Le Gymnase Jean-Sturm est un établissement d’enseignement privé français sous contrat d’association avec l’État situé dans le centre-ville de Strasbourg (Bas-Rhin, Grand Est). Il propose un enseignement de la à la terminale.

Il est l'héritier de la Haute École de Strasbourg, école protestante humaniste fondée en 1538 par le Magistrat de la ville impériale libre de Strasbourg, sur l’initiative de Jean Sturm auquel l’institution doit son nom, ainsi que le berceau de l’université de Strasbourg. Durant ses presque cinq siècles d’existence, le Gymnase a évolué, au gré des changements des aspirations intellectuelles de la ville et de l’ambiance politique et culturelle alsacienne et européenne.

Il est aujourd'hui l'un des sites du pôle éducatif protestant de Strasbourg.

Historique

Origines Le souci de l’éducation était une préoccupation majeure des intellectuels strasbourgeois bien avant la venue de Jean Sturm. Dès 1485, Jean Geiler de Kaysersberg propose de mieux former les prêtres. Cependant c’est au sein du groupe humaniste de la Sodalitas Literaria Argentinensis qu’on considère pour la première fois la nécessité d’un véritable institut d’enseignement strasbourgeois. Ces savants sont convaincus qu'une ville ne tient plus uniquement sa renommée de la qualité de ses marchandises manufacturées mais qu'elle doit également favoriser les œuvres de l’esprit. En 1501, Jacques Wimpfeling propose déjà la fondation d’un gymnase, non seulement éduquer les clercs, mais aussi les jeunes bourgeois destinés à former l’autorité séculière. Ni Geiler, ni Wimpfeling ne trouvent malheureusement d’audience auprès des autorités. Toutefois, ces anciens projets sont redécouverts dans les années 1520, à une époque où la ville adhère progressivement aux idées de la Réforme.

Le Magistrat, sous l’impulsion de Jacques Sturm, ouvre de nombreuses écoles, latines, et allemandes, et même une école française pour les réfugiés. En 1525, les prédicateurs strasbourgeois proposent une institution décisive, la commission des trois scholarques, constitués de trois membres du gouvernement. Cette commission met en place entre 1528 et 1536 plusieurs réformes destinées à réorganiser le système scolaire. Par exemple, un règlement des écoles élémentaires est rédigé et un corps de « visiteurs », chargés de vérifier son application, est institué.

En 1534, Martin Bucer et le réformateur de Constance Ambroise Blaurer fondent le collegium prædicatorum dans l'ancien couvent des Dominicains. Ce petit séminaire enseigne la théologie aux boursiers strasbourgeois, ainsi qu'à des jeunes gens venant de villes de plus en plus lointaines, comme Constance ou Berne. Devant un tel succès, Bucer demande de multiplier les cours existants afin de prodiguer les mêmes cours que dans une université, mais les scholarques refusent à cause du coût d'une telle entreprise. Toutefois, ils ouvrent un deuxième séminaire, le collegium pædagogium en 1535. Malgré cela, les programmes d'études des écoles latines restent modestes et celles-ci demeurent mal coordonnées. Les scholarques, aidés de Martin Bucer, de Caspar Hédion et de Jacques Bédrot établissent alors une expertise, au bout de laquelle ils proposent de fonder une école centrale pour toute la ville dans l'ancien couvent des Dominicains.

L'âge d'or La Haute École (1538-1566) thumb|gauche|Le recteur Jean Sturm. À la demande de Jacques Sturm, le professeur de rhétorique et de dialectique du Collège de France Jean SturmJacques et Jean Sturm ne sont pas parents mais de simples homonymes. arrive à Strasbourg le afin de faciliter la création de la future école. Celui-ci rédige un programme détaillé de l’organisation des cours et des classes (De literarum ludis recte aperiendisJean Sturm, De literarum recte aperiendis liber. De la bonne manière d'ouvrir des écoles de Lettres, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, 158 p.). Il est adopté avec enthousiasme en 1538 et l’école ouvre peu de temps après. Dès Pâques 1539, le nouveau Gymnase de neuf classes est inauguré sous le nom de Schola Argentoratensis. Jean Sturm est nommé recteur à vie par les scholarques de cette Haute École.

Le programme de l’école peut être résumé par cette phrase, issu du De literarum : « Propositum a nobis est, sapientem atque eloquentem pietatem finem esse studiorum » (« Nous avons souhaité faire de la piété, fondée sur le savoir et l’éloquence, le but des études »). Le recteur avait été fortement influencé par les idées humanistes érasmiennes et par la pensée des Frères de la vie commune, d’où son insistance sur les auteurs de l’Antiquité et sur l’éloquence. Lorsqu’il met en application son programme, il a deux buts : permettre aux élèves d’avoir une éloquence latine aussi parfaite que possible et développer un « modèle » performant et uniforme d’organisation scolaire basé sur un enseignement progressif, décliné en classesJean Sturm, De literarum recte aperiendis liber. De la bonne manière d'ouvrir des écoles de Lettres, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, p.151.. Ainsi, se mettent en place la durée annuelle des cours, des examens de passage après chaque classe et un système des enseignants où chacun est assigné à une classe. thumb|upright=1.2|Scène d'enseignement à Strasbourg - coll. BNUS. Jusqu’à l’âge de quatorze ans, les élèves suivent essentiellement des cours de grammaire, de style, de dialectique, de rhétorique et de vocabulaire. Les autres matières, plus spécialisées (lettres et sciences, théologie, médecine et droit), sont presque exclusivement enseignées au sein du cycle d’enseignement supérieur également présent à la Haute École. On y organise également des pièces de théâtre, pour que les élèves puissent travailler leur éloquence tout en ayant une récréation. Chaque classe est répartie en « décuries » de dix élèves, chacune dirigée par un « décurion », afin de maintenir la discipline. Chaque année, une cérémonie solennelle est organisée afin de célébrer la promotion des élèves admis dans la classe des publicii (étudiants). Toutefois, malgré cette formation équivalente à celle d’une faculté, le Gymnase ne peut délivrer de diplômes. Dans un premier temps, Sturm ne s’en soucie pas, cherchant avant tout à former des savants et non des docteurs. vignette|gauche|upright|Chaire dite « de Calvin ». La Haute École fait rapidement des émules. Son organisation, ses professeurs et son recteur attirent des élèves venus de l’Europe entière, dont plusieurs appartenaient à de grandes familles nobles. En 1546, malgré les épidémies de peste, le Gymnase compte déjà 623 élèves et une dixième classe est ouverte. Afin de permettre un accès facilité à l’enseignement, des bourses sont délivrées et le Collegium wilhelmitanum est fondé par le Magistrat sur l’initiative de Hédion pour loger les élèves pauvres. Le modèle pédagogique de Sturm rencontre un tel succès qu'il inspire de nombreux collèges européens. Par exemple, Jean Calvin, qui a enseigné au Gymnase pendant son séjour à Strasbourg (1538 à 1541), introduit les méthodes de Sturm à l'Académie de Genève. Malgré la promulgation de l’Intérim d'Augsbourg, le départ de Bucer et la mort de Jacques Sturm, l’école maintient sa renommée.

