La grotte du Trilobite est l'une des cavités du site des grottes d'Arcy-sur-Cure, entre Auxerre et Avallon dans le département français de l'Yonne, en région Bourgogne-Franche-Comté (ex région Bourgogne).

Avec six niveaux archéologiques allant du Moustérien au Néolithique, sa stratigraphie est parmi les plus riches du site d'Arcy. C'est la première grotte de l'Yonne dans laquelle le Protosolutréen a été découvert, ce dernier étant jusque là inconnu dans le département.

Elle est inscrite comme monument historique depuis 1992.

Situation La grotte du Trilobite se trouve dans la vallée de la Cure en amont d'Arcy-sur-Cure Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (=cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches"., à environ en amont de la Grande grottePour les schémas et cartes succinctes montrant les emplacements respectifs des différentes grottes, voir : (carte établie par Liliane Meignen en 1959, montrant les emplacements des 14 principales cavités au sud du massif corallien depuis les Goulettes (amont) jusqu'à la Grande grotte (aval) - manquent celles au nord du massif, soit les Nomades, l'Égouttoir, le Moulinot et Barbe-Bleue) ; (montre un plan général du massif avec les points d'entrée de l'Égouttoir, de Moulinot et de Barbe-Bleue au nord du massif corallien, et quatre grottes au sud du massif) ; (montre le développement des grottes entre la grotte du Lion et l'abri du Lagopède) ; ., entre la grotte de la Hyène et celle des Ours qui se trouvent à un niveau plus bas ; un simple pan de muraille la sépare de la grotte des Ours. côté ouest (à gauche en entrant).

thumb|240px|center|Huit cavités groupées sur environ , d'amont en aval (O-E) : Lion, Loup, Bison, Renne, Ours, Trilobite, Hyène, Cheval.

Description L'entrée de la grotte est à environ d'altitude et son plancher à au-dessus de la Cure - Parat donne son plancher à au-dessus de la vallée et au-dessus de l'étiage.

Son porche est large de pour de hauteur, dimensions qui correspondent à un porche à linteau ; deux pans de roche encadrent son entrée.

Son développementEn spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain. est de , pratiquement sans dénivelé.. Elle comporte deux évasements successifs à l'entrée, suivis d'une galerie. Le premier évasement de de surface, que Parat nomme « le Vestibule », était couvert par une voûte qui s'est effondrée sur 6 mètres depuis la première occupation de la grotte. Vient ensuite un rétrécissement, précédant la seconde salle de pour une hauteur de au centre avec, contre la paroi de droite, une petite cheminée occasionnée par une diaclase.. Enfin vient un couloir de 3 à de largeur pour de hauteur à son entrée, long de En spéléologie, une cheminée est un puits remontant, généralement peu large..

Géologie Schmider indique que la grotte du Trilobite est creusée dans la couche de calcaire en plaquettes., mais Girard dit que le faciès marneux du Rauracien, formant le plateau du Vallot au-dessus des grottes, « descend jusqu'à la grotte du Trilobite au bas de laquelle affleure l'Argovien ».

Découverte La grotte a été découverte en 1886 par A. Ficatier, derrière un éboulis de de large recouvert de broussailles situé au fond d'une petite terrasse entre les pans de murs de l'assise corallienne. Cinquante ans plus tôt le trou d'entrée était plus grand.. Ficatier lui a donné le nom du trilobite qu'il y a trouvé.

L'abbé Parat l'a fouillée trois hivers de suite, de 1895 à 1898, sur de longueur ; il y trouve six couches archéologiques sur d'épaisseur..

André Leroi-Gourhan (1951) en affine la stratigraphie.

Archéologie vignette|Couches du remplissage de la grotte (abbé Parat, 1903).

Le remplissageLes remplissages, du point de vue archéologique, sont l'accumulation de dépôts formant le sol qui recouvre la roche sous-jacente ; ils sont composés de couches de terre, graviers et autres matériaux naturels. Ils peuvent contenir ou non des objets issus de l'industrie humaine. Leur analyse paléopalynologique, commencée par Arlette Leroi-Gourhan dans les années 1950, est précieuse pour la détermination des variations climatiques de l'ensemble de la Préhistoire. de son porche forme une stratigraphie parmi les plus riches du site d'Arcy.. Il inclut les six niveaux archéologiques décrits par A. Parat, notés C1 à C6, allant du Moustérien au Néolithique.

L'absence de soins appropriés lors de fouilles passées a détruit de façon irrémédiable la couche du début du Solutréen (~ BC), ce qui est d'autant plus regrettable que cette grotte est la première du département dans laquelle a été trouvée cette culture..

Châtelperronien La couche C1., première déposée sur la roche sous-jacente, provient de la rivière : elle est faite de sables et alluvions amenés par l'eau courante. À au-dessus du niveau d'étiage actuel de la Cure, elle est le dépôt alluvial le plus élevé parmi les grottes d'Arcy. Elle a fini de se déposer vers BP ( BC), avant la fin de l'interstade des CottésPour les interstades de la glaciation de Würm (interstade d'Hengelo-les Cottés, interstade d'Arcy, interstade de Kesselt, interstade de Paudorf, interstade de Lascaux, interstade de Bölling), voir l'article de cette glaciation, section interstades..

Châtelperronien - Aurignacien Le niveau inférieur de la couche C2. inclut des outils en silex du Châtelperronien associés à des fragments d'os de renne, d'ours et de hyène, des pierres brûlées et des os calcinés ; cet horizon, qui a commencé à se déposer vers BP ( BC), à la fin de l'interstade des Cottés, est similaire à celui noté IVb1 de la grotte de la Hyène.

