Geoffroi (ou Geoffroy) du Loroux ou Geoffroi du Louroux, ou Geoffroy de Lauroux, mort le , est un homme d'Église français du , archevêque de Bordeaux de 1136 à sa mort sous le nom de Geoffroi III.
En , il siège au concile de Beaugency qui prononce l'annulation du mariage de et d'Aliénor d'Aquitaine, qu'il avait mariés en 1137 à Bordeaux.
Biographie Nom et lieu de naissance L'orthographe de son nom varie en fonction des sources et des textes. Dans les documents et lettres qu'il a rédigés lui-même, ou les chartes élaborées à son initiative, il est nommé Gaufridus de Laureolo ou de Lauriolo. Les textes qu'il n'a ni rédigés ni inspirés le nomment Gaufridus de Loratorio (Loroux) forme privilégiée par Jean Mabillon dans ses Annales, ou de Oratorio. Les médiévistes actuels emploient alternativement Geoffroi (ou Geoffroy) du Loroux, ou Geoffroy de Lauroux...
Il serait né au Loroux (Loratorium) ou plus exactement Le Louroux dans le diocèse de Tours, près du diocèse de Poitiers ; c'est une commune du canton de Ligueil, dans l'arrondissement de Loches. Célestin Port a envisagé Le Louroux-Béconnais.
Jean-Paul Bonnes a montré qu'il a d'abord été connu sous le nom de Geoffroi Babion.
Carrière de professeur
Il est écolâtre à Angers en 1107.
Il semble qu'il ait enseigné la théologie quand il dirige l'école d'Angers de 1113 à 1116.
Période de vie monastique (1130-1135) En 1130, il choisit la vie monastique. Jean-Auguste Brutails mentionne que certains le pensent Bénédictin mais qu'il suit plutôt la règle de saint Augustin.. Il fonde avec d'autres frères l'abbaye Saint-Pierre de l'Isle à Ordonnac (près de l'actuelle Lesparre-Médoc, en Gironde) dans le diocèse de Bordeaux, qui abrite une communauté de chanoines réguliers vivant selon la règle de saint Augustin..
L'abbaye de Sablonceaux et la collégiale de Fontaine-le-Comte sont construites grâce à des dons de d'Aquitaine entre 1126 et 1136. L'étude architecturale montre que les deux églises présentent le même plan.
La crise de l'archevêché de Bordeaux (1131-1135) et l'élection de Geoffroi À la mort du pape Honorius II, en 1130, les cardinaux se scindent en deux factions. Un groupe d'origine française vote pour le cardinal Grégoire qui prend le nom d'Innocent II, un autre d'origine romaine choisit Pierre de Léon (Anaclet II). Devant cette division de l'Église, Louis VI et Suger réunissent à Étampes un concile d'évêques français qui se prononce en faveur d'Innocent II à la suite de l'intervention de Saint Bernard.
Mais certains évêques français prennent le parti d'Anaclet, notamment l'évêque d'Angoulême, Gérard de Blaye, dont le point de vue est repris par le duc d'Aquitaine, Guillaume X.
Lorsque l'archevêque de Bordeaux, Arnaud-Géraud de Cabanac, meurt le , Guillaume X fait élire Gérard de Blaye à sa place.
Saint Bernard écrit à Geoffroi du Loroux pour l'inciter à lutter contre Gérard. Geoffroi intervient auprès du duc et organise une rencontre à Parthenay vers le 1° . Bernard de Clairvaux réussit à faire changer l'opinion du duc. Gérard de Blaye se retire alors à Angoulême et meurt peu après.
Geoffroi du Loroux est élu archevêque de Bordeaux entre le 8 et le 29 août 1136. En 1141, Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, loue dans une lettre qu'il lui adresse son dédain des affaires terrestres, mais plus tard il dénoncera au pape la cupidité de l'archevêque.
Le mariage d'Aliénor avec Louis de France (25 juillet 1137) En 1137, Guillaume X part en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, mais meurt sur le chemin, le . Sa fille Aliénor devient alors duchesse d'Aquitaine et comtesse de Poitiers, mais étant donné son âge (13 ans) est confiée à la garde du roi de France Louis VI (1081-1° )..
