Rabbi Israël ben Eliezer (hébreu : רבי ישראל בן אליעזר), né le et mort le en Pologne, appelé le « Baal Shem Tov » ou le Besht הבעש"ט par acronyme, est un rabbin, fondateur du hassidisme, courant mystique du judaïsme.
Le Baal Shem Tov est né seulement cinquante ans après les pogroms des cosaques de Khmelnytsky qui en 1648 ont ravagé les communautés juives d’Europe orientale. Juifs sont massacrés dans toute l’Ukraine et certaines communautés sont entièrement anéanties. C'est une époque qui suit l'avènement des faux messies Sabbataï Tsevi et Jacob FrankMarc-Alain Ouaknin, TsimTsoum, Introduction à la méditation hébraïque, 1992. Pour aider son peuple à surmonter ces épreuves physiques et morales, et inspiré par les enseignements cabbalistiques du rabbin Isaac Louria, le Baal Chem Tov prône la joie populaire contre l’austérité et l’élitisme des autorités religieuses de son temps.
Éléments biographiques Le peu de renseignements biographiques sur le Besht est, dans de nombreux cas, lié à des légendes de miracles : il est donc difficile d'arriver à des faits historiques, mais on en sait davantage sur le contexte de sa vie. Le Baal Shem Tov a vécu et enseigné en Podolie, province alors polonaise et aujourd'hui ukrainienne. Il est né en 1698 à Okopy dans l'oblast de Ternopil et est mort à l'âge de en 1760 à Medjybij.
Dans cette grande Pologne du , la population juive dépasse , soit environ 10 % de la population du pays et constitue l'essentiel de la population juive de l'Europe. Elle est placée sous une protection personnelle du roi. La Pologne est alors le plus important foyer de vie spirituelle et intellectuelle hébraïque avec des écoles religieuses juives (yechivot) nombreuses et réputées et une autonomie culturelle garantie par le Conseil des Quatre Pays (Va'ad arba' aratzot), un parlement juif.
Jeunes années
Israël ben Eliezer est le fils d'Eliezer et de Sarah : des gens pauvres, droits, et pieux. Lorsqu'il devient orphelin, la communauté le prend en charge. Il fait fréquemment l'« école buissonnière », étant souvent retrouvé dans les bois ou dans d'autres lieux solitaires, observant la nature et jouissant de ses beautés. Plus grand, afin de subvenir à ses besoins, il travaille comme assistant d'enseignant à l'école primaire (heder), gardien de la synagogue, abatteur rituel et comme livreur d'argile(he) Simha Raz, Rabbi Israel Baal Shem, Jérusalem 2001 .
Âgé de dix-huit ans, il s'installe comme enseignant à Tluzt près de Zalichtchyky sur le Dniestr, à la frontière moldave. En raison de son honnêteté reconnue et de sa connaissance de la nature humaine, il est choisi comme médiateur pour résoudre les conflits pouvant survenir au sein de la communauté juiveMenahem GarlitzHabaal Shem Tov Jerusalem 1978, #115 #116 #117. Le rabbin Ephraim de Brody, venu lui demander de résoudre un problème, voit en lui un homme de valeur. Il lui offre sa fille Hanna en mariage, et les fiançailles sont conclues. Le rabbin meurt cependant très peu de temps aprèsMenahem GarlitzHabaal Shem Tov Jerusalem 1978, .
La coutume nuptiale est traditionnelle. Vêtu comme un paysan, Israël Baal Shem Tov se présente à Brody devant Abraham Guershon de Kouty, frère de la jeune fille, doyen du tribunal rabbinique de Brody et autorité reconnue dans la Kabbale et le Talmud. Abraham Guershon allait lui donner l'aumône, lorsque le Besht sort une lettre de sa poche, le désignant comme le fiancé de sa sœur. Abraham Guershon essaie alors, en vain, de dissuader sa sœur Hanna de se marier avec Israël ben EliezerMenahem GarlitzHabaal Shem Tov Jerusalem 1978, p. 132.
