Ensemble contre la récidive est une association à caractère social créée en 2013 et dissoute en 2018.
Son but était d'améliorer les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires français et de prévenir la récidive des personnes incarcérées pour de courtes peines.
L'association a bénéficié d'une forte présence médiatique grâce à son fondateur, Pierre Botton. Ses actions se sont principalement concentrées sur la communication à destination du grand public et le lobbying auprès des autorités. En 2020, un procès révèle qu'une part importante des dons faits à l'association a été détournée par Pierre Botton pour couvrir des dépenses personnelles.
L'association
Description L'association Ensemble contre la récidive est une association d'action sociale créée en et dissoute en .
Régulièrement condamnée par les instances européennes pour certaines de ses pratiques pénitentiaires, la France connaît des difficultés à concilier la situation de certains de ses établissements pénitentiaires avec l'impératif du respect de la dignité humaine. De plus, le taux de récidive français estimé à 59 % met en lumière la grande difficulté des personnes incarcérées au cours de leur vie à se réinsérer pleinement dans la société civil et s'éloigner définitivement du milieu carcéral. L'association se constitue donc dans le but d'agir sur ces deux problématiques spécifiques : la prévention de la récidive des anciens détenus et l'amélioration des conditions de détention (via notamment la lutte contre la surpopulation carcérale).
Pour parvenir à remplir ses objectifs, l'association développe des actions sur 4 axes de travail : la promotion des problématiques carcérales auprès de la population et des autorités publiques, la réalisation d'actions concrètes dans les établissements pénitentiaires, la réflexion autour d'un nouveau type d'établissement pénitentiaire et la constitution d'un réseau de soutiens et de mécènes participant aux financements et favorisant la réalisation de projets spécifiques. L'association n'intervient pas directement auprès des personnes détenues ou de leur famille. Elle agit plutôt comme un soutien d'autres associations ou de l'administration pénitentiaire.
Ensemble contre la récidive développe donc une philosophie d'actions visant à humaniser les conditions de détention parfois mauvaises et à permettre aux anciens détenus de retrouver une vie familiale, professionnelle et sociale loin du milieu carcéral. Les activités de l'association cible principalement les détenus primo-délinquants et ceux condamnés à de courtes peines (moins de 5 ans). Son action exclue donc les détenus pour crimes de sang ou sexuel.
L'association a employé 1 à 2 personnes durant son existence.
Histoire Après avoir purgé une peine de prison, Pierre Botton lance l'association « Les Prisons du cœur » en . Grâce à celle-ci, il souhaite améliorer les conditions de détention des détenus primo-délinquants ou en attente de jugement pour des courtes peines, mais aussi prévenir et lutter contre leur récidive.
En , l'association « Ensemble contre la récidive » est créée. Son but affiché est d'aider à la réinsertion des anciens détenus et de favoriser l'amélioration des conditions de détention. Pierre Botton explique que le nom de son autre association, Les prisons du cœur, pouvait être mal reçu par des interlocuteurs. Le choix d'un nom moins clivant s'inscrit donc dans l'optique de maximiser l'adhésion autour de l'association et de ses activités. Au début de l'année 2015, l'association Les Prisons du cœur cesse d'exister.
En , le Parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour abus de bien social et abus de confiance à l'encontre de Pierre Botton. Cette procédure fait suite à des signalements de Tracfin (service de lutte contre le blanchiment - Ministère des finances) sur de possibles transferts de fonds frauduleux entre ses comptes et ceux des associations Les prisons du cœur et Ensemble contre la récidive. En mai, des perquisitions sont menées au siège de l'association. Pierre Botton se déclare confiant dans la justice et le travail de ses collaborateurs et collaboratrices pour faire la lumière sur ces éléments. Il indique qu'il assumera ses responsabilités en cas de fautes.
Le travail de l'association est salué par le président de la République François Hollande lors d'une visite à la maison d'arrêt de Villepinte le . Accompagné par le garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas, les deux hommes se font présenter à cette occasion un concept de médiation équine porté par l'association et développé dans le cadre d'un programme d'ouverture du régime de détention.
En , l'association Ensemble contre la récidive est dissoute. Une information sur le site internet des Prisons du cœur indique que l'association ayant rempli ses objectifs, il a été décidé de mettre fin à ses activités.
Pierre Botton, une personnalité centrale Bien qu'elle soit une entité indépendante, les activités d'Ensemble contre la récidive sont étroitement imbriquées avec celles de l'ancien homme d'affaires et politicien RPR Pierre Botton ainsi que celles d'une autre association fondée par ce dernier, Les prisons du cœur. Condamné pour abus de bien sociaux lors d'un scandale politico-médiatico-financier, Pierre Botton passe 602 jours en détention à la fin des années 90. Profondément marqué par cette expérience, notamment le choc carcéral, il profite de sa sortie pour médiatiser la dureté des conditions de vie en détention. Il commence à militer de manière isolé sur ces questions puis fonde en 2010 une première association, rapidement suivie trois ans plus tard par Ensemble contre la récidive.
