Ann Lee ( – ), communément connue sous le nom de Mother Ann Lee, est la fondatrice de l'Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième apparition du Christ (United Society of Believers in Christ's Second Appearing), encore appelée les shakers.

En 1774, Ann Lee et un petit groupe de ses disciples émigrent de l'Angleterre vers New York. Au bout de quelques années, ils se rassemblent à Niskayuna, sur les terres de la seigneurie de Rensselaerswijck, comté d'Albany, New York (région maintenant appelée Colonie). Ils adorent Dieu en recherchant l'extase par la danse ou les « tremblements », ce qui leur vaut le nom de shakers. Ann Lee prêche aux fidèles et dirige l'église des Shakers à une époque où peu de femmes accédent à la fonction de chef religieuxIn addition to Ann Lee, only nine women preachers have been identified before 1800. Catherine A. Brekus, Strangers and Pilgrims: Female Preaching in America, 1740–1845 (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1998), p. 343-346..

Biographie vignette|centré|500px|Manchester à l'époque d'Ann Lee (1746). Jeunesse Ann Lee naît à Manchester en Angleterre. Elle est baptisée à la Manchester Collegiate Church le MS 12/1, Manchester Cathedral Archive. à l'âge de 6 ans. Ses parents sont membres d'une « branche séparée de la Société des Amis »Selon l’American Cyclopædia de 1879. Cette expression ferait référence à la secte de James Wardley selon : .. John LeesIl est probable que le nom d'origine d'Ann Lee était en fait Lees, et a été par la suite changé en Lee., son père, est forgeron la journée et tailleur la nuit. On sait peu de choses au sujet de sa mère, mis à part le fait qu'il s'agit d'une femme très religieuse. Durant sa jeunesse, Ann travaille dans une usine de coton, puis chez un chapelier, et plus tard comme cuisinière dans une infirmerie de Manchester.

En 1758, elle rejoint le Wardley, une secte anglaise fondée en 1747 par le prédicateur James Wardley et son épouse Jane. Ce groupe est issu des quakers mais reprend les pratiques des French Prophets, et se voit affubler du surnom de shaking quakers (« trembleurs agités » est l'une des traductions possibles de ce sobriquet)., et ultérieurement de shakers. Ann croit et enseigne à ses disciples qu'il est possible d'atteindre la sainteté en renonçant aux relations sexuelles. Comme les Wardleys, elle enseigne que les agitations et les tremblements expriment le fait que le corps est libéré du péché grâce à la puissance de l'Esprit Saint qui purifie l'adorateur.

Mariage Elle tente à plusieurs reprises d'éviter le mariage. Finalement, son père la contraint à épouser Abraham Stanley. Le mariage est célébré le à la cathédrale de ManchesterMS 13/3, Manchester Cathedral Archive.. Elle se retrouve enceinte à quatre reprises, mais tous ses enfants meurent en bas âge. Ses grossesses difficiles et la perte de quatre enfants constituent des expériences traumatisantes qui ont probablement contribué à nourrir son aversion pour les relations sexuelles..

Lee a ainsi développé des convictions religieuses radicales qui prônent le célibat et l'abandon du mariage, ainsi que l'importance de la poursuite de la perfection dans tous les aspects de la vie. Elle diffère en cela du mouvement quaker qui milite pour l'égalité des sexes mais n'adhère pas à l'interdiction de la sexualité dans le mariage.

Une notoriété croissante En Angleterre, Ann Lee accède à la notoriété en exhortant les croyants à prêcher plus largement pour annoncer l'imminence de la seconde venue du Christ, et à attaquer le péché de façon plus audacieuse et non conventionnelle. Elle parle de ses visions et des messages qu'elle reçoit de Dieu, par exemple celui selon lequel le célibat et la confession des péchés seraient le seul vrai chemin vers le salut et la seule voie par laquelle le Royaume de Dieu sera établi sur la terre. Elle est emprisonnée maintes fois pour avoir violé le Sabbat en dansant et criant, ainsi que pour blasphèmeRichard Francis, Ann the Word: The Story of Ann Lee, Female Messiah, Mother of the Shakers, The Woman Clothed with the Sun (New York: Arcade Publishing, 2000)..

Elle affirme avoir souvent échappé miraculeusement à la mort. Elle dit avoir été examinée par quatre membres du clergé de l'Église Établie, et soutient qu'elle leur a parlé pendant quatre heures en 72 langues..

En prison à Manchester pour 14 jours, elle dit avoir eu la révélation

À la suite de cela, probablement en 1770, elle est choisie par la Société en tant que « Mère dans les choses spirituelles » et s'appelle elle-même « Ann, la Parole » et aussi « Mère Ann ». Après sa deuxième libération de prison, des témoins affirment que

Départ pour l'Amérique Elle décide finalement de quitter l'Angleterre afin d'échapper aux persécutions qu'elle connaît en Grande-Bretagne. En 1774, une révélation l'amène à emmener un petit groupe en Amérique. Elle est accompagnée de son mari qui, peu de temps après, la quitte. Parmi ceux qui l’accompagnent, il y a aussi son frère, William Lee (1740-1784), Nancy Lee, sa nièce, James Whitaker (1751-1787) qui a été élevé par Mère Ann et est probablement de parenté, Jean Hocknell (1723-1799) qui a fourni les fonds pour le voyage, son fils, Richard, Jacques Berger, et Marie Partington.

