Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, duc de Cadore, né le à Roanne (Loire) et mort le dans le de Paris, est un militaire et homme politique français.
Il est issu d'une famille de la noblesse de Roanne. Officier de marine, il est élu député de la noblesse aux États généraux de 1789. Conseiller d'État et ambassadeur sous le Consulat, il devient ensuite ministre de l'Intérieur puis ministre des Affaires étrangères sous le Premier Empire.
Biographie Dans la Royale
Sa famille, noble mais sans fortune, le destine dès son enfance à la profession des armes. Fils d'un cadet de famille qui, devenu veuf de bonne heure, avait épousé en secondes noces une sœur de l'abbé Terray, le jeune Champagny doit à la protection de ce ministre de Louis XV une bourse au collège de La Flèche (1765) où il fait de brillantes études, puis son admission à l'École militaire de Paris en 1770, où il prend son premier grade du service de mer, et d'où, par faveur spéciale, il ne sort qu'après des études suffisantes pour lui faire obtenir un avancement anticipé.
Il est admis à l'âge de 15 ans dans la Marine royale en comme garde-marine. Embarqué en 1774 sur la frégate la , chargée d'annoncer l'avènement de Louis XVI au dey d'Alger et au bey de Tunis. En 1775, un examen qu'il subit, avec la plus grande distinction, en arrivant en France, lui valut le grade d'enseigne de vaisseau. Il embarque ensuite sur lÉcureuil en escadre d’évolutions.
La campagne d'Amérique
Le jeune Nompère prit part à la guerre d'indépendance américaine. Le , il est nommé enseigne de vaisseau et embarque sur la Dédaigneuse à Saint-Domingue. En 1778, il embarque sur le Fier et prit part à la prise de l'île de Grenade en juillet 1779.
Lieutenant de vaisseau en , il passa sur l'''Émeraude et en 1782 comme commandant en second de la Couronne, dans l'escadre de l'amiral de Grasse, il prit part au combat au large des Saintes les 9 et et y est très grièvement blessé à la mâchoire. Passé pour mort, alors que l'on allait jeter son corps à la mer, le vicomte de Viella constate qu'il était encore en vie. Remis de ses blessures, il est fait chevalier de Saint-Louis et son activité pendant la campagne des Amériques le fait recevoir membre de la Société des Cincinnati.
Élu à l'Académie de marine en 1785, il commande le en escadre d’évolutions.
Le marquis de Castries lui propose alors de participer à l'expédition de Monsieur de Lapérouse, devant partir explorer le Pacifique en compagnie de nombreux scientifiques. Il refusa du fait qu'il devait se marier cette année-là avec Victoire Blandine Huë de Grosbois ; le mariage n'eut pourtant lieu que deux ans plus tard.
Major de vaisseau en , il quitte la marine en 1787, après avoir pris part à neuf campagnes, et assisté à cinq combats, notamment à ceux d'Ouessant (1778) et de la Grenade (1779).
Il épousa donc, le à Saint-Vincent-de-Boisset, Victoire Blandine Huë de Grosbois (1770-1821), laquelle venait d'hériter du château du lieu. Cette union marqua la fin de sa brillante carrière militaire.
Les États généraux de 1789 Le , il est élu député de la noblesse aux États généraux par le bailliage du Forez (Montbrison). Les Roannais, le tenant en très grande estime, le nomment le commandant de la garde bourgeoise de Roanne. On peut mettre à son crédit les faits qu'il fait tout son possible pour éviter la disette à sa ville, mais également pour que soit reconstruit le pont la reliant à Le Coteau, emporté lors de la terrible crue de 1790.
Champagny ne partage pas l'entraînement des députés de à la mémorable séance du 4 août ; il est au contraire du petit nombre de ceux qui protestèrent contre l'abolition des titres et de la noblesse héréditaire, lors de la révision de l'acte constitutionnel ().
