Le cimetière boisé d'Halbe est un cimetière militaire en Allemagne, dans le land de Brandebourg et la commune de Halbe où sont inhumés des soldats tombés à la bataille d'Halbe, des volontaires soviétiques ayant servi dans l’armée Vlassov, des travailleurs forcés russes, des soldats déserteurs allemands exécutés à Berlin-Tegel, les prisonniers du camp d'internement de Ketschendorf civils ou militaires exhumés et réinhumés à Halbe, et des victimes civiles collatérales de la guerre. C'est l’un des plus grands cimetières militaires d’Allemagne. moins par regroupement de plusieurs cimetières que par réinhumation de personnes enterrées dans des fosses communes, des charniers ou des tombes collectives anonymes. Cela fait du cimetière boisé d'Halbe un lieu de mémoire particulier qui fait fi des origines, des confessions religieuses, des convictions politiques, des faits reprochés ou de la cause de la mort. Le caractère œcuménique y est très prononcé, même si une croix y fut érigée a posteriori sans qu’il y ait pour autant une chapelle funéraire associée à un culte particulier. Depuis le , l’organisme de tutelle du cimetière militaire d'Halbe est le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge Le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge a aussi la tutelle du cimetière de Golm/Kamminke dans le Mecklembourg/Poméranie antérieure. Sinon, les organismes de tutelle des cimetières militaires sur le sol allemand sont des collectivités locales ou des personnes privées ou sociales., ce qui est inhabituel en Allemagne puisqu’en général cet organisme associatif a un rôle uniquement de conseil sur le sol allemand, alors qu’il gère pleinement les cimetières militaires allemands à l’étranger à l’instar du grand cimetière militaire allemand de La Cambe en Normandie.
Description générale du cimetière
Aspect conforme aux cimetières militaires allemands center|vignette|upright=2.5|Vue générale du cimetière boisé d'Halbe. L’aspect actuel des cimetières militaires allemands, que n’importe quel visiteur un peu observateur peut identifier sans grande difficulté par rapport aux cimetières militaires britanniques ou français, remonte à un lent processus qui aboutit à une harmonisation des pratiques, des matériaux utilisés et plus globalement de l’esthétique des lieux. Grâce à l’architecte paysagiste Robert Tischler, l’aménagement des cimetières militaires allemands répond à une démarche quasi normative où certaines caractéristiques sont communes à tous les cimetières .. La première reste encore le choix des Allemands de confier l’entretien à un organisme associatif privé à but non lucratif par opposition aux cimetières gérés par l’administration publique.
Le cimetière militaire d'Halbe correspond très bien à cette esthétique générale qui frappe les visiteurs étrangers notamment. Quand on en a vu un, on les a tous vus en quelque sorte. Bien entendu, il existe néanmoins des aspects propres à chaque cimetière. Il n’empêche que cette impression de constance et de familiarité finit par rassurer le visiteur : il sait par réflexe qu’il est dans un site à vocation mémorielle. Contrairement au cimetière de La Cambe, il n’y a pas de porte monumentale avec patio et salles d’accueil pour accéder au cimetière d'Halbe : l’accès se fait par un simple portail ouvrant sur des allées étroites traversant des vastes pelouses sans fleurs . Les arbres, essentiellement le très emblématique pin sylvestre du Brandebourg, ne sont pas alignés ou plantés de manière géométrique contrairement à d’autres sites où la forêt et la verdure peuvent paraître artificielles car pensées dans leur moindre détail. A Halbe, c’est une vraie forêt identique à celles des alentours avec ce sol recouvert de mousses toutes molles. Par conséquent, la dénomination de cimetière boisé est véridique et justifiée par rapport à d’autres cimetières où le visiteur se sent davantage dans un parc bien entretenu que dans une forêt naturelle. thumb|left|Alignement de plaques tombales à Halbe.
Parmi les normes spécifiques aux cimetières militaires allemands retrouvables à Halbe, il faut relever sans équivoque les petites pierres tombales horizontales à même le sol et les groupes de trois croix en pierre. qui sont éparpillés sur toute la surface du cimetière . Les indications gravées sur les pierres carrées sont lapidaires : nom, prénom et la date du décès. Pour les plus grandes plaques, la date de naissance est inscrite pour chaque soldat tandis que la date de décès est forcément commune à tous : . Pour une large part, les plaques au sol n’indiquent que la mention : « Cinq soldats inconnus morts au combat » par exemple. L’esprit collectif domine dans un cimetière militaire allemand., il n’y a pas une croix pour chaque tombe et chaque soldat tombé, comme chez les Britanniques ou les Français, mais une grande étendue verte parsemée de petites plaques qu’on peut même ne pas apercevoir si l’angle de vue n’est pas propice. De cette surface verte jaillissent de ci de là trois croix massives en grès couleur rouge terre. Elles n’indiquent nullement l’emplacement d’une tombe, au contraire elles sont toujours en dehors des rangées de tombes comme des pointillés à vocation décorative. Sans elle, on pourrait facilement oublier qu’on se trouve dans un cimetière. Leur fonction allusive est essentielle, mais en même temps elles se font discrètes pour recentrer l’atmosphère sur la vérité nue des plaques funéraires.
Tous ces éléments combinés engendrent une atmosphère générale très sobre totalement dédiée au recueillement et à la tristesse. La forêt mixte de chênes et de pins sylvestres projette de l’ombre sur les tombes. Le degré de communauté d’esprit dans la vie comme dans la mort se trouve renforcé par le fait que le cimetière d'Halbe contient de nombreuses tombes collectives. Il est issu de nombreux regroupements, mais rien dans l’aménagement ne laisse apparaître de différences.
