vignette|Un biais cognitif est un mécanisme de la pensée, qui cause une déviation du jugement. Le terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité.
Un biais cognitif est une distorsion systémique d'un processus cognitif, pouvant survenir à toutes les étapes (recueil des informations, traitement, restitution..) et influençant le jugement et la prise de décision.
L’atténuation des biais cognitifs est la réduction et la prévention des effets négatifs des biais cognitifs.
Bien qu'à ce jour, il n'existe pas de méthodologie unique faisant consensus, il existe divers outils, méthodes et autres initiatives de "débiaisement" appliqués dans les milieux académiques et professionnels concernés par l'efficacité du raisonnement humain.
Un débat oppose le standard de prise de décision de l'agent économique rationnel à celui fondé sur les besoins sociaux humains et les motivations. Il oppose également les méthodes utilisées pour analyser et prédire la prise de décision humaine, comme l'analyse formelle et l'approche heuristique. Cet article identifie les éléments en lien avec ce débat.
Contexte Un grand nombre d'étudesAriely, D. (2008). Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions, Harper Collins.Gigerenzer, G. (2006). "Bounded and Rational." Contemporary Debates in Cognitive Science. R. J. Stainton, Blackwell Publishing: 115–133.Gilovich, T. (1991). How We Know What Isn't So: The Fallibility of Human Reason in Everyday Life. New York, NY, The Free Press.Haselton, M. G., D. Nettie, et al. (2005). The Evolution of Cognitive Bias. Handbook of Evolutionary Psychology. D. M. Buss. Hoboken, Wiley: 724–746.Lerher, J. (2009). How We Decide. New York, NY, Houghton Mifflin Harcourt.Nozick, R. (1993). The Nature of Rationality. Ewing, NJ, Princeton University Press. ont établi que l'une des caractéristiques des biais cognitifs est de se manifester automatiquement et de manière non consciente. Il en découlerait que, même connaissant l'existence du phénomène, une personne serait incapable de le détecter sur l'instant, et donc d'en atténuer ses manifestations.
Approche théorique Un nombre croissant d'universitaires et de professionnels identifient des moyens d'atténuer les biais cognitifs. Des exemples notables sont le domaine du « débiaisement ».
De ces travaux découlent plusieurs théories relatives à l'efficacité du raisonnement humain. Dans la plupart des cas, ces travaux sont basés sur la référence explicite aux biais cognitifs ou à l'atténuation de leurs effets. Dans d'autres, elle est implicite. Cette caractérisation est organisée suivant la segmentation historique de ces disciplines, même si dans la pratique, il existe une quantité significative de chevauchements.
La théorie de la décision La théorie de la décision, discipline issue de l'économie néo-classique, est axée sur le raisonnement humain, le jugement et la prise de décision, principalement dans des « jeux non répétés » entre deux agents, avec ou sans information parfaite. Le fondement théorique de la théorie de la décision suppose que tous les décideurs sont des agents rationnels qui tentent de maximiser l'utilité économique de leur choix, et que pour y parvenir, ils utilisent des méthodes formelles d'analyse telles que les mathématiques, les probabilités, les statistiques, et la logique sous contraintes de ressources cognitivesFrey, B.; Stutzer, A. (2002). "What Can Economists Learn from Happiness Research?". Journal of Economic Literature. 40 (2): 402–35. doi:10.1257/002205102320161320Kahneman, D. (2000). "Experienced Utility and Objective Happiness: A Moment-Based Approach." Chapter 37 in: D. Kahneman and A. Tversky (Eds.) "Choices, Values and Frames." New York: Cambridge University Press and the Russell Sage Foundation, 1999..
La théorie de la décision est dite normative (ou prescriptive) lorsqu’elle concerne ce que les gens devraient faire, compte tenu de leur objectif de maximiser leur utilité. Dans cette approche, il n'est jamais fait explicitement mention de facteurs inconscients tels que les biais cognitifs ; c'est-à-dire que tous les facteurs sont considérés comme des choix logiques de paramètres objectifs, amenant les agents à une prise de décision consciente et rationnelle. Dans ce modèle, les déviations sont des « erreurs irrationnelles ». Cette conception implique que l'atténuation des biais cognitifs ne peut être atteinte qu’en faisant en sorte que les décideurs deviennent davantage des agents rationnels.
La théorie de la décision positive ou descriptive se préoccupe de ce que les gens font réellement. Dans cette approche, le comportement « irrationnel » d'un agent est accepté et considéré comme un élément de prise de décision. Les écarts par rapport à ce qu'un agent rationnel ferait, montrent la part d'éléments irrationnels comme variable décisionnelle importante.
La théorie des jeux La théorie des jeux, une discipline qui plonge ses racines dans l'économie et la dynamique des systèmes, est une méthode d'étude de la prise de décision stratégique dans des situations impliquant des interactions multi-étapes avec plusieurs agents avec ou sans information parfaite. Comme pour la théorie de la décision, le fondement théorique de la théorie des jeux suppose que tous les décideurs sont des agents rationnels qui essaient de maximiser la valeur économique attendue de leurs choix et qu'ils utilisent des méthodes analytiques formelles telles que les mathématiques, les probabilités, les statistiques, et la logique sous contraintes de ressources cognitivesBinmore, K. (2007). "A Very Short Introduction to Game Theory." Oxford University Press.Camerer, C. F., Ho T.-H., Chong, J.-K. (2002). "A Cognitive Hierarchy Theory of One-Shot Games and Experimental Analysis." Forth, Quarterly Journal of Economics."Broseta, B., Costa-Gomes, M., Crawford, V. (2000). "Cognition and Behavior in Normal-Form Games: An Experimental Study." Department of Economics, University of California at San Diego, Permalink: http://www.escholarship.org/uc/item/0fp8278k.Myerson, R. B. (1991). "Game Theory: Analysis of Conflict." Harvard University Press..
