Masculin féminin est un film franco-suédois réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1966.
Le film suit Paul, tout juste démobilisé du service militaire, qui recherche un travail et milite contre la guerre du Viêt Nam. Il est amoureux de Madeleine, une jeune chanteuse qui se préoccupe plus de sa réussite dans le métier que des manifestations sentimentales de son ami Paul. Lequel finit par trouver un emploi dans un institut de sondage, où il est chargé d'enquêter sur les principales préoccupations des Français. Il habite provisoirement chez deux de ses amies. Madeleine tombe enceinte et Paul, d'un échafaudage.
Synopsis À peine rendu à la vie civile, insatisfait de son travail de manutentionnaire, Paul tombe amoureux d'une collègue de son âge, Madeleine. Ils travaillent tous deux à la rédaction d'un magazine pour la jeunesse, mais elle ambitionne de percer dans l'industrie musicale.
Ils commencent à se fréquenter. Paul lui parle souvent de politique, d'exploitation et d'aliénation, même s'il a quitté le Parti communiste français ; Madeleine parle surtout de musique et d'amitié. S'il est clairement amoureux d'elle et lui demande de sortir avec lui, ils sont tous les deux gênés d'aborder frontalement les choses qui les intéressent vraiment, comme l'amour et le sexe.
Paul invite son ami Robert, un militant syndical, pour lui faire rencontrer les amies avec lesquelles Madeleine partage un appartement, Élisabeth et Catherine. Cette dernière aime Robert, mais elle a plutôt le béguin pour Paul, et ne croit pas que le garçon serait heureux avec Madeleine.
Paul est amoureux, mais Madeleine pense au 45 tours qu'elle est en train d'enregistrer. Ils évoluent dans une société de consommation qui est alors en pleine mutation : université, vie dans les cafés, rituels de masse comme le flipper, le bowling ou le disco. Paul continue discrètement à courtiser la jeune fille, grave une déclaration d'amour sur un disque personnalisé avec sa propre voix. La violence est partout latente : par exemple, un homme dans la rue menace Paul sans raison avec un couteau, puis le lui plonge dans le ventre, un autre demande à emprunter des allumettes dont il se sert pour s'immoler par le feu en signe de protestation contre la guerre du Viêt Nam.
Le 45 tours de Madeleine sort, c'est un succès. Dans l'une de ses interviews (sarcastiquement intitulée « Dialogue avec un produit de consommation »), il interroge « Mademoiselle 19 ans », lui posant des questions maladroites sur ses préférences sexuelles et la contraception, auxquelles Elsa répond, et d'autres sur la politique et le Viêt Nam, qui révèlent les problèmes de son éducation respectable, dépolitisée et bourgeoise. À cet égard, « Mademoiselle 19 ans » ne semble pas très éloignée de Madeleine.
Paul va au cinéma avec trois amis pour voir un film suédois, qui semble être une parodie de film d'Ingmar Bergman. Indigné parce que le projectionniste a monté le mauvais format de projection sur la machine, Paul proteste auprès de lui, lui disant que le choix du réalisateur est contraignant. Il part ensuite indigné en affirmant qu'il veut aller en Italie pour protester contre la coutume de doubler les films étrangers.
Robert fait la cour à Catherine et tente également de la convertir à la cause ouvrière. La relation entre Paul et Madeleine est de plus en plus frustrante pour le garçon, surtout après qu'elle lui a révélé qu'elle attendait un enfant.
Dans la dernière scène, les trois filles se retrouvent dans un commissariat et racontent comment Paul est tombé du balcon de l'appartement qu'il venait d'acheter avec un héritage, où il voulait s'installer en épousant Madeleine. Elles nient que sa mort soit un suicide : il s'est juste trop penché en avant, en voulant regarder au loin...
Fiche technique Titre : Masculin féminin Réalisation : Jean-Luc Godard Assistant réalisateur : Bernard Toublanc-Michel Scénario : Jean-Luc Godard, très librement inspiré par deux nouvelles de Guy de Maupassant, La Femme de Paul et Le Signe. Photographie : Willy Kurant Montage : Agnès Guillemot, Marguerite Renoir (non créditée) Musique : Jean-Jacques Debout Son : René Levert Producteur : Anatole Dauman Directeur de production : Philippe Dussart Sociétés de production : Anouchka Films, Argos Films, Sandrews, Svensk Filmindustri Pays de production : , Tournage : du au Budget : . (soit environ en ) France : Masculin féminin - , Brigitte Bardot 1966, périodique , consulté le 13 janvier 2017. Format : Noir et blanc - - 1,37:1 - Mono Genre : Comédie dramatique Durée : Date de sortie : France : Film interdit aux moins de lors de sa sortie en France, sur troiscouleurs.fr.. Tous publics lors de sa sortie en DVD. Affiche : Georges Kerfyser (France)
Distribution
Production Le film est tourné entre le et .
