vignette|250px|Affiche américaine donnant des informations sur des victimes non identifiées : Tammy Alexander (identifiée en 2015), Tammy Terrell (identifiée en 2021), Sherri Jarvis (identifiée en 2021) et Marcia King (identifiée en 2018) Cadavre non identifié et corps non identifié sont des termes utilisés pour décrire le cadavre d'une personne dont l'identité ne peut être établie par la police scientifique ou la médecine légale.
Parfois, plusieurs années s'écoulent avant que l'identité de certains cadavres ne soit connue, et dans certains cas, ils ne sont jamais identifiés. Un corps peut rester non identifié en raison d'un manque de preuves, de l'absence de et de multiples causes (SDF morts de froid, militaires engagés dans des combats, migrants, victimes de catastrophe naturelle)
Lorsque les restes sont abîmés ou mutilés au point que le corps n'est pas reconnaissable, le visage peut être reconstruit pour montrer à quoi il ressemblait avant la mort. Une personne non identifiée peut être désignée par le pantonyme "X" en France, "Doe" dans les pays anglo-saxons.
Importance et circonstances L'identification des cadavres représente un problème social important, non seulement en justice criminelle, mais aussi en termes économiques et psychologiques pour les familles de personnes disparues : deuil difficile en l'absence de corps, blocage des salaires et pensions, non-paiement des assurances décès, problèmes d'héritage, remariage impossible du conjoint survivant .
En pratique, il existe deux types de situation de difficulté très différentes :
L'identification comparative, où une identité est supposée. C'est le cas d'un cadavre retrouvé dans le cadre d'une enquête de personne disparue. Il s'agit de comparer l'état du cadavre avec les données connues de la personne disparue. L'identification reconstructive, où aucune identité ne peut être supposée. Il s'agit alors d'établir des critères : datation et causes de la mort, déterminations du sexe, de la taille, de l'âge. La détermination d'un type ethnique ou de la « race » est rarement nécessaire, elle reste peu fiable et imprécise. Le but est d'obtenir la liste la plus courte possible des personnes disparues correspondant à ces critères pour retourner à la première situation d'identification comparative.
Données internationales À l'échelle mondiale, l'identification des cadavres représente un fardeau humanitaire de plus en plus lourd, nécessitant une collaboration internationale et une mise en commun des ressources pour une meilleure justice sociale.
Chaque année, il y a environ non identifiés aux États-Unis ; en France, de à retrouvées mortes ne sont pas identifiées, et jusqu'à plusieurs millions dans le monde selon une estimation publiée en 2023. Il s'agit d'estimations, car les données publiées sont le fait d'instituts loco-régionaux : France (Garches, Montpellier), Italie (Milan), Inde (Calcutta), ce qui n'est pas forcément représentatif d'une situation nationale.
Les comparaisons internationales sont difficiles, d'abord en raison de la rareté des publications sur ce sujet : sur la période 1998-2022, 24 publications de qualité ont été retenues, en provenance de 10 pays seulement. Ensuite en raison d'une absence de terminologie internationale (définitions standards) : par exemple, selon les pays, le terme corps non identifié est parfois confondu avec celui de corps non réclamé par des proches pour diverses raisons : de l'incapacité de payer des obsèques (corps identifié), jusqu'à l'absence de proches connus (corps non identifié).
La mise en œuvre des procédures d'identification nécessite des moyens techniques et en personnel, ce qui représente un coût économique dans un cadre législatif adapté. Seuls les pays les plus développés en disposent, aussi le taux de corps qui restent non identifiés est fréquemment attribué au statut socio-économique du pays. Des pays comme l'Inde ou l'Afrique du sud ont des taux beaucoup plus élevés que les États-Unis ou les pays de l'Union Européenne : par exemple, moins de 1 % aux États-Unis et en France, et plus de 20 % en Inde.
Aux États-Unis, le corps peut ne pas être identifié si le décès a lieu dans un État où la personne n'est pas enregistrée ; en outre, dans de nombreux cas, les adolescents en fugue peuvent être retirés des fichiers de personnes disparues, lorsqu'ils atteignent l'âge de , ce qui élimine la possibilité de les retrouver par ce moyen.
En France, les disparitions de personnes majeures ne sont a priori pas considérées comme inquiétantes.
Circonstances Dans le monde, les cadavres qui restent non-identifiés sont typiquement des hommes de 30 à 50 ans, morts le plus souvent par accident, et appartenant à des groupes vulnérables de bas statut socio-économique, avec peu de lien social (sans abris, migrants…). Ce sont des personnes en âge de travailler qui quittent leur famille rurale pour aller vivre dans des mégapoles (migration urbaine, nationale ou internationale). Selon l'Organisation internationale pour les migrations, près de 60 % des cadavres de migrants restent non identifiés.
Les deux voies internationales les plus meurtrières sont la traversée de la Méditerranée et la frontière mexicaine avec les États-Unis. En Inde et en Afrique du sud, les accidents routiers et ferroviaires sont attribués à un défaut législatif sur la sécurité des transports.
Chez les sans-abris non-identifiés, le décès est plutôt lié à des intoxications, l'usage de drogues ou des maladies non traitées comme l'infection à VIH.
Le nombre de cadavres non-identifiés est en croissance continue dans le monde, ce serait une crise globale sanitaire, voire une « catastrophe silencieuse ». À la migration de masse (raisons économiques et climatiques) s'ajoutent les catastrophes naturelles et désastres humanitaires, les maladies et les violences (crimes et conflits armés). Dans les pays en développement qui n'ont pas ou peu de moyens d'identifications, les victimes sont souvent enterrées en fosse commune en l'absence de tout cérémonial religieux ou culturel.