Une différence majeure entre la théorie de la décision et la théorie des jeux est la notion d '« équilibre », une situation dans laquelle tous les agents s'accordent sur une stratégie parce que toute déviation par rapport à cette stratégie punit l'agent déviant. Malgré les preuves analytiques de l'existence d'au moins un équilibre dans un large éventail de scénarios, les prédictions de la théorie des jeux, comme celles de la théorie de la décision, ne correspondent pas souvent aux choix humains réelsWright J. R., Leyton-Brown, K., Behavioral Game-Theoretic Models: A Bayesian Framework For Parameter Analysis, to appear in Proceedings of the 11th International Conference on Autonomous Agents and Multiagent Systems (AAMAS 2012), (8 pages), 2012.. Comme dans le cas de la théorie de la décision, les praticiens ont tendance à considérer ces écarts comme « irrationnels » et, plutôt que de tenter de modéliser un tel comportement, supposent que l'atténuation des biais cognitifs ne peut être atteinte que par les décideurs.
Dans la gamme complète des modèles de théorie des jeux, beaucoup ne garantissent pas l'existence d'équilibres, c'est-à-dire qu'il existe des situations conflictuelles où aucun ensemble de stratégies n'est accepté par tous les agents. Cependant, même lorsque des équilibres théoriques existent, c'est-à-dire lorsque des stratégies de décision optimales sont disponibles pour tous les agents, dans la vraie vie, les décideurs les trouvent rarement ; en effet, ils semblent parfois même ne pas essayer de les trouver, ce qui suggère que certains agents ne sont pas toujours « rationnels ». La théorie des jeux ne semble pas tenir compte d'un agent autre que l'agent rationnel.
L'économie comportementale Contrairement à l'économie néoclassique et à la théorie de la décision, à l'économie comportementale et aux domaines connexes, la finance comportementale considère explicitement les effets des facteurs sociaux, cognitifs et émotionnels sur les décisions économiques des individus. Ces disciplines combinent les connaissances de la psychologie et de l'économie néo-classique pour atteindre cet objectifKahneman, D. "Maps of Bounded Rationality: Psychology for Behavioral Economics." American Economic Review (December 2003): 1449–1475.Mullainathan, Sendhil, and Richard Thaler. "Behavioral Economics." MIT Department of Economics Working Paper 00-27. (September 2000)..
La théorie des perspectives , première inspiration pour cette discipline, a été développée par ses praticiens. C'est l'une des premières théories économiques qui reconnaissent explicitement la notion de biais cognitif, même si le modèle lui-même n'en compte que quelques-uns, notamment l'aversion aux pertes, le biais d'ancrage et d'ajustement, l'effet de dotation et peut-être d'autres. Aucune mention n'est faite de l'atténuation des biais cognitifs dans la théorie formelle des perspectives, et il n'y a aucune preuve de travail révisé par des pairs sur l'atténuation des biais cognitifs dans d'autres domaines de cette discipline.
Cependant, Daniel Kahneman et d'autres ont récemment écrit des articles dans des revues commerciales traitant de la notion d'atténuation des biais cognitifs sous une forme limitéeKahneman, D., Lovallo, D., Sibony, O. (2011). "Before You Make That Big Decision." Harvard Business Review, June, 2011.. Ces contributions affirment que l'atténuation des biais cognitifs est nécessaire et offrent des suggestions générales sur la façon de l'atteindre, bien que les conseils soient limités à quelques biais cognitifs et ne soient pas généralisables de façon évidente aux autres.
La neuroéconomie La neuroéconomie est une discipline rendue possible par les progrès des technologies d'imagerie de l'activité cérébrale. Cette discipline fusionne certaines des idées de l'économie expérimentale, de l'économie comportementale, des sciences cognitives et des sciences sociales dans le but de mieux comprendre la base neuronale de la prise de décision humaine.
Les expériences d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) suggèrent que le système limbique est constamment impliqué dans la résolution des situations de décision économique qui ont une valence émotionnelle. L'hypothèse est que cette partie du cerveau humain est impliquée dans la création des écarts observés par rapport aux choix rationnels des agents. Les praticiens de cette discipline ont démontré des corrélations entre l'activité cérébrale dans cette partie du cerveau et l'activité de prospection, et il a été démontré que l'activation neuronale a des effets mesurables et constants sur la prise de décisionSpreng, R. N., Mar, R. A., Kim, A. S. N. (2008). The Common Neural Basis of Autobiographical Memory, Prospection, Navigation, Theory of Mind and the Default Mode: A Quantitative Meta-Analysis. Journal of Cognitive Neuroscience, (Epub ahead of print)(2010)..
Ces résultats, considérés comme spéculatifs et préliminaires, suggèrent néanmoins la possibilité d'une identification, en temps réel, des états cérébraux associés à la manifestation des biais cognitifs, et la possibilité d'interventions ciblées au niveau neuronal pour les atténuer.
La psychologie cognitive Plusieurs courants d'investigation dans cette discipline sont remarquables pour leur pertinence possible en matière d'atténuation des biais cognitifs.
Une approche de l'atténuation proposée à l'origine par Daniel Kahneman et Amos Tversky, développée par d'autres et appliquée dans des situations réelles, est la prévision de classe de référence. Cette approche comporte trois étapes :
Avec un projet spécifique en tête, identifier un certain nombre de projets antérieurs qui partagent un grand nombre d'éléments avec le projet sous examen.