Lucien Souchon, (Acte de naissance à Paris , , vue 28/31, avec mentions marginales du mariage à Paris en 1923 et du décès à Colombes en 1970.), est un écrivain, journaliste et militant politique français de la droite nationaliste. Officier de carrière dans l’artillerie, il quitte l'armée dans les années 1920 pour une carrière de publiciste et de journaliste.
Biographie Lucien Gabriel Souchon est le fils de Joseph Souchon, dessinateur, et d'Émilie Antoinette Coudert. Sous-lieutenant en , lieutenant en 1915, il combat au front jusqu'en . Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, trois fois blessé et titulaire de la Légion d’honneur, il est promu capitaine en 1925 et sert à l'état-major de l'armée du Rhin. Il est mis en disponibilité à sa demande en et atteint le grade de commandant de réserve en 1930Ralph Schor, L'antisémitisme dans la France des années 1930. Essai d'approche sociologique, dans Peuples méditerranéens, avril-juin 1990, , Archive.org .Journal officiel, 19 janvier 1918,Journal officiel, 25 mai 1928. Il est mis à nouveau en disponibilité, pour trois ans, en 1938, à sa demande : ..
Il a commencé à publier quelques articles durant la guerre, dans le quotidien L'Intransigeant, sous le pseudonyme de . Ses premiers livres paraissent dès 1918, également sous pseudonyme (Lucien Scoudert), mais sa véritable identité est rapidement découverte . Souchon est membre de la Société des gens de lettres (1920) et de l'Association des écrivains combattantsAnnuaire général des lettres, 1931, Annuaire général des lettres, 1933-1934. Jean Norton Cru souligne qu'il demeure à la différence d'autres écrivains anciens combattants (Ce qu'il explique par le fait qu'il a été un officier d'artillerie, moins exposé que les fantassins).
Le à Paris , il épouse Berthe Augustine Louise Pajot.
Il devient en 1928-1929 le délégué militaire du comité central du Redressement français , , . Il fonde en 1929 un éphémère cercle de réflexion et une revue consacrée aux questions militaires, Servir, aux côtés du colonel François de La Rocque, qui en a été le « directeur des études »Cf. le témoignage de La Rocque, Pourquoi je suis républicain. Carnets de captivité, Seuil, 2014, : Souchon s’est adressé à Weygand pour bénéficier d’une subvention..
Il est l'auteur anonyme en 1929 de Feue l’armée française, un cri d’alarme patriotique au titre significatif - loué par un Léon Daudet, , ]. Cf. aussi <, -, et, l’année suivante, sous son nom, de Sedan à Locarno, éloge de l’armée qui seule peut assurer la pérennité du sentiment national ; c'est un réquisitoire contre la démocratie, « pour que le chemin de Sedan à Locarno ne ramène pas la France à Sedan », . Des journaux publient alors ses points de vue sur l'armée, tels les quotidiens L'IntransigeantL'Intransigeant, 28 novembre 1928, 18 juillet 1929, 17 septembre 1929, L'Avenir, et L’Ordre d'Émile Buré, , . Ainsi que plusieurs revues, comme La Revue hebdomadaire, de 1929 à 1934, ou la Revue des vivants. Il dénonce en 1929 et 1930, comme d'autres anciens combattants, l'évacuation anticipée de la Rhénanie et la politique extérieure pacifiste d'Aristide Briand, dans le quotidien La Liberté notamment , , , , , ainsi que le futur abandon de la Sarre .
