vignette|Manifestation pour dénoncer le procès d'Altsasu (26 novembre 2016) Le procès d'Altsasu est une affaire judiciaire à la suite des événements qui se sont déroulés dans la ville d'Altsasu, en Navarre, dans la nuit du 15 octobre 2016. La juge Carmen Lamela, de l'Audience nationale d'Espagne, juge le différend, une bagarre, entre deux gardes civils accompagnés de leurs compagnes et huit jeunes basques Bi atxilotu utzi ditu ferietako liskar batek, 2017-11-13. Le procureur réclame une peine de 375 ans de prison pour ces derniers alléguant qu'il s'agit d'une attaque terroriste Fiskaltzak 375 urte eskatu ditu Altsasuko auziko zortzirentzat, Jokin Sagarzazu, Berria, 2017-11-13. Trois jeunes resteront en détention provisoire pendant 18 mois, dans l'attente du verdict de ce procès Urtebete espetxean, 2017-11-13. Le , écartant le caractère « terroriste » de la bagarre, l'Audience nationale va imposer dans son verdict les peines maximales pour délit d'« attentat ». Les peines sont de 9 à 13 ans de prison pour sept d'entre-eux pour « blessures, désordre public et menaces » et 2 ans de prison pour Ainara Urkijo pour « menaces » Condenas de hasta 13 años para los jóvenes de Altsasu por «lesiones, desórdenes públicos y amenazas», Naiz, juin 2018. Le verdict fut largement critiqué pour son caractère extrêmement disproportionné La sentencia “dura”, “una barbaridad”, “escándalo” y falta de proporcionalidad, Noticias de Navarra, 2 de Junio de 2018 par les familles, le Gouvernement de Navarre et presque tous les partis politiques du Pays basque.

Contexte historique À Altsasu, mais aussi dans toute la vallée du Sakana, historiquement les rapports avec la Garde civile ont souvent été conflictuels. Cette situation a souvent été dénoncée par la population, qui rapporte d'incessants barrages routiers, des arrestations abusives, amendes arbitraires à répétition et autres. De plus, des mouvements politisés dénommés Alde Hemendik (« Déguerpissez » ou « Partez d'ici » en basque) ainsi que Utzi Bakean Sakana (laissez la vallée de Sakana en paix) prônent entre autres le renvoi des forces militaires. Prenant avantage de ce contexte, la juge de l'Audience nationale Carmen Lamela va établir un lien avec l'ETA, bien que des personnalités du droit aient réfutées cette supposition pour incriminer les 8 jeunes.

La formation indépendantiste Sortu dénonce la L'État espagnol s'empare du dossier d'Altsasu, Mediabask, 26-10-2016 et . Le communiqué dénonce le fait que . La formation politique souligne que et qu'ils ont au cours d'opérations de contrôle. Son porte-parole, Arkaitz Rodríguez, soutient que la Fondation Euskal Memoria a documenté plus de cas de torture, dont 117 dans le Sakana, et dénonce le fait que cela soit une .

Évènements vignette|Affiche invitant à participer au rassemblement du 12 avril 2018. Selon la mise en accusation émise par l'Audience nationale, dans la nuit du , une altercation entre huit jeunes de la ville (Ohian Arnanz Ziordia, Jokin Unamuno Goikoetxea, Jon Ander Cob Amilibia, Julen Goikoetxea Larraza, Adur Ramirez de Alda Pozueta, Aratz Urrizola Ortigosa, Iñaki Abad Olea et Ainara Urquijo Goicoechea, qui est la seule fille du groupe) et deux gardes civils ainsi que leurs compagnes se produit au bar Koxka. À ce moment-là, une unité de Foruzaingoak ou de la police forale de Navarre se place à l'extérieur du bar Koxka, mais ne voit pas grand chose de la confrontation ; deux jeunes sont cependant arrêtés. À la suite de l'incident, un attroupement se forme et d'autres personnes sont arrêtées, puis détenues.

