Denys Tremblay, né le à Chicoutimi (Québec), est un artiste et cryptarque canadien.Transdisciplinaire, il est un des premiers penseurs du périphérisme et l'inventeur du really-made.. Il vit à Saguenay et est professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi.
Biographie Né le , il est le huitième et dernier enfant d’un père ébéniste et industriel qui a été maire de sa petite ville de Rivière-du-Moulin. Denys Tremblay poursuit une formation artistique supérieure à l’Université Laval de Québec, puis à Londres, au Goldsmith College de l’University of London, grâce à une bourse d’excellence obtenue du gouvernement québécois. Dès son retour au Canada, il devient professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi à l’âge de 26 ans. Il fait un doctorat en arts plastiques sous la direction de Frank Popper en 1987 à Paris.
Carrière artistique
Ses débuts créatifs De 1973 à 1979, il crée des premiers environnements autonomes. Ces « environnements » font partie de la mouvance émancipatrice des années 1970, là où l’affirmation nationaliste québécoise des années 1960 s’est terminée en contestation réprimée (Crise d’octobre 70). Certains de ces environnements, comme le Saloon funéraire ou Obsession Beach, soulèvent des remous médiatiques considérables.. Des sections de ces environnements sont transformées en sculptures et font maintenant partie de collections des musées dont le Musée régional de la Pulperie, Musée national des beaux-arts du Québec., la Banque d'art du Conseil des Arts du Canada, Centre Pompidou et Musée BPS 22.
Symposium International de Sculpture Environnementale de Chicoutimi En 1980, Denys Tremblay dirige et initie le Symposium International de Sculpture Environnementale de Chicoutimi, un événement culturel et artistique sur le site de la Pulperie qui a pour thème La Sculpture: lieu autonome ou intégration à un lieu. L'événement appelle les artistes à l'éclatement des frontières traditionnelles de la sculpture et à repenser la relation avec l'espace environnant et/ou avec le spectateur. La programmation comprend des activités aussi diversifiés qu'un festival de performance, des stages et ateliers expérimentaux, un programme d'animation culturelle ouvert au public et un colloque interrogeant les problématiques de la sculpture environnementale avec la participation d’invités internationaux composés d’artistes, de critiques, d’historiens et de théoriciens de l’art. Ce symposium revêt une importance historique puisqu'il considéré, a posteriori, comme "l'événement fondateur" de l'art en région par la sociologue Andrée Fortin et est qualifié de «mise en scène, à l’échelle d’une région, d’œuvres environnementales de manière à produire une méta-œuvre» par l’historien d’art Yves Robillard. Cet événement deviendra un moment fondateur pour l'artiste Denys Tremblay qui lui permet d'affirmer son appartenance à l'identité périphérique, concept fondateur dans sa pratique artistique, et d'amorcer les prémices de la création du really-made, une œuvre d'art en transaction continue entre l’art et la réalité.
L'Illustre Inconnu - les origines du really-made De 1983 à 1997, Denys Tremblay crée un personnage diplomatique, son alter ego, nommé l'Illustre Inconnu. Celui-ci effectue différentes performances politiques et protocolaires au cours de ces 14 années notamment au Centre Pompidou, en 1983, lors l'action performative de l'enterrement de Sa Majesté l'Histoire de l'art métropolitaine aussi bien que lors d'une visite officielle à l'hôtel de ville de Chicoutimi, en . Il s'inspire des codes de la diplomatie internationale et inverse les protocoles officiels et diplomatiques pour promouvoir une vision périphérique de l'art et de la politique. Ces performances ont pour but d'inverser les hiérarchies, quelles soient centralismes et métropolitaines, économiques, sociales ou artistiques. Dans le cadre de l'une de ses performances, l'Illustre Inconnu a proposé même d'utiliser le système monarchique pour réaliser la souveraineté du Québec dans le cadre de la Commission gouvernementale sur l'avenir du Québec de 1995. Grâce a cet alter-ego, il réalise plusieurs really-mades au cours des décennies 1980 et 1990. L'un des plus remarqués et discutés est le sauvetage de la célèbre Maison Arthur Villeneuve et son installation dans le musée de la Pulperie de Chicoutimi.
Coup d'état d'esprit périphérique - really-made À la suite de la performance L'Histoire de l'art est terminée qui a lieu le , au Centre Pompidou, où le sociologue et artiste Hervé Fischer coupe symboliquement le cordon ombilical théorique pour déclarer la fin de l'histoire de l'art telle qu'on la connaît et proclamer l'émergence d'un art post-historique, L'Illustre Inconnu réalise, quelques années plus tard, une performance célébrant les funérailles de cette même Histoire. Au cours de cette cérémonie qui a lieu le , il a d'abord récupéré les restes de Sa Majesté l'Histoire de l'art métropolitaine aux services des objets trouvés du Centre Pompidou, les fait parader dans le landau funéraire périphérique devant la foule, les transporte ensuite vers la galerie Diagonale transformée en Invalables pour l'événement. De là, d'autres actions protocolaires sont performées comme une présentation des restes à la foule, une salve de déshonneur avec cinq tirs à bout portant, des chants d'adieux par la chorale fédérale du scoutisme français et la fermeture de crypte funéraire. Pour réaliser cette cérémonie, L'Illustre Inconnu est accompagné du critique d'art Pierre Restany, promu "ministère sans porte-feuille de la Culture Déviante" et du même Hervé Fischer, maintenant "son Excellence Mythanalyste". Les deux théoriciens de l'art servent ainsi de témoins pour l'inauguration de l'histoire périphérique en plein cœur de l’institution métropolitaine qu'est le Centre Pompidou. Le film relatant ce coup d'état périphérique et le certificat de décès de sa Majesté l'Histoire de l'Art Métropolitaine font partie des collections de Centre Pompidou et du BPS22 Musée d'art de la Province de Hainaut en Belgique.