Il fut l'un des quarante-sept députés de son ordre à se réunir au Tiers état avant l'invitation royale. Distingué par son éloquence et sa modération, peu porté aux , il est nommé secrétaire de l'Assemblée constituante (), et membre influent du comité de la marine.
Du reste, à l'Assemblée constituante, il ne fixe guère sur lui l'attention publique que par sa défense, en 1790, du comte d'Albert de Rions, officier général sous lequel il avait servi précédemment, chef d'escadre, attaqué à la barre de l'Assemblée nationale pour sa conduite ferme et courageuse à Toulon, lors des mouvements insurrectionnels qui avaient failli éclater dans cette ville. Champagny vote pour qu'il soit déclaré que cet officier avait . Sa défense est couronnée de succès.
M. de Champagny s'occupe particulièrement des modifications et améliorations qu'exigeait la législation maritime, propose quelques réformes au code maritime, et demande l'assimilation de la marine marchande à la Marine royale.
Lors de la clôture des travaux de l'Assemblée constituante (), il se retire dans une terre qu'il possédait en Forez (dans son château d'Anzy, près de Roanne).
Arrêté (sur ordre de Jean-Marie Lapalus) comme noble et suspect en , la Terreur le jette en prison quelques mois.
Il est enfermé au couvent des ursulines avant d'être transféré à la prison des Minimes. Fort heureusement, il fut « oublié » dans sa cellule. Il ne recouvra la liberté qu'après un arrêté du , qu'il dut à la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (). À sa libération, il se retira dans sa de Saint-Vincent-de-Boisset, et continua à se tenir à l'écart de toute vie publique jusqu'au coup d'état du 18 brumaire.
Ambassadeur à Vienne Après le coup d'État du 18 brumaire an VIII, il fait partie du Directoire du département de la Loire avant d'être appelé à Paris par le général Bonaparte (placé à la tête du pouvoir exécutif comme Premier consul), qui le fait entrer au nouveau conseil d'État (3 nivôse an VIII : ) où il l'attache à la section de la marine.
C'est à ce titre qu'il est chargé d'exposer au Corps législatif le résultat du recensement du vote pour l'acceptation de la constitution de l'an VIII. Il est chargé, au même titre (17 ventôse an VIII) de communiquer au Tribunat la proclamation et les arrêtés des consuls à l'occasion de la reprise des hostilités (campagne de Marengo). On y remarque entre autres ce passage
Champagny effectue ensuite une inspection des administrations préfectorales puis, probablement sur proposition de Lebrun, le troisième consul, est nommé à l'ambassade de Vienne ().
Pendant son absence, le collège électoral du département de la Loire l'élit, en 1803, candidat au Sénat conservateur.
Pendant quatre ans, il remplit cette mission importante, que rendaient difficile les événements militaires qui avaient précédé sa nomination. L'empereur François II devint le parrain du fils qui lui nait à Vienne (, et qui deviendra académicien).
Bien que François II admet la nouvelle carte de l'Allemagne issue du Recès d'Empire (1803), Champagny échoue, l'année suivante, à faire accepter à la cour de Vienne l’avènement de Bonaparte à l'Empire. Il est rappelé.
Il acquiert vers la même époque les domaine et château des Marmousets à La Queue-en-Brie.
Ministre de Napoléon
L'Intérieur Chevalier de la Légion d'honneur, au 9 vendémiaire an XII, il prit le portefeuille de l'Intérieur () en remplacement de Chaptal (le ministère fut confié par intérim à Jean Étienne Marie Portalis, ministre des cultes, jusqu'au retour de Champagny de Vienne). Napoléon lui confia ce ministère important certainement par souci de placer à la tête de ce département un grand commis docile duquel il n'aurait pas à craindre les velléités d'autonomie. Pendant sa gestion de l'Intérieur, et abstraction faite de la direction politique, dans laquelle il n'était que l'instrument de la volonté de l'Empereur, Champagny avait introduit beaucoup d'améliorations et de perfectionnements dans le système administratif.
