Hôtel Adlon () est un roman policier historique de Philip Kerr, paru en anglais en 2009 et en français en 2012. Il s'agit du sixième roman mettant en scène Bernie Gunther.
Contexte Le roman, formellement divisé en deux parties de longueurs inégales, est narré à la première personne du singulier par le héros, Bernie Gunther.
Ce dernier n'a pas voulu servir l'État nazi à la suite de la prise du pouvoir par Hitler et a quitté la police criminelle. Il savait au demeurant que ses jours dans les services de police étaient comptés, ses positions politiques sociales-démocrates étant connues de tous. Il a été embauché à l'hôtel Adlon où il travaille en tant que chef de la sécurité de l'établissement« If The Dead Rise Not by Philip Kerr : review », The Daily Telegraph, 3 novembre 2009..
Dans la première partie du roman, scindée en 32 chapitres, qui se déroule en 1934, Bernie Gunther tente d'élucider trois mystérieuses affaires apparemment sans lien entre elles : le vol d'un objet précieux chinois, la mort d'un client de l’hôtel et celle d'un inconnu retrouvé noyé dans le fleuve. C'est l'occasion pour l’auteur d'évoquer longuement les débuts de la mainmise du régime nazi en Allemagne, les lois raciales, la persécution des juifs et des tziganes, le climat de terreur qui s'abat sur le pays, la situation des prostituées dans les palaces, etc.
Dans une seconde partie plus courte, divisée en 24 chapitres, se déroulant en , Bernie Gunther se trouve à La Havane où ses pérégrinations l'ont conduit après la Seconde Guerre mondiale, la mort de sa femme, une incarcération dans le Bloc de l'Est, enfin un exil en Argentine. Bernie Gunther y retrouve deux protagonistes déjà croisés vingt ans auparavant et qu’il n'avait plus vus depuis lors. Il est chargé de résoudre un meurtre commis dans un hôtel. L'auteur évoque longuement la situation politique, économique, sociale de Cuba des années 1950, alors que Batista s'est emparé du pouvoir deux ans auparavant avec l'aide de la CIA.
Résumé « Berlin, 1934 » Attaché au souvenir de la République de Weimar récemment abolie par le régime hitlérien, Bernie Gunther a démissionné de la Kripo. Reconverti dans le privé, il est désormais responsable de la sécurité à l'hôtel Adlon. Alors qu'il est pressé de se rendre à un rendez-vous, il est interpellé par August Krichbaum, un policier qui croit voir en lui un ennemi du régime. Bernie le frappe violemment à l'abdomen et s'enfuit. Quelques heures après, il apprendra que le policier est mort des suites de ses blessures. Dans les semaines qui suivront, Bernie aura sans cesse peur d'être découvert.
Quelques jours après, à l'hôtel Adlon, l'homme d'affaires américain Max Reles se plaint du vol d'une précieuse œuvre d'art asiatique. Bernie commence une enquête dans les milieux de l'art. Il semble que l'œuvre ait « disparu » d'un musée berlinois pour être remise à Max Reles dans le cadre, semble-t-il d'une corruption du comité américain pour les Jeux olympiques. En effet, les Jeux olympiques doivent avoir lieu en 1936 à Berlin et le régime nazi ne souhaite pas que sa politiques anti-juive ne lui attire les foudres du lobby juif américain. Ainsi la polémique fait rage pendant qu'Avery Brundage s'efforce d'empêcher un boycott des Jeux par les États-Unis.
Cette œuvre d'art asiatique semble avoir été prélevée dans le fonds d'un musée berlinois pour être remise, en guise de soudoiement, à des membres du comité olympique américain.
Sur ces entrefaites, Bernie apprend qu’en vertu des nouvelles lois raciales, il ne pourra s'établir comme détective privé qu'il envisage d'exercer à moyen terme que s'il prouve la pureté de son « aryanité ». Or il sait que sa grand-mère maternelle, aujourd'hui décédée, était juive. Il va donc tenter de contacter un faussaire afin d'obtenir de faux papiers d'identité susceptibles de prouver qu'il n'a jamais eu d'aïeule juive.
