L'édit d'Ashoka est l'un des plus importants édits majeurs sur rocher de l'empereur indien Ashoka (260-230 av. J.-C.), et c'est aussi le plus long. Il mentionne notamment ses guerres contre le Kalinga, à l'origine de sa transformation personnelle vers un règne plus juste et bienveillant visant à propager le Dharma. Il mentionne aussi l'étendue des relations avec le monde hellénistique en évoquant les populations grecques dans son empire, et en nommant les principaux rois hellénistiques de l'époque, ainsi que leur situation géographique assez précise, suggérant qu'Ashoka avait une très bonne connaissance du monde grec de l'époque. C'est d'ailleurs la mention des souverains hellénistiques contemporains dans cet édit qui a permis de dater le règne d'Ashoka avec une certaine précision, entre 260 et 230 av. J.-C..
Vocabulaire vignette|gauche|Représentation d'Ashoka à Sanchi, Dans cet édit, ainsi que dans les autres, Ashoka parle extensivement de la conquête du Dharma, qui a été traduit aussi bien par « religion », par « piété » ou par « voie ». Il semble cependant que le Dharma prêché par Ashoka est essentiellement de nature morale, sans être significativement religieux, et recommande surtout de faire des bonnes actions, de respecter les autres (y compris les animaux) ainsi que d'être pur et généreux. Dans son édit , Ashoka donne une définition plutôt morale de ce qu'il appelle le Dharma :
Dans son édit bilingue de Kandahar Ashoka utilise le mot grec pour « piété » (εὐσέβεια, Eusebeia), pour traduire le mot de Dharma utilisé dans ses inscriptions de langue indienne.. Selon Yailenko, la sagesse promue par Ashoka a pu être influencée par la sagesse grecque, telle qu'elle apparaît dans l'inscription de Kinéas à Aï Khanoum.
Localisations et chronologie de l'édit L'édit fait partie des « édits rupestres majeurs d'Ashoka », et apparaît dans plusieurs inscriptions rupestres en combinaison avec les autres édits majeurs (généralement ) et dans un état de préservation plus ou moins bon : dans l'inscription de Khalsi, et les inscriptions de GirnarInscriptions Of Asoka, E.Hultzsch, 1925 et de MansehraInscriptions Of Asoka, E.Hultzsch, 1925 . Il n'apparaît pas en revanche dans les inscriptions d'édits majeurs de Dhauli et Jaugada sur la côte est de l'Inde, probablement du fait de la distance géographique par rapport au monde hellénistique.
Chronologie Ces édits rupestres auraient été rédigés, afin de propager le Dharma, à partir de la année du règne d'Ashoka, comme il le mentionne lui-même dans plusieurs inscriptionsAshoka: The Search for India's Lost Emperor par Charles Allen . Il s'agit des rupestres majeurs et des édits mineurs. Ces inscriptions d'Ashoka sont en langues indiennes à l'exception des édits grecs d'Ashoka, inscrits sur un stèle de calcaire. Ils font suite à la toute première inscription d'Ashoka, rédigée en de son règne, et deux ans seulement après la fin de sa conquête du Kalinga, l'inscription bilingue de Kandahar établie à , Kandahar, au centre de l'Afghanistan. Cette première inscription fut rédigée en Grec classique et en Araméen exclusivement. Ce n'est qu'ensuite, au cours des et années de son règne, qu'Ashoka inscrivit de nouveaux édits, cette fois-ci sur des colonnes majestueuses, les piliers d'Ashoka. Il s'agit des édits sur colonne.
Texte de l'édit + Édit d'Ashoka Traduction en françaisPrakrit en script Brahmi(texte original dans l'inscription de Khalsi)250px vignette|La deuxième partie de l'édit de l'inscription de Khalsi (inscription sud), avec la mention des rois hellénistiques Antiochos II, Ptolémée II, Antigone II Gonatas, Magas de Cyrène et Alexandre II d'Épire Ashoka affirme aussi dans d'autres édits (Édit n°2 d'Ashoka) qu'il a envoyé des émissaires à l'Ouest pour transmettre bienfaits et plantes médicinales. On ne sait pas quelle a été l'influence de ces émissaires sur le monde grec. Certains spécialistes pensent que des communautés bouddhistes ont émergé à partir du règne d'Ashoka, notamment à Alexandrie (cette communauté étant mentionnée quatre siècles plus tard par Clément d'Alexandrie). Étant donné la définition particulièrement morale de Dharma pour Ashoka, il est possible qu'il veuille simplement dire que vertu et piété existent maintenant depuis le bassin méditerranéen jusqu'au sud de l'Inde, plutôt que d'y voir une expansion du Bouddhisme vers l'Ouest, non confirmée historiquement.