Le niveau supérieur de C2 inclut des outils en os et silex de l'Aurignacien associés à des vestiges d'animaux à dominante de renne, d'ours et de cerf. L'argile entourant les objets est rougie par la présence d'ocre. Cet horizon est analogue à l'horizon aurignacien de la grotte du Renne et aurait commencé à se déposer vers BP ( BC) pendant l'interstade d'Arcy.

Gravettien La couche C3. est fortement colorée en rouge, jusqu'à former sur les silex présents une sorte de vernis aux reflets métallisés. La seule exception à cette coloration est autour du large foyer de qui se trouve vers l'avant de la grotte ; ce foyer n'a pu servir très longtemps car il ne contenait que peu de pierres rougies au feu et de silex craquelés et seulement une centaine d'os.

À plusieurs endroits elle est recouverte de grandes dalles tombées du plafond, que les chercheurs avant Parat ont pris pour le sol originel. (ce qui a préservé les couches antérieures). Elle contient des vestiges de foyers ainsi que des silex taillés du Gravettien (début du Paléolithique supérieur), avec des fragments d'os d'animaux à dominance de renne. Elle a aussi livré de nombreux os incisés et plusieurs os sculptés et gravés ; et plusieurs sortes de pierres, dont du manganèse de type Psilomélane, deux morceaux de basalte et deux plaques de schiste ardoisier.. Cet horizon se serait déposé pendant l'interstade de Kesselt vers BP ( BC).

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Le Gravettien de la grotte du Trilobite a été identifié par l'abbé Parat.Le Gravettien a été identifié dans deux autres grottes d'Arcy : la Grande grotte (par D. Baffier) et la grotte du Renne (par Leroi-Gourhan)., qui y consacre dans sa description de la grotte.

Les grottes du Renne. et du Trilobite (niveaux C3 et C4) ont livré une série d'industrie osseuse gravettienne (~ à ) rare dans le Bassin parisien.

Les outils dominent dans les artefacts de la grotte du Trilobite, tandis que la grotte du Renne présente plus d'armes ; la différence peut être due à des occupations différentes dans l'une et l'autre grotte, ou bien à un habitat à des périodes différentes.

Une des caractéristiques du Gravettien de ces grottes est la grande quantité d'objets à base d'ivoire et d'os de mammouth, deux matériaux généralement rares en France pour cette époque. Rares également, les objets de la même époque décorés de façon très élaborée ; de plus les décorations sont gravées avec la technique de champlevé, elle aussi une rareté pour l'époque. La grotte du Trilobite a fourni le plus grand nombre d'articles décorés. Photos d'os décoré selon la technique de champlevé : p. 103..

Noter le « bâton percé » de la grotte du Trilobite, pièce unique réalisée sur base de bois de renne ayant appartenu à une femelle ou à un jeune mâle, et dont la partie rectiligne est gravée. On a longtemps vu des figures géométriques en lignes droites et courbes sur toute la longueur, jusqu'en 2005 où lors d'un examen approfondi Danièle Molez y découvre la figure d'un cervidé. La photo sur cette page montre la gravure de cervidé sur le fût du bois de cerf..

vignette| Deux autres objets remarquables découverts au dans cette même grotte sont un fémur de renne gravé d'un rameau feuillu., motif extrêmement rare : les gravures et autres expressions artistiques illustraient de préférence des animaux. ; et un rhinocéros gravé sur une plaque d'ardoise..

Lampes possibles

Raoul Daniel a trouvé dans la couche 3 gravettienne un fragment de godet de calcaire ( dans la nomenclature de ), de dimensions extérieures pour une épaisseur de , avec une cuvette naturelle de pour une profondeur de . S. de Beaune, qui a fait une étude exhaustive des lampes préhistoriques connues, la signale comme une lampe possible bien que non certaine car le dépôt noir dans la cupule n'a pas pu être analysé. Cette pièce est conservée au musée des Antiquités nationales..

R. Daniel a trouvé également le quart d'un godet (brisé) ( dans la nomenclature de ) de , épais de . La cuvette, incomplète, mesure pour une profondeur de . L'origine stratigraphique en est inconnue. La cuvette porte un dépôt noir plus important sur le versant situé le long du bord intact. Le revers porte une tache rose (colorant), quelques traces noirâtres peut-être d'origine charbonneuse, et quelques traits fins gravés (peut-être un décor). R. Daniel pense que ce dépôt noir serait du manganèse, mais cette substance n'a pas pu être prélevée pour analyse car elle imprègne totalement la roche. Là aussi, S. de Beaune la classe comme lampe possible mais non certaine. Ces deux pièces sont conservées au musée des Antiquités nationales.

Protosolutréen, Solutréen ancien C4. inclut un petit foyer et des silex taillés protosolutréens.. On y retrouve les fragments d'os d'animaux à dominance de renne. Il se serait déposé pendant le maximum de froidure du pléniglaciaire supérieur. Le Solutréen ancien est représenté dans la grotte avec de l'outillage osseux provenant de la couche 4.

Magdalénien Les restes de faune en C5. (30 cm d'épaisseur) sont à dominance de renne et de cheval, associés à des silex et des os travaillés datant du Magdalénien. A. Ficatier y découvre le bâton percé en 1886 ; il est gravé d'une figure de cervidé sur la longueur du corps de l'os, découverte en 2005 lors de son étude approfondie. Cette même couche a également livré le fossile de Trilobite qui a donné son nom à la grotte, deux pendeloques et un carabePlusieurs auteurs citent ce pendentif comme un bupreste (, et d'autres). D. Baffier l'identifie comme un carabidé sur la base de ce que les buprestidés ont une tête plus courte et plus ramassée en vue dorsale . en jais (lignite fossile), et une pointe de sagaie de type Lussac-Angles..

Néolithique Enfin, C6. contient des fragments de poterie du Néolithique.

Particularité de l'industrie d'Arcy