Bernie rencontre ensuite une journaliste américaine mariée, Noreen Eisner-Charalambides, qui travaille pour l'International New York Times. Elle enquête sur la montée de l'antisémitisme dans l'Allemagne nazie et sur les préparatifs des Jeux olympiques. Antinazie et ayant des idées politiques socialistes, elle souhaite rédiger une série d'articles qui permettraient peut-être le boycott des Jeux par les États-Unis.
Or un homme vient d'être découvert noyé dans le fleuve. Ses poumons étant remplis d'eau salée, il semble peu probable qu'il se soit noyé dans un fleuve d'eau douce. L'examen du corps montre aussi que l'homme, circoncis, était juif. Se pourrait-il qu’il s'agisse d'un crime raciste haineux ? Noreen engage Bernie pour qu'il enquête sur cette affaire mystérieuse. L'enquête permettra de découvrir le métier du défunt (boxeur professionnel), son identité (Isaac Deutsch), les raisons de sa mort et la personne ayant procédé à l'assassinat.
Bernie apprend que Noreen est mariée avec Nick Charalambides mais que le couple ne s'entend pas. Durant leur enquête commune, Bernie et Noreen ne tardent pas à tomber amoureux l'un de l'autre et vivent une relation sentimentale brève mais intense.
Bernie est amené à enquêter sur un deuxième décès, celui d'un chef d'entreprise, Heinrich Rubusch, retrouvé mort dans une chambre de l'hôtel Adlon. Si la mort semble naturelle (rupture d'anévrisme), Bernie a un doute : il estime cette mort suspecte. Se rendant à Würzburg pour y rencontrer la veuve, il fait une découverte capitale : l'homme était venu à Berlin pour soumissionner à un très important marché public. Or selon la veuve, l'offre commerciale qu'on a trouvée dans ses affaires n'était pas l'offre qui avait été réellement faite. La veuve est formelle : c'est elle-même qui avait tapé à la machine à écrire le courrier de soumission. La mort d'Heinrich Rubusch pourrait être en lien avec la volonté de se débarrasser d'un rival gênant.
Bernie est ensuite enlevé par la Gestapo et placé au secret pendant plusieurs jours. Il est ensuite relâché sans explications. Il apprend alors que la Gestapo a ordonné à Noreen de quitter le territoire allemand, menaçant d'envoyer Bernie en camp de concentration si elle ne s'exécutait pas. Afin d'éviter une mort certaine et affreuse à Bernie, Noreen a obtempéré et quitté l'Allemagne. Elle a laissé une lettre déchirante d'amour à l'intention de Bernie.
Poursuivant ses investigations sur les trois affaires, Bernie va finir par découvrir qu’elles ont un point commun et qu'elles sont connexes entre elles…
Le point commun entre les trois affaires est Max Reles, le client américain de l'hôtel qui avait dénoncé le vol de l'œuvre d'art asiatique. Cet homme est en réalité un gangster, envoyé en Allemagne pour que les Nazis puissent corrompre certains officiels américains de haut niveau afin que les États-Unis ne boycottent pas les Jeux olympiques de 1936. S'agissant de la mort d'Heinrich Rubusch, il s'agissait d'un meurtre crapuleux : l'homme d'affaires était un obstacle pour Max Reles, qui l’a tué avec un pic à glace projeté à travers une oreille. Le cerveau a été atteint, tuant l'homme immédiatement, sans que l'aspect criminel du geste soit visible.
Ayant découvert la vérité et le lien entre les trois affaires, Bernie tente de cambrioler l'appartement de Max Reles. Il est fait prisonnier par Dora, une ancienne prostituée et compagne actuelle de Max Reles. Lorsque ce dernier découvre que Bernie a découvert la vérité sur ses activités criminelles, il l'emmène sur un yacht afin de le tuer et le se débarrasser du corps dans le fleuve. Mais Bernie le convainc qu'il vaut mieux l'épargner, faisant valoir un moyen de pression crédible. Le gangster accepte de lui laisser la vie sauve, mais tue sans remords Dora et un homme de main, qui en savaient désormais trop sur son compte et qui pourraient le faire chanter. Il relâche Bernie.
