La grotte du Renne est l'une des cavités du site des grottes d'Arcy-sur-Cure, dans l'Yonne, Bourgogne, en France.
Ayant livré la seule série connue quasiment ininterrompue entre le Moustérien et le Gravettien, elle est le site le plus important connu dans le nord de la France pour le Châtelperronien. et, au-delà de ce régionalisme, elle est le site le plus emblématique et le plus documenté de ce faciès culturel.. Son importance est, jusqu', capitale pour la question de la transition Néandertal/Homo sapiens. Ses vestiges ont permis d'affirmer pour la première fois que les néandertaliens étaient les auteurs d'objets ornementaux. Ce point a été fort débattu et contesté. Les dernières analyses en date (2016) confirment cette hypothèse.
Elle est tout aussi importante pour l'étude du Gravettien et elle est le seul gisement aurignacien bien préservé connu dans le bassin parisien.
Elle a aussi livré un petit nombre de très rares vestiges de Néandertaliens, associés à des outils lithiques du Moustérien à denticulés.
Une autre curiosité est la présence d'un petit bloc de pigment bleu, unique parmi les sites préhistoriques français.
La grotte est inscrite comme monument historique depuis 1992.
Situation, description thumb|240px|Huit grottes groupées sur environ , d'amont en aval (O-E) : Lion, Loup, Bison, Renne, Ours, Trilobite, Hyène, Cheval.
Le site d'Arcy se trouve entre Auxerre et Avallon, dans la partie sud du département de l'Yonne, à moins de au sud d'Arcy-sur-Cure. Il est au bord de la rivière Cure, en rive gauche Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (=cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches"..
La grotte du Renne se trouve à environ en amont de la Grande grotte, entre et d'altitudePour les schémas et cartes succinctes montrant les emplacements respectifs des différentes grottes, voir : (carte établie par Liliane Meignen en 1959, montrant les emplacements des 14 principales cavités au sud du massif corallien depuis les Goulettes (amont) jusqu'à la Grande grotte (aval) - manquent celles au nord du massif, soit les Nomades, l'Égouttoir, le Moulinot et Barbe Bleue) ; Liger 2003 [PDF], (montre un plan général du massif incluant les emplacements de l'Égouttoir, de Moulinot et de Barbe-Bleue au nord du massif corallien, et quatre grottes au sud du massif) ; (montre le développement des grottes entre la grotte du Lion et l'abri du Lagopède) ; . et donc à une dizaine de mètres au-dessus du niveau actuel de la Cure. Son développementEn spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain. est de 104 m, pratiquement sans dénivelé..
La voûte du porche est effondrée sur environ . Au fond de la grotte se trouve la galerie Schoepflin, dont le plafond est à seulement du sol.
Son horizon archéologique le plus ancien () s'est révélé en 1960 comme la couche la plus récente d'une caverne basse qui s'est effondrée, effondrement qui a formé la grotte du Renne telle qu'elle se présente actuellement. (hormis les effondrements de porche ultérieurs).
Géologie
La grotte du Renne est creusée dans des calcaires tendres à la limite des faciès coralliens et marneux du Rauracien.. La tendreté de la roche donne des galeries plutôt régulières et lisses où les porches ont tendance à s'effondrer, avec des éboulements qui les obstruent entièrement..
La carte géologique. montre, le long de la rivière, une très étroite bande bleu moyen terne de Bathonien (« J3 ») : des calcaires oolithiques et marneux ou gros bancs de calcaire blanc compact oolithique et pisolithique. - mais d'autres auteurs donnent J3 pour le Callovien., des « chailles litées et calcaires oolithiques ». ; selon Girard, le Bathonien n'apparaît pas au niveau des grottes d'Arcy.. Jouxtant le Bathonien, on trouve une très étroite bande d'Oxfordien (« J5 » en bleu sombre), mélange d'argiles et de calcaires dont des oolithes ferrugineuses de l'Oxfordien moyenPierre Bodu, « L'application de la méthode des remontages à l'étude du matériel lithique des premiers niveaux châtelperronien de la grotte du Renne à Arcy sur Cure (Yonne) », Mémoires du Musée de préhistoire d'Ile de France, 1990. Cité dans ..
L'arrière-récif corallien (« J6a-5 » en bleu pâle) inclut du Kimméridgien inférieur (« J6a ») et de l'Oxfordien (« J5 »). Sur le plateau dominant les grottes d'Arcy se trouvent des couches du Kimméridgien inférieur (« J6a » en bleu moyen, marnes à Pholadomya cor, .), faites essentiellement d'argiles Couches « Cartes IGN classiques » et « Géologie » activées.. Fy sont des alluvions anciennes.
Pour un aperçu sur la formation géologique du site, voir l'article principal « Grottes d'Arcy-sur-Cure », section « Géologie ».
Histoire récente
Elle est découverte en 1939 par Pierre Poulain. André Leroi-Gourhan et son équipe, qui travaillent sur le site de 1946 à 1963, étudient cette grotte à partir de 1949. mais principalement de 1956 à 1961.
Les vestiges archéologiques n'y ont pas été malmenés. Une partie a été fermée pour afin de la préserver pour les recherches futures..
Occupation humaine Les plus récentes découvertes pour cette grotte sont de : y a été trouvé dans l'ancienne entrée (effondrée) un maxillaire supérieur droit parfaitement conservé d'un homme de Néandertal de 35 à , dont le cadavre a probablement été consommé par des hyènes : de petits trous correspondant aux canines des carnivores sont visibles sur l'os. Deux autres dents isolées (une molaire et une incisive) ont également été retrouvées à proximité ; elles appartiennent à deux autres individus, un jeune adulte et un enfant..
