vignette|300 px|Graffii dans une classe de l'université de Lyon le 30 mai 1968 Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France dont à Lyon, des manifestations étudiantes, ainsi que des grèves générales et sauvages.
L'historiographie de Mai 68 a montré depuis les années 1990 que la révolte étudiante de Mai 68 avait concerné l'ensemble du territoire français, dès le mois de février, en particulier dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, pour constituer le plus important mouvement social de l'histoire de France du .
Prémices
La situation sociale à Lyon en 1967 est tendue avec de nombreuses grèves. comme en mars chez Berliet. et en février, mars et décembre chez Rhodiaceta.
La situation se prépare dans les lycées dès l'automne 67 avec des réunions à la FFACEFédération française des associations chrétiennes d'étudiants, rue de Sévigné, ., local où des groupes se réunissent et participent à la publication d'un journal L'Hydre de Lerne. et se tend dans les universités avec en , l'arrestation de plusieurs dizaines d'étudiants à la suite d'une manifestation interdite organisée dans le centre-ville par des syndicats et des organisations politiques (CFDT, Parti socialiste unifié (France), AGEL) pour protester contre l'intervention américaine au Vietnam.
Le , une manifestation a lieu devant le rectorat alors que le secrétaire d'État à l'Emploi, Jacques Chirac, est en visite à Lyon pour annoncer des aides aux industries de pointe et la création d'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) dans le Rhône et les départements voisins. Un mois plus tard, le , une première manifestation de organisée par l'UNEF et l'AGEL, sera suivie de plusieurs autres contre la « ségrégation sexuelle » et la distinction entre étudiants « majeurs » et « mineurs » dans les résidences universitaires (la majorité civile en France est alors de 21 ans).
Événements
Les grèves Le , les techniciens des PTT se mettent également en grève. Deux jours plus tard, le , débute une journée de grève générale aux PTT (préposés, tri et bureaux de poste). Ce même jour, le SNE-Sup appelle les enseignants à la grève.
Les deux usines Berliet, qui emploient 11000 salariés, rue Feuillat, dans le quartier Monplaisir et à Vénissieux, constituent le principal bastion industriel lyonnais et servent de locomotive au mouvement ouvrier lyonnais"Mai 68 : Les usines Berliet occupées, l’épicentre du mouvement ouvrier lyonnais" par Simon Pernin et Laurent Burlet pour Rue89-Lyon le 17/05/2018, synthèse des travaux de Vincent Porhel, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Lyon 1 , parmi les premiers occupée=s, avec Rhodiacéta Richard-Continental, Brandt, Paris-Rhône et Rhône-PoulencLes mouvements sociaux à Lyon et à Grenoble, archives INA du 20 mai 1986 , du au Intervention de André Gerin, député-maire de Vénissieux, à l'occasion du 40ème anniversaire de mai-juin 68.
Dès , des conflits sociaux importants ont lieu dans deux usines Berliet, avec débrayages et des manifestations des techniciens, dessinateurs et agents de maitrises. Les salariés exigent, sans succès, des hausses de salaires conformes à leur qualification et sont près de 500 ouvriers, techniciens et employés à occuper l'usine le 17 mars 1967, lors de la grève générale de protestation du Mouvement de 1967 contre les ordonnances sur la sécurité sociale mais se heurtent aux CRS quand la direction décide le lock-out de l’usine.
La grève dite du « bonus » mobilise ensuite 3000 ouvriers payés à la tâche dès le mois de , prend de l'ampleur en et se maintient jusqu'en , pour obtenir satisfaction le , surlendemain de l'occupation de l'usine Sud Aviation, à Bouguenais, en Loire-Atlantique. Les , les ouvriers de Vénissieux occupent l’usine Berliet, sans attendre l'appel des syndicats, pour la première fois depuis le Front populaire de 1936, selon Vincent Porhel, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Lyon 1. Les jeunes ouvriers se retrouvent au milieu des anciens qui avaient connu Berliet lors de la "gestion ouvrière" de 1944 à 1947. Le secrétaire du comité d'entreprise, Gaston Nadalini, coordonne la défense de l'entreprise.