Selon Louis Robert, commentant les édits grecs d'Ashoka, l'existence de ces édits dans un grec de très haut niveau témoigne à la fois de la haute sophistication de la communauté grecque de Kandahar, et d'une vraie communication, d'un vrai échange culturel entre des intellectuels grecs et la pensée indienneUne nouvelle inscription grecque d'Açoka [article], Schlumberger, Daniel, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1964 p.139. Pour lui, il devient tout à fait probable que ces Grecs de Kandahar très au fait de la culture indienne aient pu à leur tour transmettre les idées indiennes aux cercles philosophiques du monde méditerranéen, de Seleucie du Tigre, d'Antioche, d'Alexandrie, de Pella ou de Cyrène. Il suggère que les fameux émissaires d'Ashoka envoyés dans les cours hellénistiques occidentales selon l’Édit d'Ashoka étaient en fait des sujets et citoyens grecs de Kandahar, qui avaient toutes les capacités pour effectuer ces ambassades. Par exemple, selon certains auteurs, les positions d'Hégésias de Cyrène se rapprochent du BouddhismeBerenice II and the Golden Age of Ptolemaic Egypt, Dee L. Clayman, Oxford University Press, 2014, p.33, ses idées rappelant la doctrine bouddhiste de la souffrance. On pense qu'il aurait pu être influencé par les missionnaires d'Ashoka"The philosopher Hegesias of Cyrene (nicknamed Peisithanatos, "The Death-Persuader") was contemporary of Magas and was probably influenced by the teachings of the Buddhist missionaries to Cyrene and Alexandria. His influence was such that he was ultimately prohited to teach" —Jean-Marie Lafont . Les Dossiers d'Archéologie (254): 78, INALCOÉric Volant, Culture et mort volontaire, quoted inHistorical Dictionary of Ancient Greek Philosophy, Anthony Preus, Rowman & Littlefield, 2015, p.184.
Les émissaires évoqués dans l’édit ont peut-être aussi influencé les Esséniens de Palestine et les Thérapeutes d'Alexandrie, qui seraient des communautés fondées sur le modèle du monasticisme bouddhiqueEssénisme et Bouddhisme, Dupont-Sommer, André, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1980 124-4 pp. 698-715 : selon André Dupont-Sommer, Essénisme et Bouddhisme, Dupont-Sommer, André, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1980 124-4 pp. 698-715 p.710-711. Cette influence serait même contributrice, toujours selon André Dupont-Sommer, de l'émergence du Christianisme :
Identification des rois grecs vignette|Les rois grecs dans l'édit . Les rois grecs sont mentionnés phonétiquement selon le script Brahmi. Le premier roi est qualifié de « Yona », Brahmi 13px13px. « » est le qualificatif utilisé pour désigner les « Grecs » en Prakrit, alors que le mot « » est le mot Sanskrit correspondant.
La transcription phonétique des rois grecs est la suivante : Amtiyoka pour Antiochos II, ou éventuellement Antiochos son père, Turumaya pour Ptolémée II, Aiiitekina ou Amtikini pour Antigone II Gonatas, Maga pour Magas de Cyrène, et Alikasu(m)dara pour Alexandre II d'Épire. L'identification d'Alexandre avec Alexandre II d'Épire est la seule qui soit incertaine, étant donné le nombre de souverains nommés Alexandre à l'époque (un autre candidat serait Alexandre de Corinthe 252-244 av. J.-C. par exemple), et l'importance relativement mineure d'Alexandre II d'ÉpireAsoka, par D.R. Bhandarkar, R. G. Bhandarkar p.45-46. Ces rois recouvrent l'essentiel du monde hellénistique de l'époque. Antiochos, et , sont mentionnés à nouveau dans l'édit d'Ashoka.
Certains de ces rois sont connus pour avoir eu des relations avec l'Inde. Une communication d'Hégésandre (Athénée, Les Deipnosophistes, XIV, p.652-653) nous informe que le roi Bindusara, père d'Ashoka, avait justement demandé à Antiochos Ier d'envoyer un philosophe grec à sa cour. Après l'ambassadeur Mégasthène, envoyé par Séleucos Ier auprès de Chandragupta Maurya, grand-père d'Ashoka, avaient succédé Déimaque, ambassadeur auprès de son père Bindusara, et Dionysos, envoyé par Ptolémée II Philadelphe auprès d'Ashoka lui-mêmeMcEvilley, The Ancient shape of Greek thought, History of Indian Buddhism: From the Origins to the Saka Era, Etienne Lamotte, Université catholique de Louvain, Institut orientaliste, 1988, .
Version grecque de l'édit vignette|Version en Grec des édits et , Kandahar, Afghanistan.
Il existe une version en grec de l'édit , aussi rédigée par Ashoka, et gravée sur une stèle de calcaire à Kandahar en Afghanistan. Il s'agit des édits grecs d'Ashoka, mais il ne subsiste que la fin de l'édit et de la première partie de l'édit . On pense que cette stèle, qui n'est qu'un fragment partiel, devait initialement contenir, davantage, voire tous les édits rupestres d'Ashoka. C'est le seul cas connu où les édits d'Ashoka n'ont pas été gravés sur un rocher ou une colonne, mais sur un bloc architecturalUne nouvelle inscription grecque d'Açoka [article], Schlumberger, Daniel, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1964 .
Voir aussi
Édits d'Ashoka
Inscription bilingue de Kandahar Inscription de Kinéas
Références
Ouvrages
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