De par sa notoriété passée, Pierre Botton est fréquemment sollicité par les médias pour expliquer l'action d'Ensemble contre la récidive. L'association bénéficie donc rapidement d'une visibilité auprès du grand public. De plus, son réseau de connaissances politiques ou médiatiques (entre autres Pierre Arditi) lui permet de faciliter les opérations de communication de l'association, la recherche de partenariats et de mécénats ainsi que le lobbying auprès des décideurs politiques.
La composition du premier comité de directeur (Anne-Valérie Noir - présidente ; Pierre-Alain Blum - vice président ; Claude Baillard - trésorier et Fabienne Servan-Schreiber - responsable communication) montre le rôle central joué par le personnage et son entourage dans la création et le développement de l'association. En effet, toutes ces personnes collaborent depuis plusieurs années avec lui sur cette problématique (notamment dans les structures des Prisons du cœur) et certaines sont des connaissances ou intimes de longue date.
Instruction pénale et condamnation pour escroquerie et détournements de fonds Début 2017, Tracfin (service de lutte contre le blanchiment du Ministère des finances) de mouvements financiers douteux entre les comptes de l'association, la société de Pierre Botton Les prisons de cœur et les comptes personnels de ce dernier. Le Parquet de Paris ouvre alors une enquête pour abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociauxSimon Piel, « Pierre Botton visé par une enquête pour abus de bien social », lemonde.fr, 13 juin 2017.. Cette procédure fait suite au signalement par llement frauduleux entre les comptes de sa société (Les prisons du cœur), l'association Ensemble contre la récidive et ses comptes personnels.
En 2019, la justice décide le renvoi de Pierre Botton en correctionnelle dans le cadre de cette procédure. Le procès se tient devant le Tribunal correctionnel de Paris en . Les débats mettent en lumière le système comptable et juridique qui a permis à Pierre Botton de s'assurer un train de vie luxueux (travaux dans une villa cannoise, location d'un appartement parisien). Environ 60 % des dons faits à l'association Ensemble contre la récidive ont été versés à la société Les prisons de cœur puis utilisés par Pierre Botton pour ses propres dépenses. Le Tribunal rend son verdict le et condamne Pierre Botton à 5 ans de prison ferme, allant au-delà des réquisitions du Parquet.
Activités de lobbying et de réflexions sur les problématiques pénitentiaires
Lobbying auprès des autorités politiques et administratives De manière générale, l'association opte pour une position collaborative avec les décisionnaires, qu'ils appartiennent aux mondes politique ou administratif. Ainsi, les partenariats entre le Ministère de la justice et l'administration pénitentiaire et l'association ou certains de ses membres sont fréquents. Par exemple, Pierre Botton est reçu à l’École nationale d’administration pénitentiaire le .
En , le garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas invite Pierre Botton à participer avec des experts à la rédaction d'un livre blanc sur le pénitentiaire. Ce rapport doit permettre le développement d'une réflexion globale sur l'architecture des prisons et les conditions de vie en détention.
Choc carcéral Le choc carcéral désigne l'impact psychologique de l'enfermement et de la privation des libertés sur les personnes incarcérées, notamment au début de la détention.
En 2011, plusieurs indicateurs montrent que les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires français évoluent négativement (augmentation du nombre de suicides notamment)http://www.lequotidiendumedecin.fr/information/suicides-en-prison-2011-encore-une-annee-noire. La ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, confie alors à Pierre Botton et l'association Les prisons du cœur une mission de réflexion sur le « choc carcéral » et l'encouragement à la compréhension de la peine par le détenu. Soutenu par Ensemble contre la récidive, ce travail aboutit à la mise en place de plusieurs mesures dans certains établissements français. La maison d'arrêt de Nanterre e projet qui est par la suite généralisé à une vingtaine d'autres maisons d'arrêt.
Humaniser les conditions de détention L'association et ses soutiens parviennent à obtenir plusieurs mesures pour améliorer le quotidien des détenus et leur permettre de maintenir un lien de meilleure qualité avec leur vie familiale à l'extérieur des établissements. Ainsi, il devient autorisé pour les détenus de signer les carnets de notes ou les documents médicaux de leurs enfants. Par ailleurs, l'administration accepte que les dessins des enfants puissent être transmis aux parloirs.
Surveillance et inspection parlementaire et médiatique du milieu carcéral À partir de 2013, l'association s'engage dans un projet de loi visant à améliorer la transparence sur le fonctionnement du système pénitentiaire français. Une conférence de presse est organisée pour cette occasion à laquelle participe notamment le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, le député et président de la commission des lois Jean-Jacques Urvoas ainsi que plusieurs experts ou personnalités (par exemple Jean-Marie Delarue - contrôleur général des lieux de privation de libertés). Soutenu par de nombreux députés (plus de 330), ce projet vise notamment à ouvrir les établissements aux médias. La mesure phare consiste à permettre à des journalistes d'accompagner deux fois dans l'année les parlementaires lors de leur visite de surveillance.
Le , les parlementaires votent en première lecture et à l'unanimité une loi permettant aux journalistes de les accompagner lors de leurs inspections. Cette loi, promulgué en , satisfait l'association et plusieurs députés qui y voient une avancée pour la protection de la dignité humaine en prison. En , le décret relatif aux modalités d'accompagnement des parlementaires par des journalistes dans un établissement pénitentiaire est publié au Journal officiel par le garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas.
Promotion médiatique