Lattaque du à Paris dit attentat de l'Opéra est une action terroriste islamiste commise dans la soirée du à Paris, au cours de laquelle un homme est tué à l'arme blanche par un assaillant et quatre autres blessés. L'assaillant, Khamzat Azimov, un franco-russe originaire de Tchétchénie, est tué par des policiers, intervenant sur place. L'attaque est revendiquée par l'État islamique dans les heures qui suivent.

En , le meilleur ami du tueur, Abdoul Hakim Anaiev, un Français d’origine tchétchène, est condamné à dix années de réclusion pour « association de malfaiteurs terroriste », peine alourdie à quinze années lors du procès en appel, en .

Contexte

Selon une étude du Centre d'analyse du terrorisme, la France est depuis 2013 le pays occidental . L’homme décédé dans cette attaque au couteau est, depuis , la tuée dans un attentat sur le sol françaisAttentat à Paris : les jours des blessés ne sont plus en danger, sur francetvinfo.fr. L’attaque de l’Opéra est le deuxième attentat mortel de l'année après les attaques du à Carcassonne et Trèbes.

Sur les douze attentats aboutis depuis début 2015, impliquant au total vingt-deux terroristes, seul Ahmed Hanachi pour l'attaque du à Marseille et les deux kamikazes du Stade de France étaient en situation irrégulière lorsqu’ils sont passés à l’acte. Les six autres auteurs de nationalité étrangère étaient légalement présents en France. Contrairement aux attentats et tentatives de 2015, les terroristes attaquent dorénavant avec des armes basiques et un réseau faiblement structuré. Aux projets planifiés depuis la zone syro-irakienne mis en œuvre par des djihadistes aguerris ont succédé principalement des attaques simplement inspirées et recourant à des acteurs isolés.

Déroulement Le samedi , vers , un individu attaque au couteau des passants rue Marsollier et rue Monsigny (dans le arrondissement de Paris) en criant ; il tue une personne et en blesse quatre autres, dont deux gravement. Il se dirige ensuite vers une patrouille de police, dépêchée sur les lieux, .

L’un des policiers tente de maîtriser l’individu avec son pistolet à impulsion électrique à deux reprises, mais sans succès. Un second policier fait alors usage à deux reprises de son arme administrative, blessant mortellement l’individu dans la région du cœur« Attaque au couteau à Paris ; ce que l'on sait de l'assaillant et de ses motivations », 20 minutes.fr, 13 mai 2018.. Un premier appel à la police est enregistré à et le suspect est neutralisé dans un délai de .

Le groupe État islamique revendique rapidement l'attentat dans un communiqué diffusé sur son organe de propagande Amaq.

Victime vignette|Plaque 5 rue Marsollier (Paris). La personne décédée se nomme Ronan Gosnet qui présente à l'arme blanche. Âgé de , il était originaire de la Sarthe. Il avait grandi dans le village de Connerré. Licencié plusieurs années au club de handball local et primé en 2003 au Concours national de la résistance et de la déportation, il s’était installé en 2014 à Paris pour travailler dans l’informatique. Une minute de silence est observée en sa mémoire à l'Assemblée nationale et au Sénat.

Enquête judiciaire La section antiterroriste du parquet de Paris est saisie. Le procureur François Molins annonce l’ouverture d’une enquête pour « assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique ».

L’enquête est confiée conjointement à la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris, à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire.

Profil du terroriste

Le terroriste, Khamzat Azimov, est un franco-russe originaire de Tchétchénie, âgé de , naturalisé en 2010 en même temps que sa mère. Ses parents s’étaient réfugiés en France au début des années 2000 lors d’un pic de la guerre de Tchétchénie entre la Russie et les indépendantistes. La France avait alors accueilli nombre de Tchétchènes auxquels elle avait accordé le statut de réfugiés. Les parents de Khamzat Azimov s'étaient récemment installés en région parisienne. Ils sont placés en garde à vue après l'attaque« Attaque à Paris : l'assaillant était Khamzat Azimov, Tchétchène naturalisé français en 2010 », LCI.fr, 13 mai 2018.« Attaque au couteau à Paris : deux morts dont l'assaillant, l'État islamique revendique l'attaque », Europe 1.fr, 12 mai 2018., mais relâchés deux jours plus tard en l'absence de tout élément les incriminant.