État du cadavre Décomposition Un corps peut ne pas être identifié s'il se trouve dans un état de décomposition avancé ou présente des blessures importantes au visage.
Beaucoup de corps, trouvés longtemps après la mort, sont significativement décomposés. La décomposition des tissus mous modifie considérablement les traits du visage et peut aussi empêcher l'identification par empreintes digitales. Les conditions environnementales sont un facteur important dans ce processus : plusieurs mois après la mort, on peut n'observer que peu de décomposition, si le corps se trouvait dans un endroit froid. Inversement, des corps retrouvés dans des endroits chauds, même peu de temps après la mort, voient rapidement leurs caractéristiques altérées. L'intervention de charognards est également très délétère.
Une température élevée peut parfois entraîner une momification du cadavre, les tissus échappant à la décomposition initiale. Mais les traits sont déformés. Un exemple est la « », momie d'une jeune femme morte vers 1996 et réapparue en au PakistanLa momie avait d'abord été frauduleusement présentée comme celle d'une princesse perse du .
En 1994, à Idar-Oberstein (Allemagne), un homme était mort depuis plusieurs mois quand on a retrouvé son corps ; pourtant, à certains endroits, sa peau n'était pas détériorée et des tatouages ont été trouvés et utilisés pour l'identification.
Putréfaction La putréfaction se produit lorsque des bactéries décomposent les restes ; la fermentation des tissus produit des gaz qui déterminent un gonflement et la décoloration du cadavre. Dans le cas de la famille Rogers, assassinée en 1989 par Oba Chandler, les corps étaient immergés, mais les gaz produits les ont fait gonfler et revenir flotter en surface. Ils n'étaient morts que depuis peu, mais déjà fortement décomposés et méconnaissables, en raison d'une putréfaction rapide sous l'eau et à des températures relativement élevées. Par la suite, c'est en ayant recours aux dossiers dentaires que les identifications ont pu être faitesBourdett, Paul, prod. "Water Logged." Forensic Files. Dir. Michael Jordan. HLN. 10 Dec. 2010. Television.
Squelette L'étape squelettique correspond à la décomposition complète des chairs ; les os — et éventuellement quelques tissus — sont tout ce qui est retrouvé, généralement après un délai important entre la mort et la découverte du squelette (à ce stade, on ne parle plus de 'cadavre'). Dans ce cas, il est impossible de relever les empreintes digitales (sauf dans de rares cas de momification).
Des restes squelettiques partiels vont limiter les informations disponibles. Par exemple, le crâne partiel d'une femme trouvé à Francfort (Allemagne) était insuffisant pour estimer sa taille ou son poids.
On procède à la reconstruction faciale des personnes dont les restes sont réduits à l'état de squelette quand la consultation des dossiers dentaires et des bases de données ADN a échoué.
Traumatismes, blessures Certains corps ont subi un traumatisme qui altère considérablement leur apparence, en particulier les victimes d'accidents de la route ou de mort violente. Une expression faciale, souvent de douleur, peut défigurer complètement le visage, lequel présentera une expression jamais vue par le public en général, ni même par ceux qui ont vu la personne de son vivant. Ainsi, une tête décapitée n'a pas pu être reconnue.
De nombreux cadavres dont la tête n'a pas été retrouvée restent non identifiés, comme dans le mystère de Whitehall à Londres en 1888.
Brûlures Souvent, quelqu'un qui essaie de dissimuler un corps tente de le détruire ou de le rendre méconnaissable. En 2006, la personne à ce jour non identifiée et surnommée «Yermo John Doe» a été tuée environ une heure avant d'être retrouvée, mais toute reconnaissance s'est avérée impossible.
Lorsque Lynn Breeden, un mannequin canadien, a été assassinée et enflammée dans une benne à ordures, son corps a été si profondément brûlé que l'analyse ADN et celle de ses empreintes digitales étaient impossibles. Elle a été identifiée par comparaison de sa denture avec ses dossiers dentaires, et grâce à de l'ADN extrait de son sang trouvé ailleurs(en) Dowling, Paul. "Charred Remains." Forensic Files HLN. Atlanta, Georgia, 13 Nov. 1997. Television.
En 1934, le corps de a été trouvé brûlé près d'Albury (Australie). Ses restes ont été identifiés dix ans plus tard par .
Procédés d'identification Lors d'épisodes particulièrement meurtriers des conflits armés, tous les corps des victimes militaires ne sont pas identifiables. Une tombe du Soldat inconnu contient les restes d'un soldat tué au combat et non identifié, qui représente tous les morts du conflit.
En France, chaque année, de à retrouvées mortes ne sont pas identifiéesDans ce cas, le maire doit pourvoir d'urgence à ce que la personne décédée soit inhumée. On ne procède à des analyses que dans les cas de mort suspecte, sur demande de la justice (réquisition du procureur de la République)Décret n° 2012-125 du 30 janvier 2012 relatif à la procédure extrajudiciaire d'identification des personnes décédées. Des associations demandent que sur tout corps non identifié des relevés d’empreintes digitales, génétiques et soient obligatoirement effectués avant l'inhumation. Depuis 1996 en France, il existe une possibilité d’inscription dans le Fichier des personnes recherchées : Art. 2, Décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées.Quand l'identité d'un cadavre est recherchée, les techniques mises en œuvre doivent respecter la dignité humaine dont tout corps, même mort, bénéficie (protection juridique prévue à l'article 16-1-1 du Code civil).
Identification visuelle