L'affaire Chabé est une affaire criminelle française dans laquelle Françoise Chabé (née Billion) a été étranglée chez elle, le à Humbercourt dans la Somme.
Biographies Ludovic Chabé est né le à Frévent, dans le Pas-de-Calais. En 1999, il embrasse la carrière de pompier professionnel. Au moment des faits, il est affecté à la des sapeurs-pompiers de Paris, basée à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Ses supérieurs le jugent exemplaire. En 2022, il est conseiller éducation et citoyenneté à l'établissement pour l'insertion dans l'emploi (EPIDE) de Doullens et entraîneur de boxe au Boxing club fréventin (BCF).
Françoise Chabé est née le à Saint-Pol-sur-Ternoise. Elle est généralement souriante et d'humeur gaie. À partir de 2003, elle est employée comme secrétaire administrative et commerciale à la SAS Miserolle, spécialisée dans la vente en gros de produits agricoles, à Beaumetz-lès-Loges. Son collègue commercial, Stéphane Q. est son amant.
Faits et enquête Le , Stéphane Q. téléphone pendant et à Françoise Chabé pour lui annoncer qu'il met fin à leur relation, car il vient d'avoir la confirmation que son épouse est enceinte de leur deuxième enfant.
À partir du début de , l'entourage de Françoise remarque que son comportement change, elle est anxieuse et fatiguée. Le , elle est prise de nausées au travail. Sur les conseils de son employeur, Marc Bridoux, elle part consulter son médecin, qui lui prescrit un somnifère et un arrêt de travail de trois jours. Ludovic assiste à la consultation. Le , de retour au travail, Françoise déclare à l'un de ses collègues que .
Le , Françoise, , est étranglée avec un foulard, dans sa maison au 18, rue de Lucheux à Humbercourt.
Ludovic part de la caserne après une garde de . À , il passe le péage de Roye. Il déverrouille la porte d'entrée et rentre chez lui. Il découvre Françoise allongée sur le sol du salon et panique. Françoise porte encore ses boules Quies. Ludovic l'allonge sur le dos. Il ne lui pratique pas les gestes de secours qu'il connait pourtant très bien grâce à son métier. À , il téléphone aux pompiers. À , les pompiers arrivent. Ils sont très vite rejoints par l'équipe des urgences de Doullens. Ils tentent, sans succès, de réanimer Françoise Chabé . Ludovic Chabé, parti se réfugier dans le jardin, n'assiste pas à la scène. Plus tard, il se justifiera : . Le premier sauveteur estime l'heure du décès entre et , tandis qu'un médecin du Samu la situe entre et .
Les pompiers, premiers intervenants, trouvent un mégot de cigarette traînant au sol et le jettent à la poubelle. Du sperme est prélevé dans le vagin de Françoise. Mais il n'est pas conservé convenablement. Il ne pourra pas être analysé.
Le , le médecin légiste du CHU d'Amiens établit que Françoise est morte par strangulation entre 6 et 10 heures, plus vraisemblablement vers 8 heures. Elle ne porte pas de trace de défense.
La maison n'est pas mise sous scellés. Le soir même, la famille de Françoise vient nettoyer la maison.
Les gendarmes abandonnent vite la piste d'un rôdeur et soupçonnent Ludovic. Ils estiment qu'en roulant vite, ce dernier a pu arriver à son domicile dès . Ludovic Chabé, désireux de conserver son permis pour pouvoir continuer à manœuvrer des camions de pompiers, affirme conduire prudemment.
Fin 2005, la voisine Claudine Jonard déclare avoir vu la victime à sa fenêtre entre 9 heures et , mais aussi qu'elle a vu la voiture de Ludovic Chabé garée devant la maison à .
Ludovic appelle des chats érotiques et consulte des sites de rencontre. En , il a une aventure passagère avec Mélanie, une collègue de travail, alors âgée de 24 ans.
Le , à , Ludovic est placé en garde à vue à la brigade de gendarmerie de Doullens. Il clame qu'il est innocent. Les enquêteurs convoquent sa mère et sa sœur et font en sorte que Ludovic, dans un autre bureau, puisse les apercevoir pendant qu'elles sont interrogées.
Le , vers , Ludovic, épuisé, fini par avouer avoir tué Françoise accidentellement, lors d'un jeu. Ce jeu est le suivant : Françoise est debout, Ludovic est debout derrière elle. Il écarte les bras, les rabat vivement devant lui, claquant ses paumes l'une sur l'autre, au niveau de la tête de Françoise. Françoise doit se baisser pour éviter que sa tête se retrouve claqué entre les mains de Ludovic.
Françoise ne s'est pas baissée assez vite et a été assommée.
Ces aveux ne correspondent en rien aux constatations médico-légales : il n'y a aucun hématome sur les tempes de Françoise et la réelle cause du décès n'est pas mentionnée.