De nombreuses entreprises de la région sont en grève illimitée, rejointes par les TCL, les Transports en commun lyonnais le ,suivie deux jours plus tard, le 21, par les cars Citroën et partiellement par les cars Philibert. Au , la plupart des entreprises sont occupées par les ouvriers dont Berliet, Brandt, Campingaz, Durschmitd, Pelle, Paris-Rhône, Rhodiaceta, Richard-Continental, Seguin, SNAV, la SNCF, Teppaz ou Uginor sont occupées par les ouvriers. Les services municipaux comme les égouts, le service des eaux, le bureau d'hygiène ou la buanderie sont également en grève. Le , c'est raffinerie de Feyzin qui cesse ses activités, le port fluvial Édouard-Herriot est bloqué et la Sécurité sociale et les PTT se mettent en grève.
Le , L'Entreprise de presse n° 1 (EP1) et les ouvriers du Livre sont en grève, cela va empêcher la publication jusqu’au de nombreux quotidiens locaux, notamment Le Progrès de Lyon, Dernière heure lyonnaise, L'Écho-La Liberté et Le Dauphiné libéré. Seule paraissent La Voix du Lyonnais, supplément régional de L'Humanité, sous le titre provisoire de La Voix du Rhône et à partir du , un nouveau quotidien, Le Journal du Rhône. Du côté de la radio-télévision, l'ORTF ne diffuse que trois journaux à la radio et un journal télévisé régional par jour, tous les autres programmes étant arrêtés. Le journal télévisé régional est arrêté le .
Des états généraux de la culture se tiennent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne du au .
Le 21, la raffinerie de Feyzin cesse ses activités. Le port Édouard-Herriot est bloqué. La Sécurité sociale et les PTT sont en grève. Le lendemain, Les hospices civils de Lyon et le Centre de chèques postaux sont à leur tour en grève et les Galeries Lafayette, le Grand Bazar de Lyon, le Carrefour de Vénissieux, les Nouvelles Galeries de Bron et Prisunic ferment.
Le , les personnels de l'opéra de Lyon et du théâtre des Célestins se mettent en grève illimitée avec occupation des bâtiments.
Manifestations d'étudiants et occupation des facultés Le , une grève suivie à 80 % débute à la faculté des sciences, à l'Insa et à la faculté des lettres. Le lendemain, un défilé de manifestent entre l'Insa et le centre-ville en soutien aux étudiants de Nanterre.
Le , une série de manifestations, auxquelles se joignent des lycéens débute dans la ville pendant la trois jours. Le 9, le hall des locaux du journal Le Progrès est vandalisé et le 10 la faculté de lettres est occupée et le 19 la faculté de médecine.
Le 23, 400 étudiants manifestent dans le quartier de Vaise jusqu'aux portes de l’usine occupée de Rhodiaceta. Vers 23 heures, plus de 500 jeunes gens, dont de nombreux étudiants venus des facultés occupées, se dirigent vers la préfecture. La manifestation se termine dans le calme vers 2 heures du matin. Occupation de l'imprimerie des journaux régionaux à Chassieu Dans l'imprimerie du groupe régional Progrès - Dauphiné, la fabrication et la distribution des journaux qui devaient paraître lundi sont contrariées par l'intervention dimanche soir à Chassieu d'étudiants qui exigeent la publication en première page d'un communiqué sur leur mouvement. La direction ayant pris des mesures pour sortir dans d'autres imprimeries, ils ont bloqué les messageries. Dans les rares numéros parus, les journaux précisent que , jusqu'à impression du texteLe Monde du 16 mai 1968 .
Le tournant : la mort du commissaire Lacroix Manifestation du 24 mai vignette|Le pont Lafayette en 2009. Dans l'après-midi du , une nouvelle manifestation est organisée par l'UNEF de Bellecour aux Terreaux. Elle se déroule d'abord sans incident mais en fin de parcours, le service d'ordre de la manifestation est débordée par quelques groupes de manifestants qui veulent marcher sur la préfecture pour affronter les forces de l'ordre.. Les premiers affrontements avec les forces de l'ordre vers , d'abord sur la rive gauche, dans le quartier de la préfecture puis dans le quartier des Cordeliers.