Au fond du cimetière se trouve un bâtiment où le visiteur peut s'informer sur les activités du Volksbund, se recueillir ou bien écouter des intervenants. Il peut également consulter le registre des personnes inhumés dans le cimetière. Dans ce petit édifice qui sert également de bâtiment de fonction pour le personnel d'entretien du site, une œuvre de la peintre et sculptrice Yrsa von Leistner est accrochée au mur pour délivrer un message de paix très récurrent chez cette artiste jusqu'à sa mort en 2008.
Identité propre au cimetière d'Halbe thumb|Groupe de 3 croix de pierre au cimetière boisé d'Halbe, point commun à de nombreux cimetières allemands dans le monde.
Le cimetière boisé d'Halbe se divise en douze blocs. Le principe d'axialité et de symétrie qu'on retrouve souvent dans les cimetières militaires allemands, y compris à l'étranger, n'est pas respecté ici.. Si l'on excepte le bloc 9 et une partie du 10 et du 11, aucun bloc n'a eu une destination particulière. Les formes et la superficie respective divergent beaucoup entre les blocs. Au-delà des points communs qui unissent dans l'esprit et l'esthétique les grands cimetières militaires allemands gérés par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge dans la deuxième moitié du XX siècle, le site d'Halbe comporte quelques aspects très spécifiques. Comparé au très grand cimetière militaire de La Cambe en Normandie dont le visiteur trouve des illustrations dans la maison d'information et d'exposition à Halbe, le nombre des personnes qui y trouvent leur dernier repos est encore plus important. L'un et l'autre sont des cimetières de regroupement, mais si le cimetière de La Cambe comparable en taille comprend 21222 soldats tombés sur l'ensemble de la bataille de Normandie, celui d'Halbe approche les inhumées provenant d'un secteur beaucoup plus petit, et surtout, il n'héberge pas que des soldats tombés au front mais aussi des civils et des prisonniers, des déserteurs passés par les armes.
Donc on peut penser que les personnes inhumées à Halbe peuvent provoquer une certaine réticence parce qu'elles ne sont pas toutes mortes avec les honneurs du service rendu à la patrie sur les champs de bataille. De fait, il y a à Halbe aux côtés des soldats tombés aussi des personnes qui sont victimes du régime nationaliste-socialiste en tant que prisonniers contraints au travail forcé par exemple. Le cimetière accueille d'abord les soldats et civils volontaires tombés pendant la bataille d'Halbe, donc pratiquement sur place, même si la forte majorité d'entre eux furent d'abord enterrés dans la précipitation par les survivants du village que les soviétiques ont forcé à creuser des fosses communes ou à improviser des tombes à l'endroit où gisaient les nombreux cadavres qui commençaient à dégager une odeur pestilentielle.
L'hétérogénéité. des personnes inhumées à Halbe est de loin sa première caractéristique. La clôture croisée en bois qui entoure tout le cimetière militaire d'Halbe est sans nul doute très rare aussi. Cela peut poser un problème en soi quand on sait que les groupes de 3 croix en pierre (ou même 5 au cimetière de La Cambe en Normandie) disposés de manière aléatoire sur tout le terrain gazonné représentent dans l'esprit du paysagiste Tischler pour le compte du VDK depuis les années 1930 l'idée de communauté de lutte et de destin.. C'est comme si trois personnes se donnaient la main. Le symbole de la croix souligne les origines chrétiennes de la plupart des soldats allemands et l'aspect massif de la croix en grès ou en granit renvoie clairement à la force et à la stabilité des combattants. Or, à Halbe, tout le monde n'est pas soldat. La symbolique de la fraternité indissoluble dans le combat contraste avec la perte de la dignité engendrée par le statut de prisonniers faisant un travail forcé ou avec le reproche considéré comme infamant après 1945 d'avoir été un ex-membre actif d'organisations nazies qui doit purger sa peine dans un camp de prisonniers soviétique.
C'est sans nul doute la force incontestable de ce cimetière militaire dont le caractère boisé dans son nom permet justement d'englober plus facilement les catégories les plus diverses de personnes décédées directement ou indirectement à cause de la barbarie du III Reich et de la Seconde Guerre mondiale.
L’ancrage du cimetière d'Halbe dans sa région fut initialement symbolisé par l’utilisation du grès de Saxe pour signaliser les sépultures individuelles ou collectives. Les plaques en grès insérées dans la terre s’érodèrent très rapidement en raison de la nature même de la roche : elles peuvent se fendre sous l’effet du gel et du dégel, les lettres gravées en relief s’effacent et s’aplatissent avec le temps. Par ailleurs, le gazon sur les pourtours des plaques débordait facilement de sorte que l’entretien de ces plaques tombales en grès devint trop laborieux. Ceci étant, on en trouve encore dans les différents blocs du cimetière. Les plaques en granite rose-rouge remplacent ces anciennes plaques en grès car elles sont plus résistantes aux intempéries même si les responsables du cimetière regrettent que le matériau granit soit, dans l’inconscient collectif des Allemands d’après-guerre du moins, trop associé à l’architecture et à l’art nazis. Le choix porté sur le granite n’en demeure pas moins logique pour la pérennité du cimetière..
Monument aux morts et croix de bois
vignette|upright=0.7|Monuments du souvenir du cimetière boisé d'Halbe