Le , à , Ludovic est présenté est présenté au juge d'instruction, devant lequel il réitère ses aveux. Mis en examen pour homicide volontaire, il est placé en détention provisoire à la maison d'arrêt d'Amiens. L'un de ses codétenus, un certain Hocine, condamné pour homicides, rédige six courriers anonymes, qui contiennent des précisions sur le dossier et qui l'accusent d'être l'assassin de sa femme. Selon Ludovic Chabé, Hocine a eu accès à ses informations en fouillant dans ses courriers d'avocat.
Ludovic revient sur ses aveux. Il déclare que le juge d'instruction n'a instruit qu'à charge. Les enquêteurs ont fait pression sur lui, pour lui extorquer ses aveux, en lui disant .
Le , Ludovic Chabé est libéré sous contrôle judiciaire.
En , la présidente de la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Amiens, Michèle Vaubaillon, ordonne un supplément d'information, confié à la juge d'instruction Karen Stella. Le , trois médecins-experts près la Cour de cassation lui remettent un rapport fixant, cette fois, l'heure du décès entre 9 h 30 et 10 h, ce qui est compatible avec l'heure d'arrivée minimale de Ludovic Chabé (), telle que déterminée par les gendarmes, mais contestée par ce dernier.
En , après avoir examiné les conclusions de Karen Stella, la chambre de l'instruction décide de renvoyer Ludovic Chabé devant les assises.
Procès Le , le procès de Ludovic Chabé s'ouvre devant la cour d'assises de la Somme, à Amiens, présidée par Samuel Grévin. Sa défense est assurée par Philippe Valent. Philippe Bodereau est l'avocat des parties civiles.
Le , en fin de matinée, l'avocate générale Anne-Laure Sandretto requiert vingt ans de réclusion criminelle contre Ludovic Chabé, le désignant par élimination : À , les jurés condamnent Ludovic Chabé à douze ans de réclusion criminelle, peine dont il fait appel le . Le , sa demande de remise en liberté dans l'attente du second procès est acceptée.
Le , le procès en appel de Ludovic Chabé s'ouvre devant la cour d'assises de l'Oise, à Beauvais, présidée par Hélène Tortel. Cette première journée est marquée par plusieurs incidents : comparant libre, Ludovic Chabé refuse de s'asseoir dans le box des accusés, provoquant la colère de l'avocat général André Lourdelle et d'Alexandra Bodereau, conseil de la famille de Françoise Chabé et fille de Philippe Bodereau, qui craint que sa seule proximité physique avec la barre des témoins ne fasse subir à ces derniers une pression insupportable. Un compromis est finalement trouvé : Ludovic Chabé recule de quelques pas et s'assied sur un banc, derrière une rambarde, entre le fauteuil attribué à la base et le box. À midi, Philippe Bodereau se plaint d'avoir été forcé de déplacer sa voiture hors de la cour du palais de Justice, alors que le break de France 3 y est toujours garé : L'audience, écourtée, se termine par une altercation entre Philippe Valent et Philippe Bodereau sous les yeux de la mère de la victime. Le , un des trois médecins du dernier collège d'experts ayant fixé l'heure de la mort entre et découvre, à l'audience, que des gestes de réanimation ont été pratiqués sur Françoise Chabé. Comme cela retarde mécaniquement la manifestation clinique des signes de la mort, il la circonscrit désormais , ce qui est incompatible avec l'heure d'arrivée minimale de Ludovic Chabé, telle que déterminée par les gendarmes. Le , Franck Calamai, médecin-urgentiste chez les pompiers, prend la défense de son collègue du premier groupement de la BSPP, expliquant le fait qu'il ne lui ait pas prodigué les premiers secours par un effet de sidération. Son témoignage est corroboré par celui d'une psychiatre militaire. Le , André Lourdelle requiert dix-huit ans de réclusion criminelle non sans prévenir les jurés : , ce que ces derniers font à .
Notes et références
Article connexe Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900
Bibliographie Ondine Millot, L'Amour à mort, Steinkis éditions, , , chapitre « Le pompier Chabé à l'ombre du doute ».
Liens externes Documentaires télévisés « Le pompier, l'amant et la secrétaire » le 15 et , , 9 et dans Suspect n° 1 sur TMC. « Affaire Chabé : le pompier, l'amant et la secrétaire ? » (premier reportage) le , 5, 13 et , 6, 13 et , , et , 16 et et , , 6, 20 et dans Chroniques criminelles sur NT1. « Affaire Ludovic Chabé : le pompier suspect idéal ? » le dans Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers sur W9. « Un couple presque parfait » le dans Faites entrer l'accusé présenté par Frédérique Lantieri sur France 2, rediffusé le , le et le sur RMC Story. Rediffusé le sur Planète + « L'énigme d'Humbercourt » dans Face au crime sur Numéro 23. « L'affaire Françoise Chabé » dans Non élucidé : L'enquête continue sur RMC Story.
Émission radiophonique « Le mystère de la mort de Françoise Chabé » le dans L'Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL.
Catégorie:Affaire criminelle non élucidée en France Catégorie:Meurtre non résolu Catégorie:Février 2005 en France