Celui-ci, assisté par Suger, abbé de Saint-Denis, organise le mariage de son fils Louis le Jeune (1120-1180) avec la duchesse Aliénor. Le mariage, célébré par Geoffroi, a lieu à Bordeaux le . Louis VI, qui n'est pas venu, meurt à Paris quelques jours après, alors que les époux sont en route vers Paris : Louis devient le roi Louis VII et Aliénor devient reine de France.
À l'occasion du mariage, Louis le Jeune renouvelle publiquement le diplôme adressé par lettres à l'archevêque par , garantissant aux églises épiscopales et abbatiales de la province de Bordeaux le droit d'élire canoniquement leurs chefs, les dispensant de prêter l'hommage ou la fidélité au roi...
Fondation de monastères sous son épiscopat Geoffroi du Loroux a fondé plusieurs maisons qu'il a confiées à des moines suivant la règle de saint Augustin ou des Prémontrés.
Après l'abbaye de Saint-Pierre-de-l'Isle, il fonde l'abbaye de Sablonceaux, la collégiale de Fontaine-le-Comte, probablement l'abbaye de Pleine-Selve vers 1140.
Deux monastères cisterciens sont fondés dans le diocèse pendant son épiscopat, l'abbaye Notre-Dame de la Faise, en 1137, l'abbaye de Bonlieu, en 1141.
Le prédicateur Geoffroi est un prédicateur important du . Ses sermons sont fondés sur la critique d'un clergé menant une mauvaise vie et induisant dans la société des comportements hostiles à l'Église.
Presque tous ses sermons ont été édités en 1708 (sous le nom d'auteur « Hildebert de Lavardin ») par Antoine Beaugendre, moine de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, avec ceux de Pierre Lombard, Pierre le Mangeur, Maurice de Sully..
Conflit entre l'archevêque et les chanoines (1140-1145) Il veut réformer le chapitre de la cathédrale et essayer de lui imposer la règle de saint Augustin, conformément à la volonté des papes Innocent II et Lucius II, ainsi que du roi de France Louis VII, aussi duc d'Aquitaine par son mariage. Mais les chanoines de la cathédrale Saint-André de Bordeaux s'opposent à l'introduction de la réforme grégorienne, obligeant l'archevêque à quitter Bordeaux entre 1140 et 1145.
Plusieurs chanoines sont excommuniés et privés de leurs bénéfices. En l'absence de l'archevêque, l'Église de Bordeaux est privée de service divin pendant cinq ans.
Pour mettre fin à la crise, l'archevêque et le chapitre choisissent des arbitres : Albéric, archevêque d'Ostie et Bernard de Clairvaux, qui se trouve à Bordeaux au cours de son voyage pour aller prêcher contre les Albigeois.
Les arbitres décident que les chanoines de la cathédrale seront des réguliers, que leur nombre sera réduit de 24 à 14, dont 5 réguliers et 9 séculiers jusqu'à la mort des séculiers, successivement remplacés par des réguliers, qu'ils devront vivre en communauté. Un accord avec le chapitre est conclu le dans le palais archiépiscopal en présence du légat du pape, de Bernard de Clairvaux, de Raymond-Bernard, évêque d'Agen, de Bernard , évêque de Saintes, de Raimond, évêque de Bazas, de Beaudoin, abbé de Castillon, d'Aymond, abbé de Saint-ÉmilionArchives de la Gironde)..
Suger invite Geoffroi en 1144 à la consécration de l'abbatiale de Saint-Denis. Il a aussi de bonnes relations avec Grimoald, ami de Robert d'Arbrissel, et frère supposé de Géraud de Salles.
Le concile de Beaugency (mars 1152) Le 21 mars 1152, Aliénor d'Aquitaine et se retrouvent au concile de Beaugency, près d'Orléans. Un tribunal ecclésiastique, où siège, parmi de nombreux prélats, l'archevêque de Bordeaux qui les a mariés quinze ans plus tôt, prononce l'annulation du mariage pour cause de consanguinité.