Le patron de presse François Coty s’attache ensuite ses services : Souchon fait partie de son « brain-trust militaire » (l'expression est de Jacques Nobécourt). Il mène campagne de 1931 à 1933 contre le « briandisme », les illusions du désarmement, « l’esprit de Genève » et la Société des Nations, la remilitarisation de l’Allemagne, dans les deux quotidiens de Coty, Le Figaro et L’Ami du peuple, qui vitupèrent alors tout à la fois les « financiers judéo-germano-américains », les « cartellistes » et le communisme, , , , , etc., , . En donnant aussi des conférences, à Genève, à Paris et en province, avec d’autres proches de Coty, tels Jean Renaud et Jacques Ditte, et en collaboration avec le comité Dupleix-Bonvalot, , , , , , . Conférences parfois troublées par des militants de gauche, Le Figaro, 23 décembre 1931. Il a plus rarement traité de thèmes sociaux, comme en lors du premier banquet-conférence de l’Association des travailleurs français, un organisme également financé par Coty, aux côtés du colonel Terme, du comité Dupleix. Sa conférence est intitulée d’une façon provocatrice « Faut-il pendre le bourgeois ? » Il y dénonce les « mauvais bergers » qui ont « instauré des classes sociales qui s’ignorent, se méconnaissent, et par conséquent sont toutes prêtes à se haïr ». À ses yeux, il est en effet un type de bourgeois qu’il faut pendre : c’est « celui qui encourage l’ennemi, qui pactise avec les forces du désordre, qui désoriente les travailleurs par l’exemple de sa faiblesse »Le Figaro, 11 janvier 1933 : L’Association en question vise à « opposer aux théories syndicales et révolutionnaires du collectivisme et du communisme des pratiques d’intérêt général en réunissant les deux grandes forces vives, capital et travail, dans une communauté constante d’intérêts ».
Comme d'autres proches de Coty, il s’est aussi présenté aux élections législatives de 1932, dans la circonscription de Saint-Denis (Asnières), n’arrivant au premier tour qu’en positionLe Figaro, 20 avril 1932, L'Homme libre, mai 1932 (résultats), ,. Il en tire la conclusion que le suffrage universel a été remplacé par « un écœurant marché électoral dans lequel s’échangent l’influence de l’argent, celle des intérêts particuliers et celle des organisations irresponsables et occultes [comprendre : la franc-maçonnerie] ». Sa dernière affiche électorale affirme : « Les Français doivent comprendre que d’ici quelques années, sinon quelques mois, ils n’auront plus le choix qu’entre le knout moscovite, la botte hitlérienne ou le coup de balai dans les combinaisons des comitards » . Il fait partie du comité directeur originel de la Solidarité française, ligue d'extrême droite initiée en 1933 et financée par Coty. Ses interventions lors des réunions de propagande ont pour thème la critique de la SDN et du désarmement, face à l’Allemagne, , , .
Il porte ses espoirs sur le renouveau de l’Union nationale des combattants (UNC) après le 6 février 1934, « sursaut de révolte contre la corruption et le crime », alors qu'il est le secrétaire général d'une petite association d'anciens combattants, l'Association nationale des Camarades de combat, et souligne les limites des ligues comme la Solidarité française : « Croit-on qu’une ligue quelconque, comptât-elle cent mille hommes embrigadés, pourrait vaincre ces résistances assez rapidement pour prendre le pouvoir sans trop craindre une contre-attaque ? ». Or comme en France « ce qu’il y a de pouvoir effectif et de cadres agissant appartient à la franc-maçonnerie, il est à craindre que l’emploi de la force ne tourne à son profit ». La France n’est alors pas « mûre pour les remèdes héroïques » et le redressement ne pourra venir que « d’une évolution en profondeur », d’un « effort prolongé ». C’est qu’il faut selon lui, non pas réformer l’État, « mais en construire un », du fait de « l’inanité de notre régime »La Revue hebdomadaire, Lucien Souchon, « Une solution pacifique de la crise de régime ? », 26-5-1934. On peut noter aussi ces mots qui peuvent faire allusion à la Solidarité française : « Il en est d’autres (ligues) qu’il vaut mieux taire à cette heure, tout en prenant date afin d’expliquer un jour des échecs inévitables »..
