vignette|upright=1.2|Staurothèque byzantine du début du .

La Vraie Croix, dite également Sainte Croix, est une relique de la croix sur laquelle Jésus-Christ aurait été crucifié.

Selon une tradition chrétienne qui remonte à la fin du , c'est la mère de l'empereur Constantin , l'impératrice Hélène, qui aurait découvert la croix de Jésus ainsi que celles du bon larron et du mauvais larron, lors d’un pèlerinage en Judée entrepris en 326. Ce récit central de la légende constantinienne. lance le culte de la « Vraie Croix » qui devient dès lors l'une des principales reliques de la Chrétienté, faisant l'objet d'une vénération particulière. Des reliquaires portant le nom de staurothèques sont fabriqués pour abriter les fragments.

Pour le christianisme, la croix de la Crucifixion est en effet l'instrument du salut de l'humanité puisque le Christ, par sa mort, a racheté les hommes de leurs péchés. Jusqu'en 1960, deux fêtes marquaient, dans le calendrier liturgique catholique, l'importance de cette relique : le Recouvrement de la Croix (le ), supprimé en 1960, et l'exaltation de la Sainte Croix (le ).

Les données textuelles vignette|upright=1|Peinture d'Hans Pleydenwurff (1470), une représentation de la croix en forme de T avec le titulus lui donnant l'aspect d'une croix latine.

Les Évangiles sont les seuls documents canoniques permettant de connaître les circonstances de la mort de Jésus de Nazareth. Selon ce que rapporte l'Évangile de Marc, rédigé en grec, Jésus est mort juste en dehors des murailles de Jérusalem, en un lieu appelé Golgotha. Là, il a été cloué sur un stauros (« croix » en grec) et pendu à un xylon (« bois » en grec) entre deux malfaiteurs que la tradition populaire chrétienne désigne sous le nom de bon et mauvais larrons. Toujours selon ce texte, une inscription portant le motif de sa condamnation accompagnait son supplice.

Selon l'archéologieJacques Briens, « La Jérusalem byzantine reconstituée », dans Le Monde de la Bible, hors-série trois religions à Jérusalem, 2008, . et les textes antiques (Plutarque et Artémidore), les techniques de crucifiement ont varié selon les époques et les régions. L'une d'elles consistait à clouer ou à ligoter le condamné sur une traverse de bois (stauros en grec, patibulum en latin). Puis cette traverse était fichée dans un pieu vertical (en grec xylon, c'est-à-dire « bois » ; en latin crux ou furca) peu élevé, les pieds du supplicié touchant presque le sol. Le tout formait ce que les Romains appelaient une crux, terme à l'origine du français « croix ». Le condamné mourait par asphyxie, après plusieurs heures de terribles souffrances. Particulièrement douloureux et humiliant, ce genre de mort était, dans le monde romain, réservé aux esclaves et aux non-citoyens..

À partir du , l'Empire romain étant devenu chrétien, ce supplice fut abandonné, car il ne convenait plus à un État se réclamant officiellement d'un homme qui avait été exécuté de cette manière. On oublia donc les circonstances réelles de la mort du Christ, et l'image de la croix se modifia pour devenir cet objet à quatre directions couramment représenté dans les « croix » et les « crucifix » des églises chrétiennes. En outre, la traduction latine de la Bible (la Vulgate) ayant été faite après la disparition de ce supplice, cette traduction ne comprend plus les termes employés par le texte grec et traduit stauros par crux, et xylon par lignum (« bois »), d'où l'image représentant Jésus en train de porter sa croix alors qu'en réalité le condamné ne portait la plupart du temps que le patibulum.

Ponce Pilate aurait fait mettre sur le titulus de la croix le texte suivant, rédigé en latin, en hébreu et en grec : Par la suite, les représentations chrétiennes se sont limitées aux initiales du texte latin (Iesus Nazarenus Rex Iudæorum), soit INRI.

Traditions et légendes Protonikè Dans lInvention de la croix par Protonikè (BH0 211), conservée dans deux versions en syriaque qui datent au plus tôt des , il est rapporté que la croix de Jésus a été confiée d'abord à Jacques le Juste le frère du Seigneur et ensuite à Siméon, fils de Clopas, devenu évêque de Jérusalem vers 73François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, . et martyrisé sous TrajanSimon Claude Mimouni, « La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem », dans Studia patristica vol. , publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, .. Elle a été ravie à ce dernier par Nicétas et enterrée à vingt coudées de profondeur où elle est restée pendant toute la durée du mandat des treize autres évêques de Jérusalem, pour n'être retrouvée que par Judas, le quinzième de ces évêques. La deuxième version raconte à peu près le même scénario avec des variantes, mais précise que celui qui retrouve la croix est Judas le Cyriaque. Protonikè recherche la croix de Jésus à l'époque où Jacques le Juste est « évêque » de Jérusalem.

Origine du bois de la croix vignette|upright=1|La reine de Saba vénère le bois de la Vraie Croix.Légende de la Vraie Croix (Piero della Francesca), église San Francesco, Arezzo.

Selon une tradition, la croix aurait été faite de quatre bois différentsJacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, publié par Guien, 1821, ., car il faut compter le montant transversal (le patibulum), le vertical (le stipes), la tablette portant l'inscription (le titulus), et la traverse pour les pieds du Christ (le suppedaneum) : bois d'olivier (symbole de la réconciliation), de cèdre (symbole de l'immortalité et de l'incorruptibilité), de cyprès et de palmier.

