Quand passent les cigognes (titre original , ) est un film soviétique de Mikhaïl Kalatozov sorti en 1957. Il s'agit de l'adaptation cinématographique de la pièce de Rozov, Éternellement vivants . En 1958, le film reçoit la Palme d'or au festival de Cannes.
Ce film symbolise le dégel, c’est-à-dire l'assouplissement du régime soviétique sous Nikita Khrouchtchev. Avec La Ballade du soldat (1959) et L'Enfance d'Ivan (1962), ce film a changé le genre de la guerre dans le cinéma soviétique : alors qu'auparavant la guerre était présentée comme l'élan patriotique du héros sur le champ de bataille, ces trois films la présentent à l'inverse comme un drame ballottant des gens ordinaires, comme ici une femme qui attend le retour de son fiancé pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle finit par succomber aux avances du cousin de celui-ci, Mark, un planqué peu glorieux, égoïste et distant. Délaissée, Veronika s’implique à sa manière dans le conflit en investissant son énergie dans l’aide et le réconfort aux soldats blessés rapatriés. Elle prend conscience de l’horreur de la guerre.
Synopsis Le film se déroule à Moscou et dans une ville inconnue de l'arrière-pays, avant et pendant la Grande Guerre patriotique.
Boris et Veronika s'aiment et sont sur le point de se marier. Ils se promènent dans Moscou et remarquent une cigogne qui survole la ville. Pendant leur promenade, ils écoutent l'horloge de la sonner 4 heures du matin, puis rentrent chez eux (à l'aube du ). C'est ce matin-là que la Grande Guerre Patriotique a commencé. Boris, malgré la possibilité d'obtenir une dispense, décide de se porter volontaire pour le front. La convocation l'oblige à se présenter au point de rassemblement la veille de l'anniversaire de Veronika, à qui il laisse en cadeau un jouet : un écureuil avec un panier rempli de noix dorées, sous lequel il glisse un mot. Boris est escorté jusqu'au front, mais Veronika n'a pas le temps de lui dire au revoir.
Les bombardements commencent à endeuiller Moscou. Un jour, Veronika, après avoir appelé l'usine où Boris travaillait, apprend qu'elle n'a pas de nouvelles de lui. Avec sa mère, elle se rend à la maison et discute. Leur conversation est interrompue par une alerte au bombardement aérien. Elles se précipitent à la maison pour aller chercher le père de Veronika, mais celui-ci refuse de partir en métro, prétextant un travail urgent. La mère de Veronica décide de rester à la maison avec son mari, et ils envoient Veronica seule dans le métro, elle ne réussit à emporter que l'écureuil. Lorsque Veronika revient après sa nuit de repos, il s'avère que sa maison a été bombardée et que ses parents sont morts.
Fiodor Ivanovitch Borozdine, le père de Boris, médecin de profession, lui propose de s'installer chez eux, où elle se heurte aux avances de Mark, le cousin de Boris. Amoureux de Veronika depuis longtemps, Mark, pianiste talentueux, a une réserve et n'arrive pas au premier rang. Boris lui a d'ailleurs conseillé de ne pas partir à la guerre. Mark poursuit Veronica et il la viole. Cédant ensuite à son insistance, elle l'épouse. Cet acte est mal vécu par toute la famille Borozdine, mais, contrairement à la sœur de Boris, son père ne lui tourne pas le dos.
L'unité militaire de Boris et de son camarade Stepan sort d'un encerclement dans des conditions difficiles. L'un des soldats fait une remarque vulgaire sur Veronica. Boris lui donne un coup de poing au visage, et tous deux sont envoyés « à des fins éducatives » en mission de reconnaissance. Sous les obus et les balles, Boris, qui porte son partenaire blessé, est tué d'un tir précis.
La famille Borozdine est évacuée au-delà de l'Oural. Veronika travaille comme infirmière dans un hôpital dont le médecin-chef est Fiodor Ivanovitch. Veronika est malheureuse car elle pense qu'en épousant Mark, elle a trompé Boris (dont elle ignore la mort).