Le chef opérateur Willy Kurant raconte que, lorsqu'il a été contacté pour faire le film Le Départ de Jerzy Skolimowski (film qui reprend aussi pour acteurs principaux Jean-Pierre Léaud et Catherine-Isabelle Duport), Skolimowski lui a déclaré avoir beaucoup aimé l'image de Masculin féminin, mais avoir eu un problème avec les cadrages. Kurant a alors répondu que les instructions de Jean-Luc Godard étaient de couper les personnages sur les bords du cadre, ce qui avait été difficile pour lui, venant du cinéma d'actualitésInterview de Willy Kurant en bonus de l'édition collector du DVD du film Le Départ, (éditions Malavida 2012)..
Commentaires
Jean-Luc Godard n'a pas écrit un dialogue littéraire mais a interviewé ses acteurs sur leur propre genre de vie, ce qu'ils lisent, ce qu'ils espèrent, la politique, l'amour, la guerre du Vietnam, la bombe atomique. Surpris par leurs réponses et commentant son film, il déclare en 1966Masculin Féminin, Jean Luc Godard filme le monde des copains, Radio-TV je vois tout (pages 8 et 9), article de Raymond Vouillamoz, 24 mars 1966. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne) : .
« La jeunesse et le sexe de la France d'aujourd'hui » : une étude de mœurs sur les jeunes des , sur fond de campagne électorale (élection présidentielle française de 1965). Le film traite notamment la vie de couple dans le monde moderne et la sexualité (pudeur, plaisir, prostitution, contraception, avortement), ce qui lui vaudra d'être interdit aux moins de à sa sortie. D'autres thèmes le parcourent, tels que la violence, la guerre, le meurtre, le suicide, l'engagement politique et les certitudes, la société de consommation ou encore le racisme. Il évoque aussi le décalage qui sépare la réalité de la société contemporaine de l'image que la sociologie peut en faire, proposant avec ce film d'établir un portrait fidèle des jeunes gens de 1965, de leurs incertitudes vis-à-vis de l'avenir et de leurs contradictions. Le film contient de nombreux cartons insérés entre les séquences à la manière du cinéma muet. Certains aphorismes sont restés fameux, comme « Les enfants de Marx et de Coca-Cola, comprenne qui voudra ». La phrase « Le philosophe et le cinéaste ont en commun une certaine manière d'être, une certaine vue du monde qui est celle d'une génération », insérée dans le film, est de Maurice Merleau-Ponty. Le monologue de Paul à la fin de la projection de cinéma est, quant à lui, directement adapté d'un passage de Les Choses de Georges Perec.
Autour du film Michel Debord joue le rôle de Robert Poiccard, le meilleur ami de Paul, incarné quant à lui par Jean-Pierre Léaud. Le nom de famille de Robert est identique à celui du personnage interprété par Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle, premier long-métrage de Jean-Luc Godard. Durant le film, Paul se fait passer pour « le général Doinel » afin d'obtenir une voiture. C'est un clin d'œil au Quatre Cents Coups, où Jean-Pierre Léaud se prénommait Antoine Doinel. Toujours au moment de la scène de la voiture, Catherine reproche à Paul de « voler » une voiture, comme Ferdinand dans Pierrot le fou, film de Godard sorti l'année précédente. Dans une scène de repas, Jean-Pierre Léaud dit « moi j'ai pas de vieille mère ? », c'est une référence à une réplique du braconnier Marceau joué par Carrette dans La Règle du jeu de Jean Renoir. À la demande du producteur Anatole Dauman, Daniel Filipacchi organisa une rencontre dans un bar entre Jean-Luc Godard et Chantal Goya. Cette dernière raconte leur rencontre en ces termes :
Lieu de tournage
à , scène d'un attroupement de personnes : au carrefour de la rue de la Chaussée-d'Antin, de la rue Halévy, de la rue Lafayette et du boulevard Haussmann Le film étant une coproduction suédoise, cinq jours de tournage ont lieu à Stockholm (Suède) fin . Il s'agit des scènes du "film dans le film" visionné par le personnage de Paul et ses amies dans une salle de cinéma. Ces scènes pastichent le style d'Ingmar Bergman.
Musique
Bande originale du film interprétée par Chantal Goya et écrite par Jean-Jacques Debout Publiée en 1966 par RCA victor et rééditée en 2006 par Magic Records.
D'abord Dis-Moi Ton Nom Comment Le Revoir Sois Gentil Laisse-Moi Si Tu Gagnes Au Flipper Tu M'as Trop Menti
Récompenses et distinctions Berlinale 1966 : Ours d'argent du meilleur acteur pour Jean-Pierre Léaud
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Jean Faurecasten, « Masculin-Féminin », Téléciné , Paris, Fédération des Loisirs et Culture Cinématographique (FLECC), , fiche , ,
Conférences Forum des images : Masculin féminin de Jean-Luc Godard, analysé par Alain Bergala, le
Liens externes
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