Installation à New York Mère Ann et ses fidèles arrivent le , à New York, où ils restent pendant près de cinq ans. En 1779, Hocknell loue des terres à Niskayuna, dans le canton de Watervliet, près d'Albany, et les shakers s'y installent, tandis qu'une communauté de vie commence à se développer et à prospérer.

Pendant la révolution américaine, Lee et ses disciples maintiennent une position de neutralité. Restant sur leur position de pacifistes, ils refusent de choisir un camp.

Ann Lee s'adresse aux peuples du monde lors du célèbre Jour sombre de la Nouvelle-Angleterre en , lors d'une éclipse de soleil où il fait si sombre que les bougies doivent être allumées en pleine journéeFrancis, Ann the Word, p. 130-131.. Ann recrute rapidement un certain nombre de disciples, qui ont rejoint le renouveau de la Lumière Nouvelle à New Lebanon, à New York, en 1779, parmi lesquels Lucie Wright.

Au début du printemps 1781, Mère Ann et certains de ses disciples participent à un voyage missionnaire afin de recruter des adeptes dans le Massachusetts et le Connecticut. Ils sont souvent accueillis dans les maisons de sympathisants locaux, tel que Benjamin Osborn dont la maison est près de la ligne New York-Massachusetts.

On attribue aussi à Mère Ann des chansons, chantées sans paroles... Ses adeptes en viennent à croire qu'elle incarne toutes les perfections de Dieu dans une forme féminine, et la désignent comme la « seconde venue » du ChristFrederick William Evans. Shakers: Compendium of the Origin, History, Principles, Rules and Regulations, Government, and Doctrines of the United Society of Believers in Christ's Second Appearing : with Biographies of Ann Lee, William Lee, Jas. Whittaker, J. Hocknell, J. Meacham, and Lucy Wright. Appleton; 1859. ..

Le fait qu'elle ait été considérée comme l'homologue féminin du Christ est tout à fait unique. Elle prêche que le péché peut être évité, non seulement en traitant les hommes et les femmes de manière égale, mais aussi en les maintenant séparés, de façon à éviter toute tentation conduisant à des actes impursRufus Bishop and Seth Youngs Wells, comps., Testimonies of the Life, Character, Revelations and Doctrines of our Ever Blessed Mother Ann Lee (Hancock, Mass.: J. Talcott and J. Deming, Junrs., 1816); Seth Youngs Wells, comp., Testimonies Concerning the Character and Ministry of Mother Ann Lee (Albany, N.Y.: Packard and Van Benthuysen, 1827)..

La mission d'Ann Lee en Nouvelle-Angleterre se révèle particulièrement efficace dans la conversion de groupes qui étaient en dehors du courant dominant du protestantisme, . Les croyants traditionnels la jugent au contraire trop radicale Brekus, Strangers and Pilgrims: Female Preaching in America, 1740–1845, 343–46.. Elle-même reconnaît à quel point ses idées sont révolutionnaires, en affirmant :

Les Shakers ont été plusieurs fois confrontés à la violence des foules, par exemple à Shirley (Massachusetts), et Ann Lee n'y a pas échappé.

Décès Ces difficultés l'ont affaiblie ; elle meurt le , à l'âge de 48 ans, à Watervliet ; elle y est enterrée dans le cimetière shaker situé dans le quartier historique..

Postérité vignette|Un groupe de shakers (illustration de 1875). Les shakers de New Lebanon (New York), connaissent, à partir de 1837, une période de dix ans appelée l'Ère des Révélations et parfois désignée aussi comme l'œuvre de Mère Ann (Mother Ann's Work), en hommage aux révélations spirituelles transmises par la fondatrice.

Mais les shakers ont surtout conquis le respect par l'organisation de leurs communautés (qui se voulaient économiquement autonomes) ainsi que par de nombreuses inventions techniques comme la scie circulaire par Tabitha Babbitt ou la pince à linge.

Ils ont réussi à imposer un style propre de mobilier, particulièrement dépouillé, mais qui attire aujourd'hui l'attention de designers : ceux-ci y voient en effet une préfiguration du minimalisme actuel.

Références culturelles à Ann Lee Judy Chicago, The Dinner Party. Postface du roman A maggot (« Un asticot ») de John Fowles, traduit en français La Créature, Albin Michel, 1990 Le Testament d'Ann Lee (The Testament of Ann Lee), drame historique musical (2025) réalisé par Mona Fastvold, mettant en vedette Amanda Seyfried. Le Royaume enchanté, roman de Russell Banks dont l'action se déroule dans une communauté shakers, Acte Sud, Babel, 2025

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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Liens externes

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