Gilbert Nowina, né le dans le et mort le à Clamart (Hauts-de-Seine) est un militant socialiste et pacifiste français et une figure du monde des anciens combattants de gauche.
Biographie Famille et métier Gilbert Isidore Nowina est le fils de Mosick Gedalia Nowina (mort en 1921) et de Flore GenzbergerDossier de la Légion d'honneur de Gilbert Nowina dans la base Léonore (morte en 1925). Il a un frère cadet, Roger (1895-1980), militant socialiste comme luiMaitron en ligneLe Populaire, 15 novembre 1920 (Lettre de R. Nowina), Le Populaire, 15 mai 1924.
Il épouse en Marie Augustine (dite Micheline) François et fonde la même année avec son frère Roger une maison de commerce en vinsMaitron en ligne : Lire en ligne. Il est ensuite agent commercial à Paris où il réside, pour des tanneries à partir de 1932 puis pour les laboratoires scientifiques de la Madeleine, de la Madeleine-les-Lille (Nord).
Militant socialiste et pacifiste
Militant socialiste depuis sa jeunesse, membre de la SFIO depuis 1909, actif aussi à la Ligue des Droits de l'Homme, il s'engage dans l'action pacifiste des anciens combattants après la Première guerre mondiale, à laquelle il participe, ce qui lui vaut deux blessures et des décorations. Il a été blessé à la cuisse en en Argonne, par balle, et à la lèvre et à la joue en par des éclats d'obus. Il est versé dans le service auxiliaire en 1916 et est reconnu comme invalide de guerre.
Actif au sein de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), qui rassemble des anciens combattants politisés de gauche comme l'indique l'adjectif « républicain », il quitte cette dernière organisation lorsque les communistes deviennent majoritaires au sein des instances de direction. Il participe en 1922 à la fondation de la Fédération nationale des combattants républicains (FNCR) d'André Jacques Fonteny et devient l'un de ses vice-présidents. Il rompt en 1927 avec Fonteny, exclu de la SFIO, et met publiquement en cause son honneur et son honnêteté, , , . Il contribue ensuite à la fondation d'une fédération autonome des combattants républicains dont il est l'un des vice-présidentsLe Populaire, 4 décembre 1927. Il crée ensuite à la fin de l'année 1930, avec le député Camille Planche, la Ligue des anciens combattants pacifistes (LACP)Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, : Lire en ligne, dont il est d'abord le secrétaire général« Un appel de la Ligue des anciens combattants pacifistes », Le Populaire, 27 janvier 1931Maitron en ligne : Lire en ligne (La notice confond la LACP et la LICP (Ligue internationale des combattants de la paix).Le Combattant pacifiste, 23 avril 1932 (cf. notamment son rapport moral pour le premier congrès national de la LACP, )., jusqu'en juin ou Le Combattant pacifiste, 7 juillet 1932 (Pour raisons de santé selon le journal).. Il préside sa fédération du département de la Seine (région parisienne) jusqu'en 1937Le Populaire, 4 décembre 1937. Elle a été constituée en 1932. Il est aussi président de sa section du arrondissementLe Combattant pacifiste, 6 mars 1933 et l'un des vice-présidents de la LACP, du congrès d'« Le nouveau bureau de la ligue », Le Combattant pacifiste, 12 juin 1933 à la disparition de l'organisation en 1940, et l'un de ses principaux animateurs. La LACP combat toute forme de nationalisme et préconise le désarmement« Notre manifeste », Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933.
Son nom apparaît dans la presse généraliste et les journaux d'opinion en 1931 et 1932 lorsqu'il est traduit en justice devant un tribunal correctionnel pour avoir dirigé un service d'ordre musclé le , composé de membres de la LACP, qui n'a pas hésité à fesser en public deux spectateurs qui troublaient la pièce L'Affaire Dreyfus de Jacques Richepin (traduite d'une pièce allemande), jouée à Paris au théâtre de l'Ambigu. Une des toutes premières actions publiques de la LACP a consisté à protéger le théâtre et ses spectateurs contre les Camelots du roi de l'Action française, nationaliste et antisémite, et les Croix-de-Feu qui tentaient d'interrompre les représentations, depuis Excelsior, 24 février 1932, Jean qui rit, 8 avril 1931L'Action française, 30 mars 1931, L'Action française, 24 février 1932, Le Populaire, 15 février 1932, Ibid., 24 février 1932Marc Knobel, « Les derniers antidreyfusards ou l’antidreyfusisme de 1906 à nos jours », Collectif, L'Affaire Dreyfus et l'opinion publique, Presses universitaires de Rennes, 1995Jacques Nobécourt, Le Colonel de La Rocque, ou Les Pièges du nationalisme chrétien, Fayard, 1996, p. 198-199Jean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les Jeunesses patriotes (1919-1944), Presses universitaires du Septentrion, 2001, (Selon cet historien, Nowina a été ).. Nowina est pour L'Action française le L'Action française, 13 mars 1932, Ibid., 28 novembre 1931 (Congrès du désarmement international au Trocadéro à Paris, troublé par les Camelots du roi et par les Croix de Feu), Ibid., 9 juillet 1934, etc.. La fédération de la Seine de la LACP qu'il préside organise en 1934 un meeting pour demander la dissolution des Croix de Feu« Dix mille anciens combattants parisiens demandent la dissolution des Croix de Feu », Le Populaire, 10 novembre 1934.