Le sauvetage de la Maison Arthur Villeneuve - really-made Lors de sa visite sous-officielle à Chicoutimi, le , l'Illustre Inconnu réussit à convaincre la mairie de sa vie natale ainsi que la direction de l'Université du Québec à Chicoutimi de mandater son alter ego, Denys Tremblay, afin de trouver de nouveaux projets afin de stimuler le développement culturel et artistique de la région touchée par la récession du début des années 1980. À cette occasion, l'Illustre Inconnu donne notamment la distinction de la région d'honneur au peintre Arthur Villeneuve devant la communauté rassemblée au Musée régional de Saguenay. Dans le cadre de son mandat, l'alter ego Denys Tremblay a comme projet de mettre en valeur la maison d'Arthur Villeneuve, entièrement peinte de grandes fresques et qui attire des milliers de visiteurs depuis les années 1960. Il réussit à négocier avec le peintre la vente de la Maison Arthur Villeneuve afin de l'installer à l'intérieur d'un cube de verre adjacent à un nouveau pavillon universitaire consacré à la formation artistique et où la communauté artistique comme étudiante pourront se rassembler pour produire un symposium chaque année. Ce projet de Complexe culturel à Chicoutimi, qui vise à revitaliser la zone portuaire de Chicoutimi, a l'aval de la municipalité ainsi que de l'université, mais des délais de financements au niveau des gouvernements provinciaux et fédéraux interrompent le projet. Arthur Villeneuve meurt en 1990 ce qui ravive l'urgence entourant la conservation de sa fameuse maison. Le Musée régional Pulperie de Chicoutimi mandate alors Denys Tremblay de la faire évaluer et de la déclarer comme patrimoine culturel canadien en vue de son acquisition et de son déménagement dans l'institution. Tremblay conçoit également l'intégration et le concept interprétation de la maison à l'intérieur du musée. Intégré dans l’imaginaire de L’Illustre Inconnu, ce sauvetage fortement médiatisé démontre que la pratique du really-made une mutuelle augmentation de l'art et de la vie collective.
La Thèse-oeuvre - really-made Le , L'artiste Denys Tremblay réalise un deuxième really-made lors de défense de thèse de doctorat à l'Université de Paris VIII-Vincennes. S'inspirant des travaux des artistes Robert Smithson et de Christo et Jeanne-Claude, pionniers du land art, Tremblay présente sa thèse comme non seulement un ouvrage de recherche, mais aussi une sculpture contextuelle comportant trois unités de mesure "la Hauteur des aspirations, la Largeur des points de vue et la Profondeur des idées" qui se mesure en "centimaîtres spirituels", soit en centième de la hauteur corporelle de l'Illustre Inconnu, le maître spirituel. Cette Thèse-oeuvre est ainsi l'incarnation d'une Unité volumérique de l'Impouvoir périphérique.L'obtention de son doctorat démontre que Denys Tremblay a réussi à convaincre son jury composé du théoricien de l'art, Frank Popper, du philosophe français, Daniel Charles et du critique d'art, Gilbert Lascault, que cette Thèse-oeuvre est à la fois un volume écrit et un volume sculptural, ce qui lui confère le double statut du really-made, objet à la fois artistique et réel.
Le projet SAINT-JEAN-DU-MILLÉNAIRE En 1992, Denys Tremblay est mandaté pour réaliser un projet afin de mettre en valeur le Mont Édouard à l'Anse-Saint-Jean. Depuis quelques années, la montagne est une station de ski alpin. Dans le but de créer un lieu touristique d'importance, les membres du conseil municipal et la Société de développement de l'Anse-Saint-Jean, accompagnés par la firme Samson, Bélair, Deloitte & Touche, convient plusieurs personnes et groupes à présenter des projets permettant attirer des touristes toute l'année. La renom de Denys Tremblay en tant qu'artiste, directeur du Symposium de 1980 et professeur en arts à l'Université du Québec à Chicoutimi font de lui un candidat potentiel pour la création d'un projet signature pour le Mont Édouard, il est donc approché pour présenter un projet au comité. En 1993, le comité sélectionne, parmi une quinzaine de dossiers, son projet d'une grande fresque environnementale et végétale, effectuée sur la face opposée à la station alpine, composée à partir de coupes sélectives et de plantations de différentes espèces de feuillus et de conifères représentant le visage et la main tenue vers l'avenir du saint patron du peuple québécois, Saint Jean-Baptiste. Toujours animé par ses réflexions et ses interventions amorcées avec L'Illustre Inconnu, Denys Tremblay voit la réalisation de ce projet comme la création d'un nouveau really-made puisqu'il possède à la fois une valeur économique et touristique réelle aussi bien qu'artistique.
Le référendum - really-made