de s'assurer que les de réfugiés syriens présents en Turquie puisse y être renvoyés, un engagement partagé par le reste de l'opposition.. La veille de l'élection, il réunit de turcs lors d'un discours à Istanbul.

Selahattin Demirtaş Le , le candidat du HDP Selahattin Demirtaş, détenu depuis le pour des liens présumés avec le PKK, s'exprime à travers ses avocats sur cette campagne électorale qu'il juge : . À propos de sa candidature, il avait déclaré : ..

Le , le HDP demande à la Cour constitutionnelle de libérer son candidat Selahattin Demirtaş, alors que la requête a été rejetée par les tribunaux, estimant qu'il est éligible et qu'il jouit encore de ses droits politiques et civiques,.

Recep Tayyip Erdoğan Au matin du , le président Erdoğan prononce un discours à Ankara devant les députés. Il y déclare . Ses opposants lancent alors le hashtag #TAMAM sur Twitter, repris par des milliers d'internautes, notamment l'acteur américain Elijah Wood ou encore des candidats de l'opposition tels que Muharrem İnce (CHP), Meral Akşener (İYİ) et Selahattin Demirtaş (HDP), et qui finit par entrer dans les tendances mondiales. En réaction, les partisans d'Erdoğan utilisent le hashtag #DEVAM, qui signifie « continue » en turc, pour manifester leur soutien au président sortant...

Le , Recep Tayyip Erdoğan promet à son tour de lever l'état d'urgence.. Le , il promet aussi de renvoyer les réfugiés syriens à la fin de la guerre..

Polémiques vignette|Temel Karamollaoğlu, candidat à l'élection rend visite à Mehmet Fethi Öztürk, MP candidat hospitalisé

À l'étranger Le , les footballeurs allemands d'origine turque Mesut Özil et İlkay Gündoğan rencontrent le président Erdoğan. Ils offrent leurs maillots de club dédicacés et prennent des photos avec ce dernier qui les utilise pour sa campagne. Cet événement provoque un scandale en Allemagne, notamment dans la classe politique. Reinhard Grindel, le président de la Fédération allemande de football (DFB), déclare sur Twitter : La députée du parti Alternative pour l'Allemagne (extrême droite), Beatrix von Storch, réagit également : .. Gündoğan avait en effet écrit sur son maillot : . La députée du parti Die Linke (extrême gauche) Sevim Dağdelen ou encore celui du parti de l'Alliance 90 / Les Verts (centre gauche) Cem Özdemir, tous les deux d'origine turque, condamnent aussi ces photos prises dans un luxueux hôtel à Londres. Gündoğan a publié un communiqué s'expliquant sur cette affaire. La rencontre aurait eu lieu dans le cadre d'une fondation qui aide les étudiants turcs et, par respect pour leurs origines, ils ont accepté de rencontrer le président. Il ajoute que leur but n'était absolument pas politique..

En Turquie Le , un discours d'Erdoğan lors d'une réunion privée de cadres de l'AKP fuite à la suite de la mise en ligne de plusieurs vidéos filmées depuis l'assistance avec des téléphones portables. Erdoğan y est vu exhortant les représentants du parti à se rendre à l'avance et en nombre aux bureaux de vote afin d'y être majoritaire au cours des opérations de vote, d'en prendre le contrôle et de s'assurer ainsi de la mainmise sur les urnes., en particulier à Istanbul afin d'y . Ces propos alimentent la peur chez l'opposition d'un trucage des résultats du scrutin..

Au cours de la même réunion, Erdoğan appelle ses cadres a cibler les électeurs du HDP afin de s'assurer que ce dernier ne franchisse pas le seuil électoral de 10 %, ce qui favoriserait l'AKP lors de la répartition des sièges. L'objectif étant , en référence aux élections de 2015 où l'AKP avait temporairement perdu sa majorité absolue à l'assemblée. Il affirme ainsi .. Il appelle son auditoire à les électeurs du HDP en travaillant avec les militants locaux de l'AKP. Ces derniers devant être en possession de listes de ceux votant HDP dans leurs circonscriptions, ajoutant que

Le candidat CHP à la présidentielle Muharrem İnce réagit en affirmant qu' avant de promettre que Selon Cengiz Aktar, analyste en sciences politiques .

Sondages centre|vignette|upright=3

Résultats +Résultats de la présidentielle turque de 2018..CandidatsPartisPremier tour Voix % Recep Tayyip Erdoğan AKP52,59 Muharrem İnce CHP 30,64 Selahattin Demirtaş HDP 8,40 Meral Akşener IYI 7,29 Temel Karamollaoğlu SP 0,89 Doğu Perinçek VATAN 0,20 Votes valides 97,79 Votes blancs et nuls 2,21 Total 100 Abstention 13,76 Inscrits / participation 86,24

Conséquences Alors que plusieurs opposants contestent les résultats de l’élection présidentielle, l’Union européenne, l’OSCE et le Conseil de l'Europe dénoncent des conditions de campagne « inéquitables », notamment en termes d’aides publiques et de traitement médiatique (180 heures d’audience pour Erdoğan contre 37 pour son principal adversaire, Muharrem İnce)... Finalement, Muharrem İnce reconnaît sa défaite..