À l'échelle internationale, il est aussi un des membres du comité exécutif français de la Conférence Internationale des Associations des Mutilés de guerre et Anciens Combattants (CIAMAC), à laquelle adhère la LACP aux côtés d'autres fédérations françaises (Union fédérale, FNCR, Poilus d'Orient, Blessés du poumon, etc.Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933) et qui rassemble des associations d'anciens combattants de divers pays, y compris des anciens combattants allemands et autrichiensLe Combattant pacifiste, décembre 1932, à la différence d'une organisation semblable, la Fédération interalliée des anciens combattants (FIDAC). Il participe dès lors à plusieurs congrès internationaux, afin d'y préconiser le combat pacifiste et le désarmementG. Nowina, « Dernier avertissement », Le Combattant pacifiste, décembre 1932 (congrès de Vienne).. Nowina se réjouit en 1933 de voir la FIDAC rejoindre la CIAMAC dans un congrès international commun, à Genève (où siège la SDN et se tient la conférence mondiale pour le désarmement), au mois de mars. Il y assiste et en donne un compte rendu, soulignant qu'Hitler, au pouvoir en Allemagne depuis le , a empêché les anciens combattants allemands d'y prendre partLe Combattant pacifiste, 6 mars 1933, Ibid., 12 juin 1933.
Camille Planche est son parrain dans l'ordre de la Légion d'honneur quand Nowina est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1936, au temps du Front populaire. Il reçoit la croix en tant qu'ancien combattant, trésorier de la commission exécutive française de la CIAMACJournal officiel, 2 août 1936.
Au sein de la SFIO, il est, lors du congrès de Tours de 1920, partisan de la motion présentée par Jean Longuet, à l'instar de son frère RogerLe Populaire, 20 novembre 1920 (Lettre de R. Nowina). Il est un temps secrétaire de la section du arrondissement, à partir de 1922, et membre de la commission exécutive de la fédération de la Seine. Candidat malheureux à une élection municipale partielle en 1924« L'élection de Paris », Journal des débats, 28 octobre 1924, « Les bolchevistes alliés de la réaction », Le Populaire, 3 novembre 1924, Le Populaire, 23 février 1928 (Paul Faure utilise cette élection pour critiquer les communistes qui ont maintenu leur candidat au tour). et aux municipales de 1925 à ParisLe Petit journal, 4 mai 1925 (Résultats en 1924 et 1925), ., il est membre du conseil d'administration du quotidien socialiste Le Populaire à la fin des années 1920 et au début des années 1930.
Dans Le Populaire, en 1937 et 1938, il rappelle son action en faveur d'une réconciliation franco-allemande au sein du mouvement combattant et la répression menée par Hitler contre les anciens combattants allemands liés à la CIAMAC dès 1933. Il dénonce le rapprochement entre l'Allemagne d'Hitler, belliqueuse, et des anciens combattants liés à la FIDAC qui, avant 1933, refusaient de discuter avec des Allemands : il attaque surtout Jean Goy et Jean Desbons et leur nationalisme . Il critique ceux qui veulent . Il exonère le dirigeant de l'Union fédérale, Henri Pichot, d'avoir cru avec ce rapprochement. Il dénonce aussi le comité France-Allemagne et le comité France-Italie ainsi que les subies par les Juifs allemands. Dès lors, travailler à la paix avec l'Allemagne nazie est une G. Nowina, « La comédie audacieuse de Berlin », Le Populaire, 22 février 1937, Le Populaire, 29 juin 1938 : Il évoque le Comité international permanent (CIP), fondé à Berlin en 1937 pour attirer les anciens combattants français. Cf. Antoine Prost, « V. La fin des illusions (1934-1939) », Les anciens combattants et la société française 1914-1939, Tome I, PFNSP, 1977.. En , au lendemain des accords de Munich, il signe une pétition initiée par le directeur d'un journal de gauche, Georges Boris, en faveur de la République tchécoslovaque, estimant que et que les signataires souffrent de à la TchécoslovaquieLa Lumière, 14 octobre 1938. Sa signature le distingue des pacifistes intégraux. Il aurait préféré de la part du gouvernement français une politique de fermeté face à Hitler« Au conseil fédéral socialiste de la Seine », Le Populaire, novembre 1938.
Il intègre en 1938 le conseil d'administration de l'« Amicale des Anciens du parti »Le Populaire, 17 octobre 1938, fondée en 1936. Cette amicale devient un groupe officiel en 1938.
Nowina est franc-maçon (loge La Fidélité)Joël Denis, « Arthur Groussier, Le Franc-Maçon réformiste », Humanisme, 2016/3, n° 312 (L'article évoque l'année 1928)..
Seconde Guerre mondiale Sous l'Occupation, il rejoint le Comité d'action socialiste clandestin de la zone occupéeRoger Quilliot, La SFIO et l'exercice du pouvoir, 1944-1958, Fayard, 1972, : Lire en ligne (Quilliot, socialiste plus jeune que Nowina, évoque son ).. C'est un résistantFabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, : Lire en ligne.
En , au congrès de la SFIO reconstituée, cet ancien pacifiste tient un discours germanophobe fondé sur la dénonciation des Noëlline Castagnez, « Chapitre I. Panser les blessures narcissiques pour rénover la SFIO », Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres, Presses universitaires de Rennes, 2021 : Lire en ligne..
Il est promu en 1948 officier de la Légion d'honneur en tant que président de la Fédération des anciens combattants de la Résistance.
Président de l'amicale des vétérans de la SFIO, 1945-1975
Nowina n'exerce plus de rôle exécutif au sein de la SFIO à partir de la Libération. Il se porte candidat sans succès au comité directeur du parti en 1950 et 1959.