Après leur mariage, ils habitent chez Abraham Guershon. Lors de discussions talmudiques, devant les lettrés invités par son beau-frère, le Besht parle comme un paysan et Guershon lui conseille de se mettre à l'étude. Autodidacte, le Besht refuse obstinément. Le rabbin Guershon offre au couple, dont la présence bouleverse la réputation intellectuelle de sa demeure, d'aller habiter une petite maison qu'il possède dans les Carpates. Son beau-frère pourrait y mener la vie simple qu'il aime. Le Besht accepte avec enthousiasmeMenahem GarlitzHabaal Shem Tov Jerusalem 1978, # 127 et suiv.. Plus tard, son beau-frère devient l'un de ses plus grands disciples.
Hanna Guershon et Israël ben Eliezer ont deux enfants : Adèle et, une quinzaine d'années plus tard, Tzvi-Hirsh(he) Simha Raz, Rabbi Israel Baal Shem, Jérusalem 2001 p.11.
Medjybij Les nombreuses années qu'il passe dans les Carpates lui permettent de se rapprocher des gens simples qu'il aime tant. Israël Ben Eliezer apprend à utiliser des plantes à des fins médicinales et sa première apparition en public est celle d'un simple herboriste qui prescrit des remèdes, mais rédige aussi des amulettes.
Après de nombreux voyages en Podolie et Volhynie, où il se fait une réputation de faiseur de miracles, le Besht compte assez de disciples pour établir son autorité. Il décide (vers 1740) de s'installer à Medjybij pour diffuser ses enseignements. L'élite spirituelle vient l'écouter. Medjybij devient le premier centre du mouvement hassidique.
En 1746, le Besht révèle à ses disciples que, lors d’une élévation spirituelle, le Messie (Mashiah) lui a garanti qu’il se dévoilerait à l’humanité quand ses enseignements seront suivis dans le monde entier (révélation commune à toutes les religions du Livre).
Plus tard, de grandes autorités rabbiniques, unanimement reconnues, deviennent ses disciples et attestent de son érudition, pas tant livresque que spirituelle. Il s'agit notamment de Meir Margaliot, rabbin de Lviv et d'Ostroh, auteur du Meir Netivim une œuvre de responsa halachique, du rabbin Yaakov Yossef Hakohen de Polnne et le rabbin Maggid de Mezeritch. Il faut souligner que le célèbre rabbin séfarade Haïm David Azoulay (le Hida) cite le « Baal Shem Tov » dans ses œuvres en des termes très élogieux.
Parmi les différentes preuves de l'existence historique du Besht, nous disposons de : son livre de prières quotidiennes (siddour) avec des notes manuscrites dans les marges ; sa tombe, qu'on peut encore voir aujourd'hui, dans le cimetière juif de Medjybij ; plus récemment, le professeur Moshe Rosman du département d'histoire juive à l'Université Bar-Ilan découvre, dans les archives de la ville de Medjybij, la liste des contribuables. On y trouve le nom Baal Shem, docteur exonéré d'impôts, ainsi que ceux de nombreuses personnes citées dans le livre "Les prodiges du Baal Shem Tov" . À partir de 1760 le « Baal Shem Tov » ne figure plus dans les listes(he) Miedzyboz and Rabbi Israël Ba'al Shem Tov, Zion 52 (1987); English version in Essential Papers in Hasidism, G. D. Hundert, ed. (New York University, New York), 1990..
Dernièrement, la maison d'étude et synagogue du Besht a été reconstruite par l'"Agoudat Ohalei Tzadikim", organisation qui s'occupe de préserver le patrimoine et les cimetières juifs dans les pays de l'ex-URSSSite de L'organisation en anglais.
thumb|right|290px|Livre de prières du Besht (bibliothèque Habad).
Dernières années Du vivant du Besht, il y a très peu d'antagonisme entre les différents mouvements du judaïsme.
Le Besht rejoint le parti des mitnagdim dans leurs disputes contre les mouvements sectaires frankistes. Il est l'un des délégués au Conseil des Quatre Pays (Va'ad arba' aratzot) dans une controverse publique avec les frankistes qui opposaient le Sepher ha-Zohar (Livre de la Splendeur), l'œuvre maîtresse de la Kabbale, au Talmud, rejetant les pratiques et principes du judaïsme. Le Besht, spécialiste du Zohar, est l'éloquent défenseur du Talmud.
Le Besht dit que le baptême des frankistes a été dramatique: car tant qu'un membre malade est lié à l'organisme, il peut encore espérer être sauvé, mais, une fois amputé, il s'en est allé, et il n'y a plus d'espoir.
