Gilles Millet, né le à Orléans et mort le au Plessis-RobinsonRelevé des fichiers de l'InseeYves Bordenave, « La mort du journaliste Gilles Millet » sur Le Monde, 24 avril 2018, est un journaliste français.
Militant du parti maoïste gauche prolétarienne jusqu'à son autodissolution en 1973, libertaire, il fait partie de l'équipe qui fonde la même année le journal Libération.
Il est connu pour avoir été le premier journaliste français à réaliser des interview complaisantes de malfaiteurs ayant commis des assassinats et notamment pour ses liens étroits avec Jacques Mesrine, qu'il a interviewé trois fois pour Libération.
Biographie Lycée et université Issu d'une famille de classe moyenneA. A., « Gilles Millet, un spécialiste de la Corse au paradis des reporters » sur Corse-Matin, 23 avril 2018, Gilles Millet étudie au lycée de Melun où il milite en 1970, pour l'organisation d'extrême gauche de la Gauche prolétarienne. Ensuite, il intègre la faculté de philosophie de Créteil ; ses principales lectures sont les ouvrages de Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari et surtout Albert CamusLaurent Joffrin, « Gilles Millet, l'amour des marges » sur Libération, 24 avril 2018. Ayant abandonné ses études, il rejoint la « bande de Melun » et son fanzine Pirate. Militantisme avec des maoistes Son militantisme avec des maoistes comme André Gluksmann, qui criait sous les murs de la prison de Toul, sa solidarité avec les « taulards » l'amène à s'intéresser à cette cause. La stratégie des maoistes incarcérés vise à interpeller l'opinion sur les conditions générales de détention, celles aussi par conséquent des droits communs. Ainsi, le supplément de La Cause du peuple-J'accuse du a publié le rapport du psychiatre de Toul, le docteur Rose, envoyé à l'Inspection générale de l'Administration pénitentiaire, et qui a autorisé Michel Foucault à le lire lors d'une conférence de presse deux jours auparavantSéminaire « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines » organisé par Pierre Victor Tournier Université Paris 1. Centre d’histoire sociale du 20ème siècle .
Chef de la rubrique "Police-Justice" de Libération A sa création en 1973, il intègre le journal Libération. Responsable de la rubrique "Police-Justice", il dénonce la justice bourgeoise et la police de classe, en consacrant de nombreux articles aux luttes des détenus, aux répressions policières, aux dysfonctionnements de la justiceJean-Claude Vimont, « Un ado condamné à mort en 1975. L'affaire Bruno T. au milieu des années soixante-dix » sur Criminocorpus, 20 février 2014. En 1975, il embauche dans cette rubrique de nouveaux journalistes, Christian Hennion et Jean-Luc Hennig, qui ne faisaient pas partie des fondateurs du journal.
Février 1975, interview du chef du gang des postiches En , en pleine prise d'otage de 5 personnes, il interview au téléphone Mohammed Badaoui, chef du gang des postiches, une bande d'un quartier populaire de l'Est parisien qui ira jusqu'à attaquer la décennie suivante quatre fois des banques en huit jours"Gang des Postiches : Defferre relève le défi", Le Parisien du 10 mars 1984, cité par Patricia Tourancheau, dans Libération le 11 mars 2013 . Lors de sa première attaque, à la Société centrale de banque, avenue de la République à Paris, Badaoui deux morts le . Au cours de cette opération, qui voit les malfaiteurs finalement s'enfuir dans la nuit avec la rançon obtenue, le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski, excédé, a fait couper la ligne téléphonique entre Gilles Millet et Badaoui"Les Postiches: Un gang des années 80" par Patricia Tourancheau, aux Editions Fayard, en 2004 "La saga des Postiches : il était une fois des garçons de Belleville Libération a 40 ans" par Patricia Tourancheau, dans Libération le 11 mars 2013 , qui sera un peu plus tard condamné à mort.
