Pierre César Charles Guillaume, marquis de Sercey, né à La Comelle le et mort à Paris, le , est un officier de marine et homme politique français.

Vice-amiral, il est surtout connu pour son service lors de guerre d'indépendance des États-Unis, puis son rôle à Saint-Domingue et aux Mascareignes, et pour avoir commandé les forces navales françaises de l'océan Indien de 1796 à 1800.

Premières années Issu de la vieille noblesse bourguignonne, il perd son père Jean-Jacques, marquis de Sercey, capitaine du régiment de Lorraine-Dragons, à l'âge de cinq ans. Sa famille s'installe alors à Paris, et âgé d’à peine treize ans il obtient l'autorisation de sa mère Marie-Madeleine du Crest, peu avant sa mort, de rejoindre la Marine royale, inspiré par les exploits d'un frère s'étant distingué lors de l'abordage d'un bâtiment anglais. Orphelin de père et de mère, il s'embarque en 1766 comme volontaire sur la frégate La Légère, partant de Brest pour une campagne de neuf mois aux Îles du Vent. De retour en France, il s'embarque à Lorient sur la corvette lHeure-du-Berger pour une campagne de vingt-sept mois dans l'océan Indien, à l'issue de laquelle en 1770 il obtient le grade de garde-marine, scellant son engagement dans la Royale.

Débarqué à l'Île de France, il passe immédiatement sur la frégate l'Ambulante pour une nouvelle campagne de deux ans dans l'océan Indien. En 1772, il rejoint l'explorateur Yves Joseph de Kerguelen, alors en escale à Port-Louis, dans sa campagne de découverte des mers australes. Il sert sur la gabare le Gros Ventre, en tant que second de Louis Aleno de Saint-Aloüarn, et prend ainsi part à la découverte de l'archipel des Kerguelen. Séparé du navire chef de l'expédition, la frégate la Fortune, par une tempête, le Gros Ventre est considéré comme perdu corps et biens, et Kerguelen retourne en France, affirmant au roi Louis XV avoir découvert un nouveau continent austral, obtenant les moyens d'une nouvelle expédition. Le Gros Ventre continue en fait sa mission initiale, se dirigeant vers l'Australie dont les contours sont encore mal connus. Après un voyage difficile, il atteint la baie des Chiens-Marins en Australie Occidentale et Saint-Aloüarn en prend possession au nom du roi de France le 30 mars 1772. Retrouvant quelques mois plus tard à l'Île de France la seconde expédition de Kerguelen, Sercey la rejoint et sert à bord de la frégate lOiseau, participant cette fois à la reconnaissance plus en détail des Kerguelen, jusqu'en 1774.

Après ce périple de trente-deux mois, il revient en France et reçoit du roi Louis XVI une gratification. Il sert en 1775 sur l'''Amphitrite aux Antilles, plus particulièrement autour de Saint-Domingue, sous le commandement du comte de Grasse, puis sur la fameuse Boudeuse, alors attachée à la station des Îles Sous-le-Vent, jusqu'en 1778.

La guerre d'indépendance américaine Sercey retourne en France en juin 1778, alors que les tensions avec la Grande-Bretagne sont vives à cause du soutien français aux Patriots américains lors de la guerre d'indépendance des États-Unis. Le 17 juin, les hostilités commencent officiellement après l'affrontement entre la frégate française la Belle Poule et la frégate britannique dans la Manche. Envoyé au secours de la Belle Poule, endommagée après ce combat victorieux, avec une centaine de marin, c'est le marquis de Sercey qui mène le vaisseau de la baie de Plouescat à Brest, en vue de l'ennemi, son commandant le seigneur de la Clocheterie ayant été blessé lors de l'affrontement. Il reste sur ce bâtiment, devenant son second, puis son commandant provisoire. Assigné à une division navale sous les ordres du comte de Tréville, il sert pendant sept mois dans l'océan Atlantique, prenant trois vaisseaux. Il est nommé enseigne de vaisseau en mai 1779 et sert successivement sur le Triton, la Couronne, la Ville de Paris, puis sur la frégate la Concorde avant d'obtenir le commandement du cotre le Sans-Pareil, vaisseau corsaire britannique le Non Such capturé par la Concorde et rebaptisé. Placé sous les ordres du comte de Guichen, il est envoyé en éclaireur avec une petite escadre vers les Îles du Vent, et tombe sous l'embuscade de huit lettres de marques, dont il réchappe avec difficulté. Il rejoint le comte de Guichen pour la bataille de la Martinique en avril 1780, puis chargé de porter des missives à Saint-Domingue, il est surpris, de nuit, par une division navale britannique et est fait prisonnier par l'HMS Phoenix le 26 juin 1780.

