Fernand Contandin, dit Fernandel, né le à Marseille et mort le à , est un acteur, humoriste, chanteur et réalisateur français.

Issu du music-hall, il est durant plusieurs décennies l'une des plus grandes vedettes du cinéma français. Véritable champion du box-office, il parvient au cours de sa longue carrière à attirer plus de dans les salles.

Comique emblématique du cinéma d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, il joue dans nombre de films devenus des classiques, parmi lesquels on note Angèle, Regain, Le Schpountz, La Fille du puisatier, Topaze, L'Auberge rouge, Le Mouton à cinq pattes, Ali Baba et les Quarante Voleurs ou La Cuisine au beurre, au même titre que plusieurs de ses personnages récurrents, à l'image de celui de la série de films Don Camillo. Il tient également avec succès certains rôles plus dramatiques, notamment dans Naïs puis La Vache et le Prisonnier en 1959, Le Voyage du père en 1966, ou encore, à la fin de sa vie, Heureux qui comme Ulysse en 1970.

Chanteur populaire, il laisse une discographie importante, parsemée là aussi de célèbres chansons faisant souvent partie de la bande originale de ses films ou de ses apparitions à la télévision ou à la radio, parmi lesquelles : On m’appelle Simplet, Ignace, Félicie aussi, Aujourd'hui peut-être, La Bouillabaisse ou Le Tango corse. Reconnaissable à ce qu'il désigne lui-même sa « gueule de cheval », il acquiert une popularité internationale, au point que le , le général de Gaulle déclare lors d'une réception à l'Élysée que cet acteur est .

Biographie Origines familiales et enfance Fils des Marseillais Denis Charles Contandin, comptable, né en 1871, et de Désirée Françoise Bédouin, couturière-tailleuse, née en 1879, Fernand Joseph Désiré Contandin naît au 70, boulevard ChaveActe n°747 (vue 27/40), registre des naissances de l'année 1903 pour la ville de Marseille sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.Biographie accompagnant Les Disques d'or de Fernandel.. L'un de ses arrière-grands-pères paternels, Thomas Contandin, né en 1796, est originaire du Piémont, de la vallée occitane du Cluson (val Chisone), dans la province de Turin, précisément du hameau de Passoir, du village de Méan/Meano (aujourd'hui subdivision de la commune de Pérouse/Perosa Argentina), où on peut toujours voir la maison de ses ancêtres.. Douanier de profession, il arrive en France dans les années 1810-1820Jean-Louis Beaucarnot, Don Camillo et les douaniers : la généalogie de Fernandel, Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes, septembre 2019.. La forme Contandin (au lieu de Coutandin) est due à une erreur de transcription des actes italiens..

Un autre de ses arrière-grands-pères, Mathieu Maglione, originaire de Ligurie, arrive à Marseille où il exerce la profession de portefaix.

Son père, Denis Contandin, est employé comme comptable mais il est aussi comédien-chanteur amateur sous le pseudonyme de « Sined » dénomination inversée ou anacyclique de « Denis », et sa mère Désirée Bédouin, également comédienne amatrice, remarquent rapidement le talent du jeune Fernand. Il suit son père lors des concerts que celui-ci organise dans la banlieue de Marseille, montant lui-même sur les planches. À l'occasion d'un concours pour petits chanteurs amateurs, il remporte le premier prix des enfants prodiges au théâtre du Châtelet de Marseille.

Andrex, comédien et ami d'enfance de l'acteur, raconte :

Fernandel a deux frères : Auguste-Marcel (1897-1961), son aîné de six ans (avec lequel il se produit un temps sous les noms de Marcel et Fernand Sined) et Francis dit Fransined (1914-2012), plus jeune que lui de onze ans, ainsi qu'une sœur, Marguerite (1910-2006).

Jeunesse En 1915, à la fin de l'école primaire, le père de Fernand le place pour un bref passage à l’agence marseillaise de la Banque nationale de crédit, dont il ne tarde pas à se faire congédier...

Il enchaîne ensuite les petits boulots, portant des sacs de sucre dans le port de Marseille, travaillant dans une maison de tissus et dans plusieurs banques dont la SMC (Société Marseillaise de Crédit).