Enfin, concernant la mort involontaire d'August Krichbaum au début du roman, Bernie craignait être reconnu par un témoin. Celui-ci, interrogé par la police, finit par reconnaître en Bernie l'agresseur de Krichbaum. Mais ce témoin est arrêté et envoyé en camp de concentration : étant juif, son témoignage n'est pas considéré comme fiable par la police nazie !
« La Havane, février 1954 » De 1934 à 1954, Bernie Gunther a eu une vie dense, remplie d'imprévus et de souffrances personnelles. Il a été employé de force par la Gestapo et la SS durant la Seconde Guerre mondiale, il a été envoyé en Ukraine, a été fait prisonnier par les Russes, s'est évadé d'un goulag, son épouse Kirsten est morte en . Il a dû s'exiler sous une fausse identité (« Carlos Hausner ») en Argentine. Au début des années 1950, il a dû quitter le pays dans des circonstances stressantes.
Il a ainsi trouvé refuge à La Havane, où le dictateur Batista fait régner un ordre strict. La situation politique et sociale est très tendue : le régime est en proie à la contestation par les communistes, menés notamment par Fidel Castro, actuellement incarcéré.
Bernie essaie de rebondir professionnellement en proposant à un industriel et exportateur de cigares cubains de l'aider à exporter ses produits en Allemagne, et spécialement à Hambourg. Ce serait pour Bernie l'occasion de retourner dans son pays natal, dont il a la nostalgie, sous une couverture honnête et officielle.
Le roman reprend donc la biographie de Bernie en . Ce dernier, sous le nom de Carlos Hausner, vaque à ses projets et a la surprise de rencontrer Noreen Eisner, qu'il n'avait plus vue depuis vingt ans. Désormais divorcée, elle est devenue une romancière à succès et réside actuellement à Cuba avec sa fille Dinah. Celle-ci, âgée de 19 ans, a une vie de « femme libérée », sort beaucoup et mène sa mère par le bout du nez.
Bernie a rapidement une seconde surprise : il retrouve aussi Max Reles, qu’il avait quitté dans des circonstances dramatiques en 1934. Bernie apprend aussi que Dinah, la fille de Noreen, va bientôt épouser Max Reles, à la grande fureur de Noreen. Cette dernière a pour sa part une relation sentimentale avec Alfredo Lopez, un avocat plus jeune qu'elle qui soutient activement l'opposition communiste cubaine. Lors de la première rencontre entre Bernie et Alfredo au domicile de Noreen, Alfredo remet à l'Allemand une brochure de propagande communiste. Plus tard, Bernie rentre à son hôtel et est contrôlé par les militaires. Il comprend que si Alfredo se fait contrôler par ces mêmes militaires muni des brochures de propagande, il sera exécuté immédiatement. Il retourne par un autre chemin chez Noreen et prévient Alfredo du traquenard. L'homme le remercie et n'emporte pas les brochures.
Quelques jours après, Max Reles fait une proposition inattendue à Bernie. Il a besoin d'un homme sérieux, intelligent, à poigne, mais aussi honnête, susceptible de gérer son hôtel-casino à La Havane. Pour lui, Bernie a la caractéristique et la chance de ne pas être Cubain, ni Américain, ni Italien, de ne pas être lié à la mafia, ni au régime de Battista, ni aux contestataires communiste. Homme « vierge » de toute allégeance et doté d'un caractère bien trempé, il serait l'homme idéal pour gérer son établissement. Il lui fait donc une proposition de travail, avec un salaire élevé. Bernie, qui ne s'attendait pas à cette proposition, surtout au regard de ce qui s'était passé vingt ans auparavant, demande un délai de réflexion de quelques jours.
Max Reles présente aussi à Bernie certains de ses associés, tous issus de la Mafia américaine, parmi lesquels se trouve Meyer Lansky. Max propose à Bernie de se revoir le lendemain matin.