Il continue à donner des conférences. Ainsi en aux côtés du député nationaliste Philippe Henriot, . Le général Maxime Weygand préside en 1935 une conférence de Souchon aux Ambassadeurs sur « l’Europe en armes »Journal des débats, 11 décembre 1935, Gaston Le Provost de Launay une autre en sur le thème La Bataille, mars 1936.
Il publie en 1935 dans La Petite Gironde un reportage sur l'embrigadement et la mobilisation de la jeunesse en URSS, dans l'Allemagne nazie et dans l'Italie fasciste, soulignant les similitudes et les différences entre ces pays, ainsi qu'en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie , , , , , , , . La partie de son reportage consacrée à l'URSS et à l'Allemagne est aussi publiée dans Le Grand Echo du Nord de la France, , , , <, 25 septembre 1935] (photographie de Souchon), .
Il est alors le secrétaire général de l'Union antimaçonnique de France, fondée en 1935 par des parlementaires comme Georges Cousin, son présidentJournal des débats, 3/3/1935, La Bataille, décembre 1935Emmanuel Kreis, Les réseaux antijuifs et antimaçonniques autour de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de l’entre-deux-guerres à la période de l’Occupation, dans la Revue d'histoire de la Shoah, 2013/1, , Paul J. Kingston, Anti-semitism in France during the 1930’s : organisations, personalities and propaganda, University of Hull Press, 1983, . Il l'est encore début La bataille, juin 1936.
Dans le contexte de la formation du Front populaire et en réaction contre cette alliance des partis de gauche mais aussi à l'échec des ligues, il fonde en Jean-François Colas, Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939, dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2018, avec deux conseillers municipaux parisiens, René Gillouin et Gaston Le Provost de Launay, membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique, le . , témoignera-t-il en 1946Témoignage de 1946 cité par Gérard Chauvy, Le drame de l'armée française, op. cit.. L'association est déclarée le , avec les buts suivants : . Son siège se situe à Paris au 14, rue Duphot dans le arrondissementJournal officiel, 28 mai 1936. Les trois fondateurs sont rejoints par le colonel Terme, secrétaire général du comité Dupleix-Bonvalot, trésorier, puis par le général Maxime Weygand, le professeur au Collège de France Bernard Faÿ, l'Académicien Abel Bonnard, le médecin-général Jules EmilyPrésident d’honneur de La Plus grande France, Jules Emily a servi au Soudan et à Beyrouth avec Weygand., Henri Garnier, ancien président de la Chambre de commerce de Paris (1932-36), Georges Brabant, qui forment avec eux le comité directeur de cette organisation et son comité d'études. La première déclaration du Rassemblement, fin , publiée par la presse, appelle les Français patriotes à ne pas désespérer au lendemain de la victoire du Front populaire, à tirer « leurs espérances d’eux-mêmes » pour travailler « virilement à déterminer leur destin », souhaitant contre les « partis de faiblesse » qui « engourdissent les Français dans l’inaction », et les « partis de haine » qui « les excitent à se battre entre eux », une « rénovation complète de notre vie politique, économique, sociale » : « Nous voudrions les aider en leur fournissant une information sure, probe, précise, complète, authentique, dégagée de toute ambition personnelle et de toute passion sectaire, sur les grands problèmes que notre pays doit résoudre ». Le Rassemblement entend « éclairer le sentiment national pour le guider dans les voies de l’action féconde », à destination des Français à qui il manque « une vision claire de la réalité, parce que l’ignorance et l’erreur, le mensonge et la chimère conspirent » à les égarer .
Ce rassemblement publie des tracts documentaires - « la vérité sur la situation actuelle de la France », « la vérité sur les grèves », « la vérité sur le sort des cultivateurs sous la dictature communiste », « la vérité sur le programme économique du Front populaire » . Puis des Cahiers, intitulés Penser pour agir, visant à répondre aux thèses du Front populaire, , Gérard Chauvy, Le drame de l’armée française, Pygmalion, 2010 (cf. en annexe I la reproduction des cahiers , non-signés, de novembre 1936),