Les émotions liées aux menaces que le mouvement frankiste font peser sur le judaïsme (conversion aux autres religions du Livre que sont le christianisme et l'islam donc leur disparitionScholem Gershom-Gerhard, « Le mouvement sabbataïste en Pologne » (troisième et dernier article), Revue de l'histoire des religions, tome 144, 1, 1953. pp. 42-77.(p. 54).), ainsi que le regret de n'avoir pas pu assister à leur repentir, semblent nuire à la santé du Besht. Il meurt le à Medjybij, peu de temps après la conversion de nombreux frankistes au christianisme.
Œuvre thumb|right|290px|Mausolée sur la tombe du « Baal Shem Tov » Dix thèmes principaux forment la base de l'enseignement du Besht, sur lesquels est fondé le hassidisme : la foi, la confiance en Dieu, savoir reconnaître Dieu en toute circonstance, la prière, l'étude sincère de la Torah, l'amour d'Israël (le peuple juif), la confiance accordée aux justes, l'unité du peuple juif, La bonté, La joie.
Enseignements La pensée du Besht met l'accent sur le salut individuel obtenue par la dvekout : l'union directe avec Dieu. Tout en insistant sur la nécessité d'étudier la Torah, le Besht privilégie la prière par rapport à l'étude talmudique qui est la norme dans la communauté juive : ainsi, le hassidisme acquiert la réputation d'être plus mystique qu'intellectuel, plus émotionnel que rationnel.
Les trois thèmes cardinaux conseillés par le Besht sont : joie excluant toute mortification (Simha); la modestie, la repentance, la simplicité (Shiflout) ; embrasement de l'amour (Hitlaavout).
Par le moyen de la prière pratiquée dans certaines dispositions, l'être humain atteint un degré où il n'y a plus de séparation entre Dieu et lui, où ses pensées profanes sont sanctifiées, car dans ces pensées se trouvent des étincelles de sainteté (Nitsotsot de Kedousha) datant de la destruction du Temple et du début de la Diaspora. La prière aide donc à la libération de ces étincelles et à la réparation du monde (tikoun haolam).
Au centre de la communauté se tient désormais le Juste, le tsadik, maître d'un nouveau savoir. Ce sage, maître, intercesseur, possède un pouvoir miraculeux. Aussi ignorant soit-il du chemin pour atteindre la dvekout, communion avec Dieu ou extase divine, le tsadik, médiateur entre l'Homme et Dieu, aide les fidèles par son exemple et sa parole. Il assume leurs peines et leurs épreuves, les oriente vers la divinité.
La doctrine du Besht emprunte à la kabbale ses principaux thèmes, qu'elle popularise et, très vite, les cercles kabbalistiques se rattachent à la doctrine du Besht. Son principal disciple, Maggid de Mezeritch, dit Grand Maguid, envoie ses disciples propager cet enseignement et essaimer le mouvement à travers la Pologne-Lituanie. Des dynasties hassidiques y apparaissent, développant leurs propres traditions au sein d'un peuple fervent, joyeux et illuminé par l'attachement à Dieu et à la Torah.
Les grandes idées Le Baal Shem Tov reprend les thèmes fondamentaux de la foi juive, en insistant sur la nécessité d'une implication émotionnelle, de la joie et de la plus parfaite sincérité dans le cadre du service divin.
Au premier plan du hassidisme défendu par Israël Ben Eliezer se trouve une conception radicalement à l'opposé du panthéisme et fortement marquée par l'omniprésence de Dieu dans un monde physique dont l'existence est si absurde et si précaire face à l'absolu Divin que son existence de chaque instant n'est due qu'à la décision omnipotente de Dieu de le faire exister.
Toute la création est une manifestation de la volonté divine. L'existence du monde n'est pas nécessaire. Seule la décision de Dieu, Lui qui est libre, absolu et omnipotent par excellence, peut le maintenir en existence, sans quoi la création cesserait aussitôt d'exister. Il n'y a pas de fin à la quête de Dieu, le but de la connaissance est de prendre conscience que l'on ne sait pas. Pour autant, celui qui cherche à s'attacher à Dieu, même s'il ne pourra voir le Roi en personne, pourra visiter les splendides pièces de ses palais, et son amour et sa révérence pour le Souverain n'en seront que multipliés.