Enfin, les dents de juvéniles humains ne sont pas les seuls témoins de l'existence d'enfants dans les populations de châtelperroniens sur le site d'Arcy. L'industrie lithique de tous les niveaux de ce faciès culturel démontre plusieurs niveaux d'habileté dans la taille des pierres ; la grotte du Renne en montre au moins trois, .. Pierre Bodu, lui-même tailleur expérimenté d'outils lithiques, a conclu de ses observations du matériel de cette grotte que plusieurs individus inexpérimentés se sont essayés à cette technique , section « Discussion - Patterns in the Faunal Processing Sequence »..
Plus récemment (Welker 2016), vestiges de Néandertaliens du Châtelperronien ont été identifiés et datés par spectrométrie de masse, analyse biomoléculaire, chromatographie liquide et analyse de séquence d'acide aminé..
Des scientifiques viennent d'identifier l'os d'un bébé Homo sapiens, alors qu'ils pensaient cette grotte occupée uniquement par des Néandertaliens.
Stratigraphie En 1961 Leroi-Gourhan détermine , divisés en sept grandes périodes : Moustérien (), post-Moustérien (, et ), Châtelperronien ( et ), Châtelperronien final (), Aurignacien (), Gravettien (, et ), et les couches supérieures (, et ).En 2001 David la présente avec quinze niveaux archéologiques dans lesquels onze cultures se sont succédé : niveau : alluvions sableuses - le plus ancien niveau ; niveau : Moustérien typique, niveau : Moustérien de transition ; niveaux et : deux horizons de Moustérien à denticulés. ; niveaux , et : trois horizons distincts de la période du Châtelperronien sur plus de d'épaisseur ; niveau : Aurignacien ; niveaux et : deux horizons de Gravettien ; niveau : horizon antérieur au Solutréen, qui correspond à la couche C4 du Protosolutréen dans la grotte du Trilobite voisine. ; niveaux et : deux horizons de cailloutis ; niveau : horizon de terre végétale...
Moustérien typique : niveau L'habitat du Moustérien typique ancien, installé à la fin d'une période de froid sec, se trouvait dans les quelque de l'entrée. Un réchauffement climatique a amené un premier éboulement du porche ; mais bien que de gros blocs aient rendu cet espace inconfortable, des vestiges d'os et d'industrie lithique entre les blocs montrent qu'il a continué à être habité. Le froid revient ensuite..
Moustérien à denticulés : niveaux et L'occupation perdure jusqu'au Moustérien à denticulés. Deux dates obtenues dans la donnent à , ce qui semblait en 1988 démontrer une continuité avec la ; mais l'analyse pollinique montre un hiatus entre ces deux couches : seul le début de la période de redoux de l'interstade des CottésPour les interstades de la glaciation de Würm (interstade d'Hengelo-les Cottés, interstade d'Arcy, interstade de Kesselt, interstade de Paudorf, interstade de Lascaux, interstade de Bölling), voir l'article de cette glaciation, section interstades. apparaît uniformément au sommet de la ; le reste de cet interstade n'est présent que sporadiquement en certains endroits de la grotte (cet interstade apparaît aussi dans les derniers niveaux du Moustérien de la grotte du Bison). David (2001) estiment que la a vraisemblablement été occupée entre (±850) et .. Les datations de 2012 pour le donnent une fourchette d'âge entre et , dans la section “Results” de ..
Châtelperronien : niveaux , et Les niveaux et sont particulièrement riches en matériel du Châtelperronien. Leur remplissage est fait de plaquettes de calcaire légèrement usées par les piétinements, avec de gros galets, le tout dans une gangue friable en ocre-violet.. De toutes les couches de la séquence châtelperronienne, la a la stratigraphie la mieux délimitée grâce à la texture et à la couleur particulières du sédiment. ; les pigments y sont si abondants qu'ils ont coloré de gris-noir toute cette couche imprégnée de poudre noire..
Épais de par endroits, cet ensemble contient jusqu'à une dizaine de sols formés et de nombreuses structures d'habitation : des « fonds de cabanes » bien conservés, dont une cabane à peu près circulaire en . retrouvée en . et tout au long de ces deux niveaux ; ceci accompagné de nombreuses défenses de mammouth, .. Trois cabanes. se présentent dans la partie antérieure de la grotte, dans une couche datant de la fin du réchauffement des Cottés, et comportant des murets circulaires en pierres plates. Ces mêmes horizons châtelperroniens ont également livré de petits foyers accompagnés de blocs d'ocre plus ou moins calcinés - le degré de calcination faisant varier la couleur finale. Cette trouvaille montre que dès cette époque les néandertaliens savaient manipuler les variations de couleurs.
Sont également mis au jour des objets issus du travail de la pierre en silex et en chaille, également des objets issus du travail de matière animale, ainsi que des objets de parure (une quarantaine. Voir .) et une vingtaine d'ossements de néandertaliens (surtout des dents). Certains outils en os sont décorés. Les alênes ont été intensément utilisées pour faire des perforations sur différentes matières souples, probablement différents types de peaux. Neuf alênes sont décorées d'encoches ou de motifs en « V ».. Les objets de parure de la comprennent de nombreuses dents d'animaux (loup, renard, ours, rhinocéros, renne, cerf, cheval, marmotte, bovin) percées ou incisées pour être suspendues. Les et en ont également livré mais en plus petites quantités.. L'analyse au des protéines trouvées sur ces vestiges humains a permis de mettre le point final à une controverse de longue date et d'affirmer que les néandertaliens, antérieurement et conjointement aux homo sapiens, étaient capables de fabriquer des objets ornementaux porteurs d'une dimension symbolique. (Voir plus bas la section « Controverse sur la datation du Châtelperronien ».)Le même niveau inclut, parmi les ossements d'homme de Néandertal, un os temporal d'enfant dans la ..