Les affrontements se poursuivent dans la nuit. Les manifestants se trouvent scindés en deux, de chaque côté du pont Lafayette et ils érigent des barricades, les gardes mobiles tenant le pont. Des manifestants, majoritairement des étudiants, veulent forcer le passage. Certains vont voler un camion dans un chantier et l'amène à l'entrée du pont. Vers , ils coincent l'accélérateur avec un pavé et le lance sur les forces de l'ordre. Certains militants suivent le camion pour tenter de franchir le barrage, d'autres montent dans la benne pour jeter des projectiles sur la police.
À minuit trente, les radios annoncent la mort du commissaire René Lacroix, le préfet de police de l'époque dit alors qu'il aurait été mortellement blessé par un camion sur le pont Lafayette (le témoignage d'un médecin des urgences lors du procès deux ans plus tard, indiquera que le commissaire est en fait mort d'une crise cardiaque). Les affrontements se poursuivent une partie de la nuit, les Galeries Lafayette et le Grand Bazar sont pillés.
Conséquences de l'évènement Une quarantaine de personnes sont hospitalisées et plus de deux cents arrêtées..
Le , un indicateur de la police récupère auprès d'infirmières syndiquées CFDT le bilan suivant : à l'hôpital Grange-Blanche, dont , trois décès dont un commissaire et deux manifestantsarchives départementales du Rhône, ADR 4434W/328, cité P.103, Auzias, Claire, Trimards : Pègre et mauvais garçons de Mai 68, ..
La mort du commissaire de police constitue un tournant dans les évènements de mai à Lyon. L'annonce de la mort crée un choc dans la population lyonnaise dont une partie va défiler toute la journée pour déposer des fleurs sur le lieu supposé de l'écrasement du policier sur le pont. Des rafles et des perquisitions de la police ont lieu le lendemain et les jours suivants accompagnés de déclarations alarmantes du préfet provoquant selon l'historienne Michelle Zancarini-Fournel . La mort du commissaire marque le basculement de l'opinion publique lyonnaise du côte de l'ordre gaulliste.
Le , au lendemain de la dissolution de l'Assemblée nationale par le général de Gaulle et de la grande manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées à Paris, une contre-manifestation est organisée à Lyon, à l'appel des comités gaullistes d'action civique du Rhône, de la place Bellecour à la place des Terreaux, réunissant entre 70 et personnes. En soutien aux manifestants, le maire Louis Pradel apparaît au balcon de l'hôtel de ville.
Reprise progressive du travail Le , les cheminots, les postiers et le personnel d'EDF reprennent le travail, suivis le lendemain par les traminots des TCL mais on dénombre encore dans la région lyonnaise de la métallurgie en grève dans la région et dans l'industrie chimique.
Puis le , le personnel de Rhodiaceta reprend le travail, le 19 celui de Berliet, le 25 ceux de Paris-Rhône et de la Société industrielle générale de mécanique appliquée (SIGMA) de Vénissieux et Villeurbanne, le 26 celui de la SNAV.
Le , Le Monde observe que la grève se poursuivait encore "dans la plupart des établissements métallurgiques importants du Rhône, parmi lesquels les usines Berliet de Vénissieux, de Montplaisir, Delle, les Câbles de Lyon, la C.E.M., Sigma, S.N.A.V., S.W. Durrschmidt, Seguin, Five-Lille, Gendron, etc.""La situation en province" dans Le Monde du 15 juin 1968
Le , la Compagnie industrielle des tubes électroniques (CIFTE), , après de grève, est l'une des dernières usines du département à reprendre le travail.
Élections législatives anticipées À la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, des élections législatives anticipées se tiennent les 23 et et voient une large victoire gaulliste au niveau national alors qu'un an plus tôt, la victoire avait été plus étriquée.