Eté 1976: soutien financier à Jean-Pierre Pierre Au cours de l'été 1976, il se lie d'amitié avec le truand Jean-Pierre Pierre, appelé aussi "Pierrot". Dans "La Vie sur place", un livre de témoignage paru en 2004, Jean-Pierre Pierre raconte longuement sa rencontre avec le journaliste juste après son évasion de la prison d'Orléans en plein été 1976"La vie sur place" par Jean-Pierre Pierre paru en 2004 aux Éditions Anne Carrière. Une fois évadé, ce dernier "appelle une copine journaliste à Paris""La vie sur place" par Jean-Pierre Pierre paru en 2004 aux Éditions Anne Carrière, page 124, qui "accepte le PCV", mais ne peut venir le chercher car elle doit "partir en reportage dans une demi-heure". Une fois arrivé en autostop à Paris, Jean-Pierre Pierre se rend dans les locaux du journal"La vie sur place" par Jean-Pierre Pierre paru en 2004 aux Éditions Anne Carrière, page 125 et y rencontre un journaliste qu'il "connaissait un peu", Gilles Millet, qui l'accompagne avec un de ses amis au bistro "Le Grand Louis", y boit du champagne avec eux, puis leur « prête du fric » et téléphone à des amis, qui ont logé pour la nuit" les deux évadés de la prison. "Par son père, j’avais connu Zina, administratrice du quotidien Libération, expliquera Jean-Pierre Pierre dans les médiasTribune libre de Michel Puech Journaliste honoraire dans Médiapart le 20 novembre 2008 .
Aout 1977: interview des assassins de Jean-Antoine Tramoni Le , Gilles Millet et Serge July ont publié sur deux pages dans Libération, huit jours avant celui de Mesrine, un "entretien avec les responsables de l'exécution en mars 1977 de Jean-Antoine Tramoni""Les Napap expliquent les Napap. Entretien avec les responsables de l'exécution de Jean-Antoine Tramoni" par Gilles Millet et Serge July dans Libération du 4 août 1977, en pages 4 et 5"Les NAPAP exigeraient la libération de Christian Harbulot Irmgard Mœller et Rolf Pohle" Le Monde du 25 janvier 1978 , un ex-vigile de Renault. Ce dernier avait été condamné aux assises à quatre ans de prison pour avoir tué en le militant maoïste Pierre Overney, ex-ouvrier chez Renault, se sentant en danger etcen légitime défense, peine de prison jugée insuffisante par ses assassins.
Trois jours avant, Libération a aussi publié le une lettre d'un suspect de l'assassinat de Tramoni, Frédéric Oriach, dont le ton vaudra au journal le des poursuites pour "apologie de crimes, de meurtre et d'incendie""Devant la chambre correctionnelle Liberté d'expression et P 38 lettre napap et front libertaire et "débats" par LAURENT GREILSAMER dans Le Monde le 18 mai 1978 . La rédaction de Libération étant très partagée sur ce soutien aux NAPAP, il est décidé de n'en plus parler qu'en rubrique " courrier des lecteurs". Puis en , Serge July se prononce clairement contre tout soutien au terrorisme"La violence politique et son deuil: L'après 68 en France et en Italie", par Isabelle Sommier, en 2008 aux PRESSES UNIVERSITAIRES DE RENNES.
Opposition à Pierre Goldman L'opposition de Gilles Millet à Pierre Goldman, qui sera assassiné en , date des deux procès de Goldman fin 1974 et début 1976. Millet estimait que Libération écrit trop en sa faveur, en raison de son profil politique, et semblait ainsi dévoyer le combat du journal en faveur des conditions de détention de l'ensemble des prisonniers de droit commun.
En , Millet signe, parmi d'autres articles d'investigation, une enquêtes sur l'assassinat de Pierre GoldmanDe Mesrine aux affaires corses, décès du journaliste Gilles Millet sur le site de France 3 Corse, 22 avril 2018, en incriminant le truand Jean-Pierre Maïone-Libaude, qui est cependant innocenté car son visage ne correspond pas à ceux des tueurs, vus de près par de très nombreux témoins de cet assassinat commis en plein jour. Son article est accompagné d'une photo de Jean-Pierre Maïone-Libaude, sans date ni légende ni crédit, qui est très probablement parvenue à Libération par des policiers souhaitant une sanction contre le commissaire Lucien Aimé-Blanc et qui l'obtiennent: Aimé-Blanc Blanc est muté au SRPJ de Lille.