Une autre tradition médiévale, remontant à l'évangile apocryphe de Nicodème, est reprise au dans la Légende Dorée du dominicain Jacques de Voragine. La Croix du rédempteur fut taillée dans le bois de l'arbre ayant poussé sur la tombe d'Adam, traditionnellement localisée à Jérusalem, sur l'emplacement même de la crucifixion. Or cet arbre n'est autre que celui qui a poussé à partir d'une graine de l'Arbre de la Vie, semée dans la bouche d'Adam après sa mort par son fils Seth. C'est l'archange Michel qui l'a apportée à Seth depuis le paradis terrestre afin de permettre à terme le rachat du péché originel. L'arbre ayant poussé sur le tombeau d'Adam est alors abattu sur ordre du roi Salomon pour servir de bois d'œuvre. Destiné d'abord à la construction du Temple, il est finalement affecté à celle d'un pont, celui de Siloé. La reine de Saba, rendant visite à Salomon, s'agenouille devant cette poutre de bois, avec la prémonition qu'elle servira à fabriquer la croix de la Passion de Jésus.

Touché par cette prémonition, Salomon ordonne alors aux ouvriers de retirer le bois sacré du pont sur le Siloé et de l'enfouir profondément sous terre. Et, à l'endroit où l'arbre était enfoui, se forma plus tard la piscine probatique : si bien que l'eau guérissait les malades. Cette version est illustrée par la Légende de la Vraie Croix de Piero della Francesca. Mais encore fallait-il tenir compte de la disparition du bois de la croix après la Crucifixion. Selon les versions les plus courantes, les trois croix (celle du Christ et celles des deux larrons) auraient été jetées dans un fossé, près des remparts de Jérusalem à quelques mètres du Golgotha. La Légende dorée et les fresques de la Légende de la Vraie Croix en relatent les pérégrinations et la redécouverte par l'impératrice Hélène.

Une version gaélique affirme que la croix a été faite dans du peuplier tremble et que l'arbre en resta tellement traumatisé qu'il tremble de toutes ses feuilles(en) John Cameron, Gaelic Names of Plants, 1883..

Histoire des reliques de la Vraie Croix vignette|Dans la chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (la ), le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix.

Le nom de « Vraie Croix » a été donné à un ensemble de reliques remontant à la croix découverte par l'impératrice Hélène au début du . Découpé en plusieurs fragments et dispersé entre plusieurs sanctuaires, en particulier Jérusalem et Constantinople, le bois de la Vraie Croix est au Moyen Âge une relique très connue grâce au commerce des reliques, essentiellement royal. À partir du , nombreux sont les sanctuaires qui prétendent en posséder des fragmentsJ.-A.-S. Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses (3 vol.), 1821..

L'invention de la Vraie Croix est probablement une légende créée à partir des années 350, le récit de l'Anonyme de Bordeaux qui raconte un pèlerinage à Jérusalem en l'an 333 ne la mentionnant pas..

Au : Hélène et l'invention de la Croix vignette|upright=1|L'exaltation de la Vraie Croix, Giambattista Tiepolo 1740-45. Accademia, Venise.

Au , l'Empire romain devient peu à peu chrétien sous le règne de l'empereur Constantin. Ce dernier, converti au christianisme en 337 et baptisé dans l'arianisme sur son lit de mort, fait construire de nombreuses basiliques dans l'ensemble de l'Empire, en particulier sur les lieux ayant abrité la vie du Christ. L'une d'elles, le Saint-Sépulcre à Jérusalem, est érigée sur l'emplacement présumé du tombeau du Christ et du Golgotha. Rapidement, cette basilique prétend posséder une relique prestigieuse : la Vraie Croix.

Selon des récits légendaires qui apparaissent à partir des années 350Cyrille de Jérusalem, Les Catéchèses baptismales et mystagogiques, coll. « Les Pères dans la foi », Migne, Paris, 1993 : Catéchèses 4, 10 ; 9, 19 ; 13, 4)., soit une dizaine d'années après la mort de Constantin, le bois de la croix aurait été découvert sur le lieu du Calvaire, après la destruction du temple de Vénus bâti par Hadrien, afin d'y ériger la basilique du Saint-Sépulcre. D'après l'emplacement des reliques dans l'église actuelleChapelle de l’invention de la Croix., cette inventio aurait eu lieu à 24 mètres de la tombe supposée du Christ, le martyrium de la basilique de Constantin étant érigé au-dessus de cette découverte.. C'est au cours du chantier que trois croix auraient été trouvées. Un miracle aurait permis de distinguer la croix du Christ de celles des deux larrons. Ces récits légendaires ont pu être écrits comme une réponse aux questions des pèlerins sur l'origine de ces reliques mais peuvent s'expliquer aussi par la concurrence entre les diocèses de Césarée et de Jérusalem qui revendiquaient la primauté de l'Église dans la province palestinienne.

Eusèbe de Césarée, dans son texte d'apologétique chrétienne, ne parle pas d'Hélène mais des traditions ultérieures ajoutent à son récit cette précision. : Gélase de Césarée dans son Histoire ecclésiastique rédigée vers 390, attribue à Hélène le rôle principal dans l'invention de la Croix : en 395, l'évêque de Milan, Ambroise, déclare qu'Hélène aurait retrouvé les trois croix dans une ancienne citerne, et qu'elle aurait reconnu celle du Christ grâce à son inscription : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs. » Une version identique est rapportée par Jean Chrysostome à la même époque..