L'Académie (1566-1621) Pour qu’il puisse dispenser des grades universitaires, il était nécessaire au Gymnase d’obtenir un privilège impérial ou papal. Pendant longtemps, le Magistrat s’oppose à la fondation d’une université, notamment pour des raisons financières, malgré l’insistance du recteur. Toutefois, l’attitude de la ville change en moins de deux mois en 1566. En effet, Jean Sturm, Jean Marbach et le professeur Melchior Speccer proposent le de demander le privilège universitaire en échange d’une aide substantielle de la ville contre les Turcs. Toutefois, ce privilège ne serait pas destiné à transformer l’école en université complète, mais seulement en une semi-universitas pouvant attribuer le baccalauréat et la maîtrise, mais non le doctorat. La ville accepte et l’affaire rencontre peu d’opposition à Augsbourg, où réside l’empereur. Le , Maximilien II signe l’acte d’élévation. La Haute École devient Académie.

Ce changement de statut ne change guère l'enseignement classique, le Gymnase et l'Académie étant toujours dirigés par Jean Sturm. Toutefois, la situation change lorsque des querelles théologiques agitent le quotidien du Gymnase à partir des années 1570, tout d'abord entre Sturm et Marbach, puis entre Sturm et Pappus. Cette crise aboutit à l'éviction du vieux recteur en 1581, qui est remplacé par Melchior Junius. La tradition humaniste de l'école s'estompe alors, au profit d'un enseignement conforme à l'orthodoxie luthérienne. Toutefois, le succès de l'école n'en pâtit pas, contrairement à la qualité des cours qui, s'ils étaient trop exigeants sous Sturm, deviennent de plus en plus mécaniques à partir de Pappus, s'orientant vers une connaissance purement grammairienne et théorique de la langue latine.

vignette|upright=1.1|Page de titre de l’œuvre de Jacob Wimpheling, , avec la plus ancienne vue connue de l'Université qui était dans le couvent des Dominicains. On voit également une salle de cours. Le privilège impérial de 1566 et le statut d’Académie n’avaient cependant pas entraîné tous les avantages espérés. Malgré la renommée de l'école et de ses professeurs, les étudiants restaient souvent mésestimés, puisqu’ils devaient avoir assez d’argent pour pouvoir aller étudier à Bâle ou à Tübingen s’ils voulaient obtenir un doctorat. C’est pourquoi la ville cherche dès 1594 à obtenir un privilège « complet ». Toutefois, ni Rodolphe II, ni Mathias , ne l’octroyèrent, par volonté de limiter le nombre d’universités protestantes. Ce n’est qu’en 1621 que Strasbourg réussit à obtenir de Ferdinand II un privilège universitaire complet, contre son retrait de l’Union évangélique au début de la guerre de Trente Ans.

Le collège de l’Université (1621-1789)

Jusqu’en 1621, le Gymnase et l’Académie formaient une seule entité, dirigée par le recteur. Cependant, à la création de l’Université, le corps enseignant se sépare : il y a désormais les professeurs de l’Université (professores publici) répartis dans les quatre facultés et les précepteurs du Gymnase (præceptores classici), dirigés par un gymnasiarque. De même, les classes sont divisées : les sept premières constituent l'enseignement au Gymnase et les trois autres l'enseignement supérieur. Cette séparation entraîne un abaissement du niveau d’enseignement donné au Gymnase, bien qu’il continue de cohabiter avec l’Université au sein de l’ancien couvent. Il est rétrogradé au rang d’une simple école préparatoire à l’enseignement supérieur et les précepteurs sont rabaissés à un rang inférieur dans la hiérarchie sociale, se maintenant avec peine au niveau des pasteurs et des diacres. Très vite le nombre d’élèves, notamment étrangers, diminue. De 500 en 1621, ils passent à 410 en 1627. Par la suite, il ne reste que 300 élèves certaines années, ce qui suscite l'inquiétude des responsables sans qu'il y ait pour autant de volonté d'adaptation. Le programme d'études reste figé, toutes les matières sont enseignées en latin et Démosthène, Thucydide et Platon laissent place aux Pères de l'Église dans le corpus de textes étudiésRodolphe Reuss, Histoire de Strasbourg, Paris, Libr. Fischbacher, 1922, p.299.. Le est ainsi une période de lente régression pour le gymnase, malgré des essais infructueux de réforme, comme en 1634.