Amitié avec Jacques Mesrine L'année suivante, en 1977, il se lie d'amitié avec le truand Jacques Mesrine. En deux ans, il réalise trois interviews de lui pour Libération, en , et au printemps 1979. La troisième n'est pas publiéeGilles Millet, « Jacques Mesrine : "La société assassine des détenus" » sur Libération, 3 janvier 1979Arnaud Sagnard, « Gilles, un cow-boy chez les pieds-tendres » sur L'Obs, 4 mai 2018.
Gilles Millet a fait sa connaissance en couvrant le procès de Mesrine de , s'y déclarant "Un bandit très médiatique", par Patricia Tourancheau, dans Libération du 22 octobre 2008 . Contacté ensuite par Mesrinecritique de l'exposition d'octobre 2008 « MESRINE, photographies d’Alain Bizos » à la galerie VU "L’échappée belle" par Christian Caujolle, dans Artnet Magazine , Millet effectue la première interview d'un truand de l'histoire de la presse française, le . Puis au printemps 1978, , Mesrine , car il « aime bien ses papiers » et les attend « dans un café à côté »"Alain Bizos, un photographe en toute liberté", propos recueillis par Laurent-David Samama, dans La Règle du jeu le 18 mars 2013 où il propose de les enmener 15 jours en Italie pour y écrire un livre sur Mesrine. Le truand retarde sans cesse ce départ. Millet a présenté Mesrine à son le photographe Alain Bizos, ils sont , vont même d'Opéra et savent , à force de . Libération diffuse une autre interview de lui le . Considérée par Le Monde comme une forme de , elle vaut à Gilles Millet et Serge July, qui l'a louangée dans un billet, des poursuites pour apologie de crimes, apologie de vols et injure publique à magistrat, dans Le Monde du 17 décembre 1980 Le roman vrai de Libération, par Jean-Claude Perrier, en 1994 aux Éditions Julliard..
Le , juste après la tentative de meurtre contre Jacques Tillier, L'Humanité dénonce les de Gilles Millet avec Jacques Mesrine"Le Roman vrai de «Libération»", par Jean-Claude Perrier, aux Editions Julliard en 1993 .
En 1983, Millet coproduit un film sur Mesrine avec Hervé Palud, compagnon de sa fille, où domine par Sébastien Le Pajolec, dans la revue Sociétés & Représentations en 2009 , en raison d'une "objectivité" inconcevable du fait des auteurs, selon Le Monde"Vivre à tombeau ouvert" dans Le Monde du 3 février 1984 . Sur fond de musique rock, le film est conçu pour encenser le , qui , avec parmi lesquels ses ex-otages, , victime de la tentative de meurtre contre Jacques Tillier, note Le Monde. , selon Libération"Une messe pour Mesrine", par Samuel Douhaire, dans Libération le 13 mai 2006 en dénonçant dans sa mort "une véritable exécution programmée", thèse du Lucien Aimé-Blanc dont est proche Gilles Millet. Il sort au moment de l'assassinat de l'éditeur Gérard Lebovici, qui projetait de rééditer le livre de Mesrine "L'instinct de mort", assassinat dont fut suspecté le groupe Honneur de la policeLes jours obscurs de Gérard Lebovici, par Jean-Luc Douin aux Éditions Stock en 2004 . Plus tard, d'autres films sur Mesrine s'éloigneront de cette "volonté hagiographique", préférant "une appréhension kaléidoscopique de l’homme".
Intérêt pour l'Algérie Il devient ensuite grand reporter au service Étranger où il se passionne pour l'histoire politique de l'Algérie. Féru de musiques du monde et de raï, il est l'auteur des paroles Ne m'en voulez pas, chanson de Khaled sortie en 1992Bayon, « Le raid raï du caïd Khaled » sur Libération, 12 novembre 1996 et interroge plusieurs fois Serge Gainsbourg pour le journal.
De 1984 à 1985, alors qu'il s'occupe du service Société de Libération, il est placé sur écoute par les hommes du préfet Christian Prouteau dans l'affaire appelée « des écoutes de l'Élysée »Alain Leauthier, « Un ex-journaliste de "Libération" victime des écoutes » sur Libération, 21 juin 1997.
Affaires corses: mise en examen de 1988