En 1153, le pape Anastase IV le nomme légat.
Travaux à la cathédrale de Bordeaux Il est probablement à l'origine de la reconstruction de la cathédrale de Bordeaux après son retour dans la ville. Des documents, notamment un statut de paix du 15 août 1149 conservé dans le Liber rubeus de la cathédrale Notre-Dame de Dax, montrent en effet que la cathédrale était en construction pendant son épiscopat. La nef est établie avant 1170Philippe Araguas, « La cathédrale Saint-André de Bordeaux », monum Éditions du patrimoine, Paris, 2001, , ..
Jean-Auguste Brutails a fait l'étude de la structure initiale de la nef. Celle-ci était faite de trois travées carrées couvertes, non de coupoles, mais de voûtes gothiques de style Plantagenêt, fusion de l'architecture à coupoles et de l'architecture gothique que Geoffroi du Loroux avait pu admirer à Saint-DenisJean-Auguste Brutails, « La nef de la cathédrale Saint-André », imprimerie de G. Gounouilhou, Bordeaux, 1903 (lire en ligne).
Les voûtes de la nef ont été transformées au début du en divisant les trois travées carrées en sept travées barlongues.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Documents Moines de la congrégation de Saint Maur, Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas, tome 2 : Provinciae Burdigalensis, Bituricensis, 1720, col.|811-815 (lire en ligne) Honoré Fisquet, La France pontificale (Gallia christiana), histoire chronologique et biographique des archevêques et évêques de tous les diocèses de France depuis l'établissement du christianisme jusqu'à nos jours, divisée en 17 provinces ecclésiastique Métropole de Bordeaux, Paris, E. Repos, (lire en ligne) Religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, révisée par Paulin Paris, Histoire littéraire de la France, Paris, 1869, (lire en ligne)
Ouvrages et articles Jean-Auguste Brutails, « Geoffroi du Louroux, archevêque de Bordeaux de 1136 à 1158, et ses constructions », dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1922, tome 83, (lire en ligne) Jean-Paul Bonnes, « Un des grands prédicateurs du : Geoffroy du Loroux dit Geoffroy Babion », dans Revue bénédictine, 1945-1946, D. Van Den Eynde, « Autour des « Enarrationes in Evangelium S. Matthaei » attribuées à Geoffroi Babion », dans Recherches de théologie ancienne et médiévale (RTAM), 1959, , P. Capra et F. Giteau, « Les trois plus anciens documents de l'abbaye de l'Isle-en-Médoc (1130 et 1153) », dans Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, avril-, tome XIII, série 2, Bernard Guillemain (dir.), Le diocèse de Bordeaux, Paris, Beauchesne, 1974, (lire en ligne) Guy-Marie Oury, « La vie contemplative menée en communauté d'après Geoffroi Babion (†1158?) », dans R. Louis (dir.), Études ligériennes d'histoire et d'archéologie médiévales. Mémoires et exposés présentés à la Semaine d'études médiévales de Saint-Benoît-sur-Loire du 3 au , Auxerre, 1975,
Jean-Hervé Foulon, « Le clerc et son image dans la prédication synodale de Geoffroy Babion, archevêque de Bordeaux (1136-1158) », dans Société des Historiens Médiévistes de l'Enseignement Supérieur Public, Le clerc séculier au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 1993, , (aperçu) Jean-Hervé Foulon, « L'anticléricanisme dans la prédication de Geoffroy du Loroux dit Babion, archevêque de Bordeaux (1136-1158) », dans L'anticléricanisme en France méridionale (fin -début ), Cahiers de Fanjeaux, 2003, ,
Frédéric Boutoulle, « L’archevêque et les communautés canoniales pendant la réforme grégorienne en Bordelais (1079-1145) », dans Cahiers de Fanjeaux, 2012, (lire en ligne)
Articles connexes Liste des archevêques de Bordeaux
Liens externes
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