Parallèlement, il court le cachet comme comique troupier dans des noces et banquets ou sur les scènes des cafés-concerts de Marseille (Les Variétés, Le Palais de cristal, Le Grand Casino, L'Eldorado, l'Alcazar« Fernandel et le music-hall marseillais », Repères méditerranéens, , sur le site de l'INA.). Il a du succès, mais ne se prend pas au sérieux. Son profil chevalin marque les esprits, mais son caractère volage ne lui permet pas de s'assurer une situation stable.

Il prend finalement un emploi à la savonnerie du Fer-à-cheval, qu'il conserve jusqu'à son incorporation sous les drapeaux. Le , à 22 ans, il épouse Henriette Félicie Manse (1902-1984), la sœur de son ami, le parolier Jean Manse, avec laquelle il a trois enfants. C'est la mère d'Henriette qui serait à l'origine de son pseudonyme « Fernandel ». Le jeune Fernand est si empressé auprès de sa fille, qu'un jour le voyant arriver dans la rue depuis sa fenêtre, elle dit fort : ; la phrase fait mouche. Elle est alors adoptée par le comédien pour en faire son nom de scène. Il est aussi probable que Fernandel vienne du provençal, qui signifie « petit Fernand ».

Un mois après son mariage, il commence son service militaire au d'artillerie de montagne de Grenoble. Il est libéré le .

Trois semaines avant cette date, le directeur de l'Odéon de Marseille l'engage pour remplacer une vedette parisienne, conspuée par le public, en première partie de programme. Le numéro de tourlourou de Fernandel, constitué des succès de Gaston Ouvrard (C'est beau la nature), de Polin (Elle a de la barbe) et quelques créations, dont deux chansons écrites par Jean Manse, est un triomphe. Jean Faraud, le directeur français de la Paramount dont fait partie l'établissement et qui assiste par hasard à la prestation, lui propose immédiatement un contrat pour se produire dans l'ensemble du circuit« Fernandel toujours dans le cœur des Marseillais », marseille.fr, 31 janvier 2023.. Fernandel débute le à Bordeaux où il retrouve Andrex, puis enchaîne avec Toulouse, Nice et Lille.

Débuts parisiens Le , Fernandel fait ses premiers pas parisiens à Bobino. Grâce au succès de sa prestation, il signe dès le lendemain un contrat de dix-neuf semaines pour le circuit des cinémas Pathé de Paris. Il est également engagé au théâtre de l'Empire par Émile Audiffred. Malgré la mort de son père le , il poursuit sa carrière de comique à Paris. Installé dans un modeste hôtel de Ménilmontant, rue Pelleport, il débute à l'Élysée-Palace de Vichy. C'est là qu'Henri Varna, directeur du Casino de Paris et du théâtre Mogador, le voit et l'engage pour la revue d'hiver du concert Mayol, revue déshabillée à succès de l'époque réunissant le tout-Paris. Fernandel et Parisys y interprètent trois sketches intercalés entre les numéros de danse.

vignette|Triomphe pour Les Rois du sport en 1937, avec Raimu. Le réalisateur Marc Allégret qui y assiste est frappé par le physique et la personnalité de Fernandel ; il décide de lui offrir le rôle d'un groom dans le film qu'il prépare avec Sacha Guitry Le Blanc et le Noir. L'année 1930 marque ainsi le début de la carrière cinématographique de Fernandel.

L'année suivante, en 1931, Jean Renoir lui offre un rôle plus important aux côtés de Michel Simon dans On purge bébé, d'après la pièce de Georges Feydeau. Cette même année, il côtoie Jean Gabin dans le film Cœur de lilas. C'est l'année suivante qu'il est pour la première fois la vedette d'un film, Le Rosier de madame Husson de Dominique Bernard-Deschamps d'après une nouvelle de Guy de Maupassant.

Vedettariat left|vignette|Avec sa fille Josette Contandin, durant le tournage du film Josette. Par la suite, ses triomphes se multiplient, notamment dans les films de Christian-Jaque, Un de la légion et François I (1936), Josette (1937, film dans lequel joue aussi sa fille aînée), Fric-Frac (1939), mais surtout dans ceux de Marcel Pagnol : Angèle (1934), Regain (1937), Le Schpountz (1938), La Fille du puisatier (1940), Naïs (1945) et plus tard Topaze (1951). Mais à l'issue de ce dernier film, Fernandel et Marcel Pagnol se brouillent..