Les premiers mois, l'Empereur attendit surtout de son nouveau ministre qu'il lui procurât les soldats nécessaires à la guerre imminente. Mais, par la suite, Champagny sut ne pas se limiter à ce rôle de sergent recruteur et conçut également un vaste plan de travaux publics (dont la rue de Rivoli, à Paris, est l'une des réalisations) tout en préparant activement lExposition des produits de l'industrie nationale (prévue en 1808).
À l'ouverture de la session parlementaire de l'an XIII (), le nouveau ministre présenta au Corps législatif un exposé de la situation de l'Empire. Ce discours avait pour principal objet l'apologie de la révolution qui venait de convertir la République en Empire :
En 1804, il soutint la création de l'Académie celtique, créée par Jacques Cambry, antiquaire et préfet, Jacques-Antoine Dulaure et Jacques Le Brigant. Elle fut présidée par Cambry, puis par Alexandre Lenoir, fondateur du musée des monuments français.
Grand-aigle de la Légion d'honneur depuis le , date à laquelle cette distinction a été attribuée pour la première fois, il accompagna l'Empereur à son couronnement comme roi d'Italie, le suivant dans le de Milan.
Après l'arrivée du message par lequel le Sénat de Gênes sollicita, pour cette république, sa réunion à l'Empire français, Champagny, délégué à cet effet par Napoléon, alla présider à la cérémonie de cette adoption ().
Il rédigea en le décret qui rendrait au culte le Panthéon et Saint-Denis, vanta (), dans un nouvel exposé, la prospérité due au régime impérial, et fut chargé (1807), comme ayant également dans son ministère l'Instruction publique et les Beaux-arts, de présenter à l'Empereur un rapport . M. de Champagny proposa sur ce point six décrets dont la plupart, d'une remarquable étroitesse de vues, furent rejetés par l'empereur, mais dont un du moins fut l'origine de l'École des chartes.
Pour la conception de l'Arc de triomphe de l'Étoile (construction ordonnée par Napoléon ), l'architecte Chalgrin fut en concurrence avec son confrère Raymond, chargé de collaborer avec lui. Le premier souhaitait orner l'arc de colonnes isolées tandis que le second les voulait engagées, l'incompatibilité de ces deux conceptions rendant impossible toute collaboration entre les deux architectes. Un arbitrage, rendu par Champagny, força Raymond à se retirer honorablement. Chalgrin supprima alors les colonnes de son projetMichel Gallet, Les Architectes parisiens du , Mengès, 1995 , . L'Arc de Triomphe de l'Étoile devait être à la Bastille, mais sur les conseils de Champagny et de l'architecte Chalgrin, il fut construit sur la colline de l'Étoile.
Un décret destiné « à la réforme sociale des Juifs » et joint au règlement du culte, fut proposé par Champagny, ministre de l'Intérieur, et trois commissaires impériaux. Il portait sur une meilleure intégration de la communauté juive en France mais prévoyait toute une série de cas arbitraires pouvant entraîner l'annulation des créances et ordonnait aux commerçants juifs de se faire délivrer par les préfets une patente annuelle et révocable. De plus, les juifs devaient satisfaire en personne à la conscription et n'avaient plus la possibilité de payer un remplaçant comme les autres citoyens. Ce décret (souvent appelé le « décret infâme »), valable dix ans, fut aboli en 1818 sous Louis XVIII.
De 1804 à 1809, il habita dans l'hôtel particulier qui fut affecté au ministère de l'Intérieur au 116, rue de Grenelle (Paris ) et qui deviendra plus tard la mairie du de Paris..
Les Relations extérieures La volonté et la demande de M. de Talleyrand de quitter les Relations extérieuresTalleyrand est alors élevé à la dignité de vice-grand-électeur, grand dignitaire de l'Empire. fit passer M. de Champagny, , du ministère de l'Intérieur à celui des Relations extérieures, le . Le choix de Napoléon est probablement dicté par la « timidité » et la « faiblesse de caractère » de Champagny en qui il souhaite un ministre plus docile que TalleyrandEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, 2003 , p.377.