Selon la juge, le lieutenant et le sergent de la Garde civile, vêtus en civil, étaient au bar. Lors des festivités locales, à 4h55 du matin, quelques jeunes rejoignent l'établissement et demandent aux Gardes civils de partir. À ce moment, il leur est demandé de quitter paisiblement le bar, puis ils sont entourés par 25 personnes et menacés d'être sortis de force du bar. Selon la Garde civile, ils ont essayé de passer, mais un groupe de 15 ou 20 autres personnes les aurait pris à partie dans la rue, les insultant et leur assénant plusieurs coups jusqu'à l'arrivée des Foruzaingoak.

Phrases mentionnées par l'accusation vignette|Description de la cour lors du procès en avril 2018. Selon la déclaration du procureur José Perals au tribunal lors procès d'Altsasu, ce qui s'est passé le au bar Koxka . Il déclara que .

Selon le procureur, l'ETA a créé le mouvement Alde Hemendik dans les années 1980, avec pour objectif d'éliminer du Pays basque les forces de sécurité espagnoles (la police nationale espagnole) et la Garde civile et le , ce qui s'est passé au bar Koxka était .

Le procureur a ajouté que des mouvements comme 'Ospa' (dégage) assumaient "l'héritage d'un terrorisme de faible intensité mené par l'ETA". Pour finir, il a demandé au jury de ne pas craindre que cette question soit considérée comme du terrorisme, « parce qu'il était rendu possible grâce à de tels procès d'éliminer une organisation terroriste (c'est-à-dire ETA) ».

Conséquences Le jour même, et compte tenu de l'écho grandissant fait par la presse, de nombreuses personnes ont signalé qu'il s'agissait « d'un montage de la police » sur la place d'Altsasu. De leur côté, certains médias espagnols ont mentionné dès le début que c'étaient prétendument « 50 jeunes proches de l'ETA qui les avaient attaqués ». Ces informations qui ont été écrites par les gardes civils, ont été reprises par les grands médias. Ces derniers mentionnaient qu'une "cheville avait été fracturée", que les jeunes avaient fait preuve d'une "terrible brutalité" et même qu'ils les avaient pris dans une "embuscade" Emboscada a dos guardias civiles en Alsasua: radicales abertzales los apalean en un bar mientras estaban con sus novias. La juge Carmen Lamela affirma qu'ils étaient environ 20 à 25 et qu'ils continuaient à les battre et les insulter jusqu'à l'arrivée des policiers La Fiscalía pide 50 años de cárcel para siete de los autores de la agresión de Alsasua, Noticias de Navarra.

À la suite des évènements, la mairie d'Altsasu appelle à faire « la paix et à cohabiter véritablement ». L'affaire fait grand bruit et se rend à d'autres endroits, y compris au Congrès des députés espagnol. Le , une première manifestation dénonce cette affaire, et selon les organisateurs, et environ personnes y participent.

Les rapports de police sont publiés le et aucun signe de «terrorisme» n'est constaté. En fait, dans les premiers jours, il n'est fait mention d'aucun terrorisme dans les médias espagnols mais ils utilisent les mots «raclée» et «piège». C'est le Collectif des victimes du terrorisme du Pays basque (le Covite) qui est la première institution à utiliser le mot terrorisme La Fiscalía ve un delito de terrorismo en la agresión a los guardias civiles en Alsasua. L'Audience nationale ouvre son procès le . Six jeunes identifiés lors de la bagarre sont présents à la cour de justice de Navarre, mais ne sont pas incarcérés. Dans le même temps, le maire d'Altsasu, Javier Ollok et le bar Koxka reçoivent des menaces signées par la phalange espagnole.

Le , 9 jeunes sont arrêtés à Altsasu. Six d'entre eux sont envoyés en prison par la juge le lendemain, et les autres quelques jours plus tard. Les accusations vont mobiliser le même jour environ personnes lors d'une manifestation massive.

vignette|Manifestation en soutien aux jeunes d'Altsasu le sur la plaza del Castillo à Pampelune. Par la suite, les proches des jeunes incriminés s'organisent afin d'obtenir une protection par différentes institutions, pendant que les mobilisations se poursuivent. Le , quatre des sept personnes emprisonnées sont libérées par la juge, dans l'attente du jugement. Le , les proches parents se trouvent au Congrès espagnol, le , 216 avocats demandent que les jeunes ne soient pas poursuivis en tant que terroristes. À Madrid, il y a aussi une manifestation le . Le , 83 maires demandent le retour du procès devant le tribunal de Navarre. Le , la porte-parole Maria Solana du Parlement de Navarre se rassemblent à la mairie d'Altsasu pour dénoncer cette affaireLe gouvernement de Navarre en soutien aux jeunes d'Altsasu qui parvient au Parlement européen le .