Les succès cinématographiques n'empêchent pas Fernandel de continuer une carrière de chanteur. Il tient un rôle dans de nombreuses comédies musicales, le plus souvent transformées en film par la suite. Certaines des chansons qu'il y interprète deviennent des tubes, comme Ignace, Simplet ou Félicie aussi.

En 1937, il publie ses premiers mémoires en feuilletons qui s'arrachent dans le quotidien communiste Ce soirAndré Ughetto, « Fernandel », émission La Marche de l'histoire sur France Inter 7 septembre 2012.

vignette|Fernandel et Totò dans La loi, c'est la loi (1958). En 1939, à la suite de la déclaration de guerre à l'Allemagne, il est mobilisé pendant la « drôle de guerre », à Marseille, dans le du Train, caserne d'Aurelles. Il est cantonné dans la cour de son unité après avoir provoqué une émeute lors de son premier tour de gardeValeurs actuelles , 77., puis démobilisé à la suite de la signature de l'armistice. Il a, entre-temps, enregistré Francine (1939), chanson très engagée contre la propagande allemande.

Ses films des années 1940, dont deux qu'il réalise lui-même : Simplet (1942) et Adrien (1943), sont essentiellement tournés pour la Continental FilmsLe Cinéma français sous l'occupation sur diplomatie.gouv.frYves Riou, L'Occupation sans relâche (documentaire), 2010., société de production financée par des capitaux allemands. Comme nombre d'artistes sous l'Occupation, il continue d'exercer sa profession et chante dans des cabarets, se fait applaudir à l'opéra (Grand Casino) et au Casino des Fleurs de Vichy et fredonne sur Radio-Paris.

Don Camillo left|vignette|Don Camillo et Peppone (Gino Cervi), dans Don Camillo Monseigneur.

Dans les années 1950, il retrouve le succès avec des films comme L'Auberge rouge (1951) de Claude Autant-Lara, Ali Baba et les Quarante Voleurs (1954) de Jacques Becker, ainsi que La Vache et le Prisonnier d'Henri Verneuil tourné en 1959. Il réalise également Adhémar ou le Jouet de la fatalité, en 1951, sur un scénario de Sacha Guitry.

La série des Don Camillo assoit sa notoriété. L'adaptation est tirée de l'œuvre de Giovannino Guareschi, dans laquelle le curé et le maire communiste d'un petit village italien se livrent à une lutte d'influence feutrée. Son interprétation bon enfant en ces temps de guerre froide confirme son succès populaire. Il tourne, au total, six épisodes : Le Petit Monde de don Camillo (1951) et Le Retour de don Camillo (1953) de Julien Duvivier, puis, avec d'autres réalisateurs, La Grande Bagarre de don Camillo (1955), Don Camillo Monseigneur (1961), Don Camillo en Russie (1965) et enfin Don Camillo et ses contestataires, qu'il commence en 1970. Il ne peut achever ce tournage en raison du cancer qui va l'emporter l'année suivanteLe film sera entièrement retourné avec d'autres comédiens, le réalisateur Christian-Jaque et Gino Cervi (Peppone) ayant refusé de le faire sans Fernandel..

Le , alors qu'il est à Rome avec sa fille Janine, le prie de venir au Vatican afin, dit-il, de faire la connaissance « du plus connu des prêtres de la chrétienté après le pape ». Un Fernandel de cire en Don Camillo dans son confessionnal est également installé en bonne place au musée Grévin.

Lors d'une entrevue où un journaliste lui demande de parler du succès du premier Don Camillo, il répond :

Fernandel remporte parallèlement un grand succès public et critique avec les enregistrements discographiques des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet (La Chèvre de monsieur Seguin, Les Trois Messes basses, Le Secret de maître Cornille).

En , il enregistre avec l'orchestre dirigé par Albert Wolff le conte de Sergueï Prokofiev Pierre et le Loup (opus 67).