Identifié par ses empreintes digitales en l'absence de pièce d'identité sur lui, Khamzat Azimov avait grandi à Strasbourg où il avait effectué sa scolarité et fréquenté l'université après l'obtention de son baccalauréat ES. Il ne s'était pas fait remarquer par sa pratique religieuse ou un comportement violent, contrairement à son ami Hakim Anaïev.

Il avait été entendu par les services anti-terroristes en et était fiché S« Attaque au couteau à Paris : l’assaillant connu des renseignements et fiché S », Europe 1.fr, 13 mai 2018. depuis l'été 2016. Il est aussi inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), mais en raison de que de .

L’État islamique diffuse aussitôt après l'attentat, via son agence de propagande Amaq, une vidéo où l’on aperçoit le terroriste parler. Khamzat Azimov s’y exprime en français et fait allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé du groupe État islamique. Cette vidéo montre que des contacts ont bien existé entre le terroriste et des membres du groupe État islamique.

Mentor présumé vignette|Le tueur et son ami se sont rencontrés au quartier de l'Esplanade, à Strasbourg.

Abdoul Hakim Anaïev, né à Grozny en Tchétchénie en 1997, arrive en France à l'âge de six ans. Il est le petit-neveu de Zelimkhan Iandarbiev, figure indépendantiste et islamiste de TchétchénieAttentat du quartier de l’Opéra : un procès et une plongée dans la djihadosphère tchétchène sur Le Monde, le 25 octobre 2023. , il est mis en garde à vue le dans le cadre de l'enquête sur l'attentat. Il était ami avec Khamzat Azimov, rencontré au lycée Marie Curie, à l'Esplanade de StrasbourgAttentat du quartier de l'Opéra à Paris : un Strasbourgeois condamné à 10 ans de prison sur France bleu, le 31 octobre 2023. Face aux enquêteurs, il s'est dit musulman pratiquant, mais modéré. Sa famille est moderne et sa mère ne porte pas le voile, alors qu'elle lui enjoint de s'intégrer à la société française. Il avait portables chez lui lors de son arrestation.. Plusieurs documents sont saisis au domicile du suspect alors qu'une heure avant l'attentat, à , il adresse à sa sœur sur la messagerie WhatsApp un chant jihadiste souvent repris par Daech, dont il est présenté comme un propagandiste très actif sur internet. Il fait l'objet d'un signalement au sein de son établissement pour sa radicalité, notamment des propos hostiles aux « mécréants ».

Un de ses camarades de classe témoigne : .. Un autre camarade de classe indique qu'il « avait une vision extrémiste, en tout cas poussée, de l’islam. Hakim s’exprimait toujours contre les actions terroristes mais il disait aussi que c’était normal qu’il y ait des attaques si la France lançait des frappes en Syrie ». En échec scolaire, il a par ailleurs eu des accès de violences dans son lycée.

Sans casier judiciaire, il travaillait depuis en CDD à l’accueil de l’OFII, dans un poste qui n’était pas à responsabilités, et son contrat avait été renouvelé jusqu’à décembre. Immédiatement mis à pied, il était suivi par les services de renseignement depuis son mariage religieux avec Inès Hamza, une Francilienne radicalisée de . Avec son ancienne épouse, il avait essayé de partir vivre en Syrie ou en Irak, sans y parvenir. Inès Hamza était à l'âge de quand elle tenta de se rendre en Syrie en 2015.. Ines Hamza, ainsi qu'une autre femme sont arrêtées le .