Il est échangé en octobre de la même année, et obtient le commandement du cotre le Serpent, puis rapidement celui de la Levrette. C'est au commandement de la Levrette, assigné à une division navale sous les ordres de François-Aymar, baron de Monteil, qu'il participe au siège de Pensacola et obtient une commission de lieutenant de vaisseau à la prise de la ville en mai 1781, en récompense de ses accomplissements pendant la bataille. À son retour à Saint-Domingue, il est chargé d'escorter avec son cotre et une petite frégate placée sous ses ordres, la Fée, un convoi de trente bâtiments vers la Nouvelle-Angleterre. Pris en chasse par deux frégates anglaises, il arme un gros bâtiment, le Tigre, et choisit de passer à l'offensive : l'ennemi, supérieur mais surpris par cette manœuvre audacieuse, se retire, et le convoi arrive intact à sa destination. Désormais chargé de missives pour la France, il perd la Levrette dans une tempête au large des Açores, mais réussit à sauver son chargement et à arriver à bon port à temps pour prévenir les autorités de l'arrivée d'un convoi important, escorté par lActionnaire. En récompense, il est fait chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis en mai 1782. vignette|287x287px|Combat des frégates françaises La Nymphe et L'Amphitrite contre le vaisseau anglais L'Argo (11 février 1783), huile sur toile de Pierre-Julien Gilbert, 1837, Musée de l'Histoire de France Embarqué comme lieutenant de vaisseau sur la frégate Nymphe comme second sous les ordres du vicomte de Mortemart, il participe avec la Concorde en janvier 1783 à la recapture de l'HMS Raven, sloop anglais capturé en 1778, rebaptisé le Cérès, puis repris en avril 1782 par le vicomte Hood. Un mois plus tard, il est avec lAmphitrite de la prise de l'HMS Argo, avec à son bord le gouverneur-général des Îles-sous-le-Vent britanniques, Thomas Shirley. C'est Sercey, qui, après d'âpres combats et dans la tempête, embarque pour prendre possession du vaisseau et de son illustre passager. Le vicomte de Mortemart décédant d'une soudaine maladie à leur retour à Saint-Domingue en mars 1783, le marquis prend le commandement de la Nymphe jusqu'à la fin des hostilités, sa dernière mission le chargeant d'escorter un convoi vers Brest. Il obtient du roi une pension et une lettre de satisfaction.

Alors âgé de trente ans, le marquis de Sercey est loin de la retraite et il fait partie d'un nombre limité d'officiers obtenant un maintien en service. En 1784, il ne passe que quelques mois à terre avant s’embarquer sur le vaisseau le Séduisant, qui porte l'ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte Choiseul-Gouffier à Constantinople, puis commande à partir de 1785 l'''Ariel, frégate en station aux Îles du Vent.