Le , plusieurs musiciens et artistes présentent une chanson, parrainant les jeunes d'Altsasu.

Ce procès est très médiatisé et de nombreux médias espagnols continuent à plusieurs reprises de lier cette bagarre avec l'ETA. La Razón, par exemple, affirme que l'une des principales causes des déclarations de l'ETA sur son activité armée en , soit sa dissolution, a été faite à cause du procès AltsasuUn texto redactado en España y precipitado por Alsasua. En France, les journaux Sud-OuestJustice : le procès d'une bagarre qui secoue le Pays basque espagnol par Pantxika Delobel, publié le 18/04/2018 ou Le MondeEn Espagne, une agression réveille les vieux démons basques par Sandrine Morel, publié le 08 décembre 2016, comme les grands médias espagnols mettent en avant la version de l'accusation dans leurs articles, alors que MédiabaskLes jeunes d'Altsasu devant la justice, MediabaskAltsasu : une vidéo contredit la version du sergent, Mediabask ou LibérationA Madrid, les «Huit d'Altsasu» face à l'intransigeance de la justice espagnole par François-Xavier Gomez, Libération, 16 avril 2018 citent les deux versions des faits. Cette affaire est reprise dans plusieurs journaux étrangers comme The Guardian Basque bar fight trial tests 10 years of fragile peace in the region, Telepolis Zehntausende gegen absurde spanische "Terrordefinition" Ralf Streck, publié le 15 avril 2018, Al Jazeera On terrorism, Basque nationalism and a 'bar brawl'. Why are eight Basques facing a total of 375 years in jail on terrorism charges for a 'bar fight'?, Raphael Tsavkko Garcia, 10 Jul 2017, National Post Terrorism accusation in Basque bar brawl reopens old wounds, SAPO Espanha. Ministério Público converte rixa num bar em terrorismo et bien d'autres.

Peines requises par l'accusation vignette|Manifestation « contre le montage policier » du procès le à Vitoria-Gasteiz. - Oihan Arnanz, une peine de 62 ans d'incarcération est requise. Quatre délits à caractère « terroriste » ont été commis, et pour chacun d'entre eux 12 années d'emprisonnement sont demandées par l'accusation Los jóvenes de Altsasu afrontan peticiones fiscales de 62, 50 y doce años y medio de prisión. Le procureur José Perals demande à ce qu'il soit condamné à un total de 50 ans de prison. De plus, une peine supplémentaire de 12 ans est demandée pour « menace terroriste ».

- Jokin Unamuno, Jon Ander Cob, Julen Goikoetxea, Adur Ramírez de Alda, Aratz Urrizola, Iñaki Abad, pour chacun une peine de 50 ans de prison est requise. Quatre délits à caractère « terroriste » ont été commis, et le procureur José Perals demande à ce chacun soit condamné à 50 ans de prison.

- Ainara Urkijo, seule fille du groupe, une peine de 12 ans de prison est requise pour « menace terroriste ». Selon le procureur, elle aurait dit la phrase suivante en espagnolː "Ce qui vous est arrivé est arrivé parce que vous êtes venus ici, et chaque fois que vous sortirez, la même chose vous arrivera, alors ce que vous avez à faire, c'est de ne pas revenir ici"Esto que os ha pasado es por salir de allí arriba, cada vez que salgáis os va a pasar lo mismo, así que lo que tienes que hacer es no salir de allí"". Par conséquent, cette phrase mérite une peine de prison de 12 ans selon le procureur Ainara Urquijo, para quien la Fiscalía pide 12 años y medio de prisión, niega amenazas a la pareja de uno de los guardias civiles, 16 de Abril de 2018.

En outre, le procureur José Perals demande au juge d'exiger des jeunes de payer aux 2 couples la somme de euros.

Verdict du juin 2018 Le tribunal impose les peines maximales existantes pour les crimes de « blessures, troubles de l'ordre public et menaces ».