En , son petit-frère est mis en examen et incarcéré pour un projet d'attentat à StrasbourgProjet d’attentats : un jeune homme de 18 ans d’origine tchétchène mis en examen et écroué sur Le Parisien, le 25 septembre 2018. Condamné à cinq ans de prison en 2022 pour association de malfaiteurs terroristes, il est ensuite déchu de sa nationalité françaiseUn Strasbourgeois d’origine tchétchène déchu de la nationalité française sur dna.fr, le 28 novembre 2024.

Djihadisme et Tchétchénie Après la première guerre de Tchétchénie (1994–1996), la rébellion séparatiste tchétchène s’est progressivement islamisée et s’est étendue au-delà des frontières de cette république russe pour se transformer au milieu des années 2000 en un mouvement islamiste armé actif dans tout le Caucase du Nord. Fin , une partie de l'Émirat du Caucase prête allégeance à l'État islamique devenant une source importante de combattants djihadistes. Selon les services de sécurité russes, au moins , majoritairement originaires des républiques du Caucase, se trouvaient en 2017 aux côtés des groupes jihadistes de par le monde. Le double attentat du Marathon de Boston ( et ), le , est imputé à deux frères d’origine tchétchène.

En France, selon Jean-Charles Brisard, 7 à 8 % des Français impliqués dans les filières jihadistes en Syrie et en Irak seraient d’origine tchétchène, soit . Selon le Ministère de l’Intérieur, les réfugiés tchétchènes constituent le quatrième groupe d’étrangers après les Algériens, les Marocains et les Tunisiens, ce qui fait dire à l’ancien ambassadeur russe en France Alexandre Orlov que les autorités françaises auraient manqué de vigilance face aux demandes d'asile des Tchétchènes : . Selon une source antiterroriste citée par Le Parisien, « Nous avons longtemps considéré comme très faible la menace émanant des Tchétchènes, pensant que l'asile accordé à ceux-ci sanctuarisait notre territoire »Attaque à Paris : fiché S, Khamzat Azimov est quand même passé à l’acte sur Le Parisien, le 14 mai 2018. La jeune génération qui n'a pas ou peu connu la Tchétchénie est « en rupture avec le mode de fonctionnement de leurs aînés », selon une note de la DGSI, et particulièrement sensible à la propagande djihadiste.

Le , le DGSI interpelle deux personnes d'origine tchétchène en Haute-Garonne qui pourraient être liées aux attentats des 17 et en Catalogne. Le même jour, la DGSI interpelle également quatre personnes d'origine tchétchène dans le Bas-Rhin (deux femmes nées en 1982 et 1983 et un homme né en 1989) et les Yvelines (une femme née en 1976) dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en des chefs de participation à une association de malfaiteurs terroristes et financement du terrorisme.

Procès L'accusation estime qu’Abdoul Hakim Anaiev, franco-russe d’origine tchétchène, a influencé idéologiquement le terroriste, lui a présenté plusieurs sympathisants djihadistes, en plus d'avoir publié un hommage à son ami sur Twitter après l'attaque terroriste. Propagandiste djihadiste actif, il est le créateur d'un groupe Telegram rassemblant une dizaine de Tchétchènes. Le Parquet national antiterroriste requiert dix-sept ans de réclusion : « Anaiev a de l’ascendant, une autorité intellectuelle. Ceux qui arment intellectuellement sont bien plus dangereux sur le long terme que ceux qui tiennent l’arme ». L'accusé admet son adhésion à l'idéologie de l'État islamique mais dit avoir pris du recul et toujours rejeté les attaques terroristes. Il nie également avoir influencé le tueur. En , il est condamné à dix années de réclusion assortis d’une période de sûreté des deux tiers pour « association de malfaiteurs terroriste »Soren Seelow, Procès de l’attentat du quartier de l’Opéra : le meilleur ami du tueur condamné à dix années de réclusion, lemonde.fr, 31 octobre 2023Attentat du quartier Opéra: attente du verdict contre l'ami de l'assaillant sur La Croix, le 31 octobre 2023.