La Révolution, Saint-Domingue et l'Île de France Toujours stationné aux Antilles à l'aube de la Révolution, Sercey ne prend évidemment pas part aux évènements transpirants en métropole. Favorable dans une certaine mesure aux idées nouvellesRobert et Cougny, p. 303, il ne suit pas le mouvement de gronde agitant alors les colonies. En , il prend le commandement de la frégate la Surveillante au sein d'une division dirigée par le contre-amiral Charles Louis du Chilleau de La Roche : il fait rapidement face à un esprit de mutinerie parmi les hommes sous son commandement, mais fort de ses plus de vingt ans de service réussit à faire revenir calme et discipline. Il réussit de plus à raisonner et faire retourner à leurs postes les hommes du Jupiter ayant fait prisonnier leur commandant le contre-amiral Joseph de Cambis. Promu capitaine de vaisseau le , il est assigné à une escadre sous les ordres du vice-amiral de Girardin chargé de mater la rébellion royaliste agitant alors la Martinique. En , il épouse Amélie de Sercey, sa nièce, fille de son frère aîné s’étant établi à Saint-Domingue. Il assiste aux développements effrénés des premiers jours de la révolution haïtienne et la Surveillante devient le refuge de nombreux colons fuyant la révolte des esclaves : il recueille par exemple une centaine d'habitants des Cayes et assure leurs soins à ses frais pendant plusieurs mois. vignette|285x285px|Vue de l’incendie de la ville du Cap-Français, 21 juin 1793, gravure coloriée de Jean-Baptiste Chapuy d’après J. L. Boquet, 1794, Bibliothèque nationale de France|gauche Il est promu contre-amiral le et est nommé à la tête d'une division chargée de regrouper tous les bâtiments de commerce se trouvant toujours dans les divers ports de Saint-Domingue, puis de les ramener vers la métropole. En , il part de Brest à bord de l'Éole et découvre à son arrivée au Cap-Français en la capitale de la colonie française ravagée par les divisions politiques entre partisans du gouverneur-général de l'île Galbaud du Fort et ceux des commissaires Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel, alors que les esclaves révoltés se rapprochent dangereusement de la ville. Prenant le commandement de la division en rade du Cap, il assiste impuissant à la terrible confusion de la bataille du Cap-Français : Galbaud, tentant un coup de force contre les commissaires révolutionnaires, proclame son autorité sur la division Sercey, consigne celui-ci à ses quartiers, retournant ses hommes contre lui et utilise ses navires pour donner le premier coup de canon de son insurrection. Après deux jours de combats sanglants, malgré un succès éphémère, le gouverneur est forcé de se réfugier sur le Jupiter : les commissaires en difficulté ont fait appel aux esclaves insurgés et une dizaine de milliers d'entre eux ont investi la ville, repoussant ses forces au rivage. Cap-Français est alors proie à un immense incendie, au massacre, et les colons accourent par milliers vers le port. Sercey réussit à alors à reprendre la main sur ses hommes, ordonne et organise l'évacuation, à l'encontre de l'autorité des commissaires, et un immense convoi de plusieurs centaines de bâtiments avec à leurs bords des milliers de colons prend la mer dans les heures qui suivent. Le contre-amiral conduit cette flotte de fortune vers l'embouchure de la baie de Chesapeake, son épouse organisant les soins prodigués aux rescapés, recevant pour son action parmi eux le surnom d'« ange tutélaire ».

Passant alors sous l'autorité d'Edmond-Charles Genêt, ambassadeur de France aux États-Unis, celui-ci lui ordonne d'escorter un convoi de denrées américaines vers la métropole, mais aussi d'effectuer une expédition de reprise de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Appareillant le , les mauvaises conditions météorologiques et le spectre de la mutinerie obligent les vaisseaux sous l'autorité de Sercey à abandonner cet objectif particulièrement ambitieux. Arrivé à Brest le , en pleine Terreur, il est arrêté le 30 en tant qu'aristocrate soupçonné de royalisme et de désir d'émigration, puis emprisonné à la prison du Luxembourg pendant plus d'un an. Sauvé par la chute de Robespierre le 9 Thermidor, il est réintégré dans son grade par le ministre Laurent Truguet en , sous le Directoire.