Nicola Pende (né à Noicattaro le – mort à Rome le ) est un endocrinologue italien favorable à l'eugénisme. Il est surtout connu pour sa classification des morphologies humaines.
Biographie Suivant les pas de son maître Achille De Giovanni, il démontra l'importance des glandes et de leurs sécrétions dans la morphologie humaine, et l'importance de l'endocrinologie pour la conception de l'« homme nouveau » fasciste. Comme pour les projets de « régénération biologique de l'humanité » qui se déroulaient alors en Allemagne, en Autriche et en Union soviétique, l'endocrinologie de Pende s'imposa aux mains des fascistes italiens comme une caution idéale pour l’eugénisme et la politique natalisteCf. .
Entre 1907 et 1924, il fut successivement professeur de médecine à Bologne, Messine et Cagliari avant d'être nommé premier recteur de l'université adriatique Benito-MussoliniCf. . en 1925. L'année suivante, fort du succès de ses thèses d'« amélioration raisonnée de l'Homme » (bonifica umana razionale), il établit à Gênes l’Institut de biotypologie individuelle et d'orthogenèse, transféré à Rome au milieu des années 1930. À l'heure de la reconquête des terres italiennes, ses techniques d'amélioration des semences (bonifica delle stirpi) furent mises à l'épreuve, en particulier dans les marais pontinsFr. Cassata, Building the New Man, p. 209.
À l'étranger la biotypologie comme modèle d'eugénisme catholique et latin trouvait de plus en plus de partisans en France, au Portugal, en Espagne et dans les pays d’Amérique centraleFr. Cassata, L’eugenetica senza tabù, p. 45.. Continuateur de Viola en la matière, N. Pende jugeait cependant ses trois biotypes insuffisants et les élargit par des considérations de tempérament., aboutissant à quatre types humains : longiligne sthénique, longiligne asthénique, bréviligne sthénique, bréviligne asthénique.
En 1937, Pende présida la section eugénisme du CNR, l’année suivante il prit part à l’élaboration de la politique raciale pour le congrès annuel de la SIPS.
Il fut membre du Parti national fasciste ; il n'est pas certain qu'il ait signé le "Manifeste de la race" et même, il critiqua ce texte, mais sa critique portait sur le fait qu'il soutenait une approche raciste propre à la science italienneD’après par opposition au racisme nazi. Aux dires de Giorgio Israël, Pende « ne souhaitait pas s'opposer à la propagande raciste, mais plutôt la fonder sur ses propres théories » G. Israel, Il fascismo e la razza. La scienza italiana e le politiche razziali del regime, Bologne (2010), cité par l'Encyclopédie Treccani : ... <non> intendeva minimamente opporsi alla campagna razziale, bensì intendeva porla sotto l’egida delle sue teorie. En fait, ses prises de position scientifiques reflétent un racisme sensiblement différent de celui exprimé par le Manifeste. Le documentaire "Il caso Pende" de la série La Storia siamo noi, a fait la lumière sur la polémique qui a opposé Pende à La difesa della razza dirigée par Telesio Interlandi, avec laquelle pourtant il avait longtemps collaboré.
Pende, après 1945, proclama qu'il avait renié les thèses racistes du Manifeste deux mois et demi après la parution de son article du dans la revue "Vita Universitaria", mais aucune trace de ce démenti n'a été retrouvée dans ce journalCuomo, F. (2005) I Dieci. Chi erano gli scienziati italiani che firmarono il manifesto della razza, Milan, Baldini Castoldi Dalai, ; seconde édition : Nuova Iniziativa Editoriale spa 2008, pp. 95-96 et 250-261.
Toujours en 1938, comme Mussolini organisait l’Exposition universelle E42, il obtint le financement par l'Institution Pie du Saint-Esprit et des Hôpitaux romains de la construction d’un Institut central d'eugénisme. De fin 1942 à mi-1943, la revue jésuite Civiltà Cattolica consacra une série d'articles à la théorie de Pende .
Le , durant la rafle du Ghetto de Rome, 23 juifs trouvèrent refuge dans l'hôpital Umberto I. Lors de la proclamation de la république de Salò, le gouvernement fasciste-républicain lui proposa un poste honorifique, mais Pende refusa prudemment et préféra se réfugier dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.
L'après-guerre Après la guerre, le , la cour d'appel de Rome disculpa Pende du chef de conspiration dans la promulgation des lois raciales, sur requête du substitut du procureur général déclarant qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre l'action pénale (non doversi promuovere l'azione penale).
Il fut même déchargé quelque temps de sa tâche d'enseignement, mais il faut dire au bénéfice de Pende que Giuseppe Nathan, commissaire de l'Union des communautés juives, demanda lui-même à la Cour de cassation, lors du procès du , que l'on tienne compte de l'asile que le Policlinico avait offert aux juifs italiens, et qu'on maintienne pour cette raison la chaire de Pathologie de l'université de Rome jusqu'en 1955. Orphelin du fascisme, Pende mit désormais sa biotypologie au service du catholicisme.
Son fils, Vito Pende, a été lui-même endocrinologue.
Œuvres
Notes
Bibliographie Giorgio Israel et P. Nastasi, Scienza e razza nell'Italia fascista, Il Mulino, Bologne (1999). Francesco Cassata, Molti, sani e forti. L'eugenetica in Italia, Turin, Bollati Boringhieri (2006), Francesco Cassata, Building the New Man, Budapest, Akadémiai Nyomda, 2011, Francesco Cassata, Eugenetica senza tabù,Turin, éd. Einuaudi (2015),
Alexis Carrel, L'Homme, cet inconnu (1935).
Voir également
Biotypologie
Liens externes
Informations supplémentaires sur scheda sul database de l'Archives Historiques du Sénat, I Sénateurs italiens.
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