Un jour, à l'hôpital, l'un des blessés fait une dépression nerveuse en apprenant que sa fiancée s'est mariée pendant qu'il était à la guerre. Fiodor Ivanovitch le retient et lui dit que ce n'est pas lui, mais elle qui a perdu son honneur. Tout l'hôpital le soutient, et Veronika, voyant que les gens méprisent les épouses infidèles, s'enfuit de l'hôpital, confuse, et songe à se se suicider. Elle escalade un pont pour se jeter devant un train qui arrive, mais au dernier moment, elle aperçoit un petit garçon sur la route. Veronika le sauve de sous les roues d'un camion et découvre que le garçon est perdu et qu'il s'appelle Boris.
Lorsqu'elle rentre chez les Borozdine avec le petit garçon, elle veut lui donner un jouet en forme d'écureuil, le cadeau d'adieu de Boris, pour qu'il s'amuse avec. Mais il s'avère que le jouet a été emporté par Mark, soi-disant pour le donner à un autre garçon. Veronica apprend de la fille de Fiodor Ivanovitch que Mark fréquente depuis longtemps une certaine Antonina Monastyrskaïa.
Mark divertit la foule de spéculateurs et de marchands endimanchés en jouant du piano et en racontant des histoires d'amour. Sur une table garnie de nourriture se trouve un jouet offert par Mark. Une tante, disant qu'« elle a goûté à tout, mais jamais aux noix d'or », attrape l'écureuil et trouve sous les noix un billet que Veronica n'avait pas remarqué. À ce moment-là, Veronica arrive en courant, lui arrache le billet des mains, gifle Mark et s'en va.
Au même moment, Fiodor Ivanovitch apprend que Mark a reçu la dispense moins pour ses mérites que grâce à ses relations. En rentrant chez lui, Mark le rencontre et le père de famille le met à la porte. Veronica veut également partir, mais Fiodor Ivanovitch la convainc qu'elle n'est pas responsable et qu'elle ne peut pas être condamnée pour son erreur.
Veronica fait la lessive. Le soldat que Boris a sauvé lors de la reconnaissance entre. Le soldat dit à Veronika que Boris est mort, mais elle ne le croit pas, car le soldat a seulement vu Boris gravement blessé et transporté sur une tente par son camarade Stepan, mais il n'a pas vu la mort de Boris. On sait seulement avec certitude qu'il est porté disparu.
La fin de la Grande Guerre patriotique. Moscou en paix. Veronika n'arrive toujours pas à oublier Boris et attend, car « on doit toujours espérer le meilleur ». Un train transportant des soldats de première ligne qui rentrent au pays arrive à la gare. Ils sont accueillis avec des bouquets de fleurs et des larmes dans les yeux. Veronika court dans la foule à la recherche de Boris et de Stepan. Elle finit par trouver Stepan qui lui donne la carte postale que Veronika avait donnée à Boris. C'est ainsi que Veronika devient enfin convaincue que Boris est mort. En pleurs, elle se fraye un chemin dans la foule. Stepan, de la locomotive à vapeur, prononce un discours dans lequel il dit que la joie de la victoire est immense, mais que le chagrin de la perte l'est tout autant, et que les gens feront désormais tout pour qu'il n'y ait plus jamais de guerre de ce genre. Veronica traverse la foule et distribue des fleurs de son bouquet aux soldats de première ligne. Puis tout le monde, y compris Fiodor Ivanovitch, qui est arrivé à ce moment-là, voit des cigognes voler au-dessus de Moscou.
Fiche technique
Titre français : Quand passent les cigognes Titre original : Летят журавли (Letiat jouravli) ; littéralement « Les grues volent »Le titre français est choisi pour éviter une traduction ambiguë pour une oreille, à cause de la polysémie des mots « grue » et « voler ». Réalisation : Mikhaïl Kalatozov Scénario : Viktor Rozov Musique : Mieczysław Weinberg Photographie : Sergueï Ouroussevski Décors : Evgueni Svideteliev Costumes : Leonid Naoumov Montage : Maria Timofeïeva Son : Igor Maïorov Société de production : Mosfilm Pays de production : Langue originale : russe Format : noir et blanc - 1,37:1 - 35 mm Genre : drame, romance, guerre Durée : 98 minutes Dates de sortie : URSS : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) Affiches : John J. Lomasney (États-Unis), Jean Mascii (France)
Distribution Tatiana Samoïlova (VF : Nadine Alari) : Veronika Alexeï Batalov (VF : Roland Ménard) : Boris Fiodorovitch Borozdine Vassili Merkouriev (VF : Pierre Morin) : Fiodor Ivanovitch Borozdine, le père de Boris Alexandre Chvorine (VF : Jean-Louis Jemma) : Mark Alexandrovich Borozdine, le cousin de Boris Svetlana Kharitonova ((VF : Denise Bosc) : Irina Fiodorovna Borozdina, la sœur de Boris Constantin Nikitine (VF : Jean-Claude Michel) : Vladimir, dit « Volodia » Valentin Zoubkov (VF : Claude Bertrand) : Stepan, l'ami de Boris (VF : Germaine Michel) : Varvara Kapitanova, la grand-mère de Boris et d'Irina Boris Kokovkine (VF : Yves Furet) : Nicolaï Tchernov Ekatérina Kouprianova (VF : Lucienne Givry) : Anna Mikhaïlovna Lebedeva Olga Dzisko (VF : Sophie Leclair): Dacha Danil Netrebine (VF : Marcel Bozzuffi): Raneny Galina Stepanova (VF : Hélène Tossy): La mère de Veronika Valentina Berezoutskaïa : Lucia
Style Avec ce film, le cinéma soviétique se démarque de tout l’élan patriotique de sa production précédente en montrant une histoire d’amour filmée dans un esprit neuf.
Certaines scènes sont marquantes et novatrices : Le préambule calme de l’avant-guerre permettant à Veronika et Boris d'envisager leur amour, tournés vers l'avenir. Un vol de grues traverse le ciel. La scène tourbillonnante de l’escalier gravi par Boris (une première technique pour l’époque). Le moment où Veronika, terrorisée par le bombardement et à bout de forces, cède à Mark en répétant à l’infini sa négation qu’elle ne peut plus contrôler. La scène à l'hôpital où un blessé apprend que sa fiancée l'a trompé ; le docteur, Fiodor Ivanovitch, le père de Boris, le console en s'adressant à toute la salle pour fustiger le comportement de certaines filles qui ne font pas preuve de courage : elles ne méritent pas l'estime d'héroïques combattants. Veronika, qui se trouve dans la salle, culpabilise en l'écoutant, car elle n'a pas attendu Boris qui était au front, et a épousé Mark. (Cette scène peut être comparée à la scène finale du film, La Femme du boulanger, où Aimable Castanier s'adresse à sa chatte Pomponette, revenue après une escapade amoureuse, devant son épouse Aurélie qui l'avait quitté pour son amant et qui est de retour. Fiodr Ivanovitch tout comme Aimable Castanier s'adressent à un tiers, le blessé pour Fiodor Ivanovitch et la chatte Pomponette pour Aimable Castanier, pour délivrer un message de reproches, adressé en réalité à Veronika ou Aurélie.) La mort de Boris, qui voit défiler devant ses yeux l'avenir rêvé avec Veronika. La scène qui montre certains « planqués », à l'arrière, passant du bon temps et se livrant à des trafics pour satisfaire leurs caprices frivoles alors que tout manque. La scène finale : à la gare, Veronika, un bouquet de fleurs à la main, traverse la foule en liesse (autre prouesse technique) qui acclame les soldats de retour au pays. Elle arrive à Stepan, l'ami de Boris, qui lui apprend la mort de ce dernier et veut lui remettre la photo d'elle qu'il gardait sur lui. Le film se conclut pourtant sur une note d'espoir : Stepan, debout sur la locomotive, fait un discours énergique sur le retour de la paix et la nécessaire reconstruction, et Veronika, en larmes, se réconforte dans la solidarité collective en distribuant ses fleurs aux gens présents, tandis qu'un vol